GOURA HA ET TOUAT
Voilà qui est évidemment de nature à jeter une lumière sur les traditions touatiennes au sujet des Juifs.
Parmi les saints de Nedromah, M. Basset fait une grande place aux « marabouts venus de la Seguiet el Hamra ; ceux-ci se rattachent aux missions qui au xv e et au xvi e siècle ranimèrent l'Islam dans tout le nord de l'Afrique* ».
Au sujet de la confédération des Traras, qui se forma au xvi* siècle, M. Basset observe : « Contrairement à ce qui se passa ailleurs, elle ne prit pas le nom soit d'un ancêtre éponyme, soit d'un marabout reconnu comme l'ancêtre spirituel 1 . »
Dans les montagnes de Cherchell les Beni Menacer actuels furent jusqu'au xvi* siècle des Zenètes Maghraoua, dont le nom se trouve déjà dans Ptolémée sous le nom de Maxyoûpr^oi. Ils ont adopté leur nom actuel aux environs du xvi° siècle et « ils le dérivèrent de celui d'un saint nommé Mansour, qui se serait fixé parmi eux pour les ramener à la religion, et serait ainsi devenu leur ancêtre spirituel éponyme* ».
C'est ainsi que « les Mekhàlif, entre Djelfa et Laghouat, se rattachent à un Sidi Makhlouf;... les Douaouïda (province de Constantine)à Sidi Douad, etc. ».
M. René Basset donne tout une liste de marabouts algériens venus du Maroc et de la Seguiet el Hamra, et qui ont évangélisé Blidah, Mascara, la Kabylie, etc. ; . Le santon fameux de Milianah. Sidi Ahmed ben Yousof se rattache spirituellement, au titre de disciple, « à ce grand mouvement de renaissance religieuse 3 ».
Voilà qui éclaire évidemment le rôle joué au Touat par el Mer'ili, à Tar'it par Si Beyazid, etc.
La révolution du xv* siècle au Sahara et en particulier au Touat ne lui est donc pas particulière; des événements analogues, répercussions des victoires espagnoles, se sont produits à la même époque dans toute l'Afrique du nord. Le Maroc battu en Europe et envahi en Afrique, fut apparemment sensible à l'humiliation nationale et au recul de l'Islam; par surcroît il fut le refuge des musulmans andalous chassés d'Espagne : ces proscrits nombreux, intelligents, cultivés et aigris se dispersèrent sur la surface du Maroc par petites colonies,
3. René Basset, Notes de lexicographie berbère. Le dialecte des Beui Menacer, Journal asiatique, 1885, p. 5.