‹ Sahara et Soudan:Chapitre 44 sur 111 · CHEZ LE CHEIK OMAR · texte numérisé non relu

CHEZ LE CHEIK OMAR

Ahmed Ben Brahim, le maître du logis et mon hôte, vint me prendre pour cette circonstance, et me fit du même coup sa visite de salutation. C'était un homme de même corpulence que Titiwi, et dont la physionomie ne prévenait pas davantage. Son teint était bronze foncé, et très noir pour un Arabe, car il appartenait à la tribu schôa des Oulâd Hamed. Le développement excessif de sa mâchoire inférieure et Texpression sensuelle de sa.boucbe décelaient un bestial épicuréisme dont les suites se traduisaient par une obésité monstrueuse. La duplicité et l'arrogance éclataient du reste dans toute sa personne, en dépit du langage mielleux dont, en cette première entrevue, il crut devoir user avec moi.

Devant la porte l'attendait un superbe cheval, ayant la vigueur voulue pour porter un pareil cavalier. Un esclave tenait la monture ; un autre se pendait de tout son corps à la selle, pour faire contre-poids au personnage, que quatre autres serviteurs aidèrent a se hisser sur la bête. L'animal partit aussitôt à Tamble, les esclaves suivant au trot. Le principal domestique chevauchait tout à côté de son maître, la main droite sur la croupe de l'animal que montait celui-ci ; un second portait le glaive, un troisième la carabine, un quatrième la cravache en peau d'hippopotame, un cinquième enfin les mentonnières, sans parler de deux autres en serre-file, qui ne portaient rien.

Grâce au rang de mon hôte et à ma qualité d'envoyé officiel, nous eûmes le privilège de mettre pied à terre, non pas à quelque distance du palais, comme le veut l'usage, mais à la porte même. Nous pénétrâmes d'abord dans un vestibule soutenu par une rangée de piliers de terre carrés, où se tenaient les gardes de l'huis extérieur, et où étaient posés une demi-douzaine de petits canons de bronze, dont les affûts minables semblaient rendre la locomotion fort problématique. L'étiquette exigeant que l'on se déchausse dans ce vestibule, je biaisai du mieux que je pus, en retirant tout bonnement mes socques, dans lesquelles je portais de petites sandales de cuir jaune, comme le font chez eux les Arabes du littoral nord, pour ne pas aller pieds nus ou sur leurs bas. Mon introducteur remit à un serviteur son burnous, son tarbousch et son turban, trois pièces d'habillement qu'il est également interdit de garder devant le maître ; puis, après avoir traversé une longue cour et une salle d'attente, nous atteignîmes un espace découvert où l'on avait établi pour les visiteurs une sorte de marquise en paille, destinée à abriter du soleil ou de la pluie.

Ce fut là qu'on nous annonça, et bientôt après, traversant un

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