‹ Sahara algérienChapitre 49 sur 119 · FALAISE DE Tl.MMOUDI · texte numérisé non relu

FALAISE DE Tl.MMOUDI

Continuation de la précédente, mais de composition bien différente, argileuse. On voit d'un coup d'ccil que l'érosion a sculpté la paroi de tout autre façon.

tion tranquille en eau stagnante. (Voir pl. XXXIII.) Évidemment nous avons ici la section d'un vieux lit de rivière. Le tout est couronné uniformément par la croûte travertineuse habituelle (pliocène?).

Il est clair qu'une formation continentale aussi étendue n'est pas homogène, et le nom vague do mio-pliocène, que nous lui donnons, est une appellation d'ensemble commode qui supplée à notre ignorance des détails.

Structure générale. — En somme la région étudiée est essentiellement une pénéplaine hercynienne, dont les plis modérés courent sud-est-nord-ouest. Elle est alîectée dans son ensemble d'une pente régulière nord-sud; j'estime à deux cents mètres environ la différence de niveau entre Igli et Foum el Kheneg (sur une distance d'environ 200 kilomètres).

L'horizontalité de la pénéplaine a été dérangée par des diaclases dont les unes ont suivi le sens des plis et les autres une direction perpendiculaire à la première.

Les compartiments surélevés ont été disséqués par l'érosion et présentent une série de longues arêtes gréseuses parallèles; la raideur des pentes, exagérée par le climat désertique, rend les communications difficiles, et donne au paysage un aspect sauvage malgré la faiblesse des altitudes relatives (100 à 150 m.).

La jeunesse de l'érosion atteste qu'il s'agit de diaclases récentes, évidemment en relation avec la surrection de l'Atlas.

Les alluvions anciennes, mio-pliocènes, occupent une superlicie considérable comme partout sur le versant méridional de l'Atlas, qui est enfoui sous les débris de la grande chaîne. Elles sont bien moins puissantes pourtant que dans l'est où elles recouvrent le sous-sol d'un manteau continu, épais en certains points de plusieurs centaines de mètres v O. Namous).

Ici, encore qu'on en trouve quelques lambeaux sur les sommets, le Mio-Pliocène n'a été conservé en plaques étendues que sur les compartiments effondrés. Le long de la Saoura, à Heni Abbès par exemple, le Mio-Pliocène a une quarantaine de mètres de puissance. Le puits de Haci Touil (erg er Raoui) creusé dans le Mio-Pliocène. et le plus profond de la région comme son nom l'indique', a une trentaine de mètres, ce qui semble indiquer que, là aussi, la croûte d'ennoyage n'excède pas quelques dizaines de mètres.

Comme partout au Sahara algérien ces dépôts en grande partie

\. Haci Touil signifie • le puits profond -.

sableux ont été remaniés superficiellement par le vent et transformés en dunes.

Une longue bande de Mio-Pliocène et de dunes (erg er Raoui. erg Atchan), coupe en deux dans le sens longitudinal la chaîne d'Ougarta; séparant la chaîne proprement dite d'Ougarta de celle de Tabelbalet (que les indigènes appellent le Kahal de Tabelbalet).

D'autre part la chaîne d'Ougarta (stricto sensu) est assiégée à l'est par les dernières dunes du Grand Erg. La chaîne de Tabelbalet confine vers l'ouest à l'Iguidi.

Si donc on essayait de résumer brièvement l'originalité géographique de la région étudiée, on arriverait à peu près à la conclusion suivante.

Au sud de l'Atlas s'étire d'est en ouest une énorme accumulation de dunes dont les matériaux ont été fournis par les déjections de la grande chaîne attaquée par l'érosion depuis l'Oligocène, et qu'on pourrait appelerles grands ergs subatliques. Cette gigantesque barrière de dunes est rompue à l'ouest de l'O. Saoura par les chaînes jumelles d'Ougarta et de Tabelbalet; elles articulent l'énorme accumulation de sable en trois masses inégales, nettement distinctes, encore qu'elles tendent à se rejoindre, et qu'elles fassent manifestement partie d'un même ensemble; l'erg du Oourara, — le groupe jumeau Atchan et er Haoui, — l'Iguidi

Cet affleurement du vieux sous-sol rocheux en double crête montagneuse au milieu des hammadas, des regs et des dunes subatliques donne à la région son unité géographique. Il la fait priviligiée au milieu d'étendues inhabitables et presque inabordables. L'affleurement de vieilles roches où les argiles jouent un rôle considérable ramène en surface et met à la disposition de l'homme la nappe souterraine d'humidité. Ainsi prend naissance une double ligne de verdure et de vie — oued Saoura — oued de Tabelbalet, toutes les deux longeant à l'est l'une la chaîne d'Ougarta, l'autre celle de Tabelbalet.

O. Saoura. — Le nom de Saoura s'applique à l'oued formé par la réunion de la Zousfana et du Guir, et qui garde ce nom jusqu'à Foum el Kheneg.

Dans son ensemble la Saoura coule nord-ouest-sud-est : c'est la même direction que celle des plissements hercyniens et il y a entre les deux un lien de cause à effet.

Entre Igli et Ksabi (tout proche de Foum el Kheneg) une trentaine de ksars s'alignent le long de la Saoura, ce qui fait en moyenne un village tous les six ou sept kilomètres ; sur certains points ils sont

notablement plus serrés, jamais à plus de 25 kilomètres l'un de l'autre.

Une pareille densité de population est tout à fait anormale le long d'un oued saharien et s'explique nécessairement par des conditions physiques très particulières.

Très en gros on peut dire que l'O. Saoura est resserré sur tout son cours entre la dune et la montagne; sa rive gauche est de sable et sa rive droite de roc, traduit on langage géologique, cela signifie qu'il suit assez exactement la limite des deux terrains le Mio-Pliocène et le Dévonien. C'est une circonstance heureuse, parce que cette limite est aquifère.

Le lit est partout marqué avec une extrême netteté, encadré de hautes falaises, qui atteignent parfois une cinquantaine de mètres ; et il est net de sable. Les dunes, très puissantes pourtant, et qui atteignent facilement une centaine de mètres d'altitude, s'arrêtent méticuleusement à l'oued, leur contour en suit fidèlement les méandres, et ces masses instables ne se permettent nulle part d'envahir le lit béant à leurs pieds. Que cet océan de sable soit arrêté si nettement par un aussi petit obstacle, c'est un fait étrange et qu'on serait tenté de dire miraculeux, en ce sens du moins que nos connaissances actuelles ne nous en fournissent pas d'explication toutà fait satisfaisante ; à toutle moins peut-on dire qu'il atteste une connexion entre le contour des ergs et le tracé des oueds. Quelles que soient les causes il est tout à fait important que la Saoura ait un lit profond, net, libre d'obstacle où la pente est en moyenne d'un millimètre par mètre. C'est un canal naturel d'irrigation qui guide et chasse au loin les crues. (Voir pl. XXX.)

La Saoura en effet n'est pas un fleuve tout à fait mort, et à certaines époques, très espacées il est vrai, elle coule sans métaphore. Elle est constituée par deux rivières, la Zousfana et le Cuir, qui ne sont pas dépourvues d'eau courante. On sait déjà ce qui peut s'en trouver dans la Zousfana, et c'est à vrai dire assez peu. D'après le capitaine Normand l'oued coulerait une fois ou deux par an, et il semble que ces crues exceptionnelles parviennent jusqu'à Igli.

Mais c'est le Guir surtout qui est une rivière tout près d'être normale. On le connaît très mal. On sait pourtant qu'il prend sa source dans des montagnes bien plus hautes et bien plus humides que le Grouz et le Beni Smir, dans le grand Atlas marocain; les « montagnes de neige » disent les indigènes, djebel el theldj. Les hautes vallées Atliques constitutives du Guir sont habitées par une population sédentaire et agricole de Beraber. Même sur le bas Guir le « Bahariat »

des Doui Menia est une grande plaine de culture liée à l'existence des crues régulières.

On nous dit d'ailleurs que l'oued sur tout ou presque tout son parcours garde habituellement un Met d'eau légèrement salée: la salure de ces eaux s'expliquant vraisemblablement par des causes géologiques : la carte Prudhomme signale sur le bas Guir un « Golb el Melah — rocher de sel » ; il est possible que le Guir rencontre des bancs de sel triasique, si fréquents dans l'Atlas, et il est sûr que sur tout son cours, moyen et inférieur, les argiles cénomaniennes, chargées de gypse et de sel jouent un rôle considérable. A Igli même, au confluent avec la Zousfana, et à différentes époques, j'ai vu couler le Guir et de la boucle de l'oued auprès du poste on entend s'élever un coassement continu de grenouilles. Par le canal de la Zousfana et surtout du Guir les crues descendues de l'Atlas envahissent la Saoura ; elles approvisionnent de barbeaux les r'dirs de Beni Abbès ; très certainement il arrive qu'elles parcourent d'un élan la Saoura tout entière jusqu'à Foum el Kheneg; au poste de Ksabi en octobre 11)04 le maréchal des logis Galibert a photographié une crue qui couvrait toute la vallée et qui n'était pas encore écoulée au bout de huit jours (voir pl. IX, phot. 18). Octobre 11)04 a été particulièrement pluvieux dans le Sud-Oranais, à cette date une inondation a ravagé le village d'Aïn Sefra qui n'avait pas connu pareille catastrophe depuis sa fondation.

On n'a pas de documents sur la fréquence et la périodicité des crues. Il est certain pourtant que dans l'hiver 11)06-1907, qui fut particulièrement pluvieux, l'oued a coulé pendant cinq mois consécutifs au pied du poste de Beni Abbès, et au printemps 11)07 la crue dépassait assurément Foum el Kheneg.

11 est probable que la Saoura coule à de très longs intervalles, supérieurs à une année, mais enfin elle coule, et elle roule alors d'énormes masses d'eau.

Il est clair qu'elle emmagasine alors de puissantes réserves dans les cuvettes de son lit, qui est, en tout temps, semé de r'dirs; — (Beni Abbès — la R'aba — Kcrzaz — Beiada — Ksabi, où les moustiques sont intolérables). Il serait imprudent pourtant d'attribuer les r'dirs à l'influence exclusive des crues.

Un fait tout à fait caractéristique c'est que la Saoura est en quelque sorte hémiplégique; toutes les palmeraies sans exception sont sur la rive gauche, et lorsque par exception et pour des raisons de commodité architecturale on a construit le ksar sur la rive droite (Timmoudi), le village est séparé de la palmeraie par

toute la largeur de l'oued. Toutes les canalisations s'enracinent à l'est.

Rien de plus naturel. L'oued Saoura sur sa rive droite longe le pied de la montagne à quelques kilomètres de la ligne de partage des eaux; sur la rive gauche, au contraire, le bassin encore qu'on ne puisse pas préciser ses limites s'étend certainement très loin.

D'ailleurs sur la rive gauche la nappe d'eau souterraine trouve des conditions particulièrement favorables de mise en réserve et d'adduction progressive. L'erg du Gourara est très mal connu; il est impossible de tracer, même hypothétiquement, le réseau des affluents qui s'y trouvent assurément enfouis. En tout cas il est certain que l'erg est formidablement massif et il semble bien reposer à peu près partout sur le même suhstratum, le Alio-Pliocène, particulièrement intéressant par ses épaisseurs de sable miocène non concrétionné. Sable d'alluvions ou de dunes, l'épaisseur doit atteindre et dépasser presque partout une centaine de mètres; une monstrueuse éponge que la pente du terrain égoutte dans la Saoura tout le long de sa rive gauche.

C'est d'abord un admirable condensateur. Les rares pluies qui tombent sur ce sol meuble par excellence sont bues avec une instantanéité qui ne laisse aucune chance à l'évaporation. On sait en outre qu'un sol de sable, par sa porosité qui multiplie sa surface de radiation nocturne, est particulièrement apte a provoquer des rosées ou des phénomènes de cet ordre; on signale en hiver sur les dunes la fréquence relative des gelées blanches et notons que à Ksabi la température en hiver s'abaisse occasionnellement jusqu'au-dessous de zéro. L'erg est donc bien organisé pour soutirer à l'air ambiant le maximum d'humidité.

Mais par surcroit, et ceci est je crois l'essentiel, il recouvre un réseau de rivières quaternaires, c'est-à-dire un terrain dont les âges antérieurs ont organisé le drainage. Ainsi advient-il que toutes les eaux qui tombent ou qui se condensent dans un immense espace, englobant un morceau de l'Atlas sont absorbées, protégées, et acheminées vers la rive gauche de la Saoura.

Quand on essaie de serrer d'un peu plus près la question on distingue dans le lit de la Saoura un certain nombre de sections qui s'individualisent.

Entre Igli et Beni Abbès la limite géologique entre Mio-l'liocène et Dévonien n'est pas marquée exactement parle lit de l'oued; elle est même assez loin dans l'ouest, où elle est jalonnée par deux petites palmeraies, celles d'Ougarta et de Zeramra. Le lit de la Saoura, il

Sahara ai.gj.hik». 13

est vrai, a entamé le Mio-Pliocène jusqu'à la pénéplaine primaire sous-jacente.

Dans cette section du cours les palmeraies sont rares et distantes, mais en revanche assez considérables. Ce sont Igli, Mazzer, et Beni Abbès, respectivement séparées par des étapes de 25 kilomètres. Pour être tout à fait complet, il est vrai, il faut ajouter la palmeraie, très petite et inhabitée, d'Ouarourourt à quelques kilomètres en amont de Beni Abbès.

Qu'Igli soit précisément au confluent de la Zousfana et du Guir cela suppose que ces deux oueds ont un rôle à jouer dans l'irrigation des jardins. En arrière d'une barrière rocheuse carboniférienne, la nappe d'eau souterraine stagne dans une grande plaine d'alluvions, où on va la chercher dans des puisards larges et peu profonds (de 4 à 8 mètres) et d'après Calderaro ces puisards sont la principale ressource delà palmeraie. Pourtant je retrouve dans mes notes mention d'une foggara, une seule, une canalisation quelconque allant capter de l'eau, plus douce que celle du Guir, dans la direction de l'est, sous les dunes.

Le cas de Mazzer est parfaitement clair : à la base de la falaise mio pliocènc, sur la rive gauche, jaillit une très grosse source ou mieux un petit ruisseau d'eau claire; il débouche sous une voûte travertineuse qu'il s'est construite lui-même, il donnerait 100 litres à la minute. <>n l'appello Ain el Hammam. Il existe d'ailleurs à Mazzer cinq autres petites sources beaucoup moins importantes.

Ouarourourt est alimenté de même par un tout petit filet d'eau qui sourd à la base de la dune.

Beni Abbès a ses r'dirs pérennes et poissonneux, mais cette pérennité même d'une mare superficielle, dans un pays où les crues ne sont pas même annuelles, je crois, atteste que les r'dirs doivent être alimentés par une circulation souterraine. Ce ne sont pas les r'dirs d'ailleurs qui jouent un rôle essentiel dans la vie de la palmeraie. C'est la seguia; elle jaillit de la falaise mio-pliocène, au sud immédiat du village, tout à fait comparable à la source de Mazzer et plus importante encore. Il existe d'ailleurs outre la grosse source huit petits suintements distincts tous voisins. Il est donc incontestable que, dans la section amont de la Saoura, — Igli mis à part — les palmeraies sont alimentées par de grosses sources naturelles, des douix dirait-on en Bourgogne, qui jalonnent la rive gauche.

En aval de Beni Abbès l'oued entre dans une section de son cours tout à fait à part. Il a dû s'ouvrir un chemin à travers un horst éodévonien, et pour partie peut-être silurien; il s'est creusé dans les

grès un beau canyon (en aval de Merhouma), et dans les argiles des gorges sauvages (ksar en Nsara). L'érosion paraît ici plus jeune qu'en amont et la pente du lit parait, à l'œil, plus accentuée. Une carte topographique précise accuserait, je crois, une rupture de pente, à la traversée de cette barrière puissante, où l'oued n'a pas encore atteint un profil d'équilibre. L'existence de cette barrière n'est probablement pas étrangère à la richesse en eau de la falaise et de la cuvette à Beni Abbès.

Ce horst hercynien offre de médiocres conditions aux agglomérations humaines. Elles n'y font pas tout à fait défaut pourtant, il y a des cultures à Merhouma, mais pas de village, il est vrai ; des palmeraies minuscules avec quelques habitants A Noukhila et à Bechir. Çà n'en est pas moins un intervalle à peu près vide entre les groupements importants d'amont et d'aval.

Celui d'aval surtout est considérable, c'est le plus dense de toute la Saoura. A partir de Tametert, mais surtout d'el Ouata où la cuvette s'élargit, jusqu'à Beiada, sur une cinquantaine de kilomètres, les palmiers se touchent, et souvent aussi les ksars ; c'est la IVaba, la forêt de palmiers. Ce coin privilégié est devenu le centre politique et militaire de la région; je dis au point de vue indigène, puisque notre administration française s'est fixée à Beni Abbès : mais la R'aba est l'habitat de la tribu nomade suzeraine, les R'nanema.

Cette section du cours est encadrée entre ce qui semble bien être deux ruptures de pentes; en amont le horst de Tametert; en aval, au delà de Beïada, le point critique est Tagdalt. L'oued prend là un aspect très particulier, le lit perd tout à fait sa netteté habituelle ; il est envahi sinon directement par la dune du moins par la nebka, qui en est l'avant-coureur. A travers les mamelonnements de sable on ne le retrouve plus qu'à la traînée de végétation arbustive (tamaris, etc.). Il y a certainement là un palier.

La R'aba est le seul coin deja Saoura où j'ai observé un double lit majeur et mineur, et une double ligne de terrasses étagées ; l'une, la supérieure taillée dans le Mio-Pliocène, l'autre, l'inférieure, dans ces dépôts d'un blanc éclatant, plâtreux, qui sont abondants au voisinage d'Ouargla et qu'on classe quaternaires anciens.

Au cœur de la R'aba (Bou Hadid, el Ammès) la ligne orientale des terrasses disparaît ou s'écarte hors de vue, le lit s'élargit en vaste cuvette, où se pressent les palmiers et les ksars et où l'eau se trouve partout dans le sol à un très petit nombre de mètres. C'est de là justement que part à travers l'erg une route de caravanes jalonnée de

puits, encore inexplorée, mais qui a bien des chances de suivre le thalweg d'un oued enfoui.

Je suis mal renseigné sur le régime de l'irrigation dans la R'aba, il y a apparence qu'il existe là aussi des foggaras ou du moins une canalisation; il m'a semblé pourtant que les puisards et les r'dirs jouaient le rôle le plus important, comme à Igli, et au rebours de Beni Abbès.

Au delà de Tagdalt et surtout à partir de Guerzim l'oued suit rigoureusement le pied de la chaîne d'Ougarta jusqu'auprès de Timmoudi. Nulle part la dissymétrie des deux rives n'est aussi directement sensible à l'œil, la rive gauche est taillée comme d'habitude dans le Mio-Pliocène, immédiatement dominé par les hautes dunes, A droite le Mio-Pliocène est représenté localement par des lambeaux de terrasses très discontinues et qu'il faut un examen attentif pour déceler dans le paysage (voir pl. XXX, phot. 57 et pl. XXIX, phot. 5fi). Ce qui frappe c'est l'énorme talus rocheux, inclinée à 45", ce qui est l'inclinaison même des strates, noir de poix, et où l'érosion en découpant les strates a dessiné d'immenses rondelles qui prennent sous le soleil des reflets de moires (voir pl. XXIX, phot. 56); l'ensemble a une centaine de mètres d'un seul jet, et la nudité absolue de ces collines gréseuses leur donne un aspect sauvage de grandes montagnes. L'aspect est un peu celui d'un coupe-gorge, et l'on se rend compte en effet que la proximité de ce massif montagneux, qui peut si facilement devenir un repaire, est une menace pour la vallée. C'est peut-être pour cela que cette partie de l'oued est habitée par des marabouts; là se trouvent les deux grosses zaouias de Guerzim et de Kerzaz, protégées par leur caractère sacré.

Guerzim a de superbes foggaras, longues de 2 kilomètres à ce qu'il m'a semblé, et rappelant déjà celles du Touat. Bien entendu leur point de départ est à l'est à la base des dunes.

Kerzaz au contraire a des r'dirs, beaucoup d'eau stagnante et peutêtre même en certains endroits courante. L'oued Saoura, dont le lit est ici très étroitement resserré entre la falaise et la montagne, tend à se revivifier localement et une canalisation compliquée n'est pas nécessaire.

Pourquoi cette différence dans les conditions hydrographiques entre points voisins. La solution de ce petit problème est sans doute ensevelie sous l'erg.

Dans la dernière section de son cours — de Timmoudi à Foum el Kheneg — la Saoura s'écarte à quelques kilomètres de la chaîna d'Ougarta, qu'on aperçoit cependant à faible proximité (pl. IX, 17); mais cette chaîne perd rapidement de son altitude et de sa puissance.

A Ksabi elle est réduite à une arête rocheuse de quelques dizaines de mètres, ennoyée presque jusqu'au sommet, à l'assaut de laquelle les dunes montent de part et d'autre. Ici par-dessus l'O. Saoura et les derniers débris de la chaîne d'Ougarta le Grand Erg et l'erg Atchan se rejoignent déjà par quelques filaments. Ce faible obstacle est percé par la Saoura aux gorges de Foum el Kheneg.

Jusque-là jusqu'à Foum el Kheneg qui est en somme l'exutoire de la cuvette de Ksabi l'O. Saoura reste vivant, semé de palmeraies et de ksars (Ksabi, Tim'rarin, etc.). On ne peut que signaler à distance assez grande au cœur de l'erg oriental un groupe important de palmeraies et de puits, celui de Telmin. Il est possible qu'entre la nappe de Telmin et celle de la basse Saoura il existe une relation.

En tout cas il est remarquable que la Saoura qui a été un ruban de sources, de palmeraies et d'agglomérations humaines cesse brusquement de l'être au delà de Foum el Kheneg; les indigènes ont vivement senti ce changement et l'ont accusé dans leur nomenclature ; l'O. Saoura prolongé cesse de porter ce nom il devient l'O. Messaoud, un oued saharien banal, qui traverse le désert sans en modifier le caractère, souvent méconnaissable, de continuité incertaine, bi-et trifîde, conservant à peine assez d'eau pour alimenter en des points très éloignés un pâturage et un puits saumàtre. Cette déchéance s'accuse sans transition dès que l'oued a derrière lui la chaîne d'Ougarta, il est séparé désormais par une barrière infranchissable de son réservoir d'humidité, cette masse énorme de sédiments friables et de dunes qui s'étend de l'Atlas à Ksabi.

L'oued Tabelbalet. — Dans la région étudiée l'O. Saoura a un pondant, qu'on peut appeler l'oued Tabelbalet. Il n'a pas de nom pour les indigènes qui en dénomment les tronçons visibles; et ne s'intéressent pas à sa continuité, évidente, mais sans portée pratique.

Voici ce qu'on sait.

Je n'ai pas vu l'oasis et les ksars de Tabelbalet, et quoiqu'ils aient été vus par nos officiers à plusieurs reprises, il n'en a jamais été publié de description ; l'oasis est au pied de la chaîne Tabelbalet, à la lisière de l'erg er Raoui; l'eau est partout à très faible profondeur dans le sol.

Au sud de Tabelbalet la ligne de contact entre l'erg et la chaîne resto aquifère sur cent kilomètres au moins.

Jusqu'à Haci Bel Rouz le nombre des puits échelonnés est assez considérable (Noukhila, Haci el Maghzen, etc.); et ce nombre pourrait être augmenté facilement, on trouve de l'eau n'importe où, dit-

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on; en tout cas II. el Maghzen a certainement été improvisé à l'étape par les maghzen de Beni Abbès.

Au delà l'eau devient plus rare, pourtant le bord de l'erg reste jalonné de trois puits au moins, Tin Oraj, Haci el Hamri, Oguilet Mohammed. Ces trois puits, les seuls que j'ai vus, sont tous creusés dans le lit d'un oued enfoui. La photographie de Tin Oraj, montre nettement les 2 berges du lit mineur découpées dans le quaternaire ancien (terrain plâtreux d'un blanc éclatant). (Voir pl. X, phot. 20.;

A Haci el Hamri et Oguilet Mohammed j'ai fait des constatations analogues. Partout on retrouve les érosions et les dépôts d'un grand oued quaternaire. Il y a là évidemment un grand oued enfoui et encore vivant. Il vient à coup sûr de l'Atlas, d'un point indéterminé dans la région inexplorée à l'ouest du Guir. Sa nappe d'eau, en tout cas, est nécessairement alimentée, au moins pour une grande partie, par les pluies de l'Atlas.

Cet oued anonyme et que- j'appellerai Tabelbalet, est curieusement symétrique à la Saoura; comme elle, il coulait entre les dunes et la chaîne rocheuse; mais ici les dunes ont été bien plus envahissantes, la plus grande partie de l'oued gît sous un amoncellement de sable, et l'O. Tabelbalet, bien plus gravement atteint, bien plus décomposé que la Saoura par le climat désertique, est un centre de vie humaine incomparablement moins intéressant.

L'erg qui a eiTacé l'O. Tabelbalet s'appelle l'erg er Raoui, c'est-àdire 1' « humide ». Dans sa partie méridionale à tout le moins, la mieux connue et assez fidèlement reproduite sur la carte dans ses grands traits, l'erg est très peu compact, très évidé intérieurement par des gassis immenses et larges. Le sable est surtout entassé sur le lit même de l'O. Tabelbalet. C'est à l'oued enfoui que l'erg doit son nom bien mérité. Il alimente du gros gibier, de grands troupeaux d'antilopes adax (voir pl. XXXIV, phot. 64), cela suppose une végétation relativement abondante et des points d'eau facilement accessibles, à fleur du sol.

Erg Atchan et sebkha cl Melah. — Tout contre, relié à V « erg humide » par de longs filaments de dunes, l'erg Atchan « l'assoiffé » fait contraste avec lui. Ce n'est pas qu'il ne recouvre lui aussi une ramification d'oueds quaternaires, mais qui sont apparemment tout à fait morts, impropres à alimenter une vie quelconque. Les seules eaux potables de la région, assez voisines de l'erg mais tout à fait en dehors sont à Ain Dhob et à Nechea. Ce sont des sources jalonnant une ligne de faille.

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Le trait le plus remarquable du régime hydrographique est la sebkha el Melah. C'est la grande mine de sel pour les riverains de la Saoura; le sol est couvert d'une croûte de sel pur, brisée en dalles cahotiques sous l'influence des variations de température, et dont l'épaisseur atteint plusieurs centimètres. Encore qu'il ne soit pas surprenant de trouver du sel dans une sebkha, je n'en connais pas d'autre où les dépôts actuels de sel aient une pareille puissance. On a déjà traité le petit problème géologique que pose son existence.

Il s'en pose un autre, topographique et hydrographique. En 1903 la sebkha m'avait paru de niveau plus bas que le lit voisin de la Saoura; mon baromètre avait marqué le même jour à quelques heures d'intervalles, 735 millimètres a Ain Dhob contre 730 à Kerzaz. Les indications d'un anéroïde sont naturellement sujettes à caution. Mais celles-ci semblent avoir été confirmées depuis. La crue de 1904 arrêtée à Foum el Kheneg par un tampon de sable (voir pl. IX, phot. 19) a rellué en masse vers la sebkha el Melah? 11 serait intéressant de savoir comment l'existence d'une pareille dépression se concilio avec le travail de l'érosion quaternaire. Mais avant de chercher l'explication du fait il conviendrait d'attendre qu'il fut hors de doute.

Privé de points d'eau, contourné par tous les itinéraires, l'erg Atchan, flanqué de la sebkha el Melah, reste inconnu. On peut affirmer cependant qu'il occupe un compartiment effondré au cœur de la chaîne d'Ougarta; le bassin de réception est limité très vite au nord, où de puissantes masses montagneuses interceptent tout accès souterrain ou subaérien aux eaux de l'Atlas. Et c'est apparemment ce qui explique 1' « erg assoiffé » voisin mal partagé de 1* « erg humide ».

La chaîne d'Ougarta. — Sur la chaîne de Tabelbalet on ne sait rien de détaillé. On voit mieux déjà la chaîne d'Ougarta, malgré d'énormes lacunes. On peut affirmer que, au point de vue humain, économique, elle présente un intérêt, tout inhabitée qu'elle est : ce n'est pas du tout un coin désespéré du Sahara.

A priori on pouvait le prévoir; la chaîne est constituée de ces mêmes grès éodévoniens, excellent réservoir d'humidité, qui font habitable la plus grande partie du pays Touareg.

Elle a en effet ses points d'eau, le puits d'Ennaya, par exemple, le r'dir de Kheneg el Aten (voir pl. XXXII, phot. 00.) Elle a aussi ses pâturages, celui d'Ennaya entre autres ; Ennaya est une cuvette synclinale tapissée de Mio-Pliocène et de petites dunes. La montagne elle-même, la roche nue, au printemps de 1905, était couverte de

ce que les Sahariens appellent un pâturage d' « acheb ». Je ne crois pas que cette végétation ait été décrite ni étudiée au point de vue botanique.

La plupart des plantes sahariennes sont des arbustes rabougris dont les chameaux mangent les feuilles, les pousses vertes, les extrémités tendres; ils sont pérennes, et, dans les périodes les plus sèches, quand les jeunes pousses font défaut, la ramification ligneuse subsiste au-dessus du sol. Les plantes sahariennes les plus célèbres, le hâd par exemple, le rihomran rentrent dans cette catégorie.

Y? acheb n'est pas une plante, c'est une catégorie, tout à fait distincte de la précédente, celle des plantes éphémères, printanières, que les bonnes années font sortir du sol pour un petit nombre de semaines, dans les coins privilégiés. Les indigènes leur donnent aussi ce joli nom, rebia, le printemps; végétation classique de steppe en somme, la plante n'est représentée en temps ordinaire que par ses racines invisibles, ou peut-être même par une graine enfouie; vienne le moment favorable, et l'attente dût-elle être de plusieurs années, la végétation subaérienne évolue précipitamment.

Au printemps de 1ÎI0">, qui avait été précédé, on l'a dit, de pluies abondantes et de grandes crues en octobre 1904, Y acheb sur les montagnes d'Ougarta était assez varié; un caractère commun évident était l'énorme prédominance des organes floraux, pas de feuilles, des fleurs en grappes volumineuses, sur des stipes grêles et nus; pas trace de verdure dans l'impression d'ensemble. Au-dessus de Beni Ikhlef l'acheb était représenté par une espèce à fleurs violettes; la montagne apparaissait de loin couverte d'une moisissure violette d'un eflet étrange et délicat sur la roche noire de poix.

Les chameaux « mangent le printemps» avec avidité; l'engloutissement de gerbes de fleurs dans ces gueules particulièrement répugnantes heurte notre concept européen du bouquet, et fait une impression blasphématoire.

Jai noté aussi la présence d'Anabasîs aretioides.

La chaîne d'Ougarta serait donc un pays de pâturages, et si elle n'est pas un pays d'élevage la faute en est aux hommes et aux circonstances, non pas à la nature.

Elle a aussi des richesses minérales, on l'a dit.

A l'ouest de Beni Ikhlef sur la route d'Ennaya, au lieu dit Tamegroun un filon de quartz cuprifère court dans les grès dévoniens, qui sont imprégnés au contact. Autant que j'ai pu en juger après un examen sommaire, et toutes réserves faites sur mon inexpérience, en matière d'évaluations minières, l'affleurement mériterait d'attirer

l'attention s'il se trouvait dans un pays moins inaccessible et moins désolé. D'autant plus qu'il n'est certainement pas isolé (Golb en Nehas) . On peut se demander s'il n'y a pas là pour la Saoura une ressource future éventuelle

C'en a été une à coup sûr dans un passé indéterminé. L'affleurement de Tamegroun a été exploité par les indigènes, très sommairement, il est vrai; les trous et les tranchées d'exploitation qui s'échelonnentle long du filon, ont à peine un mètre ou deux de profondeur. (Voir pl. XXXI, phot. 58.) Le minerai était calciné ou traité sur place, comme l'atteste la présence de scories.

Le souvenir de cette exploitation s'est conservé dans la mémoire des indigènes.

Je dois à l'obligeance de M. le capitaine Martin, commandant l'annexe de Beni Abbès, et à celle de M. l'interprète militaire Stackler, la copie et la traduction d'un texte arabe, conservé au monastère de Guerzim, et qui concerne la mine de Tamegroun*. Il y est question de sorcellerie bien plus que de métallurgie. La mine est devenue un trésor gardé par des génies : les procédés d'extraction n'ont rien de scientifique : « il faut égorger un hibou, le battre avec une tige de fenouil, etc. ». On sait d'ailleurs que chez les primitifs un lien étroit unit la sorcellerie et le travail ou l'extraction des métaux : au Maroc, le Sous est à la fois la patrie des mineurs et des sorciers. Tamegroun d'ailleurs a sans doute été exploité par les Marocains, à une époque indéterminée; je ne crois pas qu'il le soit actuellement.

L'homme. — Si obscur que soit le passé humain de 1*0. Saoura on peut essayer, peut-être, de dégager des souvenirs et des légendes indigènes quelques grandes lignes un peu floues.

On trouve dans la région des tombeaux préislamiques (redjems) ; ils sont tout à fait semblables aux redjems habituels à mobilier de cuivre et de fer; et leur distribution semble accuser une répartition de la vie toute diflérente de l'actuelle. Le lit môme de la Saoura, où sont concentrées les oasis actuelles est plus pauvre en redjems que la chaîne d'Ougarta; ils paraissent nous reporter à une époque de vie nomade où la culture intensive des oasis n'existait pas encore. A Beni Abbès, d'autre part, on se souvient ou on croit se souvenir de la date où aurait été captée la grosse source. Ce souvenir a pris naturellement forme de légende religieuse. « Un marabout égyptien, Si Othman el Gherib planta un bâton en terre : à ma mort, dit-il,

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