‹ Sahara algérienChapitre 29 sur 119 · Cela ressort surtout des notes manuscrites de Mntylinski · texte numérisé non relu

Cela ressort surtout des notes manuscrites de Mntylinski

a là une nuance qu'il est facile de préciser; il est évident que le nombre des bovidés représentés (dont quelques-uns butés), est tout à fait disproportionné au nombre des méharis. Ceci nous reporte à une époque ou ceux-ci, d'introduction récente, n'avaient pas encore complètement supplanté ceux-là, les bœufs nigériens, bêles de somme garamantiques.

D'ailleurs la représentation de la figure humaine achève de lever tous les doutes sur l'âge approximatif de nos gravures.

Qu'on examine ligure 20, A, le javelot que brandit le chasseur (voir aussi fig. 21, A), il semble bien que ce javelot se termine par un fer de lance.

Que l'on compare cet armement avec celui qui est figuré sur les vieilles gravures algériennes publiées par Pomel 1 ; et dont le caractère néolithique est incontest. .jle. Evidemment notre chasseur est très postérieur; le sauvage a été promu barbare.

Pourtant il n'est pas actuel. La plupart des êtres humains figurés sont nus, tout au plus peut-on imaginer qu'ils ont un pagne autour des hanches. Voilà qui est tout à fait contraire aux habitudes actuelles; le Touareg comme tout musulman, est un paquet d'étoffes flottantes. D'ailleurs l'attirail de guerre du Touareg est bien connu, il a été popularisé par la gravure, un immense bouclier carré, une très longue lance en fer, un sabre très long sans pointe, arme de taille. Ce sont des armes tout à fait appropriées pour un méhari aie. Or les chasseurs ou les guerriers de nos reproductions (fig. 21, A ; fig. 20, A; lig. 2i, K) sont invariablement armés d'un bouclier rond tout petit et de trois javelines,

Ce guerrier à bouclier rond, nous l'avons déjà rencontré dans les stations du nord, à Barrebi en particulier ; mais ici, dans les stations de l'Abuet il est dessiné avec plus de soin, plus détaillé. La ressemblance en devient plus frappante avec le cavalier, figuré à côté des caractères libvques sur la stèle funéraire du musée d'Alger. (Voir fig. 17.) Celui-ci porte à son bras gauche exactement le même petit bouclier rond et les mêmes trois javelines, ces dernières fixées de la même façon à la partie postérieure du bouclier, donnant une impression de panoplie. Il me semble que ce détail est de nature à entraîner la conviction.

Ce méhariste armé en cavalier numide date approximativement nos gravures.

Notons encore qu'elles sont accompagnées d'inscriptions tifinar'

1. l'oiuul, Monnyrauhirs. Le Si'tgc et l'Homme. l'Inudiiv» j. istim.

en grand nombre et qui paraissent contemporaines. Au col de Zenaga les gravures se présentent seules sans accompagnement épigraphique.

Enfin l'aspect seul de nos gravures interdit de les reporter très loin dans le passé puisque la patine fait défaut ; les parties gravées de la roche contrastent vivement par leurs couleurs avec les parties intactes ; elles ont un aspect frais.

Pourtant au point de vue de l'exécution technique elles seraient déconcertantes ; elles ne rentrent pas exactement dans les catégories établies dans le nord par M. Flamand. Là, dans la chaîne des ksour par exemple, tout ce qui n'est pas belle gravure ancienne, à trait profond et lisse, à patine noire, est immonde grafitti libyco-berbère. Ce sont deux catégories bien tranchées et la plupart des gravures au Mouidir-Ahnet ne rentrent ni dans Tune ni dans l'autre.

Les chameaux de la figure 20, B, par exemple, sont des graffîtti libyco-berbères types. Est-il possible de les classer avec les beaux méharis de la figure 21, A. Ces derniers ont 0 m. 50 de haut ; les autres 0 m. 05; ceux-ci sont parfaitement schématiques, et rappellent plutôt au premier coup d'œil un caractère chinois qu'un animal quelconque. Ces gravures procèdent d'intentions différentes; l'auteur de la figure 21, A, tâche de reproduire un animal tel qu'il le voit, c'est un artiste, dans une mesure aussi faible qu'on voudra; l'auteur de la figure 20, B écrit l'hiéroglyphe du chameau, il fait de l'idéographie.

A ne considérer que l'habileté des dessinateurs, et ce qu'on pourrait appeler leurs traditions artistiques, les belles gravures du Mouidir-Ahnet sont tout à fait comparables à celles de Zenaga. Que l'on considère les petits tableautins des figures 20 et 21, scènes de chasse, j'imagine, à moins qu'on ne veuille voir dans la figure 21 une scène de guerre, une rencontre entre méharistes et piétons, mais la présence de gibier et do chiens est peu favorable à cette hypothèse. En quoi ces amusantes compositions sont-elles inférieures par exemple à la gravure rupestre algérienne de Kef Messiouar publiée par Gsell (Monuments antiques, t. I, p 48) et qui représente une famille de lions s'apprêtant a dévorer un sanglier? De part et d'autre c'est la même ignorance de la perspective, mais c'est aussi parfois le même bonheur à silhouetter tel ou tel animal. Qu'on regarde la gazelle entourée par les chiens (fig. 21, A), le cheval (lig. 23, A), la chèvre et l'autruche de la figure 24, B pour ne rien dire de la vache placide et de l'âne qui brait de la môme planche. On ne trouvera rien de mieux dans la série des gravures rupestres sud-oranaises. Et c'est une chose à noter aussi que les dimensions sont les mêmes. Ici comme là

t. -F. GAUTIER. — Sahara Algérien.

Pl. xvii.

Cliché Ijjuiic

H. - GRAVURES RUPESTRES A OUAN TOIIKA sur grès éo-dévotiicn.

les figure» onl clé passées k la craie.

Cliché Lapcrnnc

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