‹ SainètesChapitre 22 sur 31 · UN DOCTEUR · texte numérisé non relu

UN DOCTEUR

.10RGIT0, page.

DOMINGO, domestique chargé d'aller

au marché.

Jm scène est à Madrid.

Un salon avec des chaises.

JORGITO entre et prend d'un air de mauvaise humeur son chapeau et sa petite épée.

joRGiTO. Cette diable de femme n'a d'autre pensée que de se divertir, et il faut qu'un homme se tue pour elle. Elle a demandé la voiture pour six heures, et il en est cinq. Qu'est-ce qui presse tant?

joAQihNA entrant. Jorgito, tu as mls bieii peu de temps

à revenir! Eh bien, que dit le marquis? qu'il va sur-lechamp m'envoyer sa voiture?

joRCiiTo. Eh ! senora, vous venez à peine de me donner la commission. Comment pourrais-je être déjà revenu?

joAQuiNA. Animal, voilà trois minutes au moins que je t'ai commandé d'y aller. Faut-il plus de temps pour aller de San- Anton à la porte de Tolède et revenir avec la réponse? Je n'en ai jamais eu d'aussi lambin que toi.

joRGiTo, à port. Ni moi une maîtresse d'un plus méchant caractère.

joAQuiNA. Qu'est-ce que tu grognes?

jORGiTO. Rien. J'y vais tout de suite.

JOAQuiNA. Tais-toi, j'entends...

JORGITO. Le bruit?...

jOAQuiNA. La voiture est' à la porte. Petite, donne-moi vite la casaque, les flacons, l'éventail, le mouchoir blanc, la bonbonnière...

JORGITO. Ne te presse pas tant, ma fille; je crois que la voiture a continué sans s'arrêter.

jOAQïjiNA. Non certainement; elle s'est arrêtée.

JORGITO. Bon! n'entendez-vous pas que le bruit va toujours s'éloignant?

JOAQUIAA. De par tous les diables! il faut que pareille chose m'arrive! Voyons si tu sauras sur-le-champ m'amener une voiture. Mais prends-y garde, si tu ne m'en amènes pas, tu as ton congé sur l'heure môme.

JORGITO. C'est bien. Il en sera ce qui pourra, la perte ne sera pas.grande. (iisoit.)

joAQuiNA. A qui pourrai -je m'adresser encore? Gallego? Gallego? animal? Domingo*?

^ Comme Domingo scxprimc en patois de Gallice, on nous dispensera de chercher à reproduire son patois. [N. du Tr.)

DOMINGO. Domingo? voilà, (ll entre.)

JOAQUINA. Tu entends que je l'appelle, et tu ne réponds pas ?

DOMINGO. Je n'étais pas bien loin, et au premier domingo je suis venu. Les autres noms, je ne les entends pas. DesGallegos et des animaux, il y en a tant, et je ne veux pas, si ce n'est pas moi qu'on appelle, me fatiguer à courir.

jo.vQuiNA. Écoute.

DOMINGO. Pour entendre, j'entends, seiiora.

jOAQuiNA. Sauras-tu bien faire une commission?

DOMINGO. Mettez-moi ça par écrit en grosses lettres. J'épelle tant bien que mal, et en quatre ou cinq jours, si ce nest pas bien long, je pourrai l'apprendre.

joaquiNa. Et à quoi te sert ta mémoire, butor?

DOMINGO. Ma mémoire? Pour ce qui est de la mémoire, j'en ai peu; de l'entendement, pour ça oui, grâce à Dieu, on n'est pas trop bête dans la famille, et tous sont comme moi, un peu plus un peu moins.

JOAQuiNA. Tu connais la rue d'Atocha?

DOMINGO. N'est-ce pas celle qui vient des Mustenses et qui va aux Recollets?

JOAQUINA. Non, animal. Tu connais le marché?... •

DOMINGO. Le marché? oui. C'est la première chose que m'ont enseigiiée.mes cousins; comme c'est là qu'est le Commerce.

JOAQUINA. Est-ce qu'il n'y a pas là une longue rue qui descend droit au Prado ?

DOMINGO. Une qui commence où l'on met les gens qu'on arrête, et qui finit à l'hôpital où l'on guérit les malades?

JOAQUINA. Oui.

DOMINGO. Alors, je sais, et j'y vais.

2'f) LES DAMES DANS L'EMBARRAS.

JOAQUINA. Et qu'y vas-îu faire, âne que tu es?

DOMINGO. Ce que vous me dites. Je ferai la commission à la rue d'Alocha, et je m'en reviens.

JOAQUINA. N'y pensons plus, et que le ciel te confonde ! (Elle pr.He l'oreille.) Ail! la voilure ! je l'ai échappé belle. Dis que la voiture approche, et que je descends. Je crois qu'on frappe, regarde qui c'est.

DOMINGO. La voilure sans doute. (\ part.) Quelles bêtes de somme chargées d'argent et de soie nous avons souvent pour maîtres ! (ii sort.)

JOAQUINA. J'excuse à présent les jeunes filles qui prennent de vieux galants à cause de leur voiture ; sans une voiture, pas de projets possibles.

Entrent en costume de petit-maître DON ANTOLIN et DON VE- NANCIO.

LES DEUX. Senora, à vos pieds.

vENANcio, Vous ne direz pas, ou vous auriez tort de le dire, que nous ne sommes pas les premiers qui se soient offerts pour vous accompagner dans vos visites.

ANTOLiN. Trêve de mensonges, vous savez que je ne sais pas flatter. Ce n'est pas là le motif qui nous amène, mon ami et moi.

JOAQUINA. Je ne suis pas d'humeur à entendre plaider. Quel que soit le motif qui vous amène, je vous sais gré de la visite, parce qu'il est tard et que de deux carrosses d'amis que j'attendais aucun n'est venu. Allons dans le vôtre ; au retour, nous en aurons peut-être par douzaines.

VENANCIO. Notre carrosse? par pure compassion de nous voir blottis sous une porte cochère, habillés comme vous vovez, avec l'averse qui tombait, et non

LES DAMES DANS L'EMBAllIUS. t.'57

sans se faire prier, don Fulgencio nous a fait la charité de nous verser ici en passant.

ANTOLiN. Et pour arriver au deuil', au moins la tête et les pieds propres, comme il convient en pareil cas, nous venions vous demander passage. Voilà le bel hommage dont parlait Venancio.

joAQuiNA. S'il a menti ou non, il m'importe peu. Ce qui importe, ce sont les fautes que j'ai à me reprocher.

jORGiTo entre. Enfin, Dicu soit loué, senora!

joAQuiKA. La voiture est en bas?

joRGiTO. Ce n'est pas cela. Mais j'ai rencontré le laquais du marquis, et il est inutile que j'y aille.

jOAQuiiSA. Que t'a-t-il dit?

jor.GiTO. Que Sa Seigneurie a prêté son carrosse, celle après-midi , pour un baptême. Il a dû reconduire la marraine à Getafe-, et il n'est pas revenu.

VENANCIO. Voilà encore une fatalité singulière !

JOAQUIKA. Ce qu'il y a de cruel, c'est que je me trouve dans cette passe ridicule, quand j'ai à ma disposition tous les équipages de Madrid.

JORGITO. Je ne vois d'autre remède que de prendre un lidcre.

ANTOLiN, à pari. J'offrc trois mcsscs aux âmes du purgatoire, si elles me donnent la joie de la voix rester sur ses jambes.

jOAQuiNA. Jorgito, va-t'en chez le conseiller en face, et prie-le de me prêter sa voiture pour un instant ; je l'avais oublié.

' El duelo. Les parcnis d'un mort reçoivent leurs amis et connaissances en grande étiqucllc, pendant les trois jours (jiii suivent les funérailles. (iV. du Tr.)

- GlIuIo est une petite ville à deux lieues de Madrid. (iV. du tr.

JORGITO. J'y vais, (ll sort.)

jOAQuiNÂ. J'ai encore une autre ressource. Domingo? si je m'en mêle, j'aurai ici quarante voilures en un moment.

ANTOLiN. Qu'il en vienne une seulement, nous nous en contenterons.

DOMINGO entre. Irais-je à la rue d'Atocha, oui ou non ?

JOAQuiNA. Non, c'est trop loin. Cours chez le médecin de la maison, et dis-lui de m'envoyer sur-le-champ sa berline. Elle est petite, mais nous saurons nous arranger.

DOMINGO. Chez le docteur?

JOAQUINA. Oui.

DOMINGO. J'y vais, (ii sort, puis revient.) Et y aura-t-il quelque drogue à rapporter de la pharmacie ?

JOAQUINA. Que veux-tu parier que je te coiffe la tête avec une chaise?

DOMINGO. En toute chose, j'aime mieux me tromper que demander, c'est le précepte du sage. (Uson.)

ANTOLIN. Sehora doha Joaquina, .savez-vous le fameux conte de la novia de Tarancon ?

JOAQUINA. Parions que je vous fends la tête, ou que je vous dépeigne.

ANTOLIN. S'il n'y a pas de voiture, va pour le der' nier; mais s'il y en a une^ je préfère l'autre.

JOAQUINA. J'entends une voiture.

vOix DERRiÈiiE LE thÉatre, AiTêt^c, an et 6 !

VenaNgio. Allons, reprenez voire respiration, nous voici hors d'affaire»

JOAQUINA. Atteignez- moi ce' miroir, que je voie si je suis bien.

venancio. Parfaite.

JOAQUINA. ;t'ai passé un si cruel moment^ qu'il est sur-

prenant que je ne me sois pas décoiffée. Mais Jacinto mon perruquier, voilà un homme !

Entrent DOxNA ROSA, DONA BELTRANA y DONA NARCISA, avec DON ZACARIAS, tout dépeigné, portant des bottines 'et une casaque.

RosA. D'un peu plus, ma chère, nous arrivions après le goûter, ou nous ne partions pas, faute de voiture.

NARCisÂ. S'il s'était fait attendre un moment de plus, je déclare que j'allais me déshabiller.

ANTOLiN. On n'était pas ici dans un moindre embarras.

BELTRANA. 11 u'est pas tard, pour nous tant presser, il n'est que six heures.

NARCISA, C'est que j'aime à m'asseoir dans un coin, et de là, quand je n'ai pas de galant pour me diverlir, à observer tout ce qui se fait de bien et de mal.

joAQuiîyA. Quel enfantillage !

ROSA. Quant à moi, mes chéries, j'ai dans la tête tout un complot pour celte nuit, et je me promets de faire enrager Tomasa.

VENANCio. Ce sera difficile, si elle a six galants à ses trousses.

ROSA. J'en ai loué douze et plus vauriens les uns que les autres, dont je compte me servir ce soir, pour la fail'e enrager : trois abbés, trois Américains, trois mar^ qiiis ou comtes, et trois Cadets de sucre d'orge. Ce soif vous me verrez jouer d'une batterie nouvelle.

BELTRANA. Jc gage quc la voiture s'en va.

LES QUATRE. Yoilà qui serait bon, par exemple.

ANTOLiN. Qu'est-ce que je donnera s pour cela ?

ZACARIAS. Je tuerais plutôt le cocher. Avec cela que j'ai un joli caractère !

2i0 LES DAMES DANS L'EMRAIUIAS.

joAQuiNA. Où va-l-il? Venez par ici. Qu'il n'aille pas nous mettre le cocher de mauvaise humeur.

AiMOLiN. A qui est-il?

RosA. C'est une voilure que Zacarias a ramenée, tout courant, du théâtre, et pour que tu n'ailles pas dire ensuile que nous allons sans toi, après ce qui a été convenu hier soir...

ANTOLiN. Hé hien le voilà parli. Écoute plutôt le hruit des roues.

ZACAHIAS, renlranl suffoqué de rage et la têle nue. McSsicurS ct

mesdames, retenez-moi; si je redescends, je fais un mauvais coup.

TOUS. Comment?

ZACARIAS 11 n'y a pas eu moyen de le retenir, malgré tout ce que j'ai pu faire. Il dit que son maître sort avant le sainète.

LES QUATRE. Et ditcs-moi ; vous ne lui avez pas fendu la tète?

vENAiNcio. Tu ne lui as pas donné cent coups dehàton?

ZACARIAS. J'ai fait plus encore.

TOUS. Quoi?

ZACARIAS. Je ne lui ai pas donné son pourboire, que je tenais tout prêt dans ce papier.

AiNTOLiJN. Combien y a-t-il?

ZACARIAS. Deux réaux en monnaie neuve?

vEisANcio Vous voilà dans un bel état!

RosA. Et quels hommes voyant quatre dames dans l'embarras, quand le ciel se fondrait en eau, ct quand les ruisseaux leur arriveraient jusqu'au cou, ne s'empresseraient d'aller leur chercher un carrosse ?

joAQUhNA. Eùl-cc le cliar du soleil, s'il n'y en a pas d'autre.

VEîsAiNcio. C'est bien dit. Camarades, nous voilà engagés d'honneur. Partageons Madrid en deux parties égales ; prenez, si vous voulez, le côté de l'Orient ; moi d'un pied léger je parcourrai celui de l'Occident, et cubons chevaliers errants, jurons à ces dames de revenir en voiture ou morts.

ZACARIAS. A la bonne heure !

LES DEUX. Eh bien! partons, (n sonent.)

ANTOLiN. Bon voyage! moi je reste ici pour consoler ces dames.

BELTRANA. AutoHn, jc u'aurais jamais cru que vous fussiez si mal élevé.

ANTOLIN. Je suis trèS-fatigUé. (ll s'assied.)

NARCJSA. Qui peut résister à un pareil exemple ?

AATOLiw. Celui qui a reçu la leçon de l'expérience. Toute ma vie vous m'avez fait enrager ; je m'amuse à mon tour de vous voir enrager aussi.

LES QUATRE. Nous cnragerious pour si peu?

ANTOLIN. C'est bien quelque chose!

joAQuiNA. J'ai envie de chanter, tant je suis indifférente à ce qui nous arrive.

BELTRANA, ù part entre elles. Chante, Joaquiua.

RosA. Chante, ne fût-ce que pour faire endêver ce mauvais plaisant.

joAQUiNA. Mais c'est que j'enrage.

ANTOLIN. Il y a conseil secret?

LES QUATRE. Que VOUS importc?

ANTOLIN. Si, par hasard, l'ayuntamiento avait besoin d'un assesseur, je vous offre mes avis.

jOAQuiNA. Que chanterai-je? Voilà seulement ce qui m'embarrasse.

ANTOLIN. Vous avez fait votre choix?

JOAQULNA. Parfaitement; c'est une bluelte italienne. Excusez-moi si ma mémoire ne me sert pas bien. La voici toujours.

AiNTOLiiN. Chantez et amusez-nous.

LES QUATRE. SileUCO !

(JOAQUINA chante un air à son choix.)

ANTOLi^. Vival, et chacune à son tour.

JORGITO, entrant. SeflOra ?

JOAQULNA. Eh bien, qu'y a-t-il?

joRGiTO. Le voisin n'a pas plutôt ouï mon message qu'il a ordonné d'atteler. *

LES QUATRE. Vivc Ic voisin î

jouGiTo. Mais le plaisant, c'est que, morts ou vivanis, on ne trouve aucun des cochers.

ANTOLIX, raillant. YivC Ic VOisiu !

BELTRA^A. Si unc bounc fois nous nous mêlions en colère, c'est sur vous que nous nous vengerons.

ANTOLLN. Peu m'importc, je suis fait à ces coups de la fortune.

AARcisA. Chères amies, je commence à croire que Dieu ne veut pas que nous aUions à la réunion. Qui sait? quelque malheur nous y attendait peut-être.

joAQUiNA. Quelle pensée ! Il n'y a de malheur dans les bals que pour les voiles et les éventails.

ANTOLiiX. Voilà tout?

RosA. Allez-vous-en à tous les diables!

Entrent D. YENANCIO et D. ZACARIAS.

LES DEUX. Jésus ! qucllc mort !

BELTRANA* Dicu soit loué ! uous BUfons enfin une voiture;

LES DAMES DAîîS L'EMBARRAS. 245

vENANcio. Il n'y en a aucune à la porte.

joAQUiNA. Et qu'est-ce que vous nous aviez promis?

VENANCIO. De revenir morts ou vainqueurs ; nous revenons morls de honte.

joAQuiNA. Regarde qui frappe.

joRGiTo. Ce ne peut être que \egallego. (ii son.)

VE.NANCio. Si j'avais une voiture, du diable si je la prêtais même à mon père.

zACARiAs. J'aimerais mieux être mort que de me voir à pareille fête.

NARCisA. Ils ne vous font pas pitié?

ROSA. A moi? Tu te figures que je le crois?

LES DEUX. Patience.

joRGiTo, entrant. Voici le domostiquc de dona...

joAQuiNA. De qui? imbécile.

jORGiTO. De la maîtresse de la maison où l'on danse; il dit qu'on est en peine de vous ; que c'est le moment de servir les rafraîchissements, et s'il faut vous attendre ou non.

jOAQuiNA. Que répondrons-nous?

RosA. Deux mots : qu'on nous envoie une voiture et qu'on nous attende un moment.

NARCISA. Pas si vite, chères amies. L'histoire sera colportée de bouche en bouche dans le salon, et on se moquera de nous.

jOAQuiKA. Celle-ci parle d'or. Comme on ferait des gorges-chaudes de nous voir dans cet état!

ROSA. Alors, mes enfants, il n'y a pas d'autre remède. Dis-lui qu'il réponde à sa maîtresse que nous allions précisément lui faire dire, à l'heure même, qu'au moment où nous étions tout habillées et la voiture attendant à la porte, Joaquina a eu une attaque de nerfs si violente

2i4 lES DAMES DANS L'EMBAUUAS.

qu'on a appelé le médecin et qu'aucune de nous trois n'a le courage de la quitter.

ANTOLiN. Et qu'il dise aux douze galants de la seilora qu'elle les tient quittes pour aujourd'hui.

DOMINGO, entrant. Voici le docleur, sefiora.

RosA. Il arrive fort à propos; au moins le page l'aura vu.

joAQUiNA. Petit, attends ; il y a peut-être un moyen.

LE DOCTEUR, entrant avec son manteau, sa robe de chambre et son

bonnet. Voilà une belle heure pour faire appeler un médecin sans lui envoyer une voilure, quand il pleut à verse ! Qui est malade ici? Faisons vite.

joAQuiNA. Vous êtes venu à pied?

LE DOCTEUR. Et OU enrageant.

joRGiTO. Je pense que je puis dépêcher l'autre.

ANTOLIN. Oui.

jOAQuiNA. Et que venez-vous faire ici?

LE DOCTEUR. Voilà qui est fort! Ne m'avez-vous pas envoyé quérir en toute hâte ?

jOAQuiNA. Moi? C'était votre voiture que je voulais ; et je vous la demande encore, si vous voulez bien me la prêter.

LE DOCTEUR. ScAora, les médecins ne prêtent leur voiture à personne; c'est un engagement qu'ils prennent ; et en outre, j'ai une mule récemment tondue, et vous voyez comment est le temps. Quand je ne m'en sers pas moi-même pour éviter que la pauvre bête ne prenne la morve, voyez si je puis vous complaire.

LES QUATRE. Alors, pourquoi êtes-vous venu?

ANTOLIN. Il n'est pas venu pour rien; parlons clairement. Je vous aime, senoras, et je pense qu'il est néccs-

saire de vous saigner, parce que le saisissement a été terrible, et j'ai peur que vous n'étouffiez.

JOAQUiNA à Domingo. Animal, que t'ai-je dit?

DOMINGO. D'aller tout courant chercher le docteur et de ne rien rapporter de la pharmacie. J'ai vu le moment qu'il me faudrait l'apporter sur mon dos, parce que, la nuit, ils sont tous fourbus.

ANTOLiN. Allons, seigneur don Damian, laites quelque chose pour ces dames.

LE DOCTEUR. Tout cc qu'cllcs voudrout, mais qu'on ne me parle pas de ma voiture. Voilà quinze jours que je payai trois cents doublons une paire de mules. L'une est toute nue, comme je vous l'ai dit, et il ne faut pas d'ailleurs que je donne le mauvais exemple.

joAQuiNA. Alors, allez vous promener.

NARcisA. Et à quoi allons-nous passer la soirée?

jOAQuiNA. A danser et à chanter tant que nous pourrons ; et quand il sera l'heure, nous souperons avec le gibier et les sucreries que j'avais préparées pour lés envoyer au docteur, le jour de Noël ; mon gallego n'a pas non plus de casaque pour lui porter tout cela, et vous voyez comment est le temps.

LE DOCTEUR. Ail! c'cst à moi que vous en voulez? C'est bien. J'ai ma vengeance toute prête en main. Je ne vous dispense ni d'une messe, ni d'un jeûne, quand je vous verrais à la mort ; et je vous jure que ce carême, dussiez-vous crever de vapeurs, je ne vous nourris que de morua. (ii sort.)

JOAQULNA. En le caressant un peu...

vENANCio. Allons, messieurs, trêve aux disputes et qu'on se divertisse.

ROSA. Allons, puisqu'il y a ici des instiinnonls et des

240 LES DAMb;S DANS L'EMBARRAS.

mains qui saveiil s'en servir, commençons par mie contredanse.

joAQuiNA. Réglez-la vous-même, pendant que je m'iiabille et me prépare pour un autre ballet.

TOUTES. Mais on a besoin de toi.

JOAQUINA. Quelqu'un prendra ma place ^ ; et en attendant^ continuez vous autres, pendant que je dispose ailleurs certaine pastorale qui doit terminer l'intermède.

ANTOLiN. Allez vous préparer; et nous, mettons-nous à danser, pour voir si avec un peu de musique, un peu de danse et quelques vers, bons ou mauvais...

TOUS. Nous parvenons à contenter l'auditoire.

* Il semble qu'ici ce ne soient plus les personnes du sainète qui parlent, mais les comédiens eux-mêmes qui annoncent au public le ballet qui va suivre.

(las botellas deu olvido)

PERSONNAGES

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