‹ Sahara et Soudan:Chapitre 66 sur 111 · LES STATIONS DE TORO · texte numérisé non relu

LES STATIONS DE TORO

mieux pourvu de tous, en possédait tout au plus une centaine. En mettant à 20 ou 30 thalers Marie-Thérèse (100 ou 150 francs) le prix moyen de chaque bête, on voit que le capital de la horde était fort modeste. Encore, depuis que mes compagnons vivaient en paix avec les Touareg, les excellents chameaux de ces derniers, leurs chameaux de course principalement {méhari)^ étaient-ils devenus fort rares au Kânem ; les meilleurs animaux que possédassent, lors de mon voyage, les Oulâd Sliman, étaient ceux qu'ils tiraient de TEnnedi, et qu'on désigne sous le nom de Mahamid.

On sait quelle importance les Nomades attachent à ce « vaisseau du désert », dont leur existence dépend le plus souvent; aussi déploient-ils, à cet égard, une finesse d'observation étonnante. La plupart connaissent à fond chaque individu de leur troupeau : ils s'entendent parfois à distinguer la trace des pieds de l'un de celle des pieds de l'autre, et, lorsqu'une bête vient à s'égarer, ils réussissent à la retrouver au miheu d'un troupeau étranger. Ils devinent aussi, rien qu'à l'empreinte laissée sur le sol, s'il s'agit d'un animal cheminant à vide ou chargé, si sa charge était lourde ou légère, et ils poussent même la sagacité jusqu'à déduire de ce simple vestige les menues particularités physiques de la bête. Notons, au sujet du chameau, un détail curieux: cet animal, qui ne semble pas avoir le sens assez fin pour subodorer les herbes nuisibles, flaire, paraît- il, quand il est sur la lisière du Désert, la pluie tombée à plusieurs lieues de distance, et, pour peu que, la nuit, il se laisse aller à quitter le pâturage pour vaguer dans cette direction, c'est le diable souvent pour le rattraper. J'ai vu des Arabes, en cette occurrence, suivre parfois des jours entiers, sur une piste à peine perceptible, l'animal déserteur, et je dois ajouter que, presque toujours, leur peine était couronnée de succès. Il n'y a que les femelles qui, une fois qu'elles se sont échappées, défient ordinairement les recherches, parce que, filant devant elles d'une seule traite, elles dévorent tout de suite des espaces énormes *.

Entre l'Egueï et le Bodelê s'étend une plaine en partie nue et à peu près dépourvue d'aiguades, qui va s'abaissantpeu à peu au nord-est. Nous y fîmes halte, le 10 mai, au milieu des dunes mouvantes de la hattija d'Oudounga, une des stations du Torô, comme

1. Le chameau, suivant son âge et sa couleur, porte une désigna lion différente. Le poulain qui tète encore s'appelle en arabe Kawâr, en dàza Krreii à un an, Il prend le nom de Ben Aschar (dâza. Aï Douffou) ; à deux ans, celui de Ben Leboun (D. Aï Mohedi) ; à trois, à'Hikk {Ai Moguezé); à quatre, il devient un Tentja (Gôni Matouzzede),

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