CHAPITRE I ONOMASTIQUE
Les ouvrages descriptifs concernant l'Afrique du Nord sont hérissés de mots arabes; tout particulièrement les comptes rendus d'itinéraires écrits sur place par nos officiers, sous la suggestion immédiate du pays; et par exemple les articles de ce genre, très intéressants et très importants, qui paraissent depuis quelques années dans les suppléments au Bulletin du Comité de l'A frique française. D'ailleurs même les ouvrages écrits à tète reposée, en France, et pour un public métropolitain, ne sont pas exempts du même défaut, puisque, invariablement, en tète ou en queue du livre, on trouve un petit dictionnaire des termes géographiques arabes'.
Ces textes, lardés de mots empruntés à une langue étrangère, sont k coup sûr exaspérants pour le public français.
Que le défaut, si c'en est un, soit commun à tous les géographes nord-africains, cela suffirait déjà à les justifier. Ils obéissent à une nécessité. En France nos topographes recueillent précieusement les termes géographiques locaux (douix de Bourgogne, combes du Jura, puys d'Auvergne, etc.) pour en enrichir le vocabulaire général. Nous trouvons à ces termes, indispensables d'ailleurs, puisqu'ils correspondent à des nuances nouvelles, une valeur éducative; ils nous permettent de classer des notions et nous forcent à les approfondir. II est clair que les termes géographiques arabes ont la même valeur, et le même caractère indispensable.
1 . Foureau, Documents scientifiques de la mission Saharienne, p. 1 175 (Glossaire de quelques termes employés).
SA.HAHA ALOiMIR. 1
Dans un pays comme le Sahara où les formes du terrain, les aspects du sol, les modes de l'hydrographie, sont parfaitement originaux, sans analogues chez nous, il serait absurde de vouloir se tirer d'affaire avec notre vocabulaire français; pour être compris de tout le monde on renoncerait à l'être réellement de personne, puisqu'on s'interdirait toute précision. D'autre part vouloir créer des expressions françaises nouvelles, serait d'abord se résigner à l'emploi de périphrases, étant donnée la rigidité de notre vieille langue. Mais par surcroit ce serait d'une outrecuidance ridicule : des mots nouveaux, immédiatement acceptés de tout le monde, il en naît tous les jours, mais on ne les crée pas consciemment.
lies paysages polaires ne sont guère plus éloignés des nôtres que les paysages désertiques. Pour en rendre les différents aspects il est né dans le domaine des langues germaniques, et plus spécialement de la langue anglaise un vocabulaire spécial, qui a sans difficulté passé dans le nôtre. Nos géographes polaires emploient sans hésitation un grand nombre de mots, comme floe, pack-ice, inlandsis, dont on peut bien dire qu'ils n'ont pas encore, pour beaucoup de lecteurs une signification bien précise. D'autres termes ont, d'ores et déjà, passé franchement dans l'usage courant, fjord, iceberg. Il en est un au moins qui s'est francisé jusque dans son orthographe; car c'est, j'imagine, quelque chose comme « bank-ice » qui s'est déguisé en < banquise ».
Ce petit effort d'acclimatation, que nous avons fait sans y songer pour le pôle, il est inadmissible que nous refusions de nous l'imposer pour notre Sahara, un pays dont nous avons en quelque sorte la responsabilité scientifique.
On n'a pas naturellement la prétention d'apporter ici une idée, ou de montrer une voie nouvelles. Le processus de naturalisation des termes arabes a déjà commencé automatiquement. Les mots dont on s'occupera dans les lignes qui suivent ne sont pas tous pour le public français des étrangers au même degré. Tout le monde sait, j'imagine, ce que c'est qu'un oued par exemple. Mais il y a peut-être intérêt à substituer au lexique usuel, qui voisine avec la table des matières et celle des errata, une tentative d'explication coordonnée.
Expliquer un mot d'ailleurs, c'est chercher à comprendre la chose, à en dégager la genèse. Un chapitre d'onomastique saharienne c'est en quelque sorte une étude du climat désertique dans son retentissement sur les sols, les formes topographiques, l'hydrographie.
-F. Gautier. — Sahara Algérien.
Pl. I.
Cluhe Gautier
i. — TYJ'E DE HAMMADA Dalles cl esquilles de grès éo-dévonien.
entre In Scmnicn et Mcglidoui dans l'A^edjerjd.
B j uc^^îjrche^c^C^*^>îi^i!
a. - TYPE DE REG Plaine d'alluvions décapée.
Cluhc I.jperrinc