‹ Sahara et Soudan:Chapitre 63 sur 111 · A TRAVERS LE DISTRICT DE SGHITATI · texte numérisé non relu

A TRAVERS LE DISTRICT DE SGHITATI

l'occupe est une princesse, c'est-à-dire une personne de la lignée d'un chef de tribu, elle a le droit de surmonter chaque côté de Fesselie d'une hampe de bois d'un mètre de hauteur qu'on décore également d'étoffes versicolores et dont l'aspect excite l'envie des autres femmes. Il va sans dire que le chameau porteur de cet édifice est toujours pris dans les bêtes d'élite.

Les divers fériks (groupes de familles) dont se composait notre caravane s'avançaient en laissant entre elles une certaine distance. Pour moi, je fis quelque temps société avec un de ces lettrés errants, comme il s'en rencontre si souvent dans les régions nègres de l'Islam. C'était un certain Abd-el-Ati, surnommé Mohallim-el-Hâdch, qui s'attribuait le titre de chérif ; mais on doutait fort de son droit à le porter, comme aussi de sa qualité de pèlerin. Chaque printemps, depuis des années, cet homme venait voir les Oulâd Sliman au Kânem : il leur instruisait leurs enfants, leur libellait des talismans et des formules thérapeutiques, rédigeait leur modeste correspondance, puis les accompagnait au Borkou pour la récolte des dattes, et, enfin, aux abords de l'hiver, s'en retournait, avec un ou deux chameaux à Rouka, où, jusqu'au prochain renouveau, il vivait chichement, avec une esclave, de ce qu'il avait rapporté de son voyage. Cheminant seul et sans vivres, il s'adjoignait tantôt à l'un, tantôt à l'autre, et, comme les femmes des Arabes se lassaient assez vite de nourrir des hôtes, il avait tout de suite mis le grappin sur moi. J'accueillis ce brave homme avec d'autant plus d'indulgence que, sans parler de sa pauvreté, il était à moitié sourd et aveugle. Tous les soirs, après le repas, quand chacun était allé se livrer au repos, et que nul bruit ne troublait plus le silence religieux du Désert, notre docteur s'acquittait de ses devoirs en improvisant d'une voix de stentor des prières à n'en plus finir et en psalmodiant sur le mode chantant habituel aux maîtres d'école orientaux.

Le second jour de marche, nous sortîmes du district de Schitâti pour entrer dans celui de Manga, et le 30, — j'omets les hin intermédiaires, — nous atteignîmes la fontaine de Kedela Woali. Là, mon inoffensive personne faillit donner lieu à de nouvelles disputes entre les Arabes. Un homme de l'oasis de Djâlo, fervent adepte des Snousis, qui était venu se joindre à la caravane, essaya de ranimer contre moi le fanatisme assoupi des Arabes; heureusement que mon lettré vagabond Mohallim-el-Hâdch , au moyen de textes choisis du Coran, sut calmer les susceptibi-

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