Barth's Reisen, tome U, p
ressortir de la parenté de leur idiome, le kanouri, avec celui des Toubou *. Une autre preuve d'affinité primordiale et étroite entre Tune et Tautre peuplade, et un indice que les Kànembou ont dû émigrer du nord, c'est Textension surprenante de la tribu toubou des Tomaghera, et ce fait qu'une fraction du groupe kànembou des Koubouri porte le nom de « gens du Borkou», Borkoubou : ce qui indique bien un mouvement du nord vers le sud. Les Tomaghera sont mentionnés dans la chronique bornouaue, dès les premiers temps du royaume de Kânem, sous le nom de « Gens de Kera » *, et on les voit dès lors vivant avec les Kànembou ou devenus eux-mêmes Kànembou. Joignez qu'on les retrouve au Bornou actuel, à titre de tribu kànembou reconnue, quoique ayant gardé une certaine notion de leur parenté avec le groupe toubou du même nom, et qu'il est constant dans le pays que les princes de Mandara, à l'extrême sud du royaume, comme ceux de Mounio, à l'extrême nord, tirent d'eux leur origine. Barth tient même pour certain qu'ils ont donné leur nom au district bornouan de Demaguerim ^.
Une autre tribu de souche toubou, les Kojam, se trouvait, elle aussi, établie au Kànem, dès la période initiale du royaume ; le reste de la peuplade parait y être venue à des époques postérieures ; mais ses éléments ont dû y être de bonne heure très nombreux, puisqu'on voit dans la chronique bornouane découverte par Barth et qui remonte jusqu'au commencement du treizième siècle, à l'époque de TsiUm Ben Bekrou (Bikorou) que les mères des rois étaient presque toutes des femmes toubou : circonstance qui contribue à expliquer que la noble famille des Sêfija, qui était originaire d'Arabie, et aux mains de laquelle demeura le pouvoir, put conserver assez longtemps son teint clair. C'est précisément Tsilim Ben Bekrou, dont la mère était une femme de la tribu kànembou des Dibbiri , qui est expressément mentionné comme le premier prince à la peau foncée. On reconnaît également l'influence des Toubou dans cet usage des rois du Kànem, signalé par Ibn Batouta, de se voiler le visage, à l'aide du Lùham, et dans cette constitution aristocratique du royaume, dont la forme extérieure s'est maintenue jusqu'à ces derniers temps au Bornou.
1. Voyex V appendice qui sera placé à la fln du tome U et dernier.
2. Rapprochez des Kreda du fiahar el-Ghazàl, qui se donnent à eux-mémei le nom de Kara.