Barth, Reiscn und Entdeckungen, 11, p
GOURARA ET TOUAT 253
aptitude à l'industrie et au commerce de leurs ancêtres juifs, à qui serait due la fondation de la ville. Les indigènes se défendent d'ailleurs de cette origine et disent que, lors de l'arrivée des musulmans dans le pays, les Juifs ont disparu en majeure partie. D'après eux, seuls les habitants du quartier d'Akbour descendraient des Juifs fondateurs de Tamentit. Les descendants d'ailleurs sont de parfaits musulmans aujourd'hui, se disent même marabouts et enseignent le Qoran. »
11 en est de même à peu près partout aux oasis; on ne trouvera jamais un ksourien qui ne renie ses propres ancêtres juifs, mais il avoue ceux de son voisin. Au fond, malgré les siècles écoulés, tous savent à quoi s'en tenir, et dans les victimes d'EI-Mer'ili ils reconnaissent des aïeux. La persécution de 1492 n'a pas été simplement le massacre de quelques Juifs, elle a été surtout la conversion en masse d'un peuple.
Ce temps des Juifs dont le souvenir s'est conservé non seulement dans le haut Touat mais encore au (iourara, fut assurément le temps de l'indépendance berbère, les Juifs dominaient soit parleur nombre, Soit par leur industrie et leur richesse une société berbère.
En même temps que les trois inscriptions hébraïques trouvées à Tamentit, M. le lieutenant-colonel Laperrine a envoyé à Alger une pierre sculptée, de même provenance 1 et qui, d'après M. Basset représente une tête de bélier. M. Basset a relevé deux textes, l'un de Corippus et l'autre d'El-Bekri attestent l'existence chez les Berbères d'un culte du bélier, qui s'est maintenu jusqu'au xi e siècle'. Après tout il subsiste encore à Tamentit ce qu'on pourrait appeler une autre idole berbère, objet d'un culte actuel. C'est un très bel aérolithe, posé au milieu d'une place, où il est protégé par son poids et par la vénération du peuple. M. le commandant Laquière en a publié une photographie 3 . Les indigènes affirment qu'il est tombé du ciel, et sur ce point on peut les en croire, auprès du petit ksar de Noum en Nas. En ce temps-là il était tout en or, aussi excitait-il de si dangereuses convoitises que Dieu, dans sa sagesse, le muta au fer. En réalité, au prix où se débitent les aérolithes dans les' musées et les laboratoires, celui de Tamentit, quoiqu'il ne soit pas en or, a une grosse valeur, mais les gens de Tamentit l'ignorent, et ils esquivent ainsi un conflit pénible entre leur piété et leurs instincts ataviques de commerçants.