‹ Sahara et Soudan:Chapitre 59 sur 111 · SUR LES BORDS DU TSAD · texte numérisé non relu

SUR LES BORDS DU TSAD

légion de hyènes tellement effrontées, qu'elles s'en venaient la nuit pousser leurs visites jusqu'aux abords de notre campement. Un de mes nouveaux compagnons profita même de la circonstance pour me dérober un magnifique sac en poil de chameau, et, cette fois encore, comme, vingt années auparavant, il en avait été de Toutre soustraite au même lieu et par les mêmes Arabes à mon compatriote Henri Barth, on mit la chose sur le comple des hyènes, explication dont je dus me contenter, bien que j'eusse dormi à deux pas de là en plein air, avec la chienae Saïda à mes pieds.

A mesure que le pays devenait plus boisé, les antilopes de toute espèce se multipliaient, et à la gazelle commune [Ant. Dorcns) s'en joignait une autre, de plus forte taille, que les Arabes du Bornou nomment Hamerâja et les Kanouris, Komosseno. On voyait là l'antilope bubale, ou vache de Barbarie *, animal assez massif, à peu près de la grosseur du cerf, au poil brun clair, au garrot relevé, à la queue couleur foncée, avec de longues cornes divergentes et irrégulièrement arquées en arrière ; puis la superbe antilope Mohor *, plus svelte et plus élégante déformes, dont le corps, tout blanc d'autre part, se colore en roux sur le cou et le dos, comme par l'adjonction d'un mantelet brillant, et dont les cornes gracieusement contournées ressemblent à deux points d'interrogation.

Le 26, nous longeâmes le district de Kâzel, situé à l'ouest du chemin entre Baroua et Nguigmi, et comme ce district est en grande partie peuplé de Toubou du Kânem, qui sont venus là chercher un refuge contre les incursions des Oulâd Sliman, force fut à ces derniers de prendre au passage quelques précautions. Bientôt après, nous nous mimes à côtoyer le lac Tsàd, et, toute la nuit, de notre campement, nous entendîmes les grognements des hippopotames venus à terre en quête de pâture. Le lendemain, au travers du district saunier qui avoisine cette partie du lac, nous atteignîmes le bourg de Nguigmi, où je laissai en pension, chez un préposé local de ma connaissance, ma chiennelevrette Saïda, qui avait les pattes trop endolories pour pouvoir continuer à nous suivre. Le 28, après une marche de quelques heures, durant laquelle je ne cessai de souffrir de la fièvre, notre caravane dut s'arrêter court, ne sachant plus de quel côté se diriger. Cette incertitude tenait à ce que les contours du lac, prin-

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