‹ Sahara et Soudan:Chapitre 23 sur 111 · Voyez ci-(les8U8t pages 131 el · texte numérisé non relu

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COUP D ŒIL DENSEMBLB SUR LE TIBESTI. 235

au dire des habitants, aussi haut, sinon plus, que le Tousidde. 11 faut un jour entier pour en atteindre le sommet; il n*est point rare qu'on y voie de la glace, et les chameaux des gens qui Thabitent^ les Koussoàs, comme on les appelle, sont, paratt-il, aussi Yelus que ceux de la côte nord et des montagnes du littoral.

Quant au fameux jaillissement d'eaux thermales, dont les Toubous Reschâdes parlent tant, et que, d'après une information « au- . thentique», Vogel assurait n'être qu'une simple source gazeuse, il De me semble plus possible d'en révoquer en doute l'existence. Cette source, qui porte le nom générique de Jérikéy mot qui répond à l'arabe hammam^ est, parât t-il, si chaude et dégage un telbouillonnementde vapeurs, qu'on ne peut s'en approcher de tout près.

Quel en est le degré exact de température? C'est un point difficile à fixer, yu les dires yariables des indigènes. Tous s'accordent néanmoins pour affirmer la production de bulles de gaz, et pour dire qu'avant de se servir de l'eau, il est nécessaire de la laisser refroidir*. Ce fait d'ailleurs, qu'on l'emploie pour les maladies de la peau, des muscles, des os et du système nerveux, en atteste bien la nature thermale. Je n'ai pas besoin de répéter quel crève-cœur ce fut pour moi, lors de mon séjour au Barda!, de ne pouvoir visiter, quoique l'ayantquotidiennementdevant les yeux^ la montagne qui recèle cette curiosité. Ce n'est point que, même au cas où j'eusse eu la liberté de mes mouvements, l'exploration eût été sans péril, étant donné le haut prix qu'attachent à ce trésor naturel les habitants du pauvre Tibesti ; mais l'estime même en laquelle ils tiennent un jet thermal dont ils ne tirent, après tout, qu'un très mince profit thérapeutique, en démontre bien le caractère extraordinaire et donne créance aux informations qu'ont recueillies la plupart des voyageurs. Quant à la question de savoir s'il existe, comme on l'a dit, des gisements de soufre près de cette source, c'est un point que je n'ai pu éclaircir, vu l'extrême discrétion des Toubous en tout ce qui t uche leur pays.

Cette source jaillit du pied oriental du Tarso^ et sa haute température, comme la présence de l'énorme cratère qui se trouve au sommet de la montagne, indique le voisinage de roches pi utoniennes. Toute la masse de l'énorme voussure est enveloppée d'une couche considérable de sédiment, gras au toucher, renfermant de nombreuses pétrifications, principalement des xylolithes,

1. Rappelons en passant qu*il en esl de même des eaux Uiermales de Loèche-eo- Valais.

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entrecoupé de petits creux builescents, et d'une densité singulièrement faible, qu'interrompent en beaucoup d'endroits desconoïdes, des chaînes et des groupes de formation volcanique. Sur les pentes latérales, là où l'action des eaux a profondément entaillé la montagne, on aperçoit sous ladite enveloppe, généralement de couleur jaunâtre, une couche beaucoup plus épaisse de calcaire de diverses couleurs, mais surtout rougeâtrc. Presque au pied du mont^ les parois rocheuses de l'enneri Oudéno, hautes de 50 mètres environ, présentent à leur partie inférieure une formation de même nature, et se terminent par en haut en un grès sombre; d'énormes blocs éboulés de ce grès ont rendu en plus d'un endroit le lit du fleuve impraticable.

Au point culminant du Tarso, à la partie nord-ouest du mont, se dresse, je l'ai dit, le Tousidde, conoïde régulier aux flancs noirs, au pied duquel est le Trou au Natron, dont j'ai aussi parlé cidessus*. L'aspect entier de ce cratère, avec son cône d'éruption, le Tousidde, et la petite fumerolle toute noire qu'il ofl^re à son endroit le plus en pente, ne peut guère laisser de doute sur la constitution plutonienne de tout le soulèvement. Un détail remarquable et qui ne manque pas d'importance, c'est que le Borkouan dont je parlerai plus tard, comme de mon principal informateur, en me décrivant l'emi Koussi, qu il avait visité en personne^, m'a assuré qu'au sommet de cette montagne il existe également un vaste et profond Trou au Natron, et qu'à son pied jaillissent deux sources thermales. Quant aux intumescences qui s'élèvent de la plaine aux environs du relief central, intumescences dont j'ai déjà eu occasion de retracer les formes fantastiques, et dont les plus curieuses se trouvent entre le district d'Afâfi et le val Oudouï, elles appartiennent à la formation de grès.

Le Tibesti proprement dit tient tout en ce massif montagneux, y compris les lits fluviaux ou enneris qui aboutissent de là dans la plaine; mais le territoire des habitants s'étend, en diverses directions, bien au delà de ce cadre géographique. Autrefois les Toubous possédaient au nord-est du Tou la grande oasis de Koufara (entre les 21'' et 22* degrés de longitude est et les 25* et 27'' degrés de latitude nord). Ils forment, on s'en souvient, l'élénicnt principal de population des localités méridionales du Fezzan ; depuis longtemps, ils occupent en entier l'oasis de Kawàr; leur tribu a poussé des ramifications jusqu'au Kânemet

1, Voyez ci-dessus, pages l'<S ot ITG.

auBoraou, et fourni de plus des habitants aux vallées les plus occidentales de l'Ennedi, pays qui appartient aux Baelé (ou Bîdéjat). Là toutefois, de même que dans i'Ouadaï, au Bornou et au Fezzan, ils ne sont installés qu'à titre d'immigrés et restent soumis aux pouvoirs locaux. Kawâr seul, bien que formant un État autonome et à part, continue de passer pour une colonie des Tedâs, dont la domination est en outre établie sans conteste ëur les fontaines et les oasis de la route du Bornou, depuis les monts Tummo jusqu'au sud de Kawâr. Au delà même de ce dernier point, ils possédaient jadis les oasis de Djebâdo et de Fôschi, dont ils constituent aujourd'hui encore le fonds principal de population. De Koufara, on les a délogés, et, à l'est-sud-est, Wanjanga a cessé également de leur appartenir. Somme toute, leur territoire effectif s'étend, en latitude, du 18® au 23® degré, en longitude, du 12® au 20® et plus, embrassant ainsi un espace approximatif de 500,000 kilomètres carrés, dont le Tibesti forme le noyau. C'est ce noyau seul qui nous intéresse pour l'instant. Le val habité, le plus au nord, l'enneri Abo ou Ouro, dont la partie ouest, traversée par moi, porte le nom d'Oudouï, est à neuf jours de marche du Fezzan, par le chemin raccourci, mais malheureusement dénué d'eau (une nefâza^ comme on dit), que j'avais choisi en venant de Mourzouk, et qui se sépare de la route ordinaire au sud de Gatroun*. De là jusqu'à Tâo, le trajet est de trois jours. De cette localité, comme du pied du Tarso, on rejoint par quelques chemins connus des Tedàs la route du Bornou, où sont les deux oasis de Yat et de Kawâr, distantes l'une de l'autre de huit jours de marche.

L'endroit où l'enneri Zouàr débouche des défilés rocheux s'appelle, je l'ai dit, le Zouâr-Kai; c'est une station de cette route de caravanes du Fezzan à l'Ouadaï, qui, après avoir été longtemps désertée, a repris faveur dans ces derniers temps. Des chemins frayés relient ce point à l'hattija inhabitée de Jajo et à Jin, l'oasis la plus connue du Borkou, deux localités que j^eus occasion de visiter plus tard, en revenant du lac Tsâd. Du val Zouâr on peut également se rendre à Jin, en neuf jours, par une route qui part, d'un enneri latéral, le Marmar, et passe par les vais Yoô, Mâro, Ogouï, Aouï, Domar, Galleride, elc.

L'emi Koussi, cette montagne dont j'ai parlé comme d'une rivale du Tousidde, est situé à trois jours de marche à l'est-nord-

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