‹ Sahara et Soudan:Chapitre 81 sur 111 · Chef, lo Kedela Djôli, lors de mon passage · texte numérisé non relu

Chef, lo Kedela Djôli, lors de mon passage

sentie, et, actuellement, ils semblent tendre çà et là à la vie sédentaire. La situation de leurs cantonnements exposés aux incursions des Touareg, le terrorisme des Qulad Sliman, la prépondérance acquise par leurs voisins les Kadiwa sous Hallouf, et enfin Fattrait que commencent à exercer sur eux les avantages d'une existence moins vagabonde, tout ceU a déterminé nombre de groupes de leur tribu à rejoindre leurs cousins du district de Ràzel au Bornou.

Si, de la partie orientale du Schitati (Bîr-el-Barka), on se dirige à l'est-sud-est, on gagne, en un jour moyen de marche, le district oriental du Lilloa, à savoir le val Medeli. Viennent ensuite les vallées d'Afo, d'Ako et de Guisségui; puis, au nord-est, celles de Baladi, de Kournaja, de Terêda et de Rou. Au sud de cette de^ nière, et séparée d'elle par un simple pli de terrain, se trouve le val Kelenka; de là, on franchit un certain nombre de dépressions privées de population sédentaire, et Ton atteint, en une journée, l'aiguade d'EUeni (en arabe, Ezzeguei), puis, plus loin, les fontaines de Kara et d'Aourak. Plus loin encore, on passe huit vallées semblables, au prix d'une demi-journée de trajet, et enfin, en marchant une journée et demie de plus, on débouche sur le Bahar el- Ghâzal, à quelques heures au sud-ouest de la station de Solâdo Ouneki (en arabe, Solâl-el-Hâmi).

Quand je partis de Tenneri Medeli pour mon excursion au sudest du Kânem, je passai d'abord, au bout de quelques heures de marche vers le sud, près du val Djabôr, à l'est duquel se trouve une suite de vallées presque parallèles à celles que j'ai ci-dessus énumérées, et qui n'en sont séparées que par une ligne étroite de hauteurs. C'est ainsi que de la partie méridionale de Médeli on gagne, à l'est de Djâbor, le val Bagalê ; que d'Afo, on descend dans l'enneri Mâong, et que, d'Ako et de Guisségui, on atteint, ao midi, Tillôri et Intjôna. Au sud de cet ensemble de dépressions, sont les enneris Kougui et KojoUo, ce dernier contigu an val Bagalé.

Tous ces enneris, qui constituent la partie nord du Lilloa, appartiennent aux Dogorda, lesquels subissent la domination des Mghârba, comme, au Schitati, les Kadiwa et les autres Dâra sont subordonnés aux Oulad Sliman. Ici encore, l'agriculture est laissée soit aux mains de Kanembou travaillant sous le prolec-

torat de leurs cohabitants, soit à rélément sédentaire de la tribu. Les vallées de Lillôa sont renommées pour leur abondance de dattiers ; néanmoins les plus au nord-esf, parmi celles que je viens de citer (Balâdi, Kournaja, Terêda, Kelenka et Rou), ne participent point de cette richesse. Medeli, Afo et Ako sont également peu favorisés à ce point de vue ; Guisségui a un peu meilleure part ; mais c'est dans les autres enneris que la nature s'est montrée le plus prodigue. Bien qu'inférieures en qualité à celles du Borkou, les dattes lilloennes fournissent cependant un appoint alimentaire d'autant plus précieux qu'il s'en fait deux récoltes par an, au commencement de l'été et au printemps. En dehors des dattiers, il y a, dans tout le district, abondance d'arbres à aiguillons, et principalement des kournas. Enfin, aux céréales s'ajoutent, comme produits cultivés du sol, le coton, le tabac et les fèves.

Les Dogorda, qui ont opposé une si opiniâtre résistance à l'établissement des Oulad Sliman au Kànem, se divisent en Mousou, en Sendéma, en Kadjimma, en Abou Hâdjea, Abou Gorda, et Medelea. A côté d'eux, vivent des Orabba, qui se sont détachés de leurs frères du Schitâti, et qui sont devenus sédentaires.

Au sud du groupe d'Alâli, autre district traversé par moi lors de ma pointe vers le sud-est du pays, se trouve la vallée de Bî, et, à l'est de celle-ci, les oueds Faské et Doummel, qui, avec Tchira et Waschegui, au midi, forment le district des Hawalla (ou Famalla, comme disent les Arabes), très riche en dattiers. Les Hawalla sont également de souche dâza, mais mélangés d'élément kanembou, et devenus, par suite, plus ou moins sédentaires ; ils ont avec eux, comme agriculteurs, des Hammedjs ou Kanembou restés purs ; néanmoins, eux-mêmes, depuis quelque temps, ils semblent montrer quelque tendance à se fixer sur la glèbe. Ils se partagent en Anna ou Anja, en Ankordeâ, et en Dôla, et ne parlent que 4'idiome dâza.

Au nord-est de l'enneri Doummel se rencontre une suite de vallées, Altefou, Wogara, Dônko et Tchiri, où prospère encore passablement la culture du dattier, et qui forment le district des Tchiroa, Kanembou demeurés assez purs, et chez qui domine la langue kanouri. Ils ont pour chef, en cette qualité, non un Medelâ^ comme les tribus de sang mêlé précédentes (d'où le nom de Medelâ appliqué par les Arabes à celle-ci), mais un FougobOj et mènent une vie essentiellement sédendaire ; outre leurs plantations de dattiers, ils possèdent un petit cheptel de bétail ; toutefois, ils s'adonnent surtout à Tagriculture.

A une demi-journée de marche plus à Tesl, on atteint une autre vallée dattière du nom de Terèda, avec deux villages de Nôreà (en arabe, Nawârma), rameaii détaché, et devenu sédentaire, de la tribu de même nom qui habite le Bahar el-Ghàzal ; leur chef a le titre de Marâ, C'est îe dernier enneri habité, de ce côté oriental du Kànem. Plus loin, dans la même direction, il n'y a plus que des stations aquifères, Tiné, Haddàra, Schekkaràja, celte dernière à deux jours et demi de marche du val Terèda, et à une demijournée en deçà du Bahar el-Ghàzal.

Au sud de tous ces enneris se trouvent des districts qui, par leur nature, se rattachent encore au groupe de Lilloa : les uns relèvent immédiatement de Tautorité de Talifa de Mào, les autres sont la propriété des Koumosoalla, qui eux-mêmes obéissent à TaUfa. Ce sont : le val KouUakoulla, le groupe d'Alâli, le valJigui-Delfeanga, siège principal des Koumosoalla, Tenneri Mafal, qui leur appartient aussi, et les oueds el-Dâgel, (larda et Ngadeggui, qu'occupent les Hammedjs de TAlifa. Ajoutons, plus au sud, et le fertile bassin de Korofou, et celui de Firi, et les enneris Lugguera, et d'autres, à la suite, appartenant aux Oulâd Sàlim.

Les Koumosoalla et les Oulàd Sàlim, confondus par les Arabes sous le nom de gens du Kaigamma (c'est le titre que porte le chef), offrent un nouvel exemple curieux de mélange de races. Physiquement, et surtout pour la couleur de la peau, ils sont plus près des Dàza que des Kànembou ; ils parlent la langue dâza, ont des Hammedjs pour cultiver le sol, possèdent une petite cavalerie de chameaux, et mènent une vie errante, quoique se mouvant dans un cercle restreint. Ce qui prouve qu'en eux l'élément dàza est prépondérant, ce n'est pas seulement leur idiome, c'est aussi le titre de kedela que porte le chef d'un de leurs groupes, les Delfeà, et la tradition qui les fait venir du Bahar el-Ghàzal ; mais ce qui démontre, d'autre part, que leur sang s'est trouvé mélangé, c'est, outre l'opinion générale de leurs voisins, ce titre nullement dàza de koumo (à l'origine kima^ dit-on) que porte le chef de toute la tribM, et qui a valu à celle-ci son nom de Koumosoalla. J'incline à croire, pour mon compte, que la peuplade est issue d'un mélange de Dàza et de Boulàla.

C'est au sud des Koumosoalla et des Oulàd Sàlim qu'est situé le district proprement dit de Mào. Sa localité principale, Mào, est

peuplée de Dalatôa, lesquels, on l'a vu, sont de souche esclave, mais n'en jouent pas moins un rôle important au Kânem. Outre Mào, ils habitent encore Jagoubberi, Metallaet Mortofou, au sudouest,

La région au sud de Mào est loin d'être aussi bien partagée en vallées que le pays de Lilloa. Celles qu'elle renferme sont plates, et, sauf une, l'enneri Koulolo, laissent à désirer comme fertilité. Au midi, du côté de Monde, se trouvent, outre le val Koulolo susnommé, les vallées de Kaliloua, d'AUôri et de Sougoullé, habitées par des Dâza de la tribu des Bakaroa. A l'est, à un bon jour de marche de Mâo, sont les deux vallées de Goudjer, peuplées de Kouka, originaires de l'Ouadaï et venus au Kânem avec les Boulala. C'est entre Mâo et le groupe de Goudjer que s'élevait jadis la capitale du pays, la fameuse Ndjimi. Près du petit Goudjer, sont trois vallées, Hanga, Kournaka et Sajâl, qu'occupe la tribu des Béni Waïl, probablement de souche chôa. Quant à la région qui s'étend plus à l'est, jusqu'au Bahar el-Ghâzal, elle est dépourvue d'habitants.

A l'ouest de Mào, nous rencontrons une suite de bassins fertiles, les uns allongés du nord au sud, tels que le val Djougou, les autres de forme arrondie, avec un lac natron au milieu, comme Rôjendou, Mapal, Billangâra et Agrârem. Seule, la longue vallée de Gala, où s'élève la ville du même nom, possède une lagune d'eau douce où croissent des roseaux. Presque toutes d'ailleurs sont marécageuses et pourvues de puits qui y facilitent la culture des céréales, du coton, des légumes. La .ville de Gala est une colonie koubouri (Kànembou), passée ensuite sous la domination desMâgomi (Kanouri). Plus au nord, la population semble composée mi-partie de Kànembou (sous l'alifa), mi-partie de Koumosoalla.

Au sud-est du pays est Monde, le centre du district des Toundjer, où finit, de ce côté, le Kânem habité. Ce district renferme de nombreuses vallées, avec une centaine de bourgades, me disait un Toundjer, de la famille du chef de tribu. Peut-être le renseignement vient-il de source quelque peu suspecte ; mais, dans tous les cas, le pays est, à coup sûr, bien peuplé, et la population s'y égrène en hameaux minuscules et épars, dont Tun, entre autres, porte le nom de TuniSj en souvenir, dit-on, du dernier lieu de résidence des Toundjer, avant leur émigration au pays des nègres. Cette peuplade, de souche arabe, est devenue entièrement sédentaire et s'est, mieux que toute autre, pliée au genre de vie

des Kânembou, comme le prouve du reste Tapplication àefougobo qu'elle donne, elle aussi, à son chef.

Poussons maintenant vers la région sud-ouest du Kânem. Voici d'abord, en deçà de Ngouri, un petit district, d'une demi-journée de marche de traversée, avec ses deux centres de population visités par moi, Antjâli et Metalla, le premier occupé par le groupe kanouri des Antjâlibou (gens d'Anljâli), le second en majeure partie aux mains de Dalatoa. Dans le voisinage habitent encore d'autres peuplades ou restants de peuplades k&nembou, les Hameraja, les Fôrebou, les Biriwa, les Melemmia, les Galabou, etc. Voici, plus loin, le « pays de Bari », habité par des fractions de Dânoâ et de Boulâla ; Ngouri, le chef-lieu des Dànoâ, est séparé par trois vallées (Waja, Riguima, Bâri, Kallem) du populeux district [de Dibelontji, appartenant aux Nguidjem, encore un reste au Kànem de cette tribu des Boulala qui a émigré vers le lac Fitri*.

Avec le pays de Bari, nous avons atteint la rive orientale du Tsâd, dont je n'ai pu, malheureusement, relever moi-même le contour exact, ce qui est d'autant plus regrettable, que la marge lacustre de ce côté paraît encore sujette à plus de variations, grâce à l'incessante formation de lagunes, que ne l'est le littoral nord.

Tout ce que je puis dire, pour compléter cette notice géographique et ethnique, c'est que si, de la baie de Daboua, au nord du bassin, point touché par nous lors de notre voyage au Kànem, on longe vers l'est la rive, on arrive d'abord à Beri, localité des Sougourti, où Barth a passé, puis à Maten el-Milah, un autre point de mon itinéraire. A une demi-journée, puis à une journée plus à l'ouest, se trouvent Kologo, autre village sougourti, et Kiskàwa, la principale résidence des Koubouri du Kànem. A partir de là, le rivage s'infléchit de plus en plus au sud-est, et l'on rencontre, dans cette direction , à un fort jour de marche de Kiskàwa, Talnguim, qu'une autre bonne journée et demie sépare du val schitàti de Tjanga. Entre Talnguim et Fouli, qui semble être à quelques heures de la rive, s'étend le pays de Soulou, souvent cité dans les chroniques bornouanes comme étant au pouvoir des Nguellega, subdivision de la tribu kànembou des Kounkinna.

1. Une autre fraction des Boulala, les Beddé, est demeurée dans le Ngouri et les vallées dànoft voisines ; quant aux Diabou ou Dalàwa (rameau du même tronc), qui avaient donné jadis le nom de Data au district de Metalla, ils se sont depuis longtemps reUrés dans les lies du TsAd.

De Fouli, on atteint, parait-il, Mojo en deux jours, et Gala en un jour et demi.

Tout le reste de la rive sud-orientale, avec les localités qui s'y trouvent, semble être une grande partie de Tannée au sein des lagunes. Citons, parmi les lieux plus ou moins habités, Manija, Djigguel, Ngallala, siège du chef bouddouma, qui a le titre de kachella kimè^ Malte, où réside un autre chef bouddouma, puis Killiram, et Massowa, où demeurent les Kouri. Au sud de ce dernier centre de population, le lac est tout rempli par le semis des lies des Koukinna. A tous ces villages plus ou moins insulaires, il faut ajouter, un peu plus à Test, le groupe de hameaux des Aredda (el-Asâga, Deleàt, Medelê, Kaïra, Benetti).

Tel est, dans son ensemble, le Kânem, ce vieil État mahomé tan de l'Afrique centrale, qui a été le berceau du Bornou. Il se divise, on l'a vu, en deux parties, l'une qu'occupent les nomades, l'autre, le Kânem du travail et de .la production, aux mains d'habitants sédentaires.

Il est probable que les Kânembou, les maîtres historiques de la région, y sont venus autrefois du nord. Le mot Kânem en effet signifie « Pays du sud » * ; il est composé du terme toubou anem (ou anum) qui veut dire « du sud », et du préfixe K^ qui sert à former le substantif. On a vu plus haut que les tribus toubou sont vraisemblablement originaires du Tou (Tibesti), et que c'est là ou à Koufara qu'il faut chercher le point de départ de la domination de cesBardoa, qui, avec d'autres peuplades émigrées du nord, ont travaillé à la fondation du royaume de Kânem. Mais les Kânembou étaient établis avant eux dans ce dernier pays, car la chronique d'Ahmed mentionne le légendaire roi Sêf (Saef) comme ayant fondé une dynastie régnant « sur les Berbères, les Toubou, les Kânembou et autres ». A quelle époque y ont-ils émigré ? On n'a point là-dessus de données précises. Peut-être, avant de prendre possession du Kânem, ont-ils résidé quelque temps dans les contrées qui l'avoisinent à l'orient, à savoir l'Egueï et le Bodelê, alors mieux arrosées qu'aujourd'hui. Toujours est-il qu'en dehors •du sens de ce mot Kânem, leur origine septentrionale semble

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