La Cco.jraphic, 1900, p. :i
Lliclic Cjjulier
31. — GRAVURE Rl'l'ESTRE DANS L OI EU TAR'IT (Ahnct) Sur grés éo-dévonien. L'animal représenté est une girafe.
Cliché Gautier
33. — GRAVURE RUPESTRE. A TAOUI.AOUN (Mouidir) sur grès éo-dévonien.
Le sujet repreenté est une chasse au mouflon ; pour pouvoir photographier, on a passe les figures i la craie.
ETHNOGRAPHIE SAHARIENNE 10r
C'est là tout ce qu'on aperçoit au premier abord, et I on serait tenté de croire que les gravures anciennes ne 9ont pas représentées. A y regarder de près pourtant, on les trouve en grand nombre, mais si effacées qu'elles sont à peine discernables. Il faut chercher pour chaque coin de pierre l'éclairage favorable; et sous un certain jour on voit se révéler de vieux dessins flous mais incontestables, des arrière-trains, des pattes, souvent même l'animal entier (antilopes, animaux cornus [?]) (Voir n 0 ' 2 et 3.)
L'aspect de la roche explique facilement la disparition presque totale des vieilles gravures. La face du calcaire porte distinctement l'empreinte des pluies pourtant si rares. Le calcaire évidemment, par sa sensibilité à l'action chimique des pluies, conserve beaucoup plus mal la gravure que le grès, par exemple.
Il me semble curieux que je n'en aie pas vu dans toute la chaîne d'Ougarta, où pourtant les grès éodévoniens, extrêmement développés auraient dû attirer le graveur. 11 se peut il est vrai qu'elles m'aient échappé. Cette hypothèse est môme très vraisemblable.
Stations des oasis et du Tadmaît. — En revanche dans la région des oasis et le Tadmaît, qui sont relativement connus, les gravures sont assurément rares et peu intéressantes. Ce sont surtont des inscriptions (tifinar' ou libyco-berbères !). J'en ai vu à Tesfaout (Timmi), à. Ouled Mahmoud (Gourara), dans l'oued Aglagal (Tidikelt — et nota bene sur une dalle calcaire), à Haci Gouiret (au sud d'In Salah}. M. le commandant Deleuze en a relevé une près de Tesrnana (Gourara) 1 . M. Flamand à Haci Moungar, à Ain Guettara*. Il en existe assurément d'autres et cette énumération n'a pas la prétention d'être exhaustive. Mais on sait que, dans l'état actuel de nos connaissances, ces inscriptions sont indéchiffrables; on ne peut donc que les mentionner.
On ne connaît sur cette grande étendue que trois stations de gravures rupestres assez médiocres, à Tilmas Djelguem (sur calcaire), à la gara Bou Douma, et à Aoulef (gara des Chorfa) \ Ajoutons» quoiqu'un peu en dehors de la zone quelques gralilti insigniliants que j'ai vus sans les copier à Haci Ar'eira (au sud du Tidikelt). Sous réserve de découvertes ultérieures il semble donc qu'une zone inter-
1. G.-B.-M. Flamand, Note sur quelques stations nouvelles, etc., Bulletin de Géographie historique et descriptive, n' 2. 1905, p. 283.
2. Ibid., et Congrès international d'Anthropologie, Paris, 1900. Bull. Soc. anthr. de Lyon, juin 1901 et juin 1902.
3. Flamand, /. c, et Rimbaud, Supplément du Bulletin du Comité de l'Afrique française,. n* 5, septembre 1901.
médiaire assez pauvre sépare les deux régions riches en gravures du nord et du sud — l'Atlas et les plateaux Touaregs.
Pig. 20. — Tnoulaoun. L f
A. d'après une photographie. Hauteur du mouflon au garrot, Û ni. 30 à 0 m. 40. B, hauteur do chameau (?), 0 m. OT>. Ici, conimo dans les ligures suivantes, les grisés marquent la surface grattéec'cst-a-dire où la patine de la surface environnante a «Hé enlevéo par grattage.
(Figure extraite de I/Anthrn^loyic. Macuon et C*. rdit.:
Stations des plateaux Touaregs. — La zone privilégiée me paraît
être celle des plateaux gréseux éodévoniens. En tout cas au Mouidir occidental et dans l'Ahnet j'ai vu huit stations dont cinq
Fifr. 21. — Oued Tar'it.
A, d'après une photographie asse* indistincte et un dessin ; haatoar toudo do l'espace occupé par lu personnages, '2 nuHre* environ. H, hauteur des autruches. 0 m. 15 environ. d'après, une photographie, 0 m. 60 cuviron de hauteur.
Fllturp et traite il»- L'Anthropologie. «a»»on et «>, «Mil
ou six intéressantes. Ce sont, au Mouidir : Taoulaoun, à côté du point d'eau, — jolie chasse au mouflon reproduite figure 20. (Voir aussi pl. XVI, phot. 32.)
Tahount Arak, au point d'eau — gravures insignifiantes, et qui n'ont pas été reproduites. Elles sont à 3 ou 4 mètres au-dessus du sol, sur la corniche en surplomb d'un énorme bloc rocheux détaché, et actuellement inaccessibles sans échelle ce qui est un cas très rare.
Dans l'Ahnet : Taloak, 100 mètres à l'est du point d'eau, au sommet d'une petite falaise, tifinar' et grafitti insignifiants, qui n'ont pas été reproduits.
Foum Zeggag, dans les gorges de ce nom, à deux heures de marche au sud de Taloak, rive droite de l'oued; je n'ai vu, en passant, que deux médiocres éléphants. (Voir fig. 25, n° 1.)
Oued Tar'it, rive gauche, à une quinzaine de kilomètres environ au nord d'Aguelman Tamana. Très belle station, grands méharis montés figurant dans une scène de guerre ou plutôt de chasse: — girafe soignée; — reproduits ligure 21. (Voir aussi pl. XVI, phot. 31.)
Aguelman Tamana; au point d'eau, rive gauche de l'oued, — station intéressante, grands bovidés, dont quelques-uns bâtés, reproduits figure 22.
Ouan Tohra, au pied de la haute falaise qui avoisine le puits, sur de gros blocs éboulés; station riche et intéressante, et qui, par surcroît, a pu être étudiée longuement; bovidés et animaux divers, reproduits figures 24, 2">. (Pl. XVII, phot. 31.)
Tin Senasset, au point d'eau; sur blocs éboulés au pied de la falaise; bovidés, un cheval; reproduits figure 23.
Ces huits stations ont été dérouvertes par hasard, parce qu'elles sautaient aux yeux, au cours d'un raid à méhari. 11 y a donc lieu de supposer qu'une investigation minutieuse en fera découvrir beaucoup d'autres.
On en a d'ailleurs signalé d'autres. M. Voinot a publié des tifinar', des inscriptions arabes, des empreintes de pieds, et quelques vagues grafitli, copiés dans les gorges de Tir'atimin: — il nous a donné aussi une reproduction intéressante d'une petite scène de chasse à l'Ain Tér'aldji. Ces deux stations sont dans le Mouidir occidental 1 .
Motylinski suivant un itinéraire connu a pourtant relevé quelques petites stations nouvelles au Mouidir occidental — des tifinar' à Haci el Kheneg — quelques autruches dans les gorges de Takoumbaret
I. Supplément au Hulletin du Comité de l'Afrique française d'octobre li'JO-4, p 250, 2."»t. M. Flamand (/. c. Noies sur quelques stations nouvelles, elc ) a publie d'après des dessins de M. le maréchal des lopis Paie des inscriptions et ^rnlitti provenant de deux localités ainsi orthographiées : oued Tiralanin et roche Takount dans l'oued Tou^oulgoult. Tirataniu est sûrement une faute de lecture pour Tir'atimin ; la seconde station me parait identique « Tahount Arak.
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— des tifinar' et des grafitti à ilacian Meniet (déjà signalés par Guillo-Lohan)'.
Notons que dans l'Açedjerad nous n'avons pas vu de gravures rupestres et M. Bcsset n'en signale pas dans le Mouidir oriental. Au Tassili des Azgucrs M. Fourcau en a copié une seule 5 . Il se pourrait donc que l'Ahnet fût particulièrement riche pour des raisons qui échappent, historiques apparemment. Mais c'est une conjecture hasardeuse. L'exploration des plateaux éodévoniens Touaregs reste à faire au point de vue archéologique il est certain en tout cas que les grès de cet âge se prêtent admirahlernent à la gravure, et d'une façon générale en Algérie comme au Sahara le grès est par excellence matière épigraphique. Ces gravures du Mouidir-Ahnet, reproduites dans les figures 20 a 25 se prêtent à une étude d'ensemble. Non seulement elles sont toutes sur grès, et sur le même grès, mais à tous les points de vue ces stations diverses sont étroitement apparentées.
Elles sont toujours au voisinage immédiat d'un point d'eau, ou à tout le moins d'un pâturage actuellement fréquenté ; elles sont toutes aisément accessibles, à portée de la main, à une seule exception près, la station de Tahount Arak ; mais le roc isolé de Tahount Arak est au milieu de l'oued, son pied baigne dans l'eau, et il a suffi d'un bien petit nombre do crues pour produire l'afTouillcmcnt qui met la gravure hors de portée. 11 ne semble donc pas que les gravures remontent à une époque où le climat fut autre qu'aujourd'hui.
Cette impression de jeunesse est corroborée par l'étude même des figures. Je n'en vois qu'une ou deux susceptibles d'être classées anciennes, la girafe de la ligure 21, G. D'après mes souvenirs, corroborés par une assez bonne photographie, cette gravure est tout à fait du type de celles de Zenaga ; la patine est aussi foncée que celle de la roche environnante, le trait est profond et régulier, on retrouve tous les caractères d'une grande antiquité. Du moins il me semble ainsi rétrospectivement; à l'époque où j'ai vu cette girafe je n'étais malheureusement pas encore familier avec l'aspect des gravures rupestres de l'époque ancienne (en 11)03) ; je trouve aussi mentionné dans mes notes que E de la figure 22 ^bovidé) est très patiné.
Mais ces figures sont seules de leur espèce. Nous avons fait M. Chudeau et moi, en 1!)05, un séjour prolongé à Ouan Tohra, et, malgré des recherches attentives, nous n'avons pas trouvé une seule gravure d'aspect ancien. Elles semblent très rares sinon tout à fait absentes.