‹ Sahara algérienChapitre 33 sur 119 · III. — Armes et instruments néolithiques · texte numérisé non relu

III. — Armes et instruments néolithiques

J'ai trouvé en cours de route un certain nombre d'armes et d'instruments néolithiques.

Station «TAïn Sefra. — La station d'Ain Sefra est très anciennement connue, si anciennement qu'elle a presque cessé d'être une station, les pièces les plus intéressantes ayant été enlevées depuis longtemps. J'y ai recueilli cependant un lot considérable de débris parmi lesquels M. Verneau a bien voulu sélectionner un petit nombre de pièces « des lames retouchées sur les bords et des lames à

Fip. 26. — Coupe schématique de In station néolithique d'Ain Serra.

(figure i-Urmitc do i; Anthropologie. «»»*«.n Cl P», MU.]

encoche », de petits outils que M. Verneau estime avoir servi à la taille et à la perforation des rondelles d'œuf d'autruche.

Un séjour prolongé m'a permis d'étudier le gisement, dont les conditions me paraissent intéressantes.

Le substratum immédiat est formé par des alluvions quaternaires presque exclusivement sablonneuses sous lesquelles s'enfoncent au sud, en plongée très accusée, les grès crétacés du dj. Mekter, et dans lesquelles au nord l'oued actuel a creusé son lit. Au contact du Crétacé et du Quaternaire, mi-partie sur l'un et sur l'autre une dune est accumulée. La surface du quaternaire est parsemée de touffes de végétation, autour de chacune desquelles l'érosion éolienne a profondément aiïouillé, de sorte que chaque touffe couronne un monticule. Il est clair que ceci est un champ de bataille entre le vent et la végétation, l'un tendant à décaper et l'autre à protéger le sol : rien de plus fréquent au Sahara. Il est clair aussi que la dune représente les conquêtes du vent, la dune s'est formée aux dépens du sable quaternaire sur lequel elle repose.

Les silex gisent en vrac entre les touffes sur la plate-forme quaternaire, et aux endroits où ils sont le plus denses les fouilles ne donnent absolument rien; tout est à la surface du sol.

Tout se passe donc comme si les silex étaient un résidu des couches disparues, décapées par le vent, et accumulées par lui sous forme de dune à quelques mètres de là.

C'est un fait général au Sahara que les silex néolithiques se trouvent comme à Ain Sefra en vrac à la surface du sol et à proximité d'une dune. Dans la plupart des cas je suis convaincu qu'une analyse détaillée des conditions de gisement donnerait un résultat identique. Au Sahara, pays de décapage éolien, il n'y a plus de gisements, mais simplement des résidus de gisement. Le vent s'est chargé des fouilles, et voilà pourquoi il y a, d'une part, une si grande abondance de matériaux recueillis, et d'autre part une extrême pénurie de renseignements précis sur la stratigraphie des stations.

Station de Zafrani. — Une station néolithique importante se trouve sur la rive gauche de la Zousfana entre Moungar et le puits de Zafrani, en bordure de la dune et sur le Quaternaire. Les silex comme toujours sont épars sur le sol. Ils ont été extrêmement abondants, car tous les convois militaires qui depuis 1902 viennent camper une fois par mois à Zafrani ont méthodiquement pillé la station, qui n'est pas encore tout à fait épuisée. Le musée d'Alger a une assez jolie collection de ces silex, représentée ci-contre (pl. XIX, phot. 38).

Les pointes de Zafrani sont en deux silex différents, l'un noir el l'autre blanc. Cela correspond peut-être à la présence dans le pays de deux catégories très différentes de rognons siliceux, les uns carbonifères et les autres pliocènes.

Ces silex sont intéressants parce que très particuliers, très différents de ceux qu'on recueille couramment en si grand nombre dans la région d'Ouargla et dans l'erg oriental. La planche XIX (phot. 37) donne à titre de spécimen et pour la comparaison, quelques échantillons de ces pointes orientales. Tandis qu'elles sont menues, longues do 2 ou 3 centimètres, et admirablement travaillées sur les deux faces, on dirait presque ciselées*, les pointes de la Zousfana sont deux fois plus longues et plus épaisses, et d'un travail très grossier, unilatéral. Les premières sont de vraies pointes de flèche, tandis que les autres seraient plutôt des pointes de lance ou de javelot.

Nous entrons donc ici dans une autre région néolithique, car,

I. Elles ont fait l'objet d'une monographie délnillèo par Pallary : Classification industrielle des Mèches néolithiques du Sahara, dans L'Homme préhistorique. I** juin

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XIX.

Cliché Virzcw&ki

37. - TYPH DES POINTES D'OL'AKGLA (Musée d'Alger); (Grandeur nature.)

Cliché Vinewski

Page 1