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UNE PALMERAIE ENSABLEE

A gauche, sur la crête de la dune, et pour essayer de la fixer, des haies en palmes.

GOURARA ET TOUAT

Le XV e siècle an Sahara et dans l'Afrique Mineure.

Nous pouvons maintenant jeter un coup d'oeil d'ensemble sur cette époque, si curieuse au Sahara, qui va approximativement du xiv* au xvi* siècle et qui a vu s'accomplir partout la même transformation.

Dans l'O. Zousfana un certain Sidi Beyazid convertit les Boni Goumi païens. La date est indéterminée mais il faut noter que le nom de Beyazid est turc.

Dans l'O. Zousfana, des « Nazaréens (?) » bâtisseurs de ksars ont été massacrés ou convertis par les Beni Uassen.

Au Gourara et dans le haut Touat une société juive a été détruite par el Mer'ili en 1492.

Au bas Touat des Barmata païens (?) ont pour successeurs au xiv et xv° siècle des Chorfa du Tafilalet.

Avec des variations locales c'est partout la même révolution, et à peu près à la même époque.

Elle s'accompagne partout d'un changement dans l'architecture des villages. Aux kalaa de pierre bâties dans de fortes situations défensives et offensives succèdent les ksars en pisé, fortifiés, il est vrai, mais modestement cachés dans la palmeraie, au milieu des cultures. Ce sont des refuges de paysans traqués, ou des jardins à cascatelles pour moines inoffensifs; au lieu de bourgs féodaux, qui sentent l'indépendance, le banditisme, et sans doute aussi le nomadisme, car les kalaa sont toujours à quelque distance des bas-fonds cultivables. Ces siècles de transition sont ceux où se fondent les grands monastères sahariens, Kenatsa, Kerzaz, Zaouiet Kounta, etc. Et, sous bénéfice d'inventaire, car les études hagiographiques restent encore à entreprendre, c'est alors apparemment que surgirent ces innombrables tombeaux de saints, avec leurs coupoles blanches qui constellent toutes les palmeraies et qui extériorisent pour l'œil la prédominance des préoccupations pieuses.

11 y a eu là apparemment, en même temps qu'une révolution religieuse et linguistique, une profonde transformation économique, et sociale, un progrès de l'agriculture intensive, de la paix publique, et de la culture générale.

Or cette révolution religieuse on la signale dans toute l'Afrique du nord.

Au xv* et au xvi" siècle, l'Islam, chassé d'Espagne, poursuivi jusqu'en Afrique par les chrétiens, se ressaisit et se rénove; le sentiment religieux s'exaspère, les saints, les marabouts, les mission.

naires pullulent; c'est le moment où les vieux noms berbères des tribus disparaissent, pour céder la place aux dénominations actuelles, tirées de marabouts éponymes; pour la première fois, l'Afrique Mineure s'islamise intégralement.

Et c'est un fait bien curieux que dans cette Berbérie ultra-conservatrice l'Islam introduit au vm e siècle n'ait triomphé définitivement qu'au xvi*. C'est même un fait considérable, étrange et généralement si ignoré, qu'on sent le besoin d'en établir l'exactitude en s'appuyant sur des autorités incontestables. Beaucoup moins palpable qu'une bataille ou un changement de dynastie cette grande transformation diffuse et lente a presque complètement échappé aux rares historiens de l'Afrique du nord. Mercier lui consacre à peine une dizaine de lignes imprécises : « Nous devons signaler l'arrivée de marabouts, venus en général de l'ouest, du pays de Seguiet el Hamra... ils ont, en maints endroits, réuni des tronçons épars, d'origine diverse, et en ont formé des tribus qui ont pris leurs noms. Les Koubba de ces marabouts se trouvent répandues dans tout le nord de l'Afrique et perpétuent le souvenir de leur action qui a dû s'exercer surtout du xiv* au xvm* siècle » Aucun historien n'a fait de cette question pourtant intéressante l'objet d'une étude détaillée; les éléments, incomplets, en sont épars dans des travaux hagiographiques et philologiques, en particulier de M. Basset.

Dans « Nédromah et les Traras » 2 , par exemple, M. Basset signale « les traces d'une influence juive, antérieure à l'établissement des Israélites actuels de Nédromah (où ils vinrent de Miknâsah au milieu du xvm e siècle), car nous les trouvons dans des monuments du Moyen âge ». M. Basset cite une tribu qui a un nom hébraïque, les Ouled Ichou; il mentionne un tombeau très vénéré de .losué, et le cap Noun, dont le nom, qui lui est appliqué dès le Moyen âge, est celui du père de Josué. « On sait que les Juifs se répandirent de bonne heure en Afrique, non pas seulement en Cyrénaïque, et dans la région Carthaginoise, où ils prospérèrent, mais aussi dans l'ouest. Les Vandales tolérèrent le libre exercice de la religion juive, et on voit, par un passage de la lex Wisigothorum cité par Grœtz, que les juifs d'Espagne s'adonnaient au commerce et à la navigation sur les côtes d'Afrique... Ils étaient nombreux dans ce dernier pays puisqu'ils s'entendirent avec leurs frères restés en Espagne pour organiser contre Egica, vers 693, une insurrection qui échoua 1 . »

1. Ernest Mercier. Histoire de l'Afrique septentrionale, t. Il, p. 382.

2. \cdromah elles Traras. Publication de l'École des Lettres d'Alger. 1901, p. vu. :i. L. c, p. xv el xvi.

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