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COUP DŒIL D'ENSEMBLE SUR LE TIBESTI. 245
des pays Toisins (tels que le Fezzan) où Ton marche chaussé. Il faut aussi mentionoer le Daman (marmotte des rochers, Byrax), que les TedAs appellent Adegobô^ et dont on entend retentir dan« la solitude des nuits le jappement sonore. Il est rare que Ton tue cette béte, encore que sa chair soit assez^ prisée, car elle est d'une agilité et d'une vigilance qui en rendent Tatteinte difficile. Ses excréments, très aromatiques, s'emploient, délayés dans de l'eau, contre certaines maladies sexuelles. Le pays loge en outre beaucoup de lézards, quelques caméléons et divers serpents, venimeux on inoffensifs. Les scorpions surtout ne manquent pas, non plus que les vipères [Aouso)^ dont une principalement, une espèce cornière, est très redoutée.
Parmi les oiseaux [Kebr%)j je citerai quelques pintades, la tourterelle, le pigeon domestique, le ramier^ le percnoptère {Zinki) et le corbeau du Désert. L'autruche, très répandue jadis dans tout le Tibesti, y est devenue rare. Le tisserin niche volontiers dans la frondaison relativement luxuriante desenneris, et quelques petits oiseaux chanteurs animent les solitudes muettes du pays. Quant aux insectes, le sol et le climat favorisent encore moins leur développement; la mouche, Tabeille, le moucheron, le taon, la sauterelle, la tique du chameau, le pou, la fourmi, le termite même se rencontrent, mais jamais au point d'incommoder. Des puces, il n'en existe pas plus qu'au Fezzan, et les araignées sont fort rares.
J ai déterminé le rayon ]de territoire qu'occupent les Tedâs. Les habitants du Borkou, petit pays situé plus au sud,, se distinguent de ces derniers, et portent le nom d'Ama Borkou ou gens du Borkou ; il en est de même de ceux du Bahar el-Ghazâl et du Kânem, qui se nommeni Dazâs. Toutefois, malgré la différence des désignations, la parenté de ces peuples se reconnaît à la communauté du langage, bien que celui-ci se partage en deux dialectes. C'est en somme une même famille, qui n'a point de dénomination collective, et comprend deux branches, les Tedâs, en arabe Tou^ bous, et les Dazâs^ en arabe Kor'ân.
La racine, le noyau du mot Toubou [Tubu), d'un emploi plus général au Tripoli et au Fezzan que celui de Tedâ, est le monosyllabe Tau (/t/), par lequel les indigènes désignent leur pays ; la désinence Bou {Bu) vient de la langue du Borkou, et signifie
« gens » ; c'est le pluriel de Ma *. Quant au mot Tedd, le singulier en est Tedêtou {tedêtu), textuellement Tedâ du Tou; on dit aussi quelquefois Tedê-emi, ce qui prouve que le mot Tou, qui semble aujourd'hui tombé en désuétude, avait originairement le même sens qn'Emi, qui signifie Montagne ou Rocher. L'une et l'autre expression expliquent du reste pourquoi les Arabes appellent les habitants du Tibesti Toiibou-Reschâde^ à savoir a Toubous du rocher », Reschâd voulant dire rocher.
J'ai fait connaître ci-dessus les causes multiples de Tisolement où ont vécu jusqu'ici les Tedâs; il me reste à dépeindre le peuple en lui-même.
Tout au contraire de la population du Fezzan, qui présente un mélange presque inextricable, celle du Tibesti forme un tout absolument homogène. A part quelques rares émigrés du Borkou, tous les habitants en sont Tedâs purs et tous ont le même type caractéristique. C'est une race d'une taille généralement peu élevée, avec un corps bien proportionné et plein d'élégance, des extrémités délicates et fines. Son extrême maigreur, qui ne l'empêche point d'être étonnamment vigoureuse, provient du climat et du genre de vie auquel l'oblige la nature du pays. L'agilité des Toubous pour courir et sauter est, aujourd'hui comme jadis, toujours proverbiale; nul peuple d'Afrique ne supporte mieux la fatigue^ la faim et la soif^. Leur teint est en général plus clair que celui des habitants du Soudan. Cette question de couleur est, il est vrai, très complexe; il y a là des transitions si finement graduées qu'il est fort difficile de les faire nettement saisir à un blanc. La coloration des diverses parties du corps varie d'ailleurs chez un même individu; les mains par exemple présentent une autre nuance que le visage, et le corps ne ressemble pas au visage '. Les Arabes qui vivent au Soudan ou qui s'y rendent de la côte septentrionale ont imaginé une gamme chromatique de couleurs qui a fini, avec le temps, par être assez généralement adoptée dans ces pays. En voici la succession de tons :
1"* Abjad (le blanc), couleur des Européens et de quelques habitants du littoral nord ;
1. Exemple : Kanem-ma^ homme du Kdnem; Kdnem-boUy gens duKâiiem; toutefois au Bornou, il n*est point d'usage de dire Tu-ma, pour homme du Tou. Quant à l'orthographe Tibou {Tibu) employée par les précédents Toyageurs, on voit qu'elle n*esl pas conforme à Tétymologie.