‹ Sahara algérienChapitre 46 sur 119 · Caldera ro, l. c, p · texte numérisé non relu

Caldera ro, l. c, p

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septentrionale du Grouz, très abaissée et amincie, est réduite pour ainsi dire à une pellicule. On a déjà dit combien le Grouz, vu de près, apparaît articulé; ici il est évidé intérieurement. Il n'en est pas moins vrai que ce défilé et ses pareils, s'il en existe, sont d'accès assez pénible; ce sont des portes dérobées par où se faufilent éventuellement les bandes de pillards; ce ne sont pas des chemins pour d'honnêtes chameaux de caravane, pesamment chargés. La voie de communication normale évite le Grouz et passe par Figuig, dont le nom signifie en arabe le « petit col ». C'est une porte entre le Maroc et le Sahara, et elle s'ouvre précisément au point où vient se raccorder à l'Atlas la « grande rue des Palmiers ».

Ainsi Figuig n'est pas seulement, grâce à ses eaux artésiennes, un centre agricole considérable pour le pays; c'est encore, grâce à sa situation géographique, ce qu'on pourrait appeler un centre urbain et commercial, avec une population de Juifs qui a su, par exemple, comprendre immédiatement les avantages du chemin de fer et en tirer parti.

La question marocaine. — Et dès lors s'éclaire (il est grand temps après un demi-siècle écoulé) un petit article du traité de 1845 entre la France et le Maroc.

On sait que le traité ne précisait pas la frontière dans la zone des hauts plateaux et du Sahara. Il se bornait à déclarer marocains Figuig et le petit ksar voisin d'Ich. Nul doute que le maréchal Bugeaud n'ait pas compris la portée de cette clause. Et on peut se demander quelle fut l'intention des négociateurs marocains. Ont-ils proposé cette s rédaction vague par imprécision naturelle de barbares? ou par finesse de diplomates orientaux, qui mettent à profit l'ignorance de l'adversaire, et qui craignent de l'éclairer sur l'importance de ses concessions. En tout cas Figuig marocain c'était le verrou tiré sur la seule route qui relie l'Algérie au Niger, et il est resté tiré jusqu'au début du xx e siècle.

Toute cette région de la Zousfana d'ailleurs, comme la Saoura et le Touat est fortement marquée à l'empreinte marocaine.

Elle l'est déjà par la nature : en Algérie et en Tunisie, tout le long de l'Atlas saharien, on chercherait vainement, on l'a déjà dit, un contact direct, une pénétration réciproque entre les domaines hercynien et atlique; l'Atlas saharien y est séparé du horst primaire par d'immenses étendues de plateaux crétacés. Au contraire, si mal connu que soit encore l'Atlas marocain, nous savons pourtant avec certitude que les plissements primaires hercyniens finissent, au sud de

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Merrakech, par constituer la masse même de l'Atlas et modiûer profondément sa structure. Au point de vue géologique, la région de Figuig serait donc déjà plus marocaine qu'algérienne.

Marocaine, ou plus exactement sud-marocaine, la région qui nous occupe l est encore par ses promesses de richesses minière». Aux mines de Beni Saf, dans le département d'Oran, tous les ouvriers sont des Marocains, originaires de la province du Sous. Tandis que les proches voisins de Beni Saf, les Riffains par exemple, qui fournissent à la province d'Oran une abondante main-d'œuvre agricole, ont dû être écartés du travail minier, parce qu'ils s'y montraient inaptes; à travers tout le Maroc, malgré l'éloignement, les Soussi se trouvent attirés à Beni Saf et ils y déploient une dextérité atavique de professionnels. On sait d'ailleurs que le Sous, au Maroc, passe pour un pays minier.

Le Grouz est encore bien éloigné du Sous; pourtant il contient des gîtes minéraux, bien connus des indigènes et vaguement exploités par eux. Si l'on en croit leurs dires, la minéralisation irait en augmentant vers l'ouest, c'est-à-dire que le Sous minier se prolongerait à travers le Tafilalet jusqu'au Grouz. Il est trop clair que ce sont là des affirmations sujettes à caution.

Ces similitudes géologiques et physiques ont eu, comme il arrive si souvent, leur répercussion sur la répartition de l'humanité.

La région est de langue berbère, et elle a donc ses affinités avec le Maroc.

Dans la province d'Oran, les îlots de langue berbère font à peu près complètement défaut, la langue arabe y a tout envahi et a complètement, supplanté l'idiome aborigène. Il y a une coupure absolue entre les provinces berbères de Kabylie et de l'Aurès d'une part, et d'autre part l'énorme bloc des Berbères marocains, qui commencerait à Figuig.

Petit détail, mais qui est significatif, dans les campements Doui Menia on voit apparaître la petite tente ronde marocaine en cotonnade (voir pl. XXVIII, phot. 53), si différente de la grande tente algérienne carrée en poil de chameau, popularisée par la gravure, les tableaux et les expositions.

Sur la Zousfana et sur le Guir nous rencontrons déjà les Beraber du Tafilalet à titre de proches voisins avec lesquels des intérêts économiques communs amènent des connexions multiples.

Les Beraber possèdent des palmiers sur le Guir, à Bou Denib par exemple et vice versa les Doui Menia au Tafilalet. Les ksouriens

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de Tar'it avaient d'anciens traités avec les tterabcr'. C'est le Tafilalet qui a fourni au chemin de fer la plupart de ses ouvriers. Or on sait que le Tafilalet est le berceau de la dynastie marocaine actuelle.

En somme il ne faut pas se dissimuler que nous sommes ici dans un coin du Maroc.

Cette enclave marocaine sur la route du Soudan nous a prodigieusement gênés. Son existence nous a entraînés à des efforts absurdes pour ouvrir ailleurs par Laghouat et el Goléa une route artificielle qui suppléât la uaturelle. A coté du misérable ksar d'el Goléa nous avons été conduits à construire une ville militaire à casernes monumentales, qui se sont vidées le jour où le Touat est tombé entre nos mains, et qui ont pris en quelques années un aspect comique de ruines de Palmyre.

Tant d'efforts glorieux et à peu près vains pour résoudre la question transsaharienne, depuis Duveyricr jusqu'à Foureau en passant par Flatters, un demi-siècle de tâtonnements, tout cela a son origine dans l'article concernant Figuig dans le traité de 184"). La solution cherchée s'est offerte d'elle-même et toutes les difficultés se sont dénouées comme par enchantement, le jour où nous avons disposé de cette « rue des palmiers » dont Figuig est la porte.

Une puissance installée d'une part au Soudan et d'autre part en Algérie ne pouvait pas se désintéresser de la seule route existante entre le Niger et l'Atlas.

Mais ce qui est très particulier c'est que, en plaçant cette route sous notre contrôle nous nous soyons imaginé ne pas léser le Maroc. En réalité nous avons tourné le traité de 1845 en mettant à profit son imprécision, et en termes crus cela pourrait s'appeler le violer. Assurément le Maroc n'est pas en géographie politique une entité précise, le traité même le prouve surabondamment puisqu'il nous donne le droit de poursuite. Il n'en est pas moins vrai que les Marocains se sentaient chez eux sur cette route transsaharienne qui aboutit a Figuig, elle jouait un rôle daus leurs transactions et dans leurs habitudes économiques. L'occupation française les a profondément choqués et lésés, au moment même où nos agents à Tanger cherchaient à nouer avec le maghzen des relations d'intimité.

Aussi bien est-il clair qu'il serait inadéquat de reprocher à la politique française sa perfidie; le cas est beaucoup moins inavouable; il s'agit simplement de notre anarchie coloniale chronique. Et sans doute eût-il été possible, avec une politique générale nettement

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