Canis Zerda L
2. Supplément au Bulletin du Comité de l'Afrique française d'avril 1007, p. 77 et 90.
le Tafîlalet, les Beraber et plus spécialement peut-être, la tribu des Beni Mohammed. Ils parlaient arabe, leurs pâturages étaient dans l'Iguidi et l'erg ech Chech; leur zone d'influence s'est parfois étendue jusqu'à Ouallen, où ils ont quelque temps coupé la route de Tombouctou. C'était en somme l'avant-garde marocaine contre les Touaregs, avec lesquels une dernière rencontre a mal tourné pour les Ouled Moulad. Il y a une vingtaine d'années la tribu tout entière fut surprise au Menakeb et massacrée par un rezzou de Taitoq.
Les Arib d'autre part ont quitté le pays et ont émigré en masse vers l'oued Draa.
Des incidents comme l'anéantissement des Ouled Moulad ne sont pas rares au Sahara, et ce qui est curieux c'est que la tribu ne se soit pas reconstituée. Les pertes subies étaient insignifiantes pour cette puissante réserve de bandits entraînés qu'est le Maroc méridional; après comme avant l'incident, les Beraber sont restés les maîtres au Touat; c'est nous qui les en avons péniblement arrachés. 11 semble donc que les Ouled Moulad et les Arib aient été chassés de leurs pâturages beaucoup moins par les Touaregs que par les progrès de la sécheresse.
Il n'est donc pas douteux que l'O. Messaoud, entre Haci Boura et Haci Rezegallah n'ait été récemment soustrait à l'exploitation humaine, et d'ailleurs les indigènes nous affirment qu'il a coulé pour la dernière fois il y a une cinquantaine d'années.
A les en croire, les progrès de la sécheresse se laisseraient suivre bien plus loin dans le passé, ils auraient été effrayants dans une période historique relativement brève. Au Touat et chez les Tadjakant, on conserve le souvenir d'une époque où des ânes de Sali, chargés de dattes, ravitaillaient Taoudéni. Ceci se passait, nous diton, « au temps des Barmata »; et cette indication chronologique manque sans doute de précision.
On verra pourtant, au chapitre du Touat, que les Barmata ne sont nullement des personnages de légende, et leur temps correspond à peu près aux xn', xni', xiv c siècles.
Il faudrait donc admettre que, il y a quelques siècles, l'O. Messaoud aurait conservé jusqu'à Taoudéni assez de verdure et d'humidité pour que des ânes aient pu suivre son lit. Les renseignements indigènes sont en tout cas positifs, circonstanciés et même vaguement datés.
D'autre part la tournée récente de M. le lieutenant-colonel Laperrine nous apporte des renseignements précieux sur la route de Taoudéni. Il y en a deux, ou du moins la route de Taoudéni aboutit au
Touat par deux embranchements distincts, l'un, par Haci Rezegallah, au Bas-Touat, l'autre par Haci Sefiat à Tesfaout ; c'est cette dernière route qui a été suivie par M. le lieutenant-colonel Laperrine. Le détachement a souffert horriblement.
Voici par exemple la description d'une étape 1 : « Les assoiffés et les malades, qui avaient bu de l'eau salpêtrée s'étaient mis complètement nus sur leurs méhara; pris de délire certains refusaient d'avancer et se laissaient tomber de leurs montures, disant qu'ils préféraient mourir sur place, etc. » Souffrances et dangers pourtant ne doivent pas être mis exclusivement au compte de la route : elle a été abordée dans de très mauvaises conditions; chameaux épuisés d'avance, tonnelets et outres percés, puits comblés et longs à désobstruer, une foule d'obstacles supplémentaires ont failli rendre fatal un voyage qui, en d'autres circonstances, n'eût certainement pas excédé les forces de méharistes entraînés. Le détachement Laperrine entre Taoudéni et Tesfaout a rencontré six puits entre lesquels la distance maximum sans eau est d'environ 150 kilomètres. Il est vrai que l'un d'eux, Tni Haïa, n'a que de l'eau imbuvable et même vénéneuse, de sorte que, entre el Biar et Bir Deheb il faut franchir 250 kilomètres sans point d'eau utilisable; mais c'est encore très faisable avec des animaux en bon état. M. le lieutenant-colonel Laperrine croit d'ailleurs possible de retrouver et de remettre en état d'autres vieux puits oubliés, il signale un certain nombre de bons pâturages. La roule se maintient tout entière à l'intérieur de l'erg; et elle longe l'énorme massif archéen (?) des Eglab, qui doit à son altitude relativement considérable, et surtout à sa proximité de l'Océan une certaine quantité de pluies, ainsi que l'a constaté la reconnaissance Flye Sainte-Marie. Ce sont ces pluies évidemment qui alimentent les puits et les pâturages de l'erg; elles sont canalisées et entraînées par le vieux réseau quaternaire. Ould Brini el Bir Deheb en particulier sont en relation avec des oueds orientés ouest-est*. Nous sommes ici apparemment dans le réseau des affluents de rive droite de l'oued Messaoud.
Cette vieille route complètement abandonnée pourra donc se rouvrir; même revivifiée pourtant, et entretenue administrativcment, elle restera assez dure; assurément fermée aux ânes chargés de dattes qui seraient pourtant, aujourd'hui comme autrefois, les bienvenus à Taoudéni. En faisant la part aussi large qu'on voudra aux mirages du passé dans la mémoire indigène il reste qu'une grande route de
1. Supplément au Bulletin du Comité de l'Afrique française de juin 1907.