‹ Sahara algérienChapitre 58 sur 119 · Brutlhes, L'Irrigation · texte numérisé non relu

Brutlhes, L'Irrigation

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GOURARA ET TOl'AT 239

1906-1907 a été très pluvieux. Ces pluies sont des orages brusques et violents, défonçant les toits en terre battue, délayant les niurettes de sel, des catastrophes gaies; leur extrême rareté est soulignée par ce fait, que rien n'est prévu pour s'en défendre. Il est clair que, dans un pareil pays, on ne peut pas compter sur les pluies locales pour alimenter la palmeraie. Et pourtant l'eau est réellement abondante : « Quelques oasis ont plus d'eau qju'il ne leur en faut. Aux oiïres d'argent qui ont été faites dans certains districts, pour augmenter le débit des for/garas, il fut répondu par une fin de non-recevoir. D'autres... ont accepté, mais sans grand empressement 1 . » Ainsi, ce n'est pas Peau qui manque, les oasis ruissellent d'eau vive, de cascatelles, de petites séguias où vivent des barbeaux. Tout cela est arraché au sol par le travail humain, et y rentre, pour ainsi dire, instantanément, pour y être absorbé par la végétation de la palmeraie. Il faut assurément que cette prodigalité éphémère, sur un tout petit point privilégié, soit alimentée par les réserves lentes d'immenses espaces désertiques. C'est le Tadmaït qui est le grand collecteur, et c'est a son aridité que les oasis doivent leur verdure.

Car un petit nombre d'oasis seulement, celles du Gourara septentrional, sont alimentées par l'Atlas.

Que partout ailleurs l'eau vienne du Tadmaït, c'est incontestable. On la voit sourdre à la tète des longues et innombrables foggaras, toutes parallèles entre elles. Çà ne laisse pourtant pas de surprendre, au moins au pemier abord. C'est que ces immenses plateaux calcaires sont un terrible pays. Pour en avoir une représentation adéquate, il faut aller directement d'el Goléa à Ouargla. Il y a là, au cœur de nos possessions, dans un pays que nous occupons depuis trente ans, un intervalle de 200 kilomètres où toute notre machinerie n'a pas encore pu faire jaillir une goutte d'eau. L'été 1903, une caravane de six Arabes y est morte de soif.

Si le Tadmaït est aussi inconnu encore, c'est surtout parce que l'extrême rareté des points d'eau en rend l'exploration détaillée bien difficile en dehors de quelques grands medjbeds. En somme, c'est un Tanezrouft. Après tout ce sont des causses, et même sous nos climats le causse est d'une aridité bien connue. Ces causses sahariens, effroyables dans l'ensemble ont pourtant quelques coins verts, des oasis par exemple. Il est vrai que le seul groupe d'oasis un peu important, le M'zab, est un miracle de volonté humaine, avec ses puits de 60 mètres creusés dans le roc dur. Le M'zabite est à propre-

1. Lieutenant Niéger : Le Touat, Bulletin du comité de l'Afrique française. Suppléments W 7 et 8, juillet et août, 1004.

ment parler un commerçant fixé dans les villes du Tell et qui entretient au Sahara une maison de campagne ruineuse.

En plein Tadmaït dans l'O. Tlilia, on trouve deux petites palmeraies, Matriouen et In Belbel, insignifiantes, à vrai dire. Enfin le Tadmaït a ses pâturages; celui d'Ilatou, par exemple, fréquenté par les méharistes du Touat. Les nomades du Tidikelt paissent leurs chameaux au Tadmaït aussi bien qu'au Mouidir.

Tout cela suppose nécessairement que le Tadmaït a ses pluies, sur l'abondance desquelles nous n'avons, il est vrai, aucune donnée précise. Mais il est naturel d'admettre qu'un aussi gros massif, et aussi élevé (jusqu'à 700 mètres d'altitude) est notablement plus pluvieux que les oasis elles-mêmes situées à un niveau beaucoup plus bas. Il faut tenir compte aussi de l'énorme étendue du bassin de réception. Il y a là dans le bassin du Touat et du (iourara une masse continue de causses qui peut avoir 350 kilomètres de long sur 150 de large. Toute l'eau qui y tombe s'engouffre dans les avens et dans les fissures et s'achemine vers les oasis.

Le D' Siegfried Passargc propose une autre explication. Il écrit textuellement : « Les nappes d'eau des puits artésiens dans le Sahara algérien et lybique datent peut-être du quaternaire (Pluvialzeit). U me paraîtrait plausible d'admettre cette explication, plutôt que de faire venir du Soudan l'eau des oasis libyques, de l'Atlas ou du Hoggar celle du Sahara algérien »

Le Tadmaït serait donc encore gorgé d'humidité quaternaire, et les restes de son ancienne opulence lui permettraient d'alimenter les oasis, malgré l'indigence des pluies actuelles; en caricaturant un peu et en précisant outre mesure cette très jolie idée, l'eau qui gonfle les dattes de 1907 serait contemporaine de notre mammouth européen, ou si l'on veut du gnou, du rhinocéros, de la faune quaternaire nord-africaine, aujourd'hui émigrée au Zambèze.

L'hypothèse est charmante, un peu hardie peut-être. Pour qu'elle s'imposât, il faudrait qu'on ait constaté une disproportion entre la quantité moyenne des pluies et le débit des foggaras; nous sommes extrêmement loin de semblables précisions. Ce qu'on peut affirmer c'est que, au Sahara comme dans toute l'Afrique du nord, les années pluvieuses ou sèches ont un retentissement immédiat sur les sources.

Que l'hypothèse de M. Passargc soit une généralisation de faits observés dans l'Afrique du sud, c'est par surcroît une considération

1. D' Sippfricd ï'assnrpe. hk> Kalalutri. IWliii, 1904, p. 007.

Uigitize

Aîn SeFra

Figuig

Vïrgêtion hercynienne

l Limite des plis calédoniens

Limite de la transgression cènomanienne

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Fifr. 50. — Cnrte schématique, montrant In virgntion hercynienne.

SAHARA ALOKMK*. 1Û

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qui n'est pas de nature à la recommander sans restriction aux géologues nord-africains.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, la conclusion générale est la même.

Les oasis et les sebkhas jalonnent la ligne-limite des terrains crétacés et primaires, au Gourara et au Touat; ce jalonnement est méticuleux à cent mètres près; ce ne peut pas être une coïncidence fortuite, il faut admettre une relation de cause à eflet; cette limite géologique est un lieu d'habitation humaine parce que, comme beaucoup de ses pareilles, elle est une ligne de sources, suivant laquelle affleure la nappe souterraine. A propos de la Saoura et même de la Zousfana nous avons fait une constatation analogue et la même loi s'applique au Tidikelt. On peut donc généraliser.

De Figuig au Tidikelt en passant par le Gourara et le Touat, s'étend une ligne d'oasis à peu près continue, longue de plusieurs centaines de kilomètres et large à peine de quelques centaines de mètres. M. Basset cite le dicton arabe d'après lequel une jument en marche pourrait être saillie à la première oasis et mettrait bas à la dernière.

Cette « rue de palmiers », un trait tout à fait extraordinaire de la géographie saharienne, on peut en rendre un compte précis dans un petit membre de phrase : les palmiers jalonnent à l'ouest, jusqu'à son extrême limite sud, la limite de la transgression cénomanienne (fig. 50).

Les Foggaras. — Le Touat, le Gourara et le Tidikelt se distinguent de tous les autres groupes d'oasis sahariennes, par l'extrême développement de leurs foggaras; le contraste est particulièrement vif avec le groupe oriental d'Ouargla, dont toute l'eau est artésienne.

A l'est et à l'ouest des grands causses crétacés, les conditions hydrographiques s'inversent. Le schéma ci-joint fait comprendre d'un coup d'œil pourquoi. De part et d'autre du faîte, ligne de partage des eaux, la cuvette synclinale d'Ouargla et le versant d'anticlinal du Tadmaït occidental se font pendant et contraste. Ainsi s'explique la différence extrême du mode d'existence dans les deux groupes d'oasis. Celles d'Ouargla sont massées au fond de la cuvette synclinale et vivent de leurs puits artésiens; celles du Touat-Gourara s'alignent à la périphérie du bombement anticlinal, et vivent de leurs foggaras, c'est-à-dire de sources et de suintements captés à fleur du sol (fig. 51).

On sait qu'une foggara (pluriel fgarjir) est tout simplement un canal souterrain de captage et d'adduction. Rien de plus connu en

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien.

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