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CHAPITRE VIII

Résultats scientifiques de mon voyage au Borkou. — Le Bahar el-Ghâzal. — Variations d'altitude de la région entre Kouka et le Borkou. — Faune et flore. — État de submersion antérieur du territoire. — Les oasis. — Géographie et ethnique du pays; les Ama Borkou. — Les contrées limitrophes du Borkou à Test et au sud. — L'Ennedi ou pays des Baelé. —- Discussion historique sur les Bardoa et les Toubou. — Statistique.

Si mon excursion au Borkou avait été féconde en privations et avait mis à de rudes épreuves ma constance, j'en avais rapporté en revanche des résultats propres à me dédommager de mes peines. Barth et Overweg, les seuls voyageurs qui m'eussent précédé dans cette voie, avaient donné, sur cette contrée limitrophe du désert sud-oriental et sur Ténigmatique Bahar el-Ghâzal, des indications faites pour rehausser l'intérêt géographique de cette région encore peu connue. D'après ce que Barth avait appris des habitants du Kânem, il semblait hors de doute que le susdit Babar el- Ghâzal était en communication avec les riches plaines à pâlis de rEgueï et du Bodelê ; un point restait à déterminer, c'était si cette même vallée fluviale, appartenant, on le savait aussi d'une manière certaine, au bassin du Tsâd, était un affluent ou un émissaire de ce lac.

En Europe on inclinait à prendre ce cours d'eau pour un tributaire de la coupe lacustre ; on ne pouvait se figurer que le Borkou, si rapproché du Tibesti et des chaînes rocheuses que ce pays projette au sud-est, fût plus bas de niveau que le Tsâd. Barth croyait devoir lui assigner une altitude de plusieurs centaines de pieds au-dessus du grand récipient de l'Afrique centrale.

Pour moi, divers renseignements que j'avais recueillis à Kouka, de la bouche de gens connaissant bien le pourtour oriental du lac, m'avaient donné à penser de plus en plus que le Bahar el-Ghâzal devait être, au contraire, un écouloir desséché de la lagune bornouane. Aussi avais-je eu soin d'emporter avec moi, lors de ma tournée au Kânem, outre un excellent anaéroïde, d'autres instruments d'hypsométrie, de nature à me permettre d'éclaircir la question. Il est vrai, et je le regrette fort, que je n'ai pas eu occasion, dans ce voyage, d'explorer le sillon même du Bahar el-Ghàzal ; mais les relevés de niveaux faits par moi entre le lac Tsad et le Borkou, notamment pour l'Egueï et le Bodelé, n'en militent pas moins d'une manière probante contre Popinion jusqu'alors reçue.

D'après ma série d'observations' quotidien nés, delà fin de juillet 1870 au milieu de mars de l'année suivante, l'altitude de Kouka peut être évaluée, en bloc, à 275 mètres. De là au Bîr el- Barka, à Test du lac, on monte d'environ 40 mètres ; puis, jusqu'au district de Manga, ou s'élève encore, pour atteindre le point culminant de cette partie du pays (70 mètres au-dessus du lac) à Fidfiddi, station située vers le 15* degré de latitude nord. De celte aiguade à celle de Birfo, qui se trouve à 100 kilomètres plus au nord, le terrain s'abaisse insensiblement, pour revenir à peu près au niveau du Tsad, et, à partir du seuil de l'Egueï, aux vagues sablonneuses d'amont succède une vaste plaine, entrecoupée de dépressions peu profondes, dont le sol, d'argile ou de calcaire nu, s'incruste, on l'a vu, d'ichthyospondyles. On descend par des espèces de terrasses, jusqu'à la première station du pays, celle de SoladoSdont le niveau, d'après mes observations, n'est pas beaucoup au-dessous du Tsàd. L'Egueï est, non pas un oued dans l'acception ordinaire du mot, mais une vallée plate, de forme irrégulière, ayant une longueur de plus de 200 kilomètres, et une largeur moyenne de deux journées de marche du nord-ouest au sud-est, sans atteindre pourtant le Bahar el-Ghâzal. Soultoung, Paiguade extrême du côté du nord-ouest, paraît être un peu au sud du 17" degré de latitude nord, légèrement en deçà du 15* degré de longitude (Greenwich), et séparée d'Agadem (route du Bornou) par quatre ou cinq longs jours de marche au travers d'un espace dépourvu d'eau. Entre Erreding ou Mourrad, la dernière fontaine au sud-est, et Birkiât, la première station du Bahar el-

1. A peu près au point d'inlerseclion du IG" degré de longitude (méridien de Greenwich) ot du 16* parallèle.

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Ghâzal, se trouve une plaine plus haut située et semée d'émincnces dont la traversée demande deux jours et demi de marche. Tous les gens que j'ai interrogés, Arabes ou Dâza, s'accordent pour dire qu'on ne peut passer directement de l'Egueï dans le Babar el-Ghâzal ; ce qui n'empêche point qu'entre Erreding etBirkiât, il existe encore deux fontaines, Gôringa et Farenga. L'emplacement des stations aquifères est partout indiqué par des bouquets de siwaks et de suédas dont les lignes buissonnantes courent dans le sens du sillon de la vallée.

Le sol, du reste, est des plus variés : ici, c'est un sable meuble, sans le moindre brin d'herbe; là, dans les bas-fonds, apparaît à nu une argile grise ; ailleurs se montrent des plaines du genre serîr avec des dunes voyageuses ; ce qui domine néanmoins, ce sont des mamelons sableux où croissent en abondance le bou roukba (panicum ttirgidum) , l'hâd , l'askanit [cendrus echinatus) et l'akrech {Vil fa spicata?).

La faune régionale n'est point en rapport avec cette richesse d'eau et de végétation herbacée. Le chien hyénoïde, si fréquent au Kànem, ne parait pas s'aventurer jusqu'ici; en revanche, on aperçoit assez souvent des guépards, ainsi que des terriers de fenek (renard du désert). Pour les antilopes, j'ai dit plus haut ce qu'il en était. L'autruche seule, en définitive, paraît avoir une prédilection tout à fait marquée pour cette région si bien arrosée.

De l'Egueï aux aiguades du Torô, dans le Bodelê, on descend d'une manière continue jusqu'à Korô, le point le plus bas de toute la vallée, situé, ce semble, à une centaine de mètres au-dessous du lac Tsâd. Plus on va dans cette direction, plus se multiplient les vertèbres de poissons et les débris de coquillages; il y a telle place où le tuf calcaire en est tout incrusté, et j'ai rapporté en Europe un superbe échantillon de ces reliefs. L'examen des débris de coquilles a démontré, soit dit en passant, l'identité des espèces qu'elles contenaient avec celles qui habitent encore actuellement la région du Nil et les autres parages de l'Afrique orientale. A mesure que le terrain s'abaisse, le nombre des dunes mouvai>tes diminue ; en revanche celui des dunes fixes (chaînes ou groupes) va en augmentant, jusqu'à former, aux endroits les plus bas, près des fontaines, de véritables montagnes de sable.

A partir de la station de Korô, le sol se relève quelque peu, ce qui n'empêche pas que Jajo es-Srhîr, la dernière aiguade du Bodelê, dans le sens de notre itinéraire, ne soit toujours sensiblement au-dessous du lac Tsàd, de même que le district sud du

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Borkoii, bien qu'entre celui-ci et le Bodelè se dresse comme séparation une plus haute vague de terrain désert.

Du sud-ouest au nord-est, cette région du Bodelê mesure un diamètre maximum de 170 kilomètres environ. C'est la route habituelle des voyageurs qui se rendent au Borkou, à cause du grand nombre de fontaines qu'elle présente, et aussi parce qu'elle traverse la partie le plus au nord-ouest du grand sillon régional. Ses oasis forment, je l'ai déjà dit, plusieurs groupes; le plus septentrional est celui qui porte le nom de Tiggi ; il est séparé, par des serîrs, de la région avoisinante. Au delà se trouve encore la vallée de Rirri, dont les lignes de siwâks s'allongent au sud du désert pierreux formant ceinture au Borkou et qui a un développement de deux journées de marche. Citons aussi le Djouràb. qui s'étend, riche en fontaines et en herbes fourragères, jusque près de l'hattija Mousou, à deux jours de marche environ au sud-est de Woun, la première oasis borkouane de ce même côlê.

L'ensemble du territoire déprimé dont je viens d'indiquer les variations de dessin et d'aspect semble constituer, par le fait, un immense fossé de 100,000 kilomètres environ de superficie, que, par l'intermédiaire du Bahar el-Ghâzal, le Tsâd jadis remplissait plus ou n\oins. Toute la région depuis l'Egueï, et y compris une portion du Borkou, formait alors, à l'image du Tsâd, une vaste lagune, entrecoupée de quelques districts habités ; mais dès que le Bahar el-Ghàzal se fut desséché et que l'afflux des eau\ fut venu à manquer, le climat saharien de la contrée eut vite fait son œuvre de drainage, et les habitants plus ou moins fixes de la région insulaire émigrèrent vers le Borkou et le Kânem. Quant aux causes qui ont pu amener cette cessation d'écoulement de l'onde lacustre, c'est une question que je traiterai à propos du lac.

Le point le plus bas de la dépression tout entière serait, au dire des Dâza le mieux au courant de la topographie, l'hattija Tongour, située à quelques heures au nord-ouest de Kourri Torrâo, point frontière du Bahar el-Ghâzal.

Que si maintenant, ce dont doutent la plupart des savants, le GiVdc Ptolémée n'était autre que ce fleuve Schari, dont je parlerai amplement ci-après, le Bahar el-Ghâzal ne serait que le bras oriental du grand cours d'eau de l'Afrique centrale, dont la ri-

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vière de Yoô serait le rameau ouest, et il nous faudrait, en ce cas, reconnaître dans les ci-devant lagunes du Bodelé et de TEgueï ces marais Chelonides des savants Alexandrins, que Ton a placés tantôt près du Nil, à la partie sud-orientale du Désert, et tantôt près du littoral nord.

Les oasis à pâtis de la contrée appartiennent aux nomades du Borkou, que Ton comprend pour la plupart sous la désignation de Boulgedâ, et qui presque tous ont dû se soumettre à Tinfluence des Arabes du Kânem. Les fontaines et les vallées de ces derniers s'étendent au nord sur la roule du Bornou jusqu'à Agadem (17* degré de latitude), et à Test jusqu'à Birfo. Quant à TËguei et à la région de Torô, avant rétablissement des Oulàd Sliman au Kànem, ils étaient la propriété exclusive des Djagada ou Mousou, lesquels ont leur siège au Kirdi et forment une des plus importantes tribus nomades du Borkou. Comme, au temps de l'invasion arabe, cette peuplade avait pour chef un certain Oda, fameux à la ronde, elle est restée depuis lors connue sous le nom de Nâs Odd (gens d'Oda). Pour une raison semblable, les Sangada, maîtres de Korô, et qui, au Borkou, habitent Ngourr Tigré, ont reçu des Oulad Sliman la dénomination de Dabous Hnllâly et les Daba, possesseurs des oasis de Tiggi, celle de Nâs Maramma, Les autres propriétaires des pâtis régionaux sont les Boultou ou Boultoa, qui occupent Kirri ; les Jiri, que les Arabes surnomment les coupevent {Chejdt er-Riah), et dont les pacages sont au sud-est des aiguades du Bodelô; les Nakazza, de Woun, propriétaires du Djourâb, et les Nôreâ ou Nawarmâ, qui détiennent les vallées limitrophes du Bahar el-Ghâzal, de Birkiât à Kourri Torrâo, ainsi que Tongour et ses environs.

Ajoutons qu'entre le Borkou et le Bodelé se trouve une serîr, de 60 kilomètres environ d'étendue, située entre deux plateaux plus ou moins rocheux, FAmanga et le Teimanga, et qui, vu son altitude, n'a pas dû jadis être submergée avec les vallées ses voisines. L'Amanga court au nord-ouest jusque près de l'oasis de Gouri (à trois jours de Jin), et, dans la direction opposée, jusqu'à quatre kilomètres au sud-est du point où nous passâmes, à l'aller. Nous le franchîmes, au retour, on le verra plus loin, en un endroit où il tombe à pic sur la plaine entourant le groupe de Tiggi. Le Teimanga, lui, s'étend également du nord-ouest au sud-est, en s'inflécfaissant, au-dessous de Jin, dans la direction de Woun^ pour former plus loin, sous le nom de Jougguema, l'amorce du Djourâb.

Vers le nord, le Borkou a pour frontières naturelles les monts

libestiens et leurs contreforts. L'ensemble de ses oasis est compris entre les 19** et 20" degrés de longitude est, et entre 17* et 18** 20' de latitude nord. Sa superficie totale est donc d'environ 16,000 kilomètres. La contrée fait Teffet d'une grande vallée d'érosion nettement encadrée, et que fractionnent de petits reliefs de sable et de rocher. Les vallées sont généralement dirigées de Test à l'ouest, sauf la principale, celle de Boudou, qui court plutôt du nord au sud, mais en projetant toujours dans le sens ci-dessus ses divers embranchements. Les districts les mieux arrosés sont ceux du sud, où se trouvent, principalement dans le voisinage de Jin et de Ngourr, les plus nombreuses sources d'eau douce ou saumâtre.

Des oasis que je n'ai point visitées, mais sur lesquelles j'ai pu recueillir d'amples renseignements, l'une, Tiggi, est située à une demi-journée de marche de Boudou, dont la sépare l'émi (mont) Koroka; une autre, Jarda, est à une journée au sud-est de Tiggi, et communique avec celle-ci par un chemin excessivement malaisé ; une troisième, Woun, la plus grande du Borkou, est à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Ngourr, et bornée elle-même au midi par des contreforts du Teimanga qui enserrent également l'oasis d'Oro, sise un peu plus bas. Au delà encore dans la même direction, se place le Djourab.

Bien qu'il pleuve moins au Borkou qu'au Tibesti, le sol pourtant y est plus productif. Les dattiers, je l'ai déjà dit, y forment d'épais bouquets, et y donnent plusieurs variétés de dattes (dattes* martjenno^ dattes Bou Mija^ en dâza Koido) qui, sans valoir celles du Fezzan, n'en sont pas moins de belle grosseur et de qualité remarquable. Le siwàk, l'hyphène, Thedjilidj {Balanite$œgyptiaca)^ l'acacia sajal, le karad, l'haskâb [acacia verek) et l'haràza [acacia albida), y prospèrent également. Les herbes fourragères sont les mêmes que dans la région limitrophe du nord. Dans les» jardins, on cultive le blé, la penicillaria^ et une espèce de tabac à petites feuilles qui est très renommé et dont le prix varie de 2 fr. 50 à o francs le kilogramme (un demi-thaler ou un Ihaler Marie-Thérèse). La faune locale enfin est à peu près celle du Tibesti. Un fait à mentionner spécialement, c'est la grande quantité de pigeons de toutes les espèces, qui supplée au manque absolu de poules.

Parmi les habitants du pays [Amâ Borkou ou gens du Borkou), il y a d'abord les nomades, Boulgedâ, Nakazza, Noreâ, appoint temporaire de population qui se retire après la cueillette des

dattes, et auquel il faut ajouter, dans les districts extrême nord qui s'appuient aux monts tibestiens, les Bidéjat ou gens de TËnaedi, et les exploitants du val Gouring, lesquels sont Tedâ. Il y a ensuite le groupe sédentaire, compris sous la désignation collective de Dongosâ ou de Dôzà, et cantonné surtout dans les vallées de Jin, de Boudou, de Tiggi, de Jarda et de Forom. Mélangé de toutes sortes d'éléments, il a fini par former, en s'alliant même parfois aux nomades, une nouvelle peuplade, tenue il est vrai plus -ou moins en mépris par les nomades de pure race. L'ensemble de la population du Borkou, avec tous les districts à pâtis, peut être évaluée à douze ou quinze mille âmes ; mais elle va sans cesse déclinant, par suite des incursions périodiques des Oulad Sliman et des Touareg, qui, de plus en plus, découragent la culture et accélèrent la dévastation du pays.

Les Amâ Borkou, qui parlent le dialecte Midi^Dâza des Toubou du sud, leurs voisins, ofiTrent aussi à peu près le même type que ceux-ci, un tantinet plus foncés de teint peut-être, à les prendre en bloc, mais aussi maigres, presque identiques de corps et de visage, s'habillant, se coiffant et se logeant d'une façon analogue. Seulement, comme ils vivent moins retirés du monde, et que, demeurant dans un pays de plaines, ils ont des rapports avec le Kânem, TOuadaï et le Bornou, ils sont un peu moins frustes de manières. Ils ont le renom d'être gens sans foi, poltrons, cruels et rusés; toutefois il ne faut pas oublier que cette réputation leur est faite par des peuplades qui, elles-mêmes, se permettent contre eux toutes sortes de violences et de félonies. Somme toute, je crois qu'au point de vue moral, ils peuvent être assimilés aux Tedâ.

Dans les relations sociales, ils affectent, comme ces derniers, une politesse très cérémonieuse, bien que leurs salutations ne soient pas tout à fait d'aussi longue haleine que celles qui sont en honneur dans le Tou (Tibesti). Le matin, quand ils se rencontrent, ils échangent volontiers cette formule : « Laha nizzeda ? Le soleil s'est-il bien levé pour toi ? » L'après-midi, ils se disent : « Laha 7itougouda ? T'es-tu bien trouvé du repos de midi ? » Et lorsqu'ils sont restés quelques jours sans se voir, ils s'enquièrent de la façon dont ils se sont portés pendant les divers moments de l'intervalle, et spécialement durant la nuit. Ce n'est que lorsque l'absence a été un peu longue, qu'on se tend la main et qu'on se demande : « Laha intscheda? Comment cela va-t-il? » Souvent aussi, toutes ces questions et formules de souhait s'enchevêtrent les unes dans les

autres et se répètent un nombre infini de fois, sans pourtant être accompagnées de ces modulations minutieuses de voix, qui, en dépit de la dignité avec laquelle s'accomplit la chose, paraissent si drôles chez les Tedâ.

Même réserve scrupuleuse du reste dans les rapports entre parents et alliés ; même attention à ne jamais désigner par son nom propre un chef de famille. Ajoutons qu'au Borkou comme au Tibesti, les forgerons constituent une carte de parias, et que, grâce aux enseignements réguliers des missionnaires snousis^ le fanatisme y est des plus accentués ^.

Pour la vie politique , elle est, dans ce petit pays, encore plus émiettée que dans le Tou. Chaque tribu de nomades obéit à son chef traditionnel, chaque localité vit à part, sans nul lien avec la voisine. Tout au plus, de temps à autre, le chef de l'une des peuplades acquiert-il un peu d'autorité sur les autres groupes ; c'est ainsi qu'il y eut un moment où, sous le litre de Derdê ', Kédela Agrê, chef des Boultoa, jouit d'une certaine influence personnelle parmi la tribu des Boulgeda, et, conséquemment, parmi une partie des tribus établies au sud du Borkou ; mais c'est un fait qui, depuis longtemps, ne s'est plus produit; lors de mon passage dans le pays, les personnages un peu dominants étaient, non pas deux chefs de tribu, mais deux ûls de chefs de tribu, appelés l'un et l'autre Adama.

La population sédentaire (Dongosâ) a, de son côté, ses Kodmouis ou chefs à turban héréditaires ', dans les vais Jin, Boudou, Tiggi et Zarda. La dignité de Derdê, au li^u de passer' au fils atné, reste au plus ancien de la famille, ou, à défaut de proches parents, est dévolue à l'élection. 11 arrive aussi assez souvent que le Derdê légitime se voit relégué dans l'ombre par un de ses concitoyens plus intelligent et plus énergique, qu'on reconnaît volontairement pour chef effectif. J'en ai cité ci-dessus un exemple, et je rappellerai, à cette occasion, le rôle singulièrement effacé que Tafertemi joue au Tou.

Du côté de l'est, la limite du Borkou est la route qui mène de

1 . Voyez, pour tout ce passage, les détails que donne M. NachUgal, à propos de son vovage au TibesU,

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