CHEZ LE GHEIK OMAR
autre vestibule, où se tenaient quelques eunuques et des esclaves, nous pénétrâmes dans la salle d^audience. Celle-ci, de grandeur médiocre, semblait encore rapetissée par une double file de gros piliers quadrangulaires, qui allaient s'amincissant un peu vers le haut^ et offraient quelques rudiments de décoration. De là nous gagnâmes un enfoncement de la pièce, d'où Ton avait vue sur une partie de la salle, et où se devait faire la réception. Le sol y était garni de tapis, et les murs d'argile gris tendus d'étoffes de diverses couleurs et de tous les modèles. Une jolie couche de fer, de fabrication européenne, et un fauteuil de bois grossièrement sculpté constituaient, avec un banc transformé en divan nu moyen d'un matelas, de tapis et de coussins, tout Tameublement de ce petit réduit.
Sur le banc était assis, les jambes en croix, le cheik Omar Ibn el'Hâdsch Mohammed el-Amin el-Kânemi. 11 portait un simple burnous de drap sur un vêtement blanc du Bornou, et un immense turban blanc très arlistement enroulé. Devant iui, sur le divan, était posé le glaive royal ; à côté de lui, sur un coussin, s'allongeait une carabine incrustée d'argent, tandis qu'à terre bâillaient deux pantoufles jaunes brodées à la mode de Tunis. Toute la personne du Cheik respirait une extrême propreté. C'était un homme âgé d'environ 50 ans, de taille nloyenne, assez gras, la barbe blanche, le visage plein, absolument noir de peau, avec un air bon et intelligent.
Il me dit plusieurs fois, en bégayant, car il n'avait presque plus de dents : « Bienvenu [Marhabâ)^ Dieu soit loué [Hamd hillâh) ! » Puis, après m'avoir quelque peu questionné sur mon voyage, les affaires du Fezzan, de Tripoli, de Constantinople, ainsi que sur mon pays et le roi Guillaume, il se mit à me parler des visites que Barlh et Rohlfs avaient faites au Bornou, et del'amilié qu'il avait pour eux. Je saisis cette occasion pour lui dire avec quelle joie j'avais accepté la mission dont mon maître et souverain m'avait chargé auprès du prince le plus puissant du Soudan, et combien, malheureusement, j'avais été désillusionné par la façon dont on m'avait accueilli ; non pas, ajoutai-je, que ce défaut d'égards m'eût afTecté personnellement, mais parce que, étant donné Tobjet de mon voyage, j'avais dû y voir un manque d'attention envers mon souverain, le grand potentat de l'Allemagne du Nord.
Le vieux prince me répondit d'un air embarrassé que, par suite d'un malentendu, ma lettre de Nguigmi venait seulement de lui être remise, que par conséquent il n'avait pas été informé