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ETHNOGRAPHIE SAHAH1ENNE 119

on réussit sans peine en très peu de temps. Aussi bien cette constatation n'est pas nouvelle, elle n'a pas échappe à Pomcl et à Flamand. Je crois même qu'on peut expliquer comme suit l'énorme différence de facture entre les deux types libyco-berbères, le saharien et l'algérien (voir par exemple la planche 25, n°" 2 et 3). Les gravures du type algérien, en pointillé à grands éclats (n° 3) ont été exécutées avec une pierre quelconque, sans pointe, un caillou contondant, à une époque ou les pointes néolithiques n'étaient plus d'usage courant, ou par un individu qui s'en trouvait démuni. Les gravures du type saharien (n° 2) ont été exécutées avec une pointe de silex. Kt dès lors on comprend bien que les gravures de ce type inconnues dans le nord, abondent au Sahara, puisque, aussi bien, l'usage des armes et des outils en pierre s'est de toute nécessité conservé bien plus longtemps au cœur du continent qu'au voisinage de la Méditerranée.

Au surplus les Touaregs actuels ne gravent plus; je n'ignore pas que Hohlfs a trouvé au désert de Libye un dessin rupestre de bateau à vapeur, mais je parle du Sahara occidental, et d'ailleurs on ne peut pas tirer de conclusions générales d'une fantaisie individuelle. Ce qui est certain, en règle générale, c'est que le Touareg a continué à considérer les pierres comme la seule matière qui se prête à l'écriture, encore aujourd'hui il les couvre de tifinar' et de dessins généralement géométriques {voir lafîg. 17, n° 1 1). Ils sont particulièrement abondants dans la grotte de Timissao. Mais ce n'est plus de récriture gravée, elle est peinte, généralement à l'ocre; d'ailleurs le Touareg, grand ornemaniste en cuir est assez familier avec les couleurs minérales. Il se peut au surplus qu'il y ait eu une ancienne alliance entre la gravure et la peinture rupestre; dans certaines ligures comme le bélier coiffé d'un disque (fïg. 14), tout l'espace circonscrit par le trait extérieur est creux et parfaitement lisse ; on imagine volontiers que cetévidement devait être recouvert d'un enduit coloré. En tout cas la substitution d'une mode à l'autre, de la peinture à la gravure, doit se rattacher à la disparition des derniers outils en pierre. On sait d'ailleurs que cette disparition dans l'Afrique du nord est assez récente et on dira tout à l'heure que chez le Touaregs en particulier il ne faut pas gratter beaucoup pour retrouver le néolithique.

tën somme la gravure rupestre semble avoir suivi pas à pas la décadence du lithisme. Sous cette réserve qu'une synthèse est peutêtre tout de même prématurée, on se représenterait hypothétiquement comme suit les phases de la gravure rupestre.

A. — L'époque des belles gravures sud-oranaises, néolithisme

exclusif. La gravure est un art qui a ses ouvriers habiles, et même c'est un art religieux, le bélier casqué a été certainement l'objet d'un culte (Ammon, alias Bou-Kornéin le cornu).

B. — Libyco-berbère saharien. La gravure n'a plus de sens religieux, elle n'excite plus le même intérêt, l'influence du christianisme puis de l'Islam se fait sentir, mais au Sahara du moins le néolithisme persiste et avec lui les outils et les procédés de la gravure.

G. — Libyco-berbère méditerranéen le lithisme est en voie d'extinction, la gravure devient tout à fait grossière, de très bonne heure dans la zone méditerranéenne, où la phase B n'existe pas, beaucoup plus tard au Sahara.

La limite chronologique entre A et B apparaît nettement, la disparition de l'éléphant et l'apparition du chameau, phénomènes historiquement datés, nous reportent approximativement au début de l'ère chrétienne.

Il est difficile de dire jusqu'à quelle époque le libyco-berbère saharien a pu se maintenir ; jusqu'à une époque peut-être beaucoup plus rapprochée de nous qu'on n'imagine, et l'expression « cavalier numide ou gétule » serait mal choisie s'il fallait la prendre à la lettre. Le Berbère est étonnamment conservateur, les Touaregs cavaliers du Niger conservent encore aujourd'hui dans ses traits essentiels l'armement des stèles du musée d'Alger, les trois javelots qu'ils lancent en galopant avec une adresse stupéfiante, dit-on, fidèlement transmise de génération en génération depuis Massinissa.

Sur le terminus a quo des plus anciennes gravures, il est impossible de se prononcer, il est pourtant, je crois, de prudence élémentaire, et jusqu'à plus ample informé de ne pas les mettre en parallèle avec nos gravures européennes sur os et sur pierre, contemporaines du mammouth et du renne.

Il reste à ajouter ceci. Dans l'état actuel de nos connaissances, l'extrême rareté au Sahara des gravures rupestres de type ancien reste un fait frappant. Sans doute il y en a d'incontestables à Timissao et je crois bien qu'il faut rattacher à cette catégorie une girafe de l'O. Tar'it dans l'Ahnet. Mais nous ne savons pas du tout quel temps il faut pour patiner une gravure; à coup sur j'ai cherché vainement des gravures anciennes à la station si riche d'Ouan Tohra, et dans une station quelconque du Sud-Oranais pareille recherche, je crois, ne fût pas resté vaine. C'est l'Algérie qui reste le pays classique des vieilles gravures, les plus beaux échantillons, et les plus nombreux sont là. On a l'impression qu'au Sahara ces Berbères graveurs sont venus tardivement.

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