‹ SainètesChapitre 15 sur 31 · LE SACRISTAIN · texte numérisé non relu

LE SACRISTAIN

l'hôte. Non.

LE SACRISTAIN. Lc soigueur alcade est-il ici?

L'HOTELLERIE A NOËL IGl

LE SACRISTAIN Par la vie de Meco! savez-vous s'il est à la taverne ?

TOUS. Non.

LE SACRISTAIN. 11 n'a pas encore paru dans le cimetière de l'église.

coNSTANZA. SacHStain, aurons-nous quelque joli villancico *?

LE SACRISTAIN. OÙ le prcudrais-je ? On m'a fait sortir cette nuit tout l'air que j'avais dans le corps, (ii son.)

LE SECOND CALESERO, entrant, Que me VCUt-OIl ? NouS

laissera-t-on enfin un moment de repos?

LA coRREGiDORA. Attèle la calesa sur-le-champ.

LE coRREGiDOR. Femme, es-tu dans ton bon sens? où aller, à l'heure qu'il est?

LA CORREGIDORA. Eu cnfer, s'il le faut ; partout où je ne me verrai pas entre des paysans et des arriéres.

PEiMLLo. Il est sûr que là où vous dites, ils feront faute !

LA CORREGIDORA. Attèle là calesB.

LE SECOND CALESERO. Vous savcz la joumée que nous avons à faire ?

LA CORREGIDORA. Moi? UOn.

LE SECOND CALESERO. Si fait biciî moi ; et je vous dis que je ne veux pas, que c'est une folie, et que personne ne me fera partir.

LA CORREGIDORA. Je t'y forcerai bien.

LE MARQUIS. Madame, croyez, je vous prie...

LA CORREGIDORA. Qu'csl-ce eucorc que ce vous? Nous croyez-vous donc tous des usias de hasard ?. . Allonsnous-en d'ici.

* Ce sont les Noé'Is qu'on appelle de ce nom en Espagne [yoîe du Tr.)

102 L'HOTELLERIE A INOËL.

L.v co^iÉDiENiNE. Doucemeiit, senora, vous n'êtes pas déjà mi si grand personnage, et nous ne sommes pas, nous, un troupeau de nègres.

L\ coRREGiDORA. Savez-vous bien, vous, ce que c'est que la corregidora d'un lieu de trente feux, sans compler un couvent en dehors des murs?

LA COMÉDIENNE. Une femme comme moi, avec un mètre de plus ou de moins^

T-A CORREGIDORA. PartOllS.

LE coRREGiDOR. Mais c'cst iiïipossible.

LA CORREGIDORA. Ça Sera cependant. Qu'on aille sur-lechamp me chercher l'alcade.

l'alcade, entrant. Qui le demande?'

LA CORREGIDORA. Arrêtcz-moi ce calesero qui refuse d'obéir et qui m'a manqué de respect.

l'alcade. N'avez-vous que cela à m'ordonner? Je reviens à l'instant avec les alguacils.

LE CORREGIDOR. Alcadc, OÙ allcz-vous donc, sans avoir d'abord écouté la partie adverse ?

l'alcade. Quelle partie, quand il y a des jupons dans l'affaire ?

LE CORREGIDOR. Et la jUStiCC ?

l'alcade. Il faut avant tout en sortir à son honneur.

LE CORREGIDOR. Vous mc faitcs frémir. Vous avez raison de le dire, vous êtes stupide et plus encore que vous ne le croyez.

l'alcade. C'est donc mal, ce que je fais?

LE CORREGIDOR. G'cst abominable.

l'alcade. Et pourquoi m'a-t-on fait alcade, quand je dis que je n'y entends rien?

' La vara espagnole n'est que de,8i ccntiiiièlres. {.Y. Un Tr.'

L'HOTELLERIE A NOËL. 16j

PEPiLLo. Pendant qu'ils se clianaaillent, je m'en vais donner à manger à mes bêtes.

coiNSTAiszA A PEPiLLo. J'en 31 long à te compter !

PEPiLLo. Bon, nous causerons plus tard, (ii sort.)

l'hôtesse, à la corrcgidoru. Veuez-vous-en daus ma chambre, nous y serons seules.

LA coRREGiDORA. Avec l'iiôtesse, moi?

l'hôtesse. Alors, allez-vous-en au ciel.

LA comédienne. Cette femme est originale.

le corregidor. Prends cette chaise à l'écart, et au nom du ciel, ma fille, retiens ta langue, car tout le monde se moque de toi.

LA CORREGIDORA, Jct'assure bien que c'est mon dernier voyage . Arrange-toi pour qu'on te donne à l'instant une place au conseil, et nous pourrons vivre à Madrid.

LE CORREGIDOR. G'est coiivcnu, je te le promets.

LE MARQUIS. Le mari, du moins, est un bien bon homme.

LA COMÉDIENNE. Vraiment il me fait pitié.

LE MARQUIS. C'cst de moi que vous devriez avoir pitié.

LA COMÉDIENNE. Je le voudrais, mais je ne puis ; j'ai laissé ma pitié en gage pour cent piastres que quelqu'un m'a prêtées pour faire le voyage d'Andujar.

LE MARQUIS. Nc s'agit-il quc de la dégager?

LA COMÉDIENNE. Il u'v Consentirait pas.

LE MARQUIS. Argent en main, pourquoi non?

LA COMÉDIENNE. Parco qu'il est fort content de son gage, et que je sais ce gage en heu sûr.

l'hôte, à Merino. Votro maître parle-t-il sérieusement?

MERiNo. Quelquefois.

le sacristain, entrant. Gràcc à Dieu, seigneur alcade, je vous rencontre enfin !

1G4 L'IIOT!' LLEl'.lE A NOËL.

l'ai.cadc. Que me veiix-Ui ?

i.E SACRISTAIN. Que VOUS alliez suv-le-champ porter remède à la chose, et faire sortir tout le monde de l'église bi on veut que la messe se dise.

t/alcade. Mais alors, imbécile, qui l'entendra?

LE sacristain. Lc curé et moi tout seuls, et Tayuntamiento, s'il ne vient pas pour lancer des châtaignes. Il y, a déjà dans l'église et dans le chœur tel vaurien qui en a apporlé une mesure et demie, dont la moindre est grosse comme le poing ; et quand ils s'y mettent, la plupart vont au sacristain qui leur sert de jouet. Souvenez-vous plutôt de l'autre année.

i/alcade. Je me souviens, en effet, que tu répondis deo gratias, quand le curé eut dit le Credo,

i,E SACRISTAIN. Et c'cst tout? Et la contusion que j'eus dans l'œil gauche d'une bergamote que me lança le boucher ?

l'alcade. Eh ! comment veux-tu qu'on ne te jette rien, quand tu chantes comme un veau ?

LE SACRISTAIN. G'cst ce qu'on verra plus tard. Et mon vill'ancico d'un sourd et d'une boiteuse avec accompagnement de zambomba et de tambour de basque ? Le mal c'est que tous les étrangers en parlent, et que je m'attends à être envoyé comme sous-chantre à Tolède.

l'alcade. Tais-toi, imbécile.

le sacristain. C'est bon; enfin on verra si je ne les laisse pas sans villancico !

PEPiLLo, à riiôio. Compère, de manière que ces trois étrangers qui sont dans la salle d'en haut sont des danseurs ?

L'HOTELLERIE A .NOËL. IGo

i/iiÔTE. Je crois que oui, d'après ce qu'a raconté le garçon.

PEPiLLO. Eli bien, sefiores, que faisons-nous? A présent nous voilà tous d'accord. Quand il fera jour, Son Honneur redeviendra corregidor, et je me retrouverai un pauvre arriero. La nuit nous invile ; nous avons ici quelqu'un qui sait chanter comme il faut ; béni soit celui qui l'envoie, et Pepillo le Malagueno, c'est votre serviteur, ne restera pas en arrière. Soupons tous ensemble, et toute la nuit ensuite dansons.

LA COMÉDIENNE. Vivc l'audalous ! il a dil tout ce qu'il y avait à dire, et je m'offre la première, si on laisse de côlé toute éliquelte, à chanter avec mes camarades quelque chose de nouveau.

PEPILLO. Et je me ghsserai dans la bande.

LE coRREGiDon. Femme, qu'as- tu à dire à cela?

L.\ coRREGinoRA. Qu'ils aurout ma permissiou, pourvu qu'on me donne la place d'honneur et un siège élevé audessus du solj ne serait-ce que d'un pouce.

TOUS. Accordé. Nous souscrivons.

LE MARQUIS. Nous supportcrons son humeur.

l'hôte. On mettra sur la huche ce vieux tabouret avec une couverture.

LA coRREGiDORA. Qu'ou mette ce qu'on voudra; du moins qu'on reconnaisse la distinction qui est due à mon emploi.

LE MARQUIS. Je mc chargc des dames, (a Merino.) Monte et dis à ces trois voyageurs qu'il y a ici un marquis et des dames qui ne demandent qu'à se divertir.

MERiNO. Très-bien. Je tiens le fil de l'affaire, (ji son.)

pf piLLO. Maintenant préparons le souper.

106 L'HOTELLERIE A AOËL.

l'hôte. Quel souper? il n'y a à la maison que du

pain?

LA coMÉDiEiN?s'E. 11 n'y a que du pain? voilà qui est dur ! Avec le ventre vide, je ne ferai rien de bon.

LE SACRISTAIN. Si VOUS voulioz VOUS conteuler de châtaignes ?

PEPiLLO. Soyez tranquilles; je suis là, moi. Camarades, vous êtes deux arriéres?

LES DEUX ARRIEROS. JuStemOUt.

PEPILLO. Que portez-vous ?

LE PREMIER ARRiERo. Moi, des cliapons morts el de petites corbeilles pour des nonnes.

PEPILLO. Que me parlez-vous de paniers et du reste? Le mauvais temps a gâté tout cela, et on se contentera des lettres. Et vous, compère?

LE SECOND ARRiERO. Moi,je porto des perdrix marinées et des fruits.

PEPILLO. Tout cela est excellent ; avec cela une caisse de patates que je tirerai de la charge de mes bêles, et une mesure d'eau dans chaque outre, à défaut de vin de Pe-^ dro Jimenez, mon compatriote que Dieu ait en son paradis, voilà j'espère un souper cjui, pour le peu de temps qu'on a mis à le préparer, n'est pas à dédaigner.

TOUS. Vivat!

LE coRREGiDOR. Mais quc diront ensuite les maîtres?

PEPILLO. Ils diront ce qu'ils voudront, qu'ils viennent nous l'arracher du corps.

Le CORREGIDOR. Pauvros cadeaux, par combien de douanes il vous faut passer !

PEPILLO. Allons, à l'oUvi^age. Venei, madama, nous allons nous occuper de noire pas chanté.

LA coMÉDiEisNE. A la bonnelieurc. Au revoir. (i:iic sôm.)

MERiNo, entrant. Les danseurs sont gens fort aimables et de bonne composition. Ils disent qu'ils sont prêts et de tout leur cœur à se mettre aux ordres de la compagnie.

UNE PAYSANNE, entrant et s'adressant au sacristain. Il faut qUC

tu viennes sans tarder, le seigneur curé te demande.

LE SACRISTAIN. Dis à Son Honneur que çà m'est impossible, que je suis ici.

l'alcade. Et que l'ayuntamiento ne le peut pas non plus. Nous avons la messe tous les jours, et ceci ne s'est jamais vu ici.

LE coRREGiDOR. Qui parle ainsi? Ne savez-vous pas que le devoir passe avant le plaisir?

l'alcade. Ainsi ^ quand ils ont des affaires, les alcades ne peuvent, se divertir ? Diable ! alors le métier est difficile.

LE CORREGIDOR. Et délicat !

l'alcade. Si j'ai eu la bêtise de le prendre^ je jure bien que je n aurai pas celle de le garder ; et que celui qui n* est pas fait pour se marier reste garçon. Viens, sacristain.

le SACRistAiN. Si j'en suis quitte pour mille châtaignes !

le CORREGIDOR, à la paysanne. Pardou, ma petite, le notaire a-t-il rendu le cochon ?

LA PAYSANNE. Oui, seigneur^ excepté la queue, un filet et la cervelle.

l'alcade. Il aura consulté le tarif et aura prélevé ses

droits, (ils s'en vont.)

t>REJiiÈRE vALEiNCiENiNE. Et iious autrcs, quc faisonsnous?

sEcONtlE VALENciENNE. Ricii. Nous Hous divCrlirous cette nuit, et une autre fois nous célébrerons la fête.

IGS L IlOTELLl P.1E A NOËL.

PREMIÈRE v.\LEî<ciEiNîs'E. Lcs picds iiiG foiit mal dc me tenir debout.

LE VALENCIEN. AsslcdS-loi.

i/hôte. Moulons, la compagnie ; tout est prêt dans la salle.

LA coRREGiDOR.v. Passcz devaut, c'est moi qui préside.

l'hôte, à paît. Je voudrais voir quelqu'un te présider, toi, avec une bonne branche de houx.

l'hôtesse. Pour Dieu, ne lambinez pas, la soupe refroidit.

LE coRREGiDOR. Nous y allons tous .

TOUS. Après avoir réclamé l'indulgence pour ce sainète improvisé et de circonstance.

LA BOBA Y LA DISCRETa)

PERSOr^NAGES

DONA LACHA, pelilc-maîtrc^sc.

DONA AGUEDITA, sa sœur.

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