‹ Sahara et Soudan:Chapitre 60 sur 111 · SUR LES BORDS DU TSAD · texte numérisé non relu

SUR LES BORDS DU TSAD

eipalement sur le côlé nord, subissent d'un bout de Vannée à Fautre des métamorphoses si sensibles, que les Arabes du Kànem eux-mêmes, à qui ce trajet est pourtant familier, ne savent plus parfois comment s'orienter. A tout instant, il s'y forme des gauchissements de la rive *, des arrière-cours d'eau, qui allongent chaque année d'autant le circuit à décrire par les voyageurs sur ce front du bassin,; mais c'est là un sujet auquel je reviendrai plus loin.

Nous réussîmes le lendemain, en louvoyant le long des anses et des lagunes, à sortir de ce labyrinthe lacustre, et bientôt nous entrâmes dans une région plus accidentée, où se creusaient de longues vallées, courant du nord-est au sud-ouest, et formant parfois des dépressions de plus de 60 mètres. Le 30 mars, dans l'après-midi, nous atteignions la fontaine de Sel {Mâte?i el-Milah)^ station ainsi désignée par les Arabes, tant à cause de l'eau saumâtre de ses puits que de l'activité du saunage en ce lieu ^. Là un des chameaux de notre caravane tomba si gravement malade qu'il fallut se résoudre à l'abattre, et on s'en partagea, selon l'usage, les morceaux. A Didi, où nous arrivâmes ensuite, nous trouvâmes un hameau de Worda, petite tribu, originairement de souche Dogorda, qui rôde au nord du lac Tsâd, et possède d'assez beaux troupeaux de bœufs et de moutons. En échange d'une tobe dont je le gratifiai, le chef de la peuplade m'envoya comme présent d'hospitalité une brebis avec un peu de lait ; par malheur, je ne pus jouir du régal ; c'était mon jour de fièvre, et j'étais même tombé dans un tel état de prostration, que, pendant la nuit, une hyène s'en vint cyniquement, sous mes yeux tout grands ouverts, enlever à deux pas de moi la brebis, sans que j'eusse la force de donner l'alarme.

A partir de Didi, les vallées allèrent se multipliant, et devinrent aussi plus peuplées ; nous avions atteint le district occupé par la grande tribu des Wandala, et le 1" avril, dans l'aprèsmidi, nous faisions halte au val Odéro, dans un de leurs principaux douars (villages de huttes). Il y régnait une vive animation, et, gens et bêtes, tout y avait un air de bien-être et de satisfaction. Je fis cadeau au Kebela^ — c'est le titre que, chez les Dâza, porte ordinairement le chef de tribu, — d'un châle-turban égyptien (en arabe Soubetta), et, plein de confiance à l'idée que nous étions désormais dans une région habitée par de bienveil-

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