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CHAPITRE IX

Topographie du Tibesli. — A propos des sources thermales du Tarso. — Monls et Tallées. — Flore et faune régionales. — Particularités ethnographiques ; Tedâs et Dazâs. ~ Type physique de la race. — Genre de yie, humeur des habitants du Tou. — Considérations historiques. — Détails de nîœurs publiques et privées.

La région habitée par la branche septentrionale de la famille Toubou, région que les Arabes appellent Tibesti, mais que les indigènes désignent sous le nom de Tau {Tu) *, est restée, je Tai dit, malgré sa proximité du Fezzan et de la route de caravanes, depuis des milliers d'ans fréquentée, qui conduit de ce côté au Bornou, presque absolument inconnue jusqu'à notre époque. Hérodote parle bien d'un pays des Éthiopiens troglodytes, situé au sud des Garamantes, qui semble être effectivement le Tibesti; mais il ne nous en donne aucune description. Après la conquête romaine, deuxchefsd'armée,SeptimiusFlaccusetJulius]Vlaternus, pénétrèrent au sud, nous dit Marin de Tyr, jusqu'à la contrée d'Agisymba ; mais il est probable que cette centrée n'était autre que TAhir actuel, district des Touaregs du sud-est. Ptolémée n'est pas plus explicite, quand il mentionne l'extension de la puissance des Garamantes par delà le Désert oriental jusqu'au Soudan. Plus tard, lorsque la conquête du littoral nord par les Arabes eut fait refluer les populations côtières vers les oasis du Sahara, et que des émigrés venus du septentrion, en passant à coup sûr par le Tibesti, eurent fondé le royaume de Kftnem, il n'est pas davantage question de ladite contrée. De cette région des Têdas, on ne

1* îtf, dans la langue locale, signifie rocher,

trouve pas non plus de mention expresse dans les auteurs arabes Idrisi et Ibn Said, qui nous décrivent le grand empire des Zoghâwas ou Zaghâs, étendu, à l'ouest jusqu'à la route du Bornou, au nord-ouest jusqu'au Fezzan, et, à l'est, jusqu'aux pays du Nil.

Ce ne fut qu'ultérieurement, quand le Fezzan, détaché du Bornou, se fut mis à graviter dans l'orbite de la Tripolitaine, et eut développé son trafic au nord, à l'est et au sud, que l'on commença d'entendre parler du Tibesti, comme d'un district que sa nature rocheuse aussi bien que l'humeur perfide de ses habitants rendaient difficilement abordable. Quand ensuite, vers le milieu du dix-septième siècle, l'Islam eut fait des tribus ouadaïennes un corps de nation, il s'établit peu à peu entre le nouvel État et le Fezzan un mouvement de négoce qui passa par le territoire des Toubous; toutefois le caractère brutal de ces farouches flibustiers empêcha toute relation intime entre eux et les marchands de passage.. ,

Fezzanais et Tripolitains, le droit de transit une fois acquitté, se contentaient de filer le plus vite possible le long du pied sudouest de la chaîne, et s'estimaient fort heureux quand ils avaient tourné le dos à ces montagnards mal famés. Vers la fin du siècle passé, les gouvernants de Mourzouk firent quelques tentatives pour réduire ces malandrins à l'état de tributaires et pour mettre un terme aux violences et aux déprédations qu'ils exerçaient sur les routes du Fezzan à l'Ouadaï et au Bornou (car cette dernière région appartient aussi au territoire des Toubous Reschâdes); mais, à part quelques succès temporaires, l'œuvre échoua contre les difficultés d'abord que présentaient ces districts rocheux. Plus récemment, au début de ce siècle, quand l'intelligent Saboun, roi de l'Ouadaï, eut frayé un chemin direct de trafic entre son pays et la côte de la Méditerranée, on put espérer que les ténèbres qui couvraient toute la moitié orientale du Grand-Désert allaient enfin se dissiper, et que, du même coup, le Tibesti allait devenir un pays plus connu; mais cet espoir ne se réalisa pas; la route nouvelle, établie au nord vers Benghâsi, et passant d'ailleurs en dehors des frontières orientales des vallées libestiennes, n'a servi qu'à ruiner l'ancienne voie commerciale du Fezzan, et elle-même, après avoir vivifié pendant un demi-siècle à peu près la partie la plus centrale et la plus déserte du Sahara de l'est, a fini par subir une éclipst? qui dure encore aujourd'hui. C'est ainsi que le Tou est demeuré dans son obscurité séculaire.

Les voyageurs européens, d'autre part, qui poussaient de si

heureuses excursions dans les régions nord-ouest de TAfrique, réussissaient moins dans le désert oriental. Tout ce qu'on savait du Tibesti, dans ces derniers temps encore, c'était ce qu'avaient pu en apprendre de seconde main les explorateurs tels que Lyon (1818), Richardson, Barth, Overweg et Vogel (1850-1855), ainsi que le consul français Fresnel^, qui avait profité de son séjour à Benghâsi et à Djftlo, pour recueillir avec soin toutes les informations dignes de foi sur les routes qui, d'un côté ou de Tautre du Tou, vont versl'Ouadaï. Au point de vue de la topographie, ces notions étaient loin d'être suffisantes ; il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à regarder les cartes de Petermann et Hassenstein dressées de 1861 à 1863*. L'unique chose acquise, c'était que le Tibesti était un pays tout en rochers et en montagnes ; du détail on ne connaissait rien. Un peu plus tard, Gerhard Rohlfs, grâce aux renseignements qu'il s'était procurés à Kawâr (1866), put tracer du territoire des Toubous une carte qui, dans son ensemble, donne une idée exacte de la physionomie de la région. Mais nul encore n'y était allé. Je devais être, je le répète, le premier Européen à pénétrer dans cette contrée mystérieuse, et si le séjour que j'y ai fait n'a pas eu les résultats scientifiques qu'on pouvait souhaiter, cela tient surtout aux conditions malheureuses dans lesquelles s'est accompli mon voyage. Je n'ai vu qu'une portion restreinte de ce vaste pays, et mon travail d'observation et d'annotation y a été constamment entravé par les souffrances et les tribulations que l'on sait.

Le relief tibestien peut être considéré comme une annexe du système touareg qui, sous le nom d'Hoggâr, se dresse à la partie est du Sahara occidental, et qui, après avoir atteint, dit Duveyrier, une altitude centrale de 2,000 mètres (le Tassili a encore de 1,500 à 1,800 mètres), va s'abaissant en forme de terrasses vers le haut plateau sud-oriental qui confine au pays des Toubous. Ce plateau, à l'endroit où le traverse la route du Fezzan au Bornou, a une élévation de 600 à 700 mètres, et le plan régulièrement dégradé qui s'étend sur un espace de 500 kilomètres environ entre la région de Ghât et les monts Tummo, présente des chaînes rocheuses qui, bien qu'interrompues par endroits, ne s'en rattachen t pas moins au massif touareg septentrional.

Les monts Tummo, de leur côté, ne sont qu a quelques journées

1. Voyez aussi le voyage au Ouaday (Watlai) par le cheik Mohammed Ibn Omar-et- TounsJ, Iraduil de l'arabe par le docteur Perron. Paris, 1851 (1812). î. Vojezie suppiément de 1862 63 aux Uittheilungen de Petermann.

de marche du district montueux d'Afâfî, lequel appartient au système tibestien. De ce point, situé à peu près au 22* degré de latitude nord, la traînée des monts se prolonge d'abord du nordouest au sud-est, entre les 15* et 17® dégrés de longitude ouest, jusqu'au 20' degré de latitude ; puis, infléchissant de plus en plus à Test-sud-est, court, entre les 20* et i8' degrés de latitude, jusqu'au 21* degré de longitude environ, c'est-à-dire jusqu'au pays des Wanja (Wanjangâ), où elle se termine ou du moins subit une interruption considérable. La route de caravanes du Fezzan à l'Ouadaï longe jusqu'au Borkou le pied ouest et sud-ouest de cette chaîne, dont le point culminant, au nord, est le mont Tarso, lequel forme un premier nœud de 80 à 100 kilomètres de développement. Un second nœud, à la partie sud-est de la chaîne, semble constitué par l'emi Koussi, qui, vu de l'oasis de Tiggi au Borkou, présente un cône éloigné de trois ou quatre journées de marche vers le nord. Ces deux centres sont reliés par de nombreuses chaînes ou écheveaux, très variés de hauteur et de disposition, et entre eux s'inclinent dans la direction du sud-ouest des lits fluviaux qui, avant d'aboutir à la plaine, ont généralement fourni un cours de plusieurs journées à l'intérieur des districts rocheux. De l'endroit par exemple où l'enneri Zouàr débouche desdits défilés, il faut encore deux jours de marche en amont pour en atteindre le point initial. Même observation pour les enneris Domar, Yoô et Mâro.

Le plateau d'Alaota Kiou est à environ 360 mètres d'altitude au-dessus de la mer : la grande vallée d'érosion, au pied du Tummo *, est encore à 450 mètres ; le plateau d'Afâti, vers lequel elle va se relevant, est à 590 mètres, et la plaine qui suit, au pied ouest du relief tibestien, à 50 kilomètres à peu près de l'intumescence centrale qu'on voit se dérouler en chaîne du côté de Test, s'élève à 490 mètres. De là jusqu'à Taô, on remonte de 90 mètres, puis jusqu'à l'embouchure du Zouàr, de 150 mètres en plus, pour redescendre ensuite quelque peu dans la vallée même, puis se relever bientôt jusqu'à l'altitude de 590 mètres.

Sur la vaste croupe du Tarso, que j'ai franchie, je le répète, à l'élévation de 2,200 mètres, se greffe une multitude de chaînes et de groupes de montagnes, dont la principale est le Tousidde. De Taulre côté du faite de partage des eaux, l'enneri Oudèno (rivière des Gazelles) est à une altitude de 960 mètres, et le Bardaî, qui court de sud-est au nord-ouest, à 830 mètres. L'emi Koussi, est,

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