Edmond Doutté, Merrakech, p
graphique, tout aussi bien qu'à ceux qui sont en réalité des tombeaux, mais qui d'ailleurs, très fréquemment, n'en ont pas l'air. A vrai dire, la plupart des indigènes ne soupçonnent pas que ces tas de pierres puissent éventuellement recouvrir un cadavre, et, lorsqu'on fouille, l'apparition des ossements provoque toujours une stupeur chez les ouvriers.
Il est donc bien entendu que nous employons le mot redjem dans un sens détourné de celui qu'il a en arabe, les redjems dont il s'agit sont exclusivement les funéraires.
Distribution. — L'énumération des points où j'ai constaté la présence de redjems est assez longue.
Il s'en trouve tout autour d'Ain Sefra, non seulement un groupe important à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest du village, au pied du djebel Morghad 1 , et un autre à cinq kilomètres au sud-est sur les premières pentes du djebel Mekter, mais encore en bien d'autres points de la vallée.
Le D r Hamy, d'après M. de Kergorlay, en signale à proximité de l'oasis de Mograr Tahtani.
J'en ai relevé auprès de Beni Ounif, de Ben Zireg, de Bou Yala, de Fendi, auprès du puits de Haci el Aouari, auprès de Colomb-Béchar, à Ménouarar, le long de la Zousfana à Ksar el Azoudj, et en particulier auprès de Zaouia Fokania; j'en ai relevé auprès de Guerzim et de Ouarourourt dans l'oued Saoura, dans la chaîne d'Ougarta au voisinage de l'erg er Kaoui, entre Ksabi et Charouin, au pied de la gare Zaledj non loin du puits de Mallem.
Je n'en ai pas vu, encore que j'en aie cherché, auprès des ksars « actuels » du Touat, qu'il y a de bonnes raisons, il est vrai, de croire très récents, mais on en trouverait au dire des indigènes, auprès des « anciens » ksars, situés à quelques kilomètres à l'est de la palmeraie.
Il en existe auprès de Ilaci Rezegallah.
Les redjems sont fréquents dans l'Ahnet; je cite en particulier les groupes de Taloak et de Ouan Tohra que j'ai étudiés.
Il en existe à In Ziza, et on les retrouve nombreux dans l'Adr'ar des Ifor'ass, en particulier dans les oueds In Ouzel, Taoudrart, Tougçemin où j'ai fait séjour; j'en ai d'ailleurs noté au passage tout le long de mon itinéraire, au pied de l'Açeref, dans l'oued Koma, dans l'oued Kbedakad, dans l'oued Kidal, au puits de Tabankor; je
1. Signalé au D r Hamy par M. le comte Jean de Kergorlay (Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions. 1903).
crois en avoir vu sous bénéfice d'inventaire, c'est-à-dire de fouilles qui n'ont pas été faites, jusque sur les bords du Niger, au Tondivi. D'ailleurs le lieutenant Desplagnes mentionne des redjemsau Soudan nigérien
Chudeau en a relevé un grand nombre au Hoggar et Motylinski dans la Koudia; comme Duveyrier et Koureau dans le Tassili des Azguers. M. Chudeau en signale dans le Tassili de l'oued Tagrira, à In Azaoua, dans l'oued Tidek et aux environs d'Iferouane, à Takarédei (20 kilomètres nord-ouest d'Agadès), et au puits d'Assaouas (50 kilomètres au sud-ouest d'Agadès). Il en signale encore dans l'Adrar de Tahoua, surtout entre Tahoua et Matankari. Le capitaine Pasquier en a vu entre Gao et Menaka*.
En revanche M. Chudeau croit que les redjems font tout à fait défaut dans la région de Zinder et du Tchad (Tegama, Damergou, Alakhos, Koutous).
Kn somme, dans les grandes lignes, leur distribution coïncide avec celle des Berbères; les redjems disparaissent dès qu'on arrive dans les pays Haoussa et Bornouan.
Dans ces limites, leur répartition suggère un certain nombre d'idées générales.
Et d'abord, l'énumération des points déterminés où j'ai trouvé des redjems est en même temps celle des points où les hasards de la route m'ont imposé un séjour un peu prolongé. Le Touat mis à part, partout où je me suis arrêté quelques jours, une courte promenade autour du campement ou du village m'a permis de relever des redjems en assez grand nombre. Souvent aussi j'en ai rencontré sous mes pas, en cours de route, alors que je ne les cherchais pas, nouvelle preuve de leur extrême fréquence. Je dirais presque qu'ils sont partout.
D'autre part ils ne sont jamais groupés en très grand nombre, quelques dizaines tout au plus et souvent quelques unités. Rien de comparable aux grandes nécropoles du Tell avec leurs milliers de tombes.
Cette distribution suggère l'idée que ce sont des sépultures de nomades.
Très certainement aussi il y a un rapport entre les redjems et les points d'eau actuels. Je n'en ai jamais noté dans les étendues franchement désertiques et inhabitables. On verra qu'il en est tout autrement pour bien des gisements néolithiques, et nous sommes
1. D«»pln;:iie*, Le Plateau centrât nigérien, p. 16 bis, Pl. XXVI.