LA MUSIQUE
Je ne vis pas dans la rue De la Colombe. .
LUIS. Qu'on nous joue le menuet.
LES MusiciEiNs. Nous ue savons pas.
PREMIÈRE VOISINE. Voilà uuc bonue plaisanterie. Nous ne dansons autre chose que le menuet et la contredanse.
piNTosiLLA. Nous, si. Macarcuo, viens-tu?
MACARENo. Oui, Car c'est dépenser inutilement la cire et la musique.
CEFERINA. Messieurs, quand Javiera renirera, elle prendra ses mesures pour installer ici un orchestre en forme.
LES PETITES-MAÎTRESSES. A mervcille.
BLAS. Ceferina, prépare tes jambes, lu vas danser. CEFERINA. Avec qui?
BLAS. lu vas le voir. (S'approchant, avec force révérences, de
la fille, petite-maîtresse.) Madaiïia, me prêtcz-vous votre majo pour danser avec ma maja quelques séguidillas?
LA MÈRE. Au fait, si tu ne danses pas, prête-le-lui, ma fille. Tu y gagneras qu une autre fois tu trouveras quelqu'un pour te prêter ce qui pourrait te manquer.
LA FILLE. Allez, allez.
HLAs. Je vous garderai votre chaise. On se doit cela d'homme à homme ; service pour service.
BRAULio. Très-bien.
BLAS. Et mieux encore, je vous garderai votre capa.
CEFERINA. Allons, jeunes gens, et montrez-nous un peu le carillon que vous avez dans la gorge.
La PINTOSILLA et CEFERINA dansent des séguidillas et des boleras avec le MACARENO et DON BRAULIO, et après qu'elles ont dansé quelque temps, entre le père MOGIGANGA en capa et dans une tenue soignée, puis DONA JAVIERA et enfin TEMERARIA, comme l'annonce successivement le dialogue.
MOGIGANGA. Lc scigueur Gorito est-il ici ?
piîNTOsiLLA. Qu'apportez-vous, père Mogiganga ?
MOGIGANGA. Uu message d'importance.
CEFERINA. De qui et pour qui?
MOGIGANGA. Dc ma maîtresse et pour celle de céans.
JAVIERA, entrant. Qu'y a-t-ll ?
MOGIGANGA. La scfiora Temeraria demande Gorito, s'il vous plaît de le laisser sortir, ou sinon elle viendra le ehercher elle-même.
JAVIERA. Attendez un instant; petite?
LA SERVANTE, entrant. SeUOra ?
JAVIERA. Apporte ce que je t'ai dit. (i.a er.ame von.) Dites
à cette créature que si elle veut m 'honorer de sa présence, qu'elle est entièrement maîtresse de cette maison. Mais que si elle se croyait des droits à quelques effets précieux qui s'y trouvent, elle se trompe ; car ceux qui ont été achetés de son or, lui ont été renvoyés sur un
plateau... (La servante paraît avec le plateau.)
MOGiGANGA. Mais c'cst uu trousscau que cela.
jAviERA. Paix! Et que quant au seul objet qui manque ici, j'en ai pris possession longtemps avant elle.
TEMERARiA, entrant. Et uioi j'cu ai la propriété.
BLAS. Que l'affaire ne dégénère pas en querelle, et ne devienne pas un scandale public.
TEMERARIA. OÙ cst le vauricu sans chemise qui nous trompe toutes deux?
JAVIERA. Sans chemise? il le serait sans doute, s'il avait encore affaire à vous. Parais, don Gregorio, et fais voir à tout le monde la distance qui sépare un vagabond de l'homme qui exerce une profession honorable.
GORITO paraît avec le riche costume de l'ancien maître dont il a élé parlé.
GORiTO. Messieurs, à vos pieds... madamas. je vous baise les mains. Je vous remercie tous de l'honneur que vous faites à ma maison.
TEMERARIA. Ta maisoii? La maison, les habits, qui m'ont plutôt Pair d'un costume d'arlequin, la maîtresse et toi, et tous ceux qui se trouvent ici, je veux avec mes ongles mettre tout en miettes, si justice ne m'est faite.
Entrent DON DIMAS avec DON SISEBUTO.
DiMAS. Que signifient ces cris désordonnés? Est-ce ici
un bal ou une bataille ? Mais de quoi m'étonnerais-je ? Où sont les marchandes de châtaignes, la raison ne saurait trouver place.
sisEBUTO. Avais-je tort?
piNTosfLLA, Où l'on voit vos filles, les épouvanlails ne font pas faute non plus.
DiMAS. Ses filles ?
SISEBUTO. Ah ! coquines! voilà donc cette maison de doîia Gervasia où vous alliez ! Et le petit page? qui sont ceux qui vous accompagnent ?
LES PETITES-MAITRESSES. PèrO...
LES PETITS-MAITRES. Seigiicur dou Sisebuto !...
TEMERARiA A GORiTO. Vaurieii !...
SISEBUTO A SES FILLES. Effroiitées !...
DiMAS. Assez de cris, et si je ne parviens à obtenir qu'on se modère, mon alcade est à deux pas avec la ronde toute prête à entrer.
JAVIERA. Soyez juste envers moi.
DiMAS. Je le serai pour tous. Mes lumières et mes facultés ne sont pas grandes ; mais quand il ne s'agit que d'arrêter un scandale ou un malheur, la bonne volonté suffit. C'est de bonne foi, messieurs, que vous courtisez ces deux dames?
LUIS. De si bonne foi que si la condition du père est égale à la nôtre...
SISEBUTO. Et en quoi pourrait-elle être inférieure?
FELIPE. On dit...
SISEBUTO. Tous ceux qui parlent mal de mon origine se trompent. Je suis un montagnard honorable qui, comme tant d'autres, m'échappai de mon pays pour faire fortune, et avec fort peu d'éducation. Si j'eusse reçu une certaine
instruction, on eût fait de moi avec le temps un commis de boutique ou un page. Avec une jolie voix, quelques grimaces à la rnode, au son d'une guitare, je m'en serais assez bien tiré. Mais comme Dieu ne m'avait donné d'autre agrément que des reins solides, je m'en suis servi pour porter ma charge, et je m'en suis mieux trouvé que si j'avais suivi tous les cours de Salamanque, de Valladolid et d'Alcala.
DiM.vs. Parlez, vous autres.
FELIPE. L'endroit n'est pas séant pour traiter pareille matière. Demain nous en reparlerons.
sisEBUTO. Nous en reparlerons demain, (ils se donnent la
main.)
TEMERARiA. Est-ce mou tour de parler?
DiMAS. Qu'as-tu à dire '.'
TEMERARIA. Rieu que deux mots.
jAviERA. Tâche seulement quils soient bons...
TEMERARIA. C'cst moi qui parle.
JAVIERA. La colère commence à me monter au nez.
TEMERARIA. La micuue, au contraire, descend dans mes talons. Seigneur don Gregorio, vous me plaisiez, quand je voyais en vous un petit garçon, ayant quelque gentillesse comme moi. Mais j'éprouve un tel dégoût à voir cette figurine de petit cocher de louage en habit de gala, de comédien ambulant, et de mannequin de paille, que je me féUcite d'avoir à vous envoyer au diable. Le rebut d'une bille de bois pour tout dire.
JAVIERA. Oui, le reste d'une bille, mais travaillé dans cet atelier, il en sortira un mari.
GORiTo. C'est dit!... Donnez-moi cette main blanche, prenez cette main noire, et c'est marché fait, en ren-
dant à la Temeraria ce qu'elle a dépensé pour moi.
jAviERA. Tout de suite; m'apportez-vous le compte?
TEMERARTA. Voilà qui seul me déciderait, si je n'avais d'ailleurs de la fierté dans le cœur et dans l'âme. Père
Mogiganga, tout cela est à vous. (Mogiganga tout joyeux se mci
à passer les Yrtenionis.) Quaut à moi, je donnc quittance, si je danse à la noce.
JAVIERA. Maintenant non, il faut souper d'abord. Seigneur alguacil, si vous voulez bien nous honorer...
DiMAs. Avec grand plaisir.
piNTosiLLA. Geroma, je te regarde et je t'admire.
TEMERARIA. Ma fille, à qui me fuit, passerelle d'argent !
DiMAs. Messieurs, il me semble que ce n'est pas le cas de me montrer trop exigeant. Je vous connais, et je crois que ce qui a été dit doit suffire, pour que vous, vous abandonniez vos débits de châtaignes, et que les autres se marient ou rentrent tranquillemenl chez eux.
LES MAJos. Vous savcz...
DiMAs. Je sais tout. Allons souper, senora Paca.
SISERUTO. Adieu, messieurs. (Il fait signe aux ppliles maîtresses.)
BLAS. La porte est fermée au double tour.
JAVIERA. C'est une surprise que j'ai voulu faire à mes voisines.
SISERUTO. Je me tais.
JAVIERA. Mais pendani, qu'on achève de nous servir, tu pourrais, Estefana, accompagnée de nos amis et de nos amies, nous chanter quelque Tirana K
riNTosiLLA. Jésus, ma chérie, à l'instant même.
* Espèco de chanson espagnole, ou simplement l'air de cette clianson. [N. du Tr.)
GORiTO. Et que viennent les guitares convertir en fête ce qui commençait assez mal.
i,E PREMIER OUVRIER. Voici les iuslruments.
piNTosiLLA. Et voici ma chanson , sans me faire prier.
BLAs. Moi, au nom de tous, je réclame de l'auditoire silence et indulgence.
(LA VIUDA HIPOCRITA Y AV
A R I ENTA
PERSONNAGES