I-il
(lisait le Bardai pourra, n'était pas tout bonnement un vain mirage, comme Payait été la soi-disant provende de fourrage que nous devions trouver au sud du Tummo ? Et si le malheur voulait que je ne pusse aller jusqu'au Bardai ?Que faire de ce côté-ci des montagnes, où il n'y avait pour l'heure rien à se mettre sous la dent?
J'eus, en attendant, le loisir de considérer de près ces étranges gentilshommes, qui ressemblaient plutôt à une bande de malandrins faméliques qu'à une réunion de gens de qualité représentant la 6ne fleur d'une tribu. Le plus âgé et le plus illustre en même temps par son extraction, c'était le Maïna Dirlcoui, un vieillard porteur d'une grande barbe poivre et sel^ avec un teint noir maculé de reflets jaunes, des traits réguliers du reste, une certaine dignité et l'air bon enfant. A côté de lui était assis le Maïna Derdêkorè, homme dans toute la force des ans, également barbu, mais avec un soupçon de prognathisme, et qui, de par sa verbosité, — un vrai moulin à paroles, — se rendit bientôt maître de la conversation. Le troisième, Gordoï, ou Gordémi, — on l'appelait aussi Konki, c'est-à-dire fe/?c/tV, — était d'une stature toute frêle, avec une mine rusée au possible. Le quatrième et dernier, Keidomi, était un personnage posé, grave, taciturne, foncé de peau, au visage long et régulier, et dominant de la taille tous les autres. Le reste 4.e la société se composait de parents, de clients ou de subalternes, que l'espoir d attraper quelque bonne aubaine avait décidés à suivre les Maïnas, et qui étaient encore plus efflanqués et plus minables d'accoutrement que ceux-ci.
Le lendemain matin, dès avant le jour^ l'honorable compagnie reparut, en manifestant l'intention formelle de se régaler de nouveau à mes frais. Mohammed, qui avait l'administration des vivres, et qui était aussi libéral pour autrui que chiche pour lui-même, fouilla gravement dans les sacs aux provisions et en tira, pour ces affamés, un déjeuner qui, pour l'abondance, ne le cédait pas au souper déjà sacrifié la veille. Leur digestion une fois bien en train, ces messieurs abordèrent tout naturellement le chapitre des «droits de leur vallée », i savoir des péages à leur verser à l'entrée. Cette question de « transit» amena un débat qui se prolongea depuis le lever du soleil jusqu'à l'heure de VAschd^f et qui ne finit, cela va sans dire, que par ma défaite. Sur quoi, la partie adverse abandonna le terrain pacifique où nous avions festoyé en commun,