D'après Desplngiies, l. c
E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. PL XVI II.
Cliché Auge
3J. — INSCRIPTION SL R GRÈS AI. BIEN au Ksar d'Abnni. prés Tesfaout.
I*» leitrct, indistinctes, ont été probablement passées à la craie.
au Ksnr d'Abani (suite de la précédente) Cette inscription donnée par le* indigènes comme hébraïque est évidemment berbère.
Il était donc légitime d'espérer que des indigènes érudits pourraient nous aider à déchiffrer les vieilles inscriptions. 11 semble qu'il faille renoncer à cet espoir. M. Motylinski, dans son récent voyage, qui s'est terminé si malheureusement par sa mort, s'était attaché spécialement à résoudre ce problème et il résulte de ses notes manuscrites qu'il a échoué.
Les vieux tifinar' sont indéchiffrables pour les Touaregs eux-mêmes. Toute leur archéologie se résume en quelques légendes de folklore. Caractères et dessins sont attribués à des personnages mythiques, le peuple des Amamellé, un personnage qu'ils appellent Elias, On trouve déjà ces noms dans un texte donné en appendice dans la vieille grammaire d'Hanoleaux. Sous bénéfice d'inventaire il me semble que Amamellé et Élias sont assez analogues aux Djouhala d'Algérie, constructeurs des dolmens, une personnification de la race berbère préislamique, avec laquelle le Berbère converti renie toute parenté.
Si le voile doit jamais être levé ce sera sans doute par la philologie moderne, à la suite des méticuleuses monographies de dialectes Berbères, qui ont été amorcées par M. R. Basset, mais qui sont encore loin de leur conclusion. Ce jour-là les épigraphistes trouveront au Sahara une ample matière, mais peut-être de qualité médiocre.
Conclusions générales. — Cette longue étude analytique comporte, je crois, des conclusions générales.
A propos des gravures anciennes, à plusieurs reprises, j'ai refusé d'adopter les identifications auxquelles s'est arrêté Pomel. Ce n'est pas lui manquer de respect que de critiquer le point de vue trop paléontologique auquel il s'est placé, dans une série de monographies paléontologiques, où l'étude des gravures rupestres est accessoire. S'il veut reconnaître, par exemple, dans une autruche évidente, un grand échassier indéterminé, c'est que a priori il imagine un cadre quaternaire, climat humide et grands marais. Il s'est trouvé entraîné par son point de départ à supposer aux gravures rupestres une précision de planche anatomique dont elles sont malheureusement bien éloignées. Des déterminations qu'il a proposées il n'en subsiste que deux tout à fait incontestables ; celles de l'éléphant et du Bubalus antiquus : mais l'éléphant a subsisté en Berbérie jusqu'en pleine époque historique, et il est possible que nous ayons sur le Bubalus antiquus un texte de Strabon 1 . Sous bénéfice d'inventaire et jusqu'à
I. Livre XVII, chap. m, p. 5, il est question d'un animal de taille gigantesque qui ressemble à un taureau (?)
plus ample informé, l'âge quaternaire des gravures rupestres anciennes n'est rien moins que prouvé.
L'étude des gravures rupestres sahariennes justifie et précise la distinction entre les deux catégories de gravures, anciennes et libyco-berbères. D'autant que dans chacune de ces catégories nous avons le portrait de l'artiste : d'une part un homme coiffé de ce qui semble bien être des plumes, armé d'un bouclier à double écliancrure, d'une hache manifestement néolithique, d'arc et de flèches 1 . D'autre part le « cavalier numide » avec son bouclier rond et ses trois javelots.
Mais aussi longtemps qu'on a connu seulement les gravures algériennes, il y a une telle différence entre les deux catégories, leurs domaines apparaissent si tranchés, les factures si différentes, qu'où a pu imaginer un abîme entre les deux. Pour Pomel c'est l'œuvre de deux races tout à fait différentes, l'une quaternaire et peut-être nègre ; l'autre berbère et toute récente.
L'étude des gravures sahariennes rétablit la continuité; on suit désormais les étapes, les dégradations successives qui conduisent des plus belles gravures anciennes aux plus immondes graffltti modernes; la graduation de la décadence est établie : les gravures de Mouidir- Ahnet sont le missing link. Il en est d'incontestablement libyco-berbères qui sont dans le dessin étroitement apparentées avec d'autres incontestablement anciennes. Comparez par exemple les scènes de chasse de part et d'autre, la chasse à l'autruche dans Pomel \ et au mouflon sur les roches de Mouidir 3 . Tout cela prend l'apparence d'une école unique progressivement atrophiée : et dès lors il devient difficile d'imaginer que les gravures soient l'œuvre de deux races différentes, il semble que tout soit berbère et on peut d'autant moins reculer les gravures anciennes dans une antiquité extrêmement lointaine.
J'imagine que les causes de la décadence sont assez faciles a dégager. Et sans doute faut-il faire sa part au triomphe de l'islamisme iconoclaste. Mais il y a autre chose. Tous les dessins, même les plus récents ont été gravés avec un instrument en pierre, il suffit pour s'en rendre compte de s'essayer à reproduire une gravure sur la roche même d'une station. On n'y parvient pas avec la pointe d'un couteau ou d'une arme en fer, le trait obtenu est infiniment trop délié, filiforme et presque invisible ; qu'on essaie avec une pierre et