‹ SainètesChapitre 19 sur 31 · LE PERRUQUIER. NOU · texte numérisé non relu

LE PERRUQUIER. NOU

i.uciA. Tenez, voieiqui parle plus haut. (Eiie lui donne

un soufflet et s'en va.)

juANiLLo. Celles-là, quand on n'entend pas leur langue, parlent avec les doigts.

I.E BARBIER, entrant tout joyeux. Ma foi, mCSSicurS, il était

écrit là-haut que ma cousine entrerait chez vous. En sortant, la première personne que j'ai rencontrée, c'est elle qui allait à la messe.

PEDRO. Et où est-elle?

LE BARBIER. Elle est si tiuiido !... Allons, Fehpa, entre, ces messieurs sont on ne peut plus affables.

JUANILLO. En œuvre, en paroles et en pensées.

FELILA, entrant vêtue en maja. Bien le boiljour. Je me ré-

jouis de vous voir en si bonne* santé, messieurs, PEURo. Entrez, dona Felipa, et asseyez-vous.

FELIPA, à Pe.lio, on passant devant lui. Oll eSt doUC bien

occupé que voici trois jours qu'on ne voit pas ce beau monsieur ?

PEDRO. Tais-toi ! Je te dirai plus tard bien des choses.

juAiMLLO. Caracoles! une fameuse camarade qui m 'arrive làl

LUCAS. Pourquoi cette légèreté, mon cher? S'il n'est pas encore décidé que Lucia s'en va, à quoi sert de nous engager avec cette jeune fille?

FELiPA, montrant don Lucas Ce mOnsicur paraît UU pCU

dur à digérer.

LUCAS. C'est que le four était froid le jour où l'on me fit cuire, et je suis resté un peu cru.

FELTPA. Alors je prévois que nous ne ferons pas bon ménage ensemble; je n'aime, moi, que ce qui est tendre.

juANn.LO. S'il faut quelque chose de tendre et d'appétissant, me voici.

FELTPA, crachant de côte. AveZ-VOUS Ici beaUCOUp de

joufflus comme celui-là?

juA^iLLO. Il n'y en a qu'un, et personne ne s'en plaint.

LE PERRUQUIER. AUous, uionsieur, regardez-vous dans voire miroir.

LUCAS, se levant. G'cst bien.

LE PERRUQUIER. Bicu obligé. A demain, monsieur; et si vous avez besoin d'une servante, j'ai une merveille à vous offrir : elle chante, elle danse, et se coiffe à ravir. Je vous l'amènerai de bonne heure.

LUCAS. C'est bon; en cas de besoin, nous vous le ferions dire demain.

LE PERRUQUIER. C'cst uuc fcmuic de condition, je vous en avertis ; c'est la sœur de monsieur le cuisinier du comte de..-

LucAs. Veux-tu t'en aller, endiablé?

LE PERRUQUIER. Bicu, uous cu parleroHS demain, (ii

sort.)

LUCAS. Et puisses-tu ne revenir jamais ! JUANiLLo. Le fait est que pour faire un bon pilon de mortier, ce perruquier a tout le poids qu'il faut. FELiPA. Et moi, que fais-je ici?

PEDno. Allons doucement.

FELiPA. C'est qiio je n'ai pas un caractère à rester longtemps sans rien faire.

PEDRO. Nous avons eu une difficulté avec la servante, et nous sommes décidés à la renvoyer.

LUCAS. Au fond, la chose n'est pas si sérieuse; ne vous pressez pas tant, don Pedro.

PEDRO. Elle s'en ira aujourd'hui même.

LUCAS. Oh! non.

PEDRO. Camarade, pour mon argent, je veux une servante à mon gré.

i-E BARBIER. Il a ralsou.

LUCAS. Et moi, est-ce que je ne paye pas autant que vous, si ce n'est plus, compère?

FELIPA, se levant et mettniit sa mantille. Pendant quC l'affaire

se plaide, je vais entendre la messe aux Récollets. ' PEDP.o. Quand je te dis que tu resteras !

LUCAS. C'est ce que nous allons voir, Lucia?

juANUj.o. La scène sera bonne, s'ils s'échauffent tous deux.

LUCIA, entrant en basqiiine et en mantille. QuC me Veut-Oll

encore ? Les clefs sont au clou, comme dit cet autre, et voilà une affaire bâclée : je suis ici de trop, et je tiens de source certaine que je fais faute chez d'aulres maîtres un peu plus huppés.

LUCAS. Attends.

FELIPA. En ce qui me touche, senorita, je ne veux pas que l'on vous fasse tort. Pour manger un puchero, un ragoût et une entrée de perdrix ou de lapins, et avoir trois ou quatre nippes, comme celles que je porte, il suffit de ramasser ce que d'autres ont laissé toinbir dans les rues de Madrid.

JUANH-Lo. Quelle vue ont ces femmes ! Moi, je ne

rencontre jamais que des pierres qui percent mes soulier?.

LE u.vRBiER. Auimal, les yeux des femmes ont un aimant qui attire l'argent.

JUAMLLO Je les défie bien d'atlirer le mien.

LE cvr.DiER. Pourquoi?

juANiLLO. Parce que je n'en ai pas.

FELip.v. Restez, je vous le répète.

LucLv. Non, sefiora, je vous cède les profits; et je vous préviens qu'il y en a, si vous n'êtes pas trop scrupuleuse. Car le plus laid de mes maîtres est né avec la vocation de se marier en secret avec une servante de bonne humeur.

FELIP.V. Et à qui racontez-vous cette histoire, ma fille?

^ LucLv. A vous, ma mère, si elle est de votre goût.

PEDRO, à Lucas. C'cst tout simplo, du moment que vous vous obstinez à vouloir que nous la supportions.

LUCAS. Et vous, vous voulez la renvoyer, parce qu'elle a l'humeur un peu rcvêche, et que celle-ci est plus agréable.

PEDRO. Si on regarde le dessous des cartes, il se peut bien...

LUCAS. Qu'est-ce qui se peut? Voulez-vous dire qu'il faut nous séparer?

JUANH.LO. C'est ça, chacun avec la sienne, et moi on me coupera en deux pour faire les parts égales.

LE PAGE, entrant. Mcssicurs , voici mes maîtresses.

FRAZQuiTA, entrant. Jésus, Maria ! Êtcs-vous sales ! L'entrée et l'escalier ont l'air dedeuxdép(Ms d'ordure; enfin, dos hommes seuls!

M.VTII,DE, entrant et d'un air pincé. G'est faUX ; je leS VOis

fort bien accompagnés, au contraire.

FRAZQUITA, se laissant tomber évanouie. Commcnt?. . . quand?

un tel affront! je me meurs.

PEDRO. Senora !

MATn.DE. Qu'est-ce qui t'arrive, sœur?

LUCAS. Lucia, cours vite chercher un peu d'eau.

LuciA. Vous avez votre nouvelle gouvernante. Elle est bonne pour faire tout ce qui sera nécessaire.

LUCAS. Va, et laissons de côté les discussions.

JUANiLLO. Par bonheur, d'après ce qu'ont dit mes maîtres, elle sort de se confesser.

PEDRO. Senora, qu'est-ce donc?

MATH.DE. Taisez-vous et ne m'irritez pas ; éloignezvous, don Pedro, et, pour Dieu, ne m'agacez pas.

FRAZQUITA. Ah JéSUS !

LUCAS. P)on, la voici revenue à elle-même.

LE BARBIER, Toutes CCS petites-maîtrcsses ont l'habitude de mourir à chaque instant, par forme de badinage.

FRAZQUITA. Seigncur mon Dieu, faut-il que vous soyez bon pour souffrir que dans le monde il y ait des hommes si pervers !

JUANILLO. On voit aussi briller dans les femmes d'assez beaux témoignages de sa patience.

LUCAS. On a raison de dire, senora, que les bonnes fortunes se payent toujours chèrement. En voici une qui nous coûte en commençant une alarme cruelle.

MATiLDE. Allez-vous-en au diable. Te sens-tu assez forte pour marcher?

FRAZQUITA. Oui, ma sœur, et le plus tôt sera le mieux. Quelle leçon! Que la malédiction de Dieu tombe sur les hommes ! Gomme j'ai raison de ne pas les aimer !

PEDRO. Senora, écoutez-moi; ce que vous croyez une marque de mépris était peut-être le commencement d'un hommage délicat.

M.vTiLDE. Vous attendiez, après tant de mois de supplications, des femmes honnêtes qui, en passant, daigneraient monter chez vous, et elles trouvent pour les recevoir, c'est la couleur la moins indigne que l'on puisse donner à leur présence, deux maritornes et un barbier? Mais comment puis-je le dire, quand je rougis de le penser?

FELiPA. Les maritornes ont peut-être des sentiments aussi honnêtes que les vôtres, et il se pourrait...

Lu:iA. Je ne changerais pas.

LE BARBIER. Et quaut au barbier, il a passé ses examens de chirurgien ; j'en ai ici les pièces.

FRAZQuiTA. MatiWe, voilà donc les meilleurs, ceux qui nous aiment à genoux, ceux qui nous servent avec tant de respect! Ah! trop heureuse la solitude des cloîtres et des couvents !

PEDRO. Senofa...

FRAZQuiTA. Laisscz-moi, et ne me donnez pas un nouveau saisissement.

LUCAS. Mais il importe à notre honneur et au respect que nous vous devons , que vous sachiez qu'il n'y a ici aucun mystère, mais une petite querelle entre mon ami et moi, au sujet d'une nouvelle servante et de celle-ci qui nous servait, qui s'en va sans motif et que je cherche à -retenir.

MATiLDE. Dans ce cas, je me charge de tout arranger, puisque j'arrive si à propos. Que chacun prenne la sienne pour le servir, puisqu'elles vous plaisent, et de celte manière vous serez tous deux contents ; vous aurez

pour votre hiver bonne et joyeuse compagnie, sans vous exposer à prendre un rhume. Car chez moi du moins, il n'y aura ni place, ni chaise pour de pareils sujets ; et pour vous éviter un désagrément, dès à présent, je vous en averlis.

FRAZQUiTA. Cc quc j'admire, c'est ton sang-froid.

M.vTiLDE. Mon sang-froid même leur montrera le cas que nous faisons de leurs grossièretés et de leurs hommages. Passe devant, Frazquita. Bonjour, messieurs.

FRAZQUiTA. Voilà bicu la dernière visite que je fais chez un garçon.

MvTn.DE. Il se peut encore que je revienne dans cette maison.

FRAZQUITA. Et quoi y faire?

MATILDE. y mettre le feu. (Ellos sortent.)

PEDRO. Juanillo, vite mon épée et mon chapeau.

LUCAS. Où vas-tu?

PEDRO. Les reconduire.

LUCAS. Bah! moucher, tiens-toi en repos ; tu y perdrais tes pas, et, au bout du compte, le conseil est bon. Gardons-les toutes deux, qu'elles se partagent équitablcment le gouvernement de la maison, et voilà l'affaire arrangée.

FELiPA. Moi, dès ce moment même je renonce.

LUciA. Moi, dès ce moment même je renie.

FELIPA. Moi, où je suis, je n'en veux pas d'autre.

LUCIA. Quant à moi, tout cela et rien même chose. A tantôt, je reviendrai ou, pour mieux dire, j'enverrai prendre mes deux malles. Car, pour moi, cette maison est déjà plus haute que le ciel. (Elle .ori.)

FELIPA. Moi, grâce à Dieu, je n'ai pas à revenir. (Eiin

sort.)

LE BAiiBiEu. El moi, jeiileiids bien ne plus vous raser de ma vie. Vous pouvez chercher un barbier, (ii ^oii.)

PEDRO. Rappelle-les, Juan.

LUCAS. Ne les rappelle pas.

PEDRO. Et qu'allons-nous faire tous trois, seuls?

LUCAS. Nous marier, pour nous délivrer à la fois des servantes et des intrigues amoureuses.

PEDRO. Tu as raison; allons, don Lucas, chercher des novias.

jUANiLLo. Je sais bien où vous pourrez choisir entre cent et plus.

LUCAS. Où donc?

jUAîNiLLo. A San Fernando, à l'hospice, ou daus les promenades.

l'EDRo. Veux-tu te sauver, coquin !

LUCAS. x\llons chercher remède à noire mal.

JUAINILLO. Le remède ou la maladie, par les novias qui courent, est une maladie de toute la vie.

LUCAS. Ce drôle n'a pas tout à fait tort.

JUANILLO. Avant de te marier, considère ce que lu fais.

l'EDRo. C'est un proverbe très-utile.

LUCAS. Eh bien, considérons^ avant de nous marier, ce que nous allons faire.

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