‹ Sahara algérienChapitre 62 sur 119 · Bull. Soc. de Géoyr. d'Alger · texte numérisé non relu

Bull. Soc. de Géoyr. d'Alger

estampé dans le ksar de ll'ormalt (oasis de Bouda), une inscription hébraïque, qui a été publiée par M. Philippe Berger 1 ; c'est une pierre tombale de 132Î). Cette inscription est d'un travail soigné; elle semble attester l'existence de ce qu'on pourrait presque appeler une école de graveurs; et on pouvait prévoir qu'elle ne resterait pas isolée. En effet M. le lieutenant-colonel Laperrine a expédié à Alger trois nouvelles inscriptions hébraïques *.

Les traditions indigènes ont conservé do la persécution un souvenir détaillé. Ils connaissent parfois le lieu de sépulture des victimes. D'après Niéger « un massacre aurait eu lieu entre Sbaa et Meraguen. Les indigènes montrent à trois kilomètres sud-ouest de Guerara, une espèce de tumulus, qui serait le tombeau des infidèles ». El- Mer'ili, l'ennemi des Juifs, eut à surmonter de grosses résistances locales; son principal adversaire fut le cadi de Tamentit, El-Asmouni qui chercha h intéresser à sa cause, ou plutôt à celle des Juifs, les ouléma du Maghreb. Les massacres no furent décidés qu'après consultation de saints personnages lointains, parmi lesquels on cite Es- Snousi et Et-Tounsi. L'assassinat du fils d'El-Mer'ili au Touat* longtemps après la persécution laisse deviner qu'elle avait semé des haines vivaces, et qu'elle n'avait pas obtenu un résultat complet et immédiat.

La mémoire d'El-Mer'ili, dont le tombeau est à Bou Ali, est aujourd'hui en grande vénération aux oasis; mais on pourrait presque en dire autant de ses victimes; à coup sûr il ne s'attache pas à leur souvenir la haine et le mépris dont le musulman poursuit ordinairement l'infidèle. C'est déjà un fait remarquable que ces Juifs exterminés depuis quatre cents ans ne soient pas tombés dans l'oubli. On parle du « temps des Juifs » avec une sorte de piété; c'était le temps où les sebkhas étaient des lacs, où le Touat avait ses felouques, \e bon vieux temps; les Juifs apparaissent comme des bienfaiteurs, auteurs des puits artésiens et des foggaras, créateurs d'oasis et fondateurs de ksars. L'inscription de R'ormali n'est pas le moins du monde abandonnée, elle est un peu traitée en fétiche, encastrée dans un pilier de pisé, le côté gravé en dehors. Dans les ruines du ksar juif d'Ar'lad (oasis de Tamentit) les femmes vont pleurer, avec l'espoir, il est vrai, d'être récompensées de leurs larmes par la découverte d'un trésor. Le commandant Laquière écrit : « La tradition courante au Touat est que les gens de Tamentit tiennent cette

1. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, mai 1903, voir aux appendices.

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