‹ Sahara algérienChapitre 69 sur 119 · R. liasse!, Histoire de Tombouctou, p · texte numérisé non relu

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2. Notons qu'il y a eu un e tu pi ru Saharien Zenati, dont le centre était à Sidjilmessa (Tafllalet), mais sur lequel on a actuellement des données bien vagues.

GOURARA ET TOUAT 265

Les Haratin. — Il n'est pas difficile de poser le problème à résoudre. Les Berbères furent-ils les premiers habitants du Touat? ou ont-ils été précédés par des Nègres? C'est la question des haratin.

Toute la basse classe, et par conséquent la partie la plus considérable de la population, est composée de Nègres. Seuls d'ailleurs ils sont en état de supporter physiquement le travail de la terre, parce qu'ils résistent à la malaria.

Mais ces Nègres se divisent en deux catégories bien tranchées, les esclaves et les haratin.

Pour les esclaves point de difficulté, leur origine est claire, la plupart sont nés au Soudan et ont été amenés aux oasis par la traite. D'après Wattin ils ont un idiome spécial, le kouria^ qui serait un pot-pourri de toutes les langues soudanaises. M. Wattin ne donne aucun détail sur cet idiome qu'il n'a évidemment pas eu le temps d'étudier; mais il est très affirmutif sur son existence. D'après le peu qu'il en dit on imagine un sabir, un pigin-englisch ; il est assez vraisemblable en effet que dans un milieu d'esclaves soudanais, d'origines et d'idiomes différents, réunis par leur misère commune, il soit né une sorte de lingua franca nigritienne. Cette petite question reste pourtant à approfondir.

Il est autrement délicat de se prononcer sur l'origine des haratin. C'est une classe, ou une caste de la société, un prolétariat agricole, et peut-être faut-il aller jusqu'à dire des serfs de la glèbe ; ils travaillent les jardins d'autrui d'après un contrat de métayage, équivalent à celui qui lie le khammès algérien ; je crois qu'ils n'avaient pas le droit de rompre ce contrat de métayage, et à coup sûr ils n'en avaient pas la possibilité.

Ce prolétariat nègre se retrouve dans tout le Sahara algérien et marocain, à Ouargla, au Tafilalet, dans l'O. Draa, et partout il porte le même nom.

On pourrait être tenté de dériver ce nom de ^ j^(harat : labourer) ; d'après les archives marocaines il y a une classe de haratin (laboureurs blancs) auprès de Tanger 1 . Il semble donc bien que aux yeux des indigènes la caractéristique essentielle des haratin c'est moins la couleur de la peau que la positon soiciale.

Les haratin sont-ils des esclaves libérés, une caste d'affranchis? sont-ils au contraire le résidu d'une ancienne population aborigène, asservie par les Berbères, des Garamantes? C'est une question qui a fait couler beaucoup d'encre. Les haratin du Touat et des groupes

!. Archives marocaines, n° II, p. 216.

voisins d'oasis n'ont certainement pas d'idiome qui leur soit propre. Ils parlent la langue de leurs maîtres, arabe ou berbère suivant les oasis. Un certain nombre savent le kouria, mais non pas tous; ceux qui le parlent sont d'anciens esclaves, et le kouria serait incontestablement le jargon propre des esclaves. Notons pourtant que M. Basset, étudiant à Tiaret l'idiome berbère parlé par une colonie de baratin a retrouvé des influences yolof

On n'a jamais étudié les baratin au point de vue ethnologique ; il est certain pourtant qu'ils ont les instruments de musique des Nègres, le tambour et la double timbale (karkabou) ; ils ont leurs danses et leurs habitudes bruyantes dans les nuits de pleine lune! A première vue à tout le moins ils ne semblent pas s'en distinguer.

D'ailleurs, au dire de nos officiers (capitaine Flye Sainte-Marie en particulier), tout hartani qu'on interroge déclare que son grand-père était esclave; chez aucun on ne trouverait la prétention d'appartenir à une caste différente par ses origines de la caste servile; les intéressés eux-mêmes se déclareraient affranchis.

A coup sûr les coutumes facilitent et multiplient les passages d'une caste à l'autre. Les affranchissements sont fréquents, et tout affranchi est de droit hartani. L'enfant de hartani et d'esclave est de droit hartani, comme d'ailleurs l'enfant de hartani et de parent libre est libre de droit. Des deux ascendants c'est toujours celui dont la condition est la plus relevée qui la transmet à l'enfant. On voit ici par quel processus légal la race entière se négrifie.

On peut donc affirmer que rien de ce qu'on observe au Touat n'autorise à considérer les haratin comme une race aborigène. Mais je ne crois pas qu'il serait sage d'aller plus loin et de poser une conclusion absolue. Il est clair que, dans la période actuelle, les Soudanais sont venus aux oasis comme esclaves et qu'ils y ont fait souche de haratin : d'autre part c'est un fait historiquement certain que, au Moyen âge, ils y sont venus en conquérants, à la suite des rois de Mellé et des sultans Sonr'aï; une légende de Tornbouctou, qu'on a rapportée plus haut, attribue au Touat, au pays et à son nom, une origine soudanaise. Dans un chapitre antérieur on a dit que, au centre du Sahara, la race Berbère paraît superposée récemment à une population nègre néolithique.

En définitive, dans un pays où, pour des raisons climatiques, les nègres sont les seuls cultivateurs possibles, et qui d'ailleurs est en libre communication avec la Nigritic, il serait imprudent, et l'on

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