Voyez ce qui a été dit ci-dessus, pages 151 et
8. Gela s'explique de reste par l'acUon diverse du soleil et de l'air sur les différentes parties du corps, selon qu'elles sont plus ou moins à découvert.
2"" Ahmar (le rouge), nuance qui domine chez les Arabes et les Berbères ;
3" Asfar (le jaune), teinte correspondante au bronze clair, qu'on rencontre chez quelques tribus arabes et berbères ;
4* Asmar (le brun)^ couleur cuivre foncé, propre à beaucoup d'habitants du désert et à des Arabes soudaniens de sang. mêlé;
5"* Achdar (le vert), bronze très foncé, nuance qui domine chez diverses tribus du Sahara, ainsi que chez beaucoup de nègres et quelques Arabes soudaniens dont la race n'est pas pure ;
^"^ Asrek (le gris), couleur des habitants de la Nigritie ;
7* Assouad (le noir), très fréquent comme nuance individuelle, chez les Nigritiens, mais rare comme couleur collective de tribu.
On remarquera que ces désignations arabes ont une valeur différente selon les pays. Par le vert par exemple on entend en arabe non seulement le vert, mais aussi le bleu, et à Tunis on se sert de la même expression, Achdar^ pour qualifier la couleur des corbeaux qui ne sont pas absolument noirs. Le mot Asrek (gris) veut dire proprement « qui a les yeux bleus », et, par par conséquent, correspond à a bleu » ; cependant, tandis qu'à Tunis cet adjectif s'applique au ciel quand il est sans nuages, on remploie, en beaucoup de régions, pouç désigner toutes les nuances qui vont du gris au noir. Chez les habitants du Soudan qui, sans être arabes, font fréquemment usage de la langue, la confusion est encore accrue par les défectuosités qui proviennent de l'idiome local. La plupart des tribus et des peuples non arabes du désert oriental et du Soudan n'ont, par exemple, pour indiquer le bleu de la végétation et celui du ciel, qu'ils distinguent cependant très bien l'un de l'autre, qu'un seul et même terme, et, en face du jaune de coing ou du jaune de safran, ils ne savent le plus souvent s'ils doivent employer le mot Achdar^ qui signifie vert, ouïe mot Ahmar, qui signifie rouge.
En dépit de ces difficultés et de ces incertitudes, j'ai rarement vu quelqu'un hésiter sur la catégorie de couleur dans laquelle il s'agissait de ranger un individu, et moi-même j'ai fini par trouver très pratiques les distinctions dont je viens de donner la série. Après quelques tâtonnements, on ne tarde pas à reconnaître, par exemple, que les nuances intermédiaires entre V Ahmar (rouge) et risreA(gris) appartiennent à deux séries différentes de couleurs, dont l'une présente à l'appréciation une teinte plus rougeâtre et l'autre une teinte plus jaunâtre. L' Asfar et V Asmar peuvent avoir, le cas échéant, la même intensité ; mais l'une se pousse au jaune.
tandis que l'autre incline Ters le rouge. De mème^ VAsmar et VAchdar peuvent offrir la même coloration sombre ; mais VAchdar n'en appartient pas moins à la série jaune. Semblablement, la couleur Asrek est à proprement dire la nuance terminale de la série rougeâtre.
Chez les Tedfts, le blanc et le rouge manquent totalement; le noir est très rare ; le gris est la teinte de la minorité. Les deux couleurs les plus fréquentes sont le \ert et le jaune, avec tontes leurs dégradations intermédiaires. J'ai pu constater plus tard que les Toubous du sud sont plus foncés que ceux du nord. Pour la coupe du visage, les gens du Tou sont, je Tai dit, caractéristicfues. On rencontre sans doute parmi eux des individus qui ont l'os maxillaire supérieur en saillie, les lèvres renflées, le nez épaté, comme aussi il se trouve, dans les tribus nègres de l'Afrique, des individus en grand nombre qui sont très loin de répondre à l'idée que nous avons du type; mais ce n'est en aucune façon la règle. La race a généralement le nez droit, et parfois même aquilin. La bouche est moyenne, les lèvres bien conformées, et le galbe ovale. Bref, l'ensemble des traits serait fort avenant, si la physionomie avait quelque chose d'aimable et d'ouvert, et si l'expression méfiante et soupçonnejise du regard n'effaçait Teffet produit d'autre part.
Les femmes tedâs participent, je l'ai dit, à ces avantages corporels, et, toutes jeunes, ce sont de charmantes créatures, abstraction faite de cette maigreur, qu'elles ont de commun avec les hommes, et qui leur enlève toute rondeur plastique. Cette absence de graisse est cause que de bonne heure leur sein a l'air d'un plissement de peau vide, que son défaut de volume empêche seul de retomber bien bas. Du moins doivent-elles a cette maigreur, comme à la parfaite conformation de leur bassin, un aspect beaucoup plus agréable que celui de nombre de femmes des tribus soudaniennes, chez qui l'ampleur exagérée du postérieur et la difformité des membres pelviens produisent un effet que je trouve fort vilain, encore que cela soit pour elles un objet d'orgueil et de coquetterie. Somme toute, le beau sexe au Tibesti, en dépit de l'élégance de ses formes, a, je le répète, quelque chose de sec, d'anguleux et de masculin, qui ne répond aucunement à l'idée que nous nous faisons de la grftce féminine.
Les Tedâs ont les cheveux un peu moins courts et moins crépus que ceux de la plupart des nègres ; toujours ternes cependant et bien loin de la chevelure des peuples méditerranéens. Us n'ont pas
COUP D'OFAL D'ENSEMBLE SUR LE TIBESTI. 240
Qon plus beaucoup de barbe, et laissent d'ailleurs croître à Taise le peu que la nature leur en a' départi.
J'ai dit que la salubrité du climat, Tisolement du pays et le genre de vie^ bien réglé, rendaient chez eux les maladies rares. La sécheresse du sol les garantit de ces malarias si fréquentes dans les pays chauds. Pour la môme raison^ ils ne sontpresque point exposés à la âèvre typhoïde, aux maladies de foie aiguës, aux dyssenteries. Les affections les plus ordinaires, celles qui répondent aux conditions météorologiques et naturelles, semblent être les rhumatisme» chroniques des muscles et des articulations, les conjonctivites, les maladies de la peau et des organes respiratoires. Le régime alimentaire, eau excellente, dattes, lait, quelques céréales, ne fatigue guère les Toies digestives. Très souvent on venait me consulter pour la bile (àierâr); très rarement j'avais à constater une gastrite.
Quant à la carie des dents molaires, dont j'ai déjà mentionné la fréquence au Fezzan, et qui tient à la grande quantité de dattes que l'on mange, elle est aussi très répandue au Tibesti ; Tabus du tabac à chiquer, même chez les femmes, ôte également à leurs incisives cette blancheur éclatante que Denham et Glapperlon admiraient tant chez les belles de Kawftr. Un détail qui a son importance, c'est l'absence de la syphilis^ qui règne si souverainement au Fezzan ^ ; non seulement je n'en ai pas, pour ma part, constaté un seul cas ; mais encore, à la description que je faisais du mal, personne ne savait ce que je voulais dire, et Bou Zeîd, comme mon vieux Mohammed, à qui cette affection et ses symptômes étaient familiers, m'ont assuré qu'il était de notoriété chez les Fezzanais que les Tedâs en étaient absolument francs. De même, je n'ai aperçu dans le pays nulle trace de scrofule et de rachitisme. Le choléra, qui, dans ces derniers temps, a pénétré de Tripoli au Fezzan à travers l'immense espace du désert, n'a jamais non plus franchi les montagnes derrière lesquelles le Tibesti se retranche. 11 n'est pas jusqu'aux épidémies de variole, qui sévissent si souvent au Soudan, d'où des caravanes d'esclaves les importent vers le nord, qui ne semblent avoir que très rarement atteint leTou, sans d'ailleurs y faire jamais grands ravages.
La thérapeutique y est d'une simplicité à l'avenant. Sur Hmt^ mal interne ou externe, l'usage est d'appliquer le fer rouge, souvent avec la plus barbare énergie ; on emploie le même procédé