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LA ZOU5FANA cd aval de Ksnrcl Azoudj

Le lit de l'Oued est très large et très touffu ; — à l'arrière plan le djebel Moumen.

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poussant librement sans le secours de l'irrigation. Et voilà qui est étrange, car l'olivier est un arbre méditerranéen, qu'on n'attend pas au désert.

Le sommet de FAntar est aussi un îlot de végétation du Tell (bosquets de genévriers par exemple).

Mais tout le reste du pays a une végétation saharienne, c'est-à-dire dans la majorité des cas tout à fait absente. Le Béchar, le Mezarif, le Moumen, la hammada de Moungar Tarit, sont des étendues désolées de roc nu.

Quand un peu de végétation apparaît dans des coins de vallées privilégiés, c'est ce qu'on appelle au Sahara un pâturage, ces buis sons rabougris et mal virescents dont le chameau se nourrit. (Voir pl. XXVI, phot. 30.) La végétation arborescente est surtout représentée par de rares tamaris, et quelques talhas très sporadiques (faux gommiers); il y en a un par exemple à el Morra.

Il faut noter pourtant la fréquence A'Anabasis ari'tioides, que les Arabes appellent ed-dega et le corps d'occupation « chou-Heur du bled », elle ressemble en effet à une pomme de chou-lleur posée au ras du sol sans tige. C'est une plante des hauts plateaux oranais qui disparait à mesure qu'on s'éloigne plus avant dans le Sahara.

Notons aussi que leporc-épic, qui est nettement une bête du Tell, se trouve encore le long de la Zousfana entre Tarit et Igli.

En somme la région de la Zousfana doit peut-être au voisinage de l'Atlas des pluies un peu moins rares que dans le reste du Sahara. Mais elle en reçoit directement très peu. C'est au réservoir de l'Atlas et en particulier du Grouz qu'elle doit d'être habitable à un assez haut degré. Figuig, Fendi, Ouakda, Béchar, Kenadsa, Tar'it, forment un groupe assez important de palmeraies, toutes alimentées par le Grouz. Notons que, pour trouver l'équivalent à la lisière du Sahara il faut aller dans l'ouest au moins jusqu'à Laghouat et peut-être même jusqu'à Biskra.

Régime des eaux. — Il y a d'assez nombreuses petites sources dans les massifs montagneux dinantiens.

Le Mezarif, par exemple, a trois points d'eau pérennes (0. Chegga, Aïn Nakhlat, Ain Mezarif).

Le Moumen lui-même, malgré ses dimensions assez exiguës a deux points d'eau ; le Béchar a une demi-douzaine de points d'eau, je citerai ceux que j'ai vus : el Djenion et Ain Mézerelt (pl. XXII).

J'ai vu aussi H. Ar'lal, Daou Belal et Menouar'ar en relation avec la hammada de Moungar.

Ces points d'eau sont invariablement au débouché de torrents, descendus de leurs montagnes respectives, et généralement en rapport avec la limite soit inférieure (c'est le cas le plus général), soit supérieure (Djenien, Menouarar) des calcaires carbonifériens.

Les trois sources du Mezarif, par exemple, sont, malgré leur éloignement topographique, au même niveau stratigraphique, à l'affleurement du premier banc de grès dévonien(?) immédiatement au-dessous des calcaires dinantiens. Ain Mézerelt et les sources du Moumen, je crois, sont exactement dans la même situation.

Il est clair que les petites sources de cet ordre restituent goutte à goutte à la circulation atmosphérique, la provision propre d'humidité du Mezarif, du Moumen, duBéchar; elles portent donc témoignage que chacun de ces massifs, sous une forme quelconque, rosée, givre, neige ou pluie, condense et emmagasine, pour son compte personnel, une certaine quantité de vapeur d'eau.

Mais cette quantité est faible. Aucune de ces petites sources n'a Gxé de la vie humaine, quoiqu'un petit nombre d'entre elles (Ain Nakhlat, el Djenien) alimentent comme leur nom l'indique, à titre de curiosités, quelques palmiers sporadiques. Ce n'est pas cependant qu'elles soient dépourvues d'importance économique. Dans ce pays coupé de puissantes barrières rocheuses, les petits points d'eau jalonnent les routes de montagnes, les plus difficiles et les plus mal fréquentées : les routes des « djich 1 » ; ils rendent habitables des repaires provisoires où une bande guette le coup à faire. Le Mezarif septentrional est un repaire admirablement aménagé par la nature, avec trois issues indépendantes, correspondant aux trois points d'eau, et situés aux points les plus opposés de l'horizon. Le 25 décembre 1904 un rezzou de Chaamba revenantd'une razzia fructueuse, et cerné dans le Mezarif par des forces supérieures leur a glissé entre les doigts avec une extrême facilité.

Les grosses agglomérations, les grosses taches de culture et de verdure, sont en relation avec les eaux descendues de l'Atlas, des sommets avoisinant deux mille mètres.

Nappe artésienne. — Le groupe d'oasis le plus important, celui de Figuig, est dans une cuvette encerclée par les contreforts du Grouz et du Béni Smir.

Son hydrographie a été étudiée par M. Ficheur. Toute l'eau de

I. Les mots djich, rezzou, harka, qu'on emploiera fréquemment, désignent des band« «1»! pillards d'importance croissante : une bande d'une dizaine d'hommes est un djich. de plusieurs centaines, une harka.

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Figuig est artésienne, non pas qu'il y existe un seul puits, mais les sources viennent de la profondeur, amenées en surface par des failles. Quelques-unes de ces sources attestent leur origine par leur température élevée; deux des ksars de Figuig portent le nom caractéristique de « hammam ». D'autres, de température normale, ont une force ascensionnelle qui se traduit par un bouillonnement très visible. M. Ficheur estime que la nappe artésienne doit se trouver entre les calcaires liasiques et les couches argileuses infrajurassiques (?) du Chegguet el Abid.

Je serais tenté, sous bénéfice d'inventaire, de mettre dans une catégorie voisine les sources qui alimentent les petites palmeraies de Bou-Kaïs, el Ahmar, Sfissifa. Elles jalonnent au pied de l'Atlas la grande faille couturée de roches éruptives. Une source de Bou-Kaïs a une trentaine de degrés, tandis que l'eau du puits de Colomb- Béchar ne dépasse pas 22°.

Les oueds. — Les autres oasis jalonnent les oueds descendus de l'Atlas. L'oued le plus considérable, la Zousfana, alimente la plus belle oasis, celle de Tar'it, qui rivalise avec Figuig.

Grâce au capitaine Normand qui a passé deux ans à creuser des puits sur la ligne d'étapes nous pouvons nous faire une idée précise du régime hydrographique dans la Zousfana.

Elle prend sa source dans la cuvette du Figuig et elle est donc alimentée par les torrents du Grouz et du Beni Smir.

Sur tout son parcours elle coule à l'air libre une fois ou deux par an, lors des très grandes crues. En général elle est à sec comme il sied à un oued saharien. Pas partout cependant. Elle coule à l'air libre assez régulièrement en deux points très éloignés l'un de l'autre, au col de Tar'la sur cinq ou six kilomètres, et dans la palmeraie de Tar'it sur une quinzaine de kilomètres. En ces deux points c'est apparemment un seuil rocheux qui ramène en surface la nappe aquifère. A Tar'la l'oued sort de la cuvette de Figuig en forçant une muraille de calcaires liasiques et jurassiques. A Tar'it l'oued a creusé son lit dans des terrains d'atterrissement, mais au travers desquelles on voit percer les calcaires dinantiens 1 ; sous les murailles mêmes du ksar de Tar'it le lit est franchement entaillé dans les vieux calcaires et c'est en ce point précis que ce lit, sec en amont, se remplit d'eau vive.

1. C'est une esquille détachée de la falaise, par une diaclase très visible. La carie géologique est à trop petite échelle pour qu'on ait pu y porter ce détail. (Voir pl. XXVII, phot. 51). La faille a peut-être un rapport avec la réapparition de l'eau vive.

Entre Tar'laet Tar'it le capitaine Normand' nous indique à quelles profondeurs les puisatiers ont rencontré l'eau, à Ksar el Azoudj 3 mètres, flaci el Mir 5 mètres, el Morra 10 mètres, el Moungar 20 mètres. Kappelons que, à Ksar el Azoudj et Haci el Mir le soossol dévonien affleure.

En somme cet oued Zousfana a un lit souterrain continu et pérenne ; les terrains d'atterrissement où il coule sont gorgés d'eau à une profondeur plus ou moins faible; on a pu y trouver un point d'eau, ou y creuser un puits tous les 25 kilomètres le long de la ligne d'étapes, qui est suivie régulièrement par de l'infanterie européenne, des chevaux et des mulets. Sans doute les étapes sont dures; au cœur de l'été l'eau devient rare, il faut parfois rationner bêtes et gens, toute l'année d'ailleurs elle est mauvaise, magnésienne et salée. Pour qui vient du nord c'est déjà le Sahara et ses horreurs. En réalité c'est un Sahara très atténué.

A Ksar el Azoudj, et de là jusqu'au pied du Moumen, jusqu'à Ilaci el Begri et Haci el Mir, la végétation est très belle, pour le Sahara s'entend, les tamaris forment par places de vrais boqueteaux. D'ailleurs Ksar el Azoudj fut certainement un point habité, à une époque indéterminée, comme son nom l'indique (Pl. XXVI, phot. 50).

A el Morra les Ouled Djerir plantent et récoltent de l'orge après les crues 5 .

En aval de la palmeraie de Tar'it (exactement de Zaouia Tahtania) l'oued coule en pleine hammada de calcaire carboniférien, à même la roche, ou du moins sur une couche d'alluvions insuffisante, il offre donc de moindres ressources; entre Tar'it et Igli le puits d'el Aouedj coupe l'étape.

Le Grouz envoie à la Zousfana sur sa rive droite toute une série d'affluents qui ont une vie souterraine et parfois superficielle.

L'oued de Fendi, qui passe à Hou Yala, a coulé plusieurs fois à pleins bords pendant l'hiver 1004, au point de compromettre la sécurité du poste provisoire de Bou Yala. A Beni Ounif, à Bou Aiech, à ('olomb-Béchar, il suffit de creuser n importe où un puits de quelques mètres pour avoir de l'eau.

Les oasis de Beni Ounif, de Tebouda, de Fendi sont chacune en relation avec un torrent descendu du Grouz. Fendi a de petits lacs, qui sont charmants, perdus dans un fouillis de palmiers abandonnés

1. Capital m* Normand, Ses travaux dans la vallée de la Zousfana, Bulletin du Comité dt l'Afrique française, supplément de juillet 1004, p. 165.

2. Lieutenant Cavard, Les Ouled Djerir, Bulletin du Comité de l'Afrique françaite, supplément de novembre 1U04, p. 279.

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à eux-mêmes, incultes et non taillés; car l'oasis de Fendi, dangereusement située, a été désertée par ses propriétaires. Tout autour, les murailles de calcaire cénomanien (?) encadrent la palmeraie et la dominent en vasque gigantesque; ce trou de verdure et d'eau est à bon droit le coin de paysage le plus célèbre de la région, Fendi, bien plus complètement qu'aucune des autres palmeraies, répond à l'ensemble d'idées traditionnelles qu'évoque le mot d'oasis.

Les palmeraies d'Ouakda et de Béchar (poste de Colomb-Béchar) sont dans le lit de l'O. Khéroua qui draine l'Antar. Là aussi, à l'oasis de Béchar, l'oued coule à l'air libre, les eaux souterraines sont ramenées en surface par l'affleurement des marnes cénomaniennes ou des argiles primaires, et elles s'étalent en étangs.

Les étangs de Colomb-Béchar ne sont pas aussi joliment encadrés que ceux de Fendi; en revanche, ils sont très poissonneux. Les barbeaux abondent et quelques-uns sont énormes; naturellement aucune autre espèce n'est représentée ; le barbeau est le seul poisson, je crois, acclimaté au Sahara. Ceux de Béchar voisinent seulement avec un grand nombre de tortues aquatiques.

Il est donc de toute évidence que le réseau hydrographique, qui est assez serré, comme le montre un coup d'œil sur la carte, n'est pas complètement mort. Les oueds ont une vie souterraine. Tout le long de leur cours, ils ont une réserve d'humidité qui se dépense parfois spontanément en sources et en mares d'eau libre. Il y a dans le sous-sol une nappe superficielle importante qui alimente les tapis de fleurs du Grouz, les bosquets d'oliviers sauvages, et un certain nombre d'oasis.

En général les sources les plus importantes semblent conditionnées par le voisinage de l'énorme masse des roches primaires peu perméables, qui forcent la nappe superficielle à s'étaler à l'air libre. Il est remarquable que les petits étangs de Fendi et de Béchar, ces sortes d'anévrismes à ciel ouvert de la circulation souterraine, se trouvent au point précis où les oueds Fendi et el Khéroua vont quitter les roches secondaires pour pénétrer dans le domaine des roches primaires.

Groupe d'oasis de Béchar. — Si l'on met à part Figuig, pour lequel on ne possède pas les éléments d'une monographie 1 , les principaux groupements humains sont les palmeraies de Béchar, et celles de Tar'it.

I. On ne peut que renvoyer h l'excellente étude de Doutté dans La Géographie, 1903, 1, p. 177.

Le poste de Colomb-Béchar voisine avec les deux petits ksars de Béchar et d'Ouakda dont les palmeraies se confondent en une seule oasis.

Le lieutenant Cavard nous donne sur ces deux ksars des renseignements démographiques et historiques.

Béchar a une soixantaine de maisons et peut armer 80 fantassins et 7 à 8 cavaliers. Ouakda serait moitié moins important à en juger parle nombre de ses fantassins, une quarantaine. Ouakda a 8000 palmiers.

Ces toutes petites bourgades ont pourtant un passé fort ancien. On garde à Béchar le souvenir d'un siège que le ksar a soutenu au v* siècle de l'hégire, soit au xn e siècle après J.-C. contre le sultan Moulay Ahmed Dehbi, surnommé le Sultan noir.

Je crois, il est vrai, que ces souvenirs de gloire ne s'appliquent pas au ksar actuel de Béchar, qui est une forteresse de pisé sur la rive droite de l'oued. Sur la rive gauche en tout cas s'étendent les ruines confuses d'un vieux ksar en pierres sèches.

Je ne crois pas qu'on ait recueilli à son sujet les souvenirs indigènes. Mais sa seule existence est intéressante. A travers tout le Sahara nous retrouverons ce même contraste entre des ksars actuels en pisé, et de vieilles ruines en pierres sèches.

Les habitants de Béchar et d'Ouakda sont presque tous des khammès (métayers, il serait plus juste peut-être de dire des serfs).

Comme partout au Sahara la prééminence sociale appartient aux nomades, qui sont ici les Ouled Djerir 1 .

Ils sont 5000 d'après le lieutenant Cavard, avec 600 tentes, et ils pourraient mettre en ligne 1 100 fantassins et 80 cavaliers.

Ils ont des terrains de culture dans l'O. Namous (Oglat Djedida) et dans l'O.Zousfana(elMorra). Il ont des droits de propriété à Bou Yala, Tebouda, Fendi. Ils ensilotent à Béchar et à Ouakda, où ils sont propriétaires d'une grande partie des palmiers, et dont ils sont en somme les suzerains.

Maigre suzeraineté d'ailleurs, car il est notoire que les Ouled Djerir sont pauvres; ils n'ont pas assez d'orge ni de dattes pour leur consommation ; conformément à tous les usages sahariens ils comblent le déficit par les bénéfices du banditisme; et de la sorte la pauvreté entretient chez eux des vertus militaires qui rehaussent leur prestige.

D'après Cavard, leur arbre généalogique remonte au vn e siècle après I. Lieutenant Cavard, Les Ouled Djerir, l. c.

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J.-C. ; à cette époque vivait Djcrir, l'ancêtre éponyme; et c'est alors que la tribu s'est individualisée en se séparant des Hamyan.

Ces hobereaux besogneux partagent l'autorité avec une autre grande puissance, religieuse celle-là, la zaouia (monastère) de Kenatsa. Kenatsa est à 24 kilomètres de Béchar, exactement au pied de l'escarpement terminal de la hammada qui porte son nom. Les sources qui alimentent les jardins sont dans les grès houillers à la base de l'escarpement. La zaouia a un aspect d'ancienne prospérité; elle s'annonce de loin par un gracieux minaret bâti en briques, sans faïences apparentes, il est vrai ; autant qu'on peut en juger à quelque distance, car la visite en est prohibée, c'est l'architecture de Tlemcen, de Fez et de Marrakech qu'elle rappelle, et non pas du lout ces grossières mosquées en pisé blanchi, de profil déjà soudanais, qu'on voit aux oasis sahariennes. (Voir pl. XXVIII, phot. 54.) La zaouia possède certainement une bibliothèque, avec des manuscrits curieusement enluminés sur papier de luxe; il est non moins certain par malheur que ces manuscrits sont mangés aux rats. Enfin Kenatsa a ses Juifs, ce qui revient à dire, en pays marocain, un peu d'industrie et de commerce.

L'ordre religieux de Kenatsa (les Ziania) a été fondé au xvn' siècle par un chérif marocain originaire de l'O. Draa.

Tar'it. — La création d'un poste militaire au ksar de Tar it (alias Taghit), a donné à ce nom une sorte de notoriété. L'usage s'est à peu près établi d'étendre ce nom à toute l'agglomération humaine qui se décompose en cinq ksars : Zaouia Fokania, Tar'it, Barrebi, Bakhti et Zaouia Tahtania. Les indigènes de ces cinq ksars ont pourtant un nom d'ensemble, celui de Bcni Goumi, qui est fort ancien et se trouve déjà flans Ibn Khaldoun.

La palmeraie de Tar'it ou des Beni Goumi s'allonge sur 16 kilomètres le long de l'oued Zousfana entre le monastère d'amont (Zaouia Fokania), et le monastère d'aval (Z. Tahtania).

Cette ligne de verdure et d'eau est profondément encaissée entre la falaise carboniférienne à droite et la dune à gauche; dans ce couloir étroit et sinueux la paroi de sable et la paroi de roc, hautes chacune d'une centaine de mètres, se rapprochent à se toucher; si bien que, fréquemment, le sentier qui longe l'oued est forcé d'escalader les premières pentes de la dune. (Voir pl. XXVII, phot. 51 et 52.)

Les sables reposent — comme toujours — sur des terrains d'alterrissement quaternaires et mio-pliocènes, dans lesquels l'oued en général a entaillé son lit.

SAHARA ALOtaiEX. 11

Pas partout cependant. — La falaise carboniférienne est la lèvre d'une faille ; en deux points au moins à Tar'it et à Z. Tahtania on en voit des esquilles. Celle du Tar'it se distingue sur la photographie. (Cf. pl. XXVII, phot. 51.) A travers l'esquille de Tar'it l'oued s'est creusé en pleine roche un canyon profond et court entre le piton de Baroun sur la rive droite et le piton qui porte le ksar sur la rive gauche. De là vient précisément le nom du ksar : Tar'it est un nom berbère qu'on pourrait traduire par canyon.

On a déjà dit que ce barrage rocheux ramène en surface la nappe aquifère et ressuscite la Zousfana. Dans les puits des jardins, aux saisons les plus sèches, l'eau se trouve à deux mètres de profondeur. Cette eau pourtant, comme celle de l'oued lui-même, est à peine potable, on recueille du sel dans les boues de l'oued ; ces alluvions quaternaires dans lesquelles est taillé le lit actuel sont toujours chargées de gros cristaux de gypse (les roses de sable), de chlorures et de magnésie. Les Beni Goumi vont chercher leur meilleure eau sous la dune, dans les alluvions mio-pliocènes; ils la captent et la conduisent au moyen de petites foggaras.

Ces dunes de Tar'it, une avancée de grand erg, sont scandaleusement inexplorées, l'inconnu commence à un kilomètre du poste. On peut affirmer pourtant que, en un point au moins elles recouvrent un oued enfoui, affluent de la Zousfana.

A quelques kilomètres au nord du ksar de Tar'it en bordure de l'erg les officiers du poste reconduisent généralement leurs amis jusqu'à une petite palmeraie, qu'ils ont surnommée « des Adieux ». Elle est au bord de l'erg, sous lequel on distingue des falaises et des témoins d'érosion, un lit, où l'eau est à fleur de terre. De là partent des foggaras qui alimentent Zaouia Fokania. Les éclats de silex abondent à la surface du sol. On trouve réunis là, comme si souvent dans l'erg, la dune, l'oued enfoui et le gisement néolithique. On sait d'ailleurs que cet erg jouxtant les Beni Goumi est loin d'être dépourvu de puits — celui de Zafrani par exemple.

Un autre oued, affluent de la Zousfana (rive droite), joue un rôle subordonné dans la vie économique de Tar'it. C'est l'oued Abd en Nass dont la vallée court parallèlement à la Zousfana, sur la hammada carboniférienne; elle suit l'affleurement d'une couche argileuse intercalée dans les calcaires de la pénéplaine. Vallée sèche, un simple cordon de reg où les moutons trouvent une maigre pitance, mais une voie d'accès commode, une route naturelle bien plus aisée que la rocaille de la hammada ou les sables de l'oued. Le nom a été quelquefois orthographié Had en Nass; mais l'autre

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien.

Pi. XXVI I.

Si. — VI E PRISE DU KSAR DE TAR'IT. en regardant la falaise.

Contre l'apparence les couche* calcaire* dinanlicnnes, qu on distingue au-dessus des palmiers, ne sont pas stratigrapliii|iicment inférieures a celles qu'on voit à l'horizon a gauche, au sommet de la falaise. C'est la nu me assise dont la continuité a été rompue par une faille.

(Le trace de lu faille est jalonné par la Koubba blanche à gauche de la figure cl par I cchancrurc de la ligne d'horizon, au sommet et au milieu de la falaise.)

<i. — VUE PRISE DU KSAR DE TAR'IT. en regardant la dune. (Du même point que si, après une conversion de 1K0* :) On w rend compte de l'cnc.iis'.crr.erit du K&ar entre la dune el I* montagne,

-F. Gautier.

Pl.. XXVIII.

S4 LA ZAOL1A DF. KENATSA Le Minaret est intéressant, d'un travail soigné.

LA ZOUSPANA 163

leçon paraît préférable : parmi les nombreux tombeaux de saints qui se partagent la vénération des Beni Goumi, il s'en trouve un de Sidi Abd-en-Nass (le serviteur des hommes) — un nom d'une jolie humilité maraboutique, surenchérissant sur l'humilité de cet autre nom plus répandu, Abd-Allah (le serviteur de Dieu).

Sur les Beni Goumi nous avons la bonne fortune de posséder une bonne monographie démographique et historique 1 .

Les cinq ksars comptent au total 1 754 habitants, la palmeraie renferme 77 951 pieds de palmiers; très peu d'animaux, sauf des ânes, des moutons et des chèvres, qui se contentent de peu. Un groupement humain médiocre et misérable à coup sûr, bien plus important pourtant que celui tout voisin d'Igli, auquel le hasard des explorations a donné une bien plus grande notoriété géographique.

Le pays des Beni Goumi est très anciennement habité; avec des gisements néolithiques, dont un très beau (H. Zafrani), on y trouve une très belle station de gravures rupestres, en face du ksar de Barrebi, au pied de la falaise (éléphants, Bubahis antiquus).

D'ailleurs les deux tiers des Beni Goumi sont des « haratin * ; c'est-à-dire qu'ils appartiennent à cette race négroïde mystérieuse, qui peuple le Sahara septentrional et le sud du Maroc, dans le nom de laquelle on a voulu retrouver celui des Garamantes, et dans laquelle il semble bien que survive un lambeau de préhistoire, et d'une préhistoire soudanaise, nègre.

Au voisinage des cinq ksars actuellement habités les vieilles ruines abondent, éparses dans la palmeraie et sur la falaise. Les plus intéressantes sont celles qui sont perchées au sommet de la falaise. Elles sont en pierres sèches, tandis que les constructions actuelles sont en pisé; et elles se rattachent donc à une catégorie déjà signalée de ruines, qu'on retrouve souvent dans le Sahara.

Il est intéressant aussi que ces vieilles ruines soient invariablement des nids d'aigle, dans une forte situation militaire de bourgs rhénans; tandis que leurs successeurs actuels sont dans la vallée, au milieu des jardins, à proximité de la dure besogne quotidienne. Ces ruines orgueilleusement perchées semblent nous ramener à une époque où les Beni Goumi, aujourd'hui serfs de la glèbe, étaient les suzerains de leur pays.

Toutes ces ruines ont leur nom, et il en est de significatifs; ainsi celui de Arrem Bou Zoukket, le nom de ar'rem n'a survécu aujourd'hui dans l'usage courant que chez les Touaregs. — A noter

1. CalcJoraro, Les Beni Goumi, Bulletin de la Société de Géographie d'Alger, 1904, 2* trimestre, p. 307, etc.

aussi le nom de Médinet el Yhoud, « la ville des Juifs » ; on verra quel rôle les Juifs jouaient dans le Sahara du Moyen âge.

J'ai vu de près les ruines les plus méridionales, celles de Mzaourou, au-dessus de Zaouia Tahtania. Ce qui reste du sol dans les interstices du rocher est pétri de silex taillés et de débris d'oeufs d'autruche. La falaise est creusée de cavernes, où se voient des restes de cloisons, et les Beni Goumi furent donc des Troglodytes.

Ces ruines font à peu près défaut dans la partie nord de la falaise ; à une seule exception près, Baroun au-dessus de Tar'it; elles se pressent au contraire dans la partie sud, au-dessus de Zaouia Tahtania et de Bakhti. Cette partie de la falaise a son nom spécial Dir Chemaoun (la montagne de Samuel? d'après Calderaro).

Sur Dir Chemaoun et ses ruines Calderaro a recueilli d'intéressantes traditions indigènes. Elles nous disent comment au iv* siècle de l'hégire, Si Beyazid, de la ville de Bezdama, dans la province de Bagdad, vint apporter l'islam au Dir Chemaoun; comment à son appel les Beni Goumi quittèrent leurs forteresses pour aller s'établir dans la vallée; et comment cette grosse transformation religieuse et sociale fut accompagnée de batailles dans Tune desquelles périt Si Beyazid. Son tombeau, très vénéré, est au nord de Bakhti, mais les traditions indigènes avouent que l'érection de ce tombeau, entourée de circonstances miraculeuses, est très postérieure à la mort du saint et manifestement ce tombeau est un cénotaphe.

Je n'ai pas de renseignements sur Si Beyazid : j'ai constaté qu'il est vénéré, lui ou un homonyme, dans la région deDjelfa. M. Basset me fait observer que son nom est turc, ce qui rend peu vraisemblable la date indiquée par la tradition. En tout cas il est impossible de la prendre à la lettre; parmi les ruines de Dir Chemaoun il en est une Beni Ouarou, qui porte le nom d'une tribu les Beni Ouarin, dont la venue au Beni Goumi est, d'après les traditions indigènes, postérieure à Si Beyazid. D'ailleurs les ksars de Mzaourou et de Teiazib étaient encore habités il y a un siècle.

A coup sûr on peut retenir ceci. Les indigènes se souviennent que l'abandon des hauteurs fortifiées par la masse de la population est en relation avec les progrès de l'islamisme, et l'extension de la culture arabe. Et cela est tout naturel, car ces nids de troglodytes ont bien un caractère berbère.

Calderaro a lidèlement et minutieusement recueilli tout ce qui a surnagé du passé dans la mémoire des Beni Goumi. Les ksars actuels sont récents saufBarrebi le plus peuplé et le plus vieux. Les principaux parmi les anciens centres de la vallée sont au nor4 Bou Cheddad et

LA ZOUSFANA

Tikoumit, voisins et rivaux ; auprès de Tar'it Ksar el Kebir, surnommé Médinat el Bizane, la ville des vautours ; au sud de Bakhti Toukouidin.

Dans toutes les oasis on retrouve cette même instabilité dans l'emplacement des ksars, les villages sahariens au rebours des nôtres

Fig. 35.

se déplacent facilement; c'est qu'ils sont en pisé, dont les ruines font un tas informe de boue séchée; le pisé ne se prête pas aux réparations et aux réédifications, les morceaux n'en valent rien ; il est plus simple de reconstruire ailleurs une ville neuve.

Pourtant Calderaro mentionne fréquemment des exodes causés par la sécheresse et la famine. Encore que la conclusion ne soit pas nettement formulée, il semble que les ressources du pays aient été en déclinant, ce que la proximité de l'erg rend assez vraisemblable.

Dans cette histoire de sédentaires, comme il est naturel, les méfaits

des nomades tiennent une grande place. Après 150 ans on garde encore à Tarit le souvenir d'Ahmed el Khatsir des Angad près d'Oudjda, qui n'épargna dans le ksar qu'une seule femme enceinte.

L'histoire politique des Beni Goumi est essentiellement celle des trihus nomades qui ont exercé la suzeraineté. Elle semble tenue à peu près à jour depuis le vm e siècle de l'hégire. Vers cette époque « la puissante tribu des Beni Ahssen occupa les pays environnants et les Beni Goumi devinrent leur propriété ». Ceci est intéressant parce que nous retrouverons très vivant dans le Saoura le souvenir des Beni Ahssen ou Beni Hassen.

« La nombreuse tribu des Hamyan, rattachée actuellement au cercle de Méchéria, succéda aux Béni Ahssen » ; ces mêmes Hamyan dont les Ouled Djerir sont un rameau détaché.

Puis vinrent les R'nanema et avec eux nous entrons déjà dans l'histoire contemporaine; ce sont actuellenent les suzerains de la Saoura. Ils ont été expulsés de la Saoura par les Doui Menia, il y a un siècle à peine, à la suite de guerres dont le dernier épisode fut le siège et la prise de Mzaourou, dernière forteresse des R'nanema.

La palmeraie des Beni Goumi appartient aujourd'hui aux Doui Menia. Ce sont, on le sait, des nomades de l'oued Guir. Leur centre est dans le Bahariat (la petite mer), une grande cuvette alluvionnaire qui se prête à la culture de l'orge. Les Doui Menia y ont des magasins fortifiés d'où ils tirent leur nom — Menia est un synonyme Berbère de Kalaa, on disait indifféremment jadis el Goléa ou el Menia pour désigner le ksar sud-oranais que nous désignons exclusivement sous le premier nom ; Menia, Kalaa, ou Goléa désignent une hauteur fortifiée.

Les petites saouias des Beni Goumi, celle d'amont et celle d'aval, n'ont aucune importance, elles sont bien loin d'avoir la richesse, l'influence et le rayonnement lointain de Kenalsa. Mais il est intéressant peut-être de retenir la date de leur fondation.

Z. Fokania a été fondée au commencement du xvr siècle par un Maure de Seguiet el Hamra.

Z. Tahtania il y a 250 ans environ, en même temps qu'Igli, par un saint du Gourara.

On verra que les xv e et xvi e siècles ont été un âge critique, un tournant de l'histoire dans l'arabisation du Sahara; et que les moyens employés ont été précisément le prosélytisme religieux, la fondation de Zaouias.

La vie sociale et économique. — Je n'ai pas parlé de l'O. Guir parce que je ne l'ai pas vu. — Mais le triangle montagneux inscrit entre

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les deux oueds, Guir et Zousfana, constitue une région naturelle, un pays, qui a son unité économique, sociale et même politique.

Les procédés d'irrigation ne sont pas essentiellement originaux, cela va sans dire, il est intéressant pourtant de constater la coexistence des procédés telliens et sahariens.

Il y a des barrages maçonnés au travers de l'oued tout comme dans l'Atlas de la Mitidja encore que beaucoup plus modestes. Les étangs de Fendi et de Béchar sont œuvre humaine, l'eau s'y étale en arrière d'un barrage en maçonnerie.

Les puits sont la grande ressource, et chaque jardin a le sien : mais les foggaras (aqueducs souterrains) apparaissent déjà dans toutes les oasis; ils sont brefs et à fleur de sol, bien éloignés encore de pouvoir se comparer aux extraordinaires galeries du Touat, dont c'est précisément l'énorme développement qui fait le caractère; ils portent le même nom pourtant et sont identiques en effet au moins dans leur essence.

Ceux du pied de l'Atlas, à Beni Ounif par exemple, évidés en plein cailloutis pliocène, rappellent curieusement ce qu'on dit des travaux analogues dans l'oasis de Merrakech.

J'ai recueilli à Beni Ounif quelques renseignements sur la façon dont l'eau se partage entre les usagers. L'instrument de mesure porte le nom de karrouba; c'est un vase de cuivre percé d'un trou, par lequel entre goutte à goutte, en un temps déterminé, une heure par exemple, l'eau sur laquelle on fait flotter le vase'. En somme, c'est un sablier d'eau. C'est donc le temps d'irrigation qu'on mesure et non pas directement la quantité d'eau employée. L'objet des transactions, ce qui se vend et se loue, ce qui se fait objet de propriété, c'est la karrouba, l'heure d'irrigation. Ce système n'a rien de particulier, il est usité au contraire dans beaucoup de régions algériennes. Il est tout différent pourtant de celui qu'on emploie aux oasis sahariennes, au Touat par exemple ; là-bas c'est l'eau même qu'on se partage et dont on est arrivé à jauger le débit par des procédés primitifs et ingénieux.

Les cultures elles aussi présentent un caractère mixte. La plus importante à coup sûr est la culture d'oasis, de jardin, à l'ombre des dattiers ; il faut noter seulement que les dattes les plus prisées de beaucoup sont importées du Tafilalet; mais le dattier n'en demeure pas moins par excellence, comme au Sahara, l'objet de la propriété et l'unité d'évaluation de la richesse. Pourtant la culture des céréales

I. Voir pour plus de détails : Doulté, /. <*. dans La Géographie.

coexiste, de l'orge en particulier, non pas seulement dans l'oasis, en jardins, mais indépendamment de toute palmeraie, en plein champ, dans des plaines d'alluvions fécondées par les crues. C'est ainsi que les Ouled Djerir cultivent de l'orge à el Morra sur la Zousfana et surtout les Doui Menia dans le Bahariat sur le Guir.

En 1902 à Tar'it, à Igli, et jusqu'à Beni Abbès, tandis que l'orge de l'administration se vendait 32 francs celle du Guir en valait 17. Il serait exagéré de conclure que le Bahariat produit assez pour alimenter une exportation sérieuse. On a expérimenté que la moindre demande fait tout de suite hausser les prix, parce que les stocks sont très faibles, mais du moins le pays suffit-il à sa consommation, et non seulement à celles des êtres humains, mais encore des chevaux.

En effet les Doui Menia élèvent une race de chevaux renommés. Nous sommes ici encore dans le domaine des nomades cavaliers et non dans celui des méharistes. Assurément les chameaux abondent, mais ce sont chameaux de bât. Les Doui Menia et les Ouled Djerir pratiquent naturellement le banditisme à travers le Sahara. Le Sahei marocain en particulier a beaucoup à se plaindre de leurs rapines. Le Bulletin de la Société d'Alger* a donné un récit tout à fait curieux de rezzou Doui Menia au Sahel. En 1004, une harka partie du Guir a poussé jusque dans l'Adr'ar des Ifor'ass et s'est heurtée à la garnison française de Tombouctou. Mais les Ifor'ass bons méharistes out constaté avec surprise l'absence totale de méharis dans le camp ennemi, et leur terreur qui fut très vive s'en est mêlée de quelque mépris. Ces énormes randonnées, lorsque le cheval devient inutilisable se font à pied, avec la faculté naturellement de se reposer sur le dos des chameaux de bât. Dans toute la Zousfana il est impossible d'acheter une selle de méhari, et si on a la bonne fortune d'en rencontrer une elle provient d'une razzia au Sahel.

Il est de conséquence que les Doui Menia et les Ouled Djerir soient des cavaliers incapables de dresser un méhari. C'est un trait qui les rattache à la région des steppes, des hauts plateaux, et qui les montre étrangers au vrai désert.

La société a bien un caractère saharien ; la distinction fondamentale est entre sédentaires et nomades. Les moines de Zaouia mis h part, on trouve, en règle générale, fixée dans les ksars, une humanité inférieure et subordonnée; il y a bien dans chacun d'eux une minorité d'hommes libres, ou ce qui revient au même de propriétaires, qui maintiennent, à l'abri de leurs murailles, une indépendance précaire et

I. Albert, L'ue razziu au Sahel, Bull. Société de Géog. d'Alger, 1900, p. 12U.

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humiliée. Les ksars sont par définition des bourgs fortifiés, et il n'y a pas une seule agglomération qui ne soil une forteresse, on dort chaque nuit sous verrous, gardé par des sentinelles, ce qui implique à la fuis une grande insécurité et quelque prétention à 1 autonomie. Les ksouriens sont strictement réduits à la défensive, et ici comme ailleurs l'offensive seule assure la prééminence. La bourgeoisie libre des ksars est à peu près invariablement rattachée à une tribu nomade par un lien de vasselage, qui implique de la part du nomade la protection militaire, de la part du ksourien le paiement d'un tribut, la reconnaissance de certains avantages précis, et la tolérance de beaucoup d'abus vagues. Dans les palmeraies d'ailleurs, c'est un petit nombre de jardins qui restent la propriété de la bourgeoisie locale; la plus grande partie des palmiers appartiennent aux nomades suzerains, qui viennent une fois l'an camper sous les murs du ksar et faire la récolte.

Aussi la plus grande partie des ksouriens ne sont ni libres ni propriétaires, c'est le misérable prolétariat des khammès (métayers, serfs de la glèbe). Le contrat de métayage varie médiocrement suivant les oasis, il reste identique dans ses grandes lignes.

Le métayer khammès, comme son nom l'indique, a théoriquement droit au cinquième de la récolte; mais dans les palmeraies ce cinquième est calculé d'une façon particulière. Les produits se répartissent en deux catégories très différentes; les légumes du jardin, qui sont l'accessoire, et les dattes qui sont l'essentiel. Tous les produits potagers, tout ce qui pousse à l'ombre des palmiers, appartient sans restriction au khammès. Le propriétaire se réserve toutes les dattes, moins une faible fraction, qui est en général d'un septième, ou bien encore d'un régime par palmier, abandonné au khammès.

Cette société sédentaire se retrouve dans tout le Sahara algérien, et déjà d'ailleurs dans le sud de l'Algérie {dans la chaîne dite des Ksour). Mais ici, on l'a déjà dit, nous voyons apparaître un élément nouveau, inconnu à l'Algérie; presque tous les khammès sont des baratins, c'est-à-dire qu'ils appartiennent à une race distincte, soudanaise. Nous arrivons déjà dans une région trop chaude et trop paludéenne pour que la race blanche puisse survivre au travail de la terre.

La bourgeoisie ksourienne d'ailleurs se distingue des nomades sinon par la race du moins par la langue. Tous les ksouriens, au rebours des nomades, parlent un dialecte berbère, et ils donnent à ce dialecte le nom de Zenatiya; c'est précisément ainsi que les Berbères des oasis appellent leur langue. De l'identité du nom avons-nous le droit de conclure à l'identité des dialectes? Assurément

«on, il faut attendre des études plus approfondies. Pourtant les ksouriens de Beni Ounif déclarent comprendre sans difficulté les gens du Touat, tandis qu'ils se débrouillent mal, disent-ils, dans le dialecte duTafilalet'.

Les suzerains de tout le pays sont en somme les Doui Me nia, ce qui lui donne une sorte d'unité politique.

Les Ouled Djerir, encore que très individualisés par leur origine distincte et par bien des traits de caractère, ne sont qu'une petite tribu besogneuse, encore affaiblie et appauvrie par des guerres récentes et malheureuses contre les Beni Guil 2 ; ils ont dû accepter le patronage et même rentrer dans les cadres de la grande tribu Doui Menia.

Sur les Doui Menia on n'a pas encore de renseignements démographiques précis. Mais ils ont au Sahara une réputation de bourgeois à leur aise, de gros commerçants entrepreneurs de caravanes, présentant une certaine surface, plus estimables, par exemple, que les Beni Guil, qui sont des « chacals ». Il n'est pas douteux que tout cela ne soit très relatif. Mais à coup sûr la tribu est prospère, et même amollie par la prospérité; leur réputation militaire est médiocre.

La route transsaharienne et Figuig. — La caractéristique principale de la région entre Guir el Zousfana est d'être la porte du Sahara et du Soudan. Là exactement aboutit la route qui, par l'oued Saoura, le Touat, le Tidikelt, le Hoggar, l'Adr'ar des Ifor'ass constitue la voie la plus commode probablement de tout le désert, les routes les plus voisines de l'Atlantique mises à part. Cette fameuse « rue de palmiers » longue de 800 kilomètres, et qui mène au cœur du Sahara, au pied des premiers escarpements du Hoggar, ne paraît pas avoir d'analogue au désert. Interrompue par des brèches insignifiantes, cette fantastique ligne de verdure va exactement d'In Salah à Figuig; et c'est à elle que Figuig est redevable de son importance. Le Grouz est un obstacle très sérieux aux communications du N. au S., avec sa longueur de 80 kilomètres, ses sommets qui atteignent 1 800 mètres, et la continuité impressionnante de ses murailles calcaires. Cette continuité, il est vrai, n'est pas (oujours réelle : immédiatement a l'O. du Chafet el Koheul, point culminant du Grouz, l'oued el Ouaxzani ouvre à travers toute l'arête une brèche très curieuse : c'est un jOng couloir, aboutissant à un énorme cirque, au N. duquel la paroi

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