‹ Sahara et Soudan:Chapitre 72 sur 111 · Au Tibesti, Dat^î · texte numérisé non relu

Au Tibesti, Dat^î

3. Le lurban est, dans certains pays de rAfirique, Temblème de la dignité royale.

L'ENNEDl. 419

Benghazi, c'est-à-dire du nord-estde la Grande-Syrte, aux districts nord de TOuadaï, en passant par les oasis d'Oudjilah (Désert de Libye) ; au sud-est, la frontière est le chemin qui relie l'oasis de Woun à cette même partie du royaume ouadaïen. De ces deux routes, la première n'a encore été parcourue en entier par aucun voyageur européen * ; mais, depuis un certain nombre d'années, elle est régulièrement fréquentée par les Medjâbra, habitants de l'oasis de Djâlo, du groupe Oudjilah. Excessivement pauvre en aiguades, elle représente un trajet très long, d'une monotonie extrême, et, vu la platitude du terrain, à peu près constamment en droite ligne, le long du 21** degré de longitude est (méridien de Greenwich).

Entre Djalo et Koufarah s'étend un plateau tout à ifait aride, auquel succède jusqu'au Wanjanga une plaine déserte, également dénuée d'eau ; mais à partir de Wanjanga, les points aquifères deviennent plus nombreux, et, à l'hattija Arâda des Mahamid, on atteint le territoire ouadaïen. Le vaste groupe des oasis de Koufarah, recolonisé dans ces derniers temps par les Snousis, et le petit pays de Wanjanga, situé entre le 18* et le 19" parallèle *, sont donc les principales stations de cette route. Son point terminal au sud est Abesché, capitale de l'Ouadaï, qui semble se trouver au 14° degré de latitude nord ^. De Jarda, le val borkouan le plus au nord-est, on gagne, je l'ai dit, en quatre jours de marche, la partie nord-ouest du Wanjanga, à savoir l'oasis de Jôa. Les stations aquifères du chemin sont Oguï, Eddeki et l'hattiga Omn es-Sôda. De Jôa à Teli, le point le plus au sud-est du même pays, et où se trouve, paraît-il, un lac salé, on compte une longue journée de marche. Ces deux localités sont les seuls centres de popidation de cette petite contrée, fort surfaite jusqu'ici, et dont les habitants paraissent parents, non point des Toubou, mais des gens de l'Ennedi.

La région, que les Tedà du Tou appellent Ennedi, les Dâza Et Armanga (rochers de l'Anna), les Oulâd Sliman Beled el-Terâwia^ les Arabes du Soudan Beled el-Bidêjât^ et ses habitants, de leur propre nom, Baelé Bê ou pays des Baelé, est située, à l'est de l'Ouadaï, à la même distance à peu près qu'en est le Borkou à l'ouest. Pas un Européen n'y a jusqu'à ce jour pénétré ; moi-même

1. Pendant que Ton imprimait ces lignes, Gerhard Rohlfs a essayé de faire co trajet; mais il n'a pu aller que jusqu'à l'oasis de Koufarah. 3. Et non vers le 31*, comme on l'avait cru jusqu'ici. 3. Et non au là*, point où on croyait devoir la placer.

420 L'ENNEDI.

j'ai dû renoncer à la visiter ; mais j'ai pu, par bonheur, me procurer sur elle certains renseignements que je transcris ici.

Pour s'y rendre du Borkou, mes nomades pillards ne mirent pas .moins de dix jours, en passant par diverses stations, dont la plus connue est au val Bidâdi (ou Badâdi), situé à quatre journées de marche encore de la vallée ouest la plus fréquentée de l'Ennedi, cell^ de Nikaoulé. Mais on y va d'ordinaire par Woun et le lac salé de Fôdi (ou Woudi) en sept ou huit jours.

Du val Nikaoulé, on atteint en huit jours, par Teli, la vallée ouadaïenne d'Harâda au sud-ouest, cette station ci-dessus mentionnée de la route qui relie Benghâsi au Soudan, et qui est encore à quatre jours d'Abesché. De Woun au même point, le trajet est plus court d'une journée ; stations par cette voie : Djourâb, Bokàlia, Oschim (arabe Bou Haschim) Harâ et Argâné.

Tout le territoire compris entre les contreforts des monts tibestiens au nord et le district rocheux des Bidéjât à l'est, semble s'incliner à l'ouest-sud-ouest, dans le sens où courent la plupart des vallées. C'est à l'extrémité sud de cette région que se trouvent les cantonnements des Arabes vivant sur la lisière nord de l'Ouadaî^ savoir les Mahâmid, les Oulâd Baschid et les Missirija. A l'automne, les deux premières de ces tribus remontent au nord jusqu'à Hârâ et Oschim, et la troisième s'avance au nord-est jusqu'au pays des Baelé. Par contre, à la même époque de l'année, les Nakazza quittent Oschim et Harâ, pour descendre au sud jusqu'au val Arâda.

Pour en revenir, l'Ennedi ou Baelé Bô est situé en bloc entre les 21* et 25* degrés de longtitude est (Greenwich), et les 16* et 18** parallèles ; la partie habitée de ce territoire ne dépasse guère, il est vrai, vers l'ouest le 22* degré, et, vers le nord, ne semble pas atteindre le 18* ; mais les Baelé eux-mêmes n'en calculent pas moins l'étendue comme allant du Wanjanga, au nord, jusqu'à la route de l'Ouadaï, au couchant. Vers le sud et l'est, la délimitation de la frontière demeure peu aisée, à cause de la pénétration insensible qui se fait de ce côté entre les Baelé et leurs congénères et voisins, les Zoghâwa ou Zaghâ. La région n'est point du reste connue en détail même des peuples et des tribus limitrophes. Pendant mon séjour chez les Oulâd Sliman^ je n'ai pas rencontré un Arabe ou un Dâza qui eût dépassé, à titre d'excursionniste pacifique, la partie nord-ouest du pays, et plus tard, quand je suis îiUé au Darfour et dans l'Ouadaï, je n'ai trouvé, même chez les gens qui avaient le plus voyagé, qu'une notion toute superficielle des districts sud et sud-est de cette contrée.

L'ENNEDI. 421

Disons pourtant que le val Nikaoulé, ci-dessus mentionné comme étant le plus au nord-ouest de l'Ennedi, parait avoir une journée et demie de long, sur quelques kilomètres de large. Au milieu se trouve un lit fluvial, de 50 mètres environ de largeur, issu du massif des monts Bêrê, et qui en recueille les eaux à Vépoque des pluies. Dans cette vallée, en partie boisée, s'embrancheraient au sud-est les enneris Tebi et Kourdi ; plus haut, dit-on, vers le nord-est, on rencontre Fenneri Mourdo ou Mourdi, long de deux jours de marche, avec un lit fluvial de plus de cent mètres de largeur, venant des roches des monts Adi Ming. De la même chaîne arrivent du sud-est les enneris étroitement encaissés d'Aga et de Goùra. Citons encore, à un jour à peu près par delà les montagnes où s'amorce le val Kourdi, Tenneri Bosso, puis, au sud-ouest de celui-ci, le petit val Beti, et, au sud-est, le val Borô, point où s'arrêtaient, vers l'orient, les connaissances topographiques de ceux qui me renseignaient.

Vers l'extrémité ouest du Nikaoulé^ se placerait comme affluent, de gauche, l'enneri Dougguerô, né dans le massif rocheux précité, lequel semble se prolonger au sud-ouest; plus à l'occident, à deux journées environ du Nikaoulé, s'inclinerait vers l'ouest l'enneri Nou ou Nouï ou Ndouï, long d'une journée et demie de marche à peine, mais très large et pourvu d'une végétation luxuriante. A quelques heures de son point d'origine, mes nomades pillards m'ont dit avoir débouché dans un autre val, assez étroit et de peu de longueur, appelé l'enneri Wou, qu'une intumescence de rocher sépare au nord-est du val Dougguerô. Enfin, à deux journées au sud-est de l'enneri Wou, serait situé l'enneri Nêbi ou Nôhi, très large aussi, courant parallèlement au premier, et sortant d'un massif rocheux qui se prolonge au sud et donne naissance à un autre val, fortement encaissé, l'enneri Arschèou Aschê.

Mais la vallée maîtresse de tout le pays, celle qui est le centre du trafic des Baelé entre eux et avec les Zoghâwa leurs voisins, c'est l'enneri Billia, qui naît tout à fait à l'est et semble avoir un long développement, vers l'ouest d'abord, puis vers le sud-ouest. Les monts qui l'enserrent à son origine lui forment, paratt-il, un encadrement continu, qui va s'abaissant peu à peu jusqu'à son extrémité occidentale, où une plaine déserte le sépare, d'un côté, de l'enneri Borô, et, de l'autre, des vais Nêhi et Arschê. De l'hattija Bosso, on l'atteint, dit-on, en trois journées de marche vers l'est-sud-est, tandis que, de l'enneri Erdèbé, il faut pour y arriver quatre bons jours de trajet au sud-sud-est.

422 L'ENNEDI.

Les roches noires de son point initial continuent d'essaimer au sud-est vers un district dont on n'a pas pu me dire le nom, mais qui est vraisemblablement la région pétrée des Zogbâwa du Darfour. Ajoutons, pour finir cette notice topographique, qu'à quatre jours au sud-est du val Bosso s'étend, de l'est à l'ouest, un dernier enneri très encaissé, qu'on appelle Schekkelè.

On voit que, comme l'indique du reste la désignation d'Eî Annanga (monts rocheux des Baelé), appliquée par les Dâza au pays, nous avons affaire ici à une région essentiellement accidentée, dont le plus haut relief est à l'est, ainsi que le prouverait d'ailleurs l'inclinaison générale des vallées dans le sens opposé. On est tenté de voir en ce Hochland un prolongement de la puissante chaîne qui montre au Tibesti ses sommets principaux, et dont on peut suivre de là le développement ininterrompu jusqu'à Dimi, point qui n'est qu'à quatre jours de marche des districts septentrionaux de l'Ennedi. Il est vrai que, d'un autre côté, les monts des Baelé semblent se continuer presque tout d'une pièce, quoique diminuant de hauteur et de masse, dans la direction sud-est, pour rejoindre peu à peu, à travers le pays des Zoghàwa, le relief central du Darfour, c'est-à-dire les monts Marra.

Ces intumescences ennediennes, d'une altitude médiocre au demeurant, sauf aux points de naissance des enneris, où elles forment, paraît-il, de véritables montagnes, sont faites de roches nues et sombres, comme celles qui donnent au Tibesti une physionomie si revêche. On y trouve cependant aussi des formations de couleur rougeâtre, telles qu'il s'en présente çà et là au Borkou. Le sol, pauvre en humus, est, dit-on, ferrugineux par endroits; mais le principal produit régional est le sel.

Si les habitants de l'Ennedi ont été jusqu'alors regardés comme une branche de la famille Toubou, cela tient à deux causes : d'abord à ce que les Arabes, d'où nous sont venues nos informations, désignent volontiers sous le nom générique de Korân tous les gens du Sahara oriental qui ne sont ni Egyptiens ni Arabes; en second lieu, à ce que les vallées nord et nord-ouest du pays (enneris Nikaoulé, Tebi, Dougguero, Mourdo, Erdêbé) sont effectivement peuplées de Tcda et de Dâza. Mais les enneris Kourdi et Nou ont, pour leur part, une population mixte, et tous les autres districts sont au pouvoir exclusif des Baelé. La région entière peut renfermer une vingtaine de mille âmes, dont quatorze mille Baelé.

On prétend qu'autrefois l'Ennedi était assez bien cultivé ; il parait, en tout cas, n'en être plus de même aujourd'hui. Ses habi-

Page 1