‹ Sahara algérienChapitre 50 sur 119 · Voir appendice III · texte numérisé non relu

Voir appendice III

une source jaillira en ce point pour que vous puissiez laver mon cadavre. Le bâton resta fiché en place, et, quand on le retira, à la mort du santon, la source jaillit. » Ceci se serait passé soixante ans avant que le Touat fût occupé Il va sans dire que ces bribes d'hagiographie sont dépourvues d'intérêt historique. Peut-être pourtant doit-on retenir que la palmeraie de Beni Abbès n'a pas la réputation de remonter à une époque immémoriale.

Voici maintenant qui est plus récent et plus précis.

Dans l'oued Saoura, à une trentaine de kilomètres au sud de Beni Abbès, auprès du ksar de Tametert, on montre les ruines d'un ksar au sommet d'une butte; c'est Ksar en Nsara, le bourg des chrétiens. D'après la tradition, ce bourg, peuplé de chrétiens, aurait subsisté jusqu'à une date indéterminée, où les musulmans l'assiégèrent, le prirent et le détruisirent.

D'autres ruines portant le même nom, et auxquelles se rattache la même légende, se voient entre Beni Ikhlef et Bou Khrechba.

D'après le P. de Foucault ces vieux « villages nazaréens » sont nombreux dans 10. Draa*.

A une pareille distance des côtes marocaines, ces chrétiens ne peuvent pas avoir été des Portugais; s'agirait-il donc d'une communauté chrétienne indigène, qui aurait été détruite tardivement? M. Basset, consulté, croit cette hypothèse inadmissible. Il ne faut pas d'après lui, prendre trop à la lettre le nom de Nsara (chrétiens) : « Je le regarde comme synonyme de Djohala (païens); ces noms s'échangent souvent dans les traditions populaires : comme dans les chansons de gestes, les Saxons de Guiteclin (alias Witikind), jurent par Mahom, Appollin et Tervagant. » Les habitants de Ksar en Nsara n'étaient donc pas des chrétiens, c'étaient des païens ou semi-païens, peut-être des kharedjites; à coup sûr des ennemis de la foi orthodoxe, puisque leurs voisins musulmans les ont anéantis. Rien ne nous autorise d'ailleurs à fixer la date de cet anéantissement. Pourtant, la précision des souvenirs indigènes me semble rendre peu vraisemblable une date très reculée.

C'est aux « Nazaréens 3 » que la tradition attribue le captage des sources et l'aménagement des oasis (tradition très nette à Ougarta en particulier). Klle leur donne pour successeurs les Beni Hassen, et • ici nous sommes sur un terrain historique assez sûr. Les Beni Hassen,

t. Notes manuscrites qui m'ont été communiquées au poste de Beni Aubes par M. le capitaine Martin.

2. Communication orale du Père de Foucault, le célèbre voyageur au Maroc.

3. On sait que Nazaréen est la traduction littérale de Nsara.

qui se retrouvent aujourd'hui au Maroc dans la plaine de l'O. Sebou ont été au Sahara les propagateurs de la langue arabe et d'un degré plus élevé de culture islamique jusqu'au Sénégal. L'arabe que parlent les Maures sénégalais s'appelle aujourd'hui encore le Hassaniya 1 . Les Beni Hassen ont laissé en effet dans la Saoura le souvenir d'une très grande et très puissante tribu; et ce souvenir est resté très vivant, leur nom revient souvent dans la tradition. Les ruines d'un ksar Beni Hassen (mais que je n'ai pas vues) se trouvent à Beni Abbès sur la gara qui surplombe la palmeraie de l'autre côté de l'oued (rive droite). (Voir fig. 41.)

La Saoura actuelle est dominée politiquement, où du moins elle l'a été jusqu'à notre venue, par les K'nanema.

Au poste de Beni Abbès, M. le capitaine Martin a bien voulu me communiquer une étude sur les R'nanema, œuvre d'un officier dont je regrette d'ignorer le nom.

Voici de quelle façon la tribu se divise elle-même.

( Ataouna.

j Oulad llammou.

v Oulad Saad.

( Oulad ttezous.

J Oulad Hossein.

' Maadid.

f Gourdana.

\ Oulad Zian.

Oulad Ali.

/ Oulad Alla.

\ Gbaiaba.

[ Oulad bcn Kina. ) Oulad Moktar.

J Oulad Dchan.

[ Oulad Abbou.

Je ne suis pas très sûr que cette sèche énumération soit susceptible de présenter un intérêt général. Peut-être pourtant permet-elle d'entrevoir l'armature politique et sociale de la tribu. AI. Doutté, étudiant les tribus du Maroc occidental, a publié quelques tableaux de subdivisions ethniques dont l'analogie avec celui-ci parait évidente, quoiqu'ils soient d'une analyse beaucoup plus poussée.

Le dernier élément constitutif semble bien être la famille talosensu. *

M. Doutté décrit ainsi la tribu marocaine. « Bien que l'analyse

1. Paidherbe, Langues sénégalaises, wolof, arabe, hassania, etc. Paris, 1887.

2. Les Touaregs du Niger portent ce nom de Gourdana; ce sont, je crois, les nègres qui le leur donnent en langue Sonr ai. Y a-t-il là autre chose qu'une simple coïncidence?

Debabba

Chemamcha . . .

R'nanema.

Ataouna

Gourdana *.

montre qu elle est en général formée d'éléments de provenances diverses au point de vue ethnique, elle est cependant conçue par ses membres comme une immense famille, et cette conception se traduit souvent par la croyance en un ancêtre éponyme »

LesOulad Alla par exemple affirment descendre tous d'un certain Alla ben Hammou, originaire de Bou Denib (dans les hauts de 1*0. Guir .

Les Oulad Hammou se rattachent à un certain Hammou Ould Keroum, des Krerrna, fraction des Ahlaf, habitant la plaine de Tafrata au sud-ouest d'Oudjda.

Ces familles sont groupées en clans (?) groupés eux-mêmes en une confédération, qui est la tribu (?) des K'nanema.

Les familles, qui ont conservé le souvenir de leur origine, se réclament des coins les plus divers de l'Afrique du nord. Il en est qui sont venues de Kairouan et même de Tripolitaine, d'autres du dj. Amour, beaucoup du Maroc (Moulouya, 0. Draa, Merrakech, Sahel). En somme, ici comme dans tout le reste de l'Afrique du nord le brassage des races a été très énergique *, avec une prédominance peut-être des éléments marocains.

Ce qui fait l'originalité et l'unité de ces R'nanema, d'origines si diverses, c'est qu'ils sont nomades et non pas ksouriens.

Le territoire qui leur appartient est considérable, le long de l'oued il va de Merhouma jusqu'au delà de Tagdalt. C'est la section la plus riche de la Saoura, la raba, recouverte d'une « forêt » continue de palmiers, l'oasis d'un seul tenant de beaucoup la plus étendue de toute la région. Les ksars s'y pressent plus nombreux qu'ailleurs; et d'ailleurs les R'nanema sont propriétaires de ksars isolés en dehors des limites de leur territoire propre; un des ksars de Béni Abbès par exemple est R'nanema. Ces ksars, au rebours des autres, ne sont pas des individualités politiques autonomes; beaucoup d'entre eux ne sont même pas des individualités municipales.

Anefid par exemple est une simple ferme habitée par des métayers haratin.

D'autres sont de simples lieux de refuge et d'ensilotement, des abris momentanés, inhabités la plupart du temps, des murailles vides à proximité des terrains de culture; ce sont, par exemple, Béchir (qui est une station d'été), Tametert, Idikh, Ammès, Ksir el Ma, • Beiada, Timr'arin, Meslila, Ksabi.

C'est le même type de ksars qu'on retrouve dans l'oued Guir (Bahariat) entre les mains d'autres nomades les Doui Menia : simples

1. Bulletin du Comité dr V Afrique française, supplément du 15 janvier 1803.

2. Voir lu-dcssus : Doutlù, La Géographie, iy03. I, p. 185 et suiv.

Page 1