DUO
Elle s'approche et lui dit,
Entre les branches
De son éventail :
— Où allez-vous vous promener,
Jeune cavalier?
Et lui qui était malin, L'altirani après lui, Sans paraître y viser, La mena jusqu'à Vallecas Où il la planta là.
LE LOUEUR, donnant de l'argent aux aveugles. Prenez et qUC
Dieu vous donne bonne chance.
LES AVEUGLES. A tantôt, (ils sortont en disant : ) Qui Veul
I2'2 l\ PETUA ET LA .lUAÎsA.
entendre les plaisantes aventures de la veille de San
Pedro?
L'ALGUACIL descend de la galerie.
i/ALdUACiL. Aquilina? Où esl-elle donc?
LE TAILLEUR. Avec ma femme, ici dedans. Abundia?
LA TAILLEUSE , ^oit en ramenant AQUILINA qu'elle tiont par
la main. Tu ne lïi'échapperas pas.
l'alguacil. Et le paquet?
AQUILINA. Et mes deux piastres d une part, et de l'autre le montant des avances extraordinaires que j'ai faites?
LA FEMME DU CAPITAI^E, de la galerie. Je vais tc Ics descendre, je ne veux rien te devoir.
AQUILINA, loute joyeu.e. Elle ii'est plus ma maîtresse et je puis lui riposter bec à bec, main à main et corps à
corps.
l'alguacil. Ne gâtons pas la fête. Et prends-y garde, rien n'est plus rigoureux que l'ordre de San Fernando.
aquilina. C'est tout vu, j'y ai été onze mois. Et srj'arrive à douze, je fais mes vœux.
la femme du capitaine, descendant. Petite coquiue ! . . .
LE TAILLEUR. Doucemcnt , madama. Donnez d'abord l'argent de la petite, et vous aurez tout votre linge avec
le sac.
LA FEMME DU CAPITAINE. Uu taillsur à unc Capitaine !...
LE TAILLEUR. N'aclievez pas, et taisons-nous !...
LE LOUEUR. S'il y a doute.
LE TAILLEUR. Il n'y cu a pas.
LE LOUEUR. Je n'ai vu, à la vérité, aucun document qui prouve...
LE TAILLEUR. Si fait bien, moi...
PKTRA. Quel démon est entré ici?
LA FEMME DU CAPITAINE, an Taillour. DiteS CC que VOUS
savez.
LE TAILLEUR. Si VOUS y tcuez, je le dirai.
LA FEMME DU CAPITAINE. Mon mari, que Dieu ait en son paradis, n'était pas capitaine?
LE TAILLEUR, Si assuréiïient. Il était capitaine de voleurs. On le prit dans les Asturies et il fut pendu à Oviedo.
LA FEMME DU CAPITAINE. Qui a pu dire pareille chose?
AQuiLiiNA. Moi, et vous savez bien que je ne mens pas. Vous me l'avez raconté bien des fois en secret.
LA FEMME DU CAPITAINE. Je ferai constater...
LE LOUEUR. A quoi bon? Maîtresse et servante étant d'accord, celle-ci change de maison et tout est dit.
LE TAILLEUR. La petite reste à mon service.
LE LOUEUR. Gervasio?
GERVAsio. Vous voycz que j'y vais de bon cœur, je ne
perds pas une minute. (ll va de chambre en chambre.)
Entre ARMENGOL avec un commissionnaire cliargé d'un grand panier.
ARMENGOL. Voici déjà les lanternes.
PETRA. Ce sont les mêmes qui ont servi la veille de San Juan?
* ARMENGOL. Lcs mêmcs.
LE LOUEUR. Qu'on Ics suspcndo.
ARMENGOL. Vous aurez ici à dix heures un souper d'importance. Ceux qui doivent le servir sont déjà à l'ouvrage.
LA VEUVE, regardant de sa porte. PcstC ! IcS brodcurs Savent se tirer d'affaire.
LA PASIEGA, suivant l'avocat qui emporte dans ses bras un enfant
très-laid. Ah! fils de mcs entrailles!
i/avocat. Remercie-moi de ce que je ne te fais pas sauterie cœur à coup de pied.
LE LOUEUR. A qui en avez-vous donc, seigneur don Timoteo ?
l'avocat. Je lui ai donné à nourrir un enfant gros comme un chameau, et la coquine me rend un squelette de moineau. Voyez plutôt! le physionomiste le plus expert oserait-il jurer que mon fils et moi nous nous ressemblons?
LA PAsiEGA. Rendez-moi le petit.
l'avocaY. Le petit? Je l'emporte au logis pour voir si je puis l élever moi-même; ou je le mets à l'hospice pour qu'on me Ty nourrisse ; des fils d'aussi bons pères que moi, et avocats comme moi, ont pris ce chemin-là. (ii son.)
LA PASIEGA. Donnez-moi les sept ducats.
LE tailleur. Garde le petit pour gage.
LA PASIEGA^ Je vendrais le père et l'enfant qu'on ne m'en donnerait pas ça. (eiio rentre.)
MORENo,revenant.Me voici de retour, mille remercîments.
LE LOUEUR. Petra, voilà ton affaire... assieds-toi près de lui.
MORENO. Veux-tu?
PETRA, minaudant. Si le Loueur Hous le Commande.
MORENO. Tu le dis avec une grâce qui m'émoustille sans m'offenser. Que bénis soient les parents qui t'ont^ faite si piquante.
LE TAILLEUR. Voici vcuir la Juanita.
LE LOUEUR. Silence !
JUANA, entrant. Hé la ! lié la ! il v a ici illumination? je suppose que c'est une libéralité....
LE LOUEUR. De Moreno. •
JUANA. Et vous, que faites-vous ici?
LE LOUEUR, ironiquement. Je l'atteiidais. Doîia Juana, qu'est-ce que cela signifie de rentrer presque de nuit, sans un soldat d'escorte pour le moins?
JUANA, se troublant. Si ces bavardes vous ont dit...
TOUTES. Comment bavardes !
LE LOUEUR. Taisons-nous, il y a des cas où un seul doit parler, parler peu et bien.
LE TAILLEUR. Je VOUS prietous d'écouter avec attention, c'est le Loueur qui parle.
LE LOUEUR. Tu sais, ma chère Juana, que nos relations commencées par une liaison de rencontre avaient pris tout doucement le droit chemin du mariage. Tes belles manières séduiraient le diable lui-même. J'ai appris cette après-midi, que ton oncle était allé hier à Tolède pour une affaire, et je venais t'offrir mes services en son absence, avec plus de raison que je ne le faisais lui présent. J'ai su que tu étais sortie avec un officier. J'ai douté ; je suis monté à ta chambre; j'ai demandé à ta servante un morceau de papier pour fumer; l'innocente m'en a présenté plusieurs, et dans le nombre elle m'en a donné deux, réponses de deux cavahers, je le suppose, l'un à qui lu as donné parole de mariage, et l'autre qui t'écrit avec les sentiments et la confiance d'un vieil ami. Comptons : ces deux-là, le sous-Heulenant trois et moi quatre. Ta pénétration t'aura fait d'avance deviner ma résolution. Moreno, mes chers brodeurs, mes chères petites, en quahté denovio trop crédule de cette jeune fille, je devais dépenser mille ducxjls que, grâce à elle, je me trouve aujourd'hui de trop, et j'ai imaginé d'en faire un meilleur emploi. Vous, vous n'êtes pas mariés ; vous autres, si vous n'êtes pas devenus maîtres dans vos métiers et professions, c'est faute d'argent pour payer vos
oxaineiis, acheter les matières premières, et cent autres nécessités honnêtes. Hé bien, mes enfants, je répartirai demain la somme entre vous tous, selon la situation de chacun, mais en faisant la meilleure part à Moreno qui est le roi de la fête, et à qui je dois d'avoir essuyé un mécompte qui peut servir de leçon à beaucoup d'autres.
TOUS. Vive notre bienfaiteur !
LE TAILLEUR. Vivat ! mais ne pourrait-on savoir ce qui reviendra au tailleur ?
PETRA. Tout autant qu'à la veuve : un bon conseil. C'est que pour ne pas faire de faux rapports, il n'y a qu'un moyen : prier et coudre chez soi.
LE LOUEUR. Gervasio, dors-tu?
GERVASio. Non certes : tout est prêt, et nous attendons seulement que vous leviez le doigt.
LE LOUEUR. S'il ne faut que cela, je lèverai les dix.
GERVASIO. La musique est sur pied. Ceux que j'ai dit sont à leurs postes.
l'alguacil. Allons, messieurs, divertissons-nous.
LE TAILLEUR. Et la piècc de la Jiiana et de la Petr a ûmi par le Loueur avisé qui châtie l'hypocrisie et récompense l'honnêteté.
La contredanse achevée, lorsque tous les personnages ont le visage tourné vers le public, l'orchestre éclate avec tous ses instruments et accompagne le chœur final qui suit :
Vivent ceux qui protègent
Les arts et le génie
Qui, pour avancer, ont besoin
D'encouragements, d'honneurs et de récompenses.
(LOS FASTIDIOSOS)
PERSONNAGES
pelits-maîtres.
DON FELIX, oncle de