‹ Sahara et Soudan:Chapitre 25 sur 111 · Voyez ci-dessus, pages 109 et · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, pages 109 et

Dans Tenneri Bardai semblent aboutir du Tarso, au sud-ouest, une grande quantité de vallées latérales : tels sont Tenneri Ifôtouï, embranchement de la rivière des Gazelles (enneri Oudêno), les enneris Arabdeï, Gonoa, Iraira, puis FEgê, issu de rifotouî, au nord-ouest, et le Simri, au sud-est. Du côté nord-est, les vallées affluentes paraissent moins nombreuses, autant, encore une fois, que la réserve hostile des habitants^ en tout ce qui concerne leur pays, m'a permis d'en juger.

Outre le centre d'agglomération, qui porte proprement le nom de Bardai, la vallée renferme encore, je crois, six localités habitées pour le moins : trois au sud-est du chef-lieu, Zouï, Doudouï et Serdegai, et trois au nord-ouest, Ërmesbè, Sougra et Mouska. Dans toute la dépression principale, comiye dans beaucoup des saignées latérales, l'eau douce se rencontre en abondance à fort peu de profondeur, et, en dehors de la source du Gonoa, j'ai vu, dans la grande vallée des prises liquides qui n'étaient pas à cinq décimètres sous terre.

J'ai dit que, de Bardai, on aperçoit vers le sud, à une bonne journée de distance, lamontagneau pied de laquellejaillit la source thermale: c'est, m'a-t-on dit, l'emi Tasserterri, d'où, en prenant la direction sud-est, on arrive, paraît-il, en cinq journées de marche, à l'emi Koussi. On traverse, deux jours durant, un district de rochers qui ne présente pas de reliefs considérables ; le premier jour, on couche à Loâ, et, le second, à Tarsiji, deux stations de pacage. Le troisième, on franchit le prolongement sud-est du Tarso, et l'on passe la nuit dans l'enneri Modrounga, qui se déverse au sud dans Tenneri Miski. Le quatrième, on gagne le val Soù, le cinquième, on touche à l'emi Koussi, au pied duquel on passe l'enneri Gâto, une des vallées mères du Miski ; là, on couche, et le lendemain, à midi seulement, on est à la hauteur de Terni Koussi.

Plus au nord-est, à la lisière de la région rocheuse, il existe un chemin qui va du Bardai à Wanjanga, et dont je dois la description telle quelle au marabout Ali, de Gatroun, qui ne l'avait, je crois, parcouru qu'une seule fois. De Bardai il s'était dirigé à Test vers le val Aozo, puis vers le Jibi, enneri issu de Temi Koussi ou d'un de ses contre-forts, où l'on arrive le troisième jour. Le lendemain, après avoir gagné l'endroit qu'on appelle la Tête du Jibi {JibiDdso), c'est-à-dire la montagne où celte vallée prend naissance, il était redescendu dans la plaine, pour coucher à un pacage du nom de Kezen. De là il avait, en un jour, atteint le

village de Kouzêbo, sis dans les rochers, et le lendemain de bonne heure, il avait dépassé Gouro, la dernière localité tedâ, pour arriver le dixième jour à Jôa.

Ajoutons que de Temi Roussi à Ouri, un autre centre de population des Toubous Reschâdes, dont j'ai eu ci-dessus occasion de parler, il y a quatre journées de marche dans la direction du nord-est ; de la source thermale [Jériké)^ au pied de la montagne, on gagne, le premier jour, Tenneri Oureschillé, le second, la Fontaine-Profonde {Jiga Drousso), située à douze toises sous terre dans une autre vallée ; le troisième, on arrive à Tenneri Aounga, et, le quatrième enfin, à Tenneri Ouri, vallée fertile, tournée au nord-ifiord-est, et où vit une nombreuse population agricole. La route qui«e continue directement au sud-est, d'Ouri à Wanjanga, manque absolument d'eau, de sorte qu'on préfère aller par Gouro, situé à quelques jours au sud-sud-ouest.

Tels sont les éléments de cartographie que j'ai pu réunir sur le Tibesti.

11 va de soi à priori qu'une contrée à ce point continentale, placée au milieu d'un immense désert, au sud du tropique, doit jouir d'un climat extraordinairement chaud et sec. Des observations météorologiques que j'y ai pu faire, il résulte ceci :àTâo, le maximum de température, du 20 juillet au 5 août, a été en moyenne de 40 degrés, à deux heures de l'après-midi, et le minimum,au coucher du soleil, de 27 degrés. Presque journellement, le vent d'est, qui ne cessait de régner dans les couches supérieures de l'atmosphère, agglomérait sur les monts d'épais amas de nuages. Ce phénomène se produisait au milieu de la journée, avec accompagnement de subites rafales. Même quand ces nuages crevaient sur nous, il ne pleuvait jamais assez pour que nous fussions obligés de chercher un autre campement mieux à l'abri. Il est vrai que les pluies au Tibesti n*ont pas besoin de tomber avec l'abondance tropicale, pour y emplir les lits fluviaux qu'on appelle des enneris, car ce sol montueux a si peu de capacités absorbantes que pas une goutte d'eau ne se trouve perdue. Les réservoirs naturels des rochers une fois pleins, tout le reste s'en va aux vallées. Aussi fus-je fort étonné un matin, à la suite d'une nuit où il avait plu, sans que nous nous en fussions beaucoup mis en peine, de voir l'enneri Daousâdo rouler devant nous un torrent gron-

deur. De pareilles crues sont, il est vrai, de courte durée ; elles arrivent toutefois assez fréquemment dans plusieurs vallées, et leur soudaineté même les rend dangereuses. Presque tous les ans, il y a un certain nombre d'ânes, de brebis et de chèvres, qui sont emportés par ce brusque flux d'ondes, et il n'est pas rare que des chameaux même périssent dans cet excès de bénédiction céleste. C'est le mois d'août qui paraît être ici le plus nuageux, et comme c'est justement Tépoque des grosses pluies d'été au Soudan^ on en peut conclure que ce sont ces pluies qui déterminent, à ce point de vue, le régime du ciel tibestien.

De l'autre côté des monts, au Bardai, j'eus, au mois d'août, une température minimum variant de 21 à 23 degrés à six heures du matin, tandis que de midi à deux heures'le thermomètre s'élevait d'ordinaire à 40 degrés. Durant tout le temps de mon séjour et de mon voyage du Fezzan au Tibesti, le vent dominant fut le vent alizé, qui se reconnaissait à la direction des nuages, quand il y en avait, lors même qu'il régnait d'autres souffles dans les régions basses de l'atmosphère. Jusqu'aux monts d'Afâft, ce vent se levait et se couchait régulièrement avec le soleil ; de là jusqu'au val Oudouï, nous eûmes une forte brise de nuit, qui était un grossissement graduel du faible souffle diurne. Quand nous fûmes au pied ouest de la chaîne centrale, au val Tâo ou dans le Zouâr, la force du vent se remit à suivre le soleil ; une fois de l'autre côté, à Bardai, nous eûmes des matinées calmes, avec une atmosphère venteuse au coucher du soleil et parfois aussi pendant la première moitié de la nuit.

Sans les pluies, que la configuration montueuse du pays rend plus fréquentes au Tibesti que dans les plaines basses du Sahara, une grande partie de la région resterait entièrement inhabitée. C'est à elles aussi qu'est due l'abondance d'herbes fourragères qui y favorise l'élève du bétail. Je citerai entre autres le panic ramuleux [Panicum turgidum) que les Arabes appellent Bou Roukba et les Tedâs Goumeschi; le Nissi {Arùitida plumosa) ; le Sebat(i4m/t(/a pungens) ; puis, une herbe fasciculée dont le nom arabe est Dîs, et dont je n'ai pu savoir l'appellation toubou ; le Rischou {Calligonum comostan)^ l'Akoul, dont j'ai déjà eu occasion déparier*, etc. Partout dans les vallées et les gorges pousse le séné [Cassia obovata), qui formait autrefois un article d'exportation tibestien ; les bas-fonds sableux de la plaine produisent la coloquinthe, et

Page 1