LES AUTRES. NOU
LA PREMIÈRE VILLAGEOISE. Parcc quc cc sont aulaut de prétendants de moins entre lesquels elle pourra choisir, et ça lui déplaît.
TROISIÈME VILLAGEOISE. Que tu cs méchautc !
PREMIÈRE VILLAGEOISE. Qui vcut parier douze poules et un coq que la veuve est pire que moi?
LA SERVANTE DE LA VEUVE^ accoun.nl en loUtc liùlc. SeUOraj
venez vile.
LA vKuvr:. Qu'y a-l-il, Marica?
i.A sEnvANTE. Ah ! Si iiora, il y a qu'il est venu à la mai-
son un militaire, qui est le neveu de mon maître et l'héritier de tout.
LA VEUVE, inquièie. El tu ne lui as pas dit que je suis restée dans la misère, et qu'il n'y a pas un cuarto ?
LA SERVANTE. Je le lui ai dit, mais il s'est fâché, et il a dit seulement : « Nous verrons, nous verrons. Je suppose qu'il y a des juges dans le village, ou sinon il y en a dans le royaume. »
LA VEUVE. Pauvre de moi ! et où est-il allé?
LA SERVANTE. Est-cc que je sais?
LA VEUVE. Heureusement que j'ai tout le village pour témoin de l'état où je me vois. Vous autres, t^i on vous interroge par hasard, dites bien et jurez au besoin que vous m'avez vue demi-morte de faim.
LA SERVANTE. Avec quatre cervelles entières, une livre de jambon qu'elle a mangés à son déjeuner et son chocolat par-dessus.
LES HOMMES. Il cst clair que nous ferons un faux serment.
LA VEUVE. Gomment cela?
LE PREMIER VILLAGEOIS. Aucuu de uous ii'eu sait rien.
LA VEUVE. J'en aurai donc menti ?
SECONDE VILLAGEOISE. Gc u'cst pas impossiblc.
LA VEUVE. Ah! méchantes âmes, sans charité et sans égards pour les pauvres veuves ! Heureusement qu&j'ai une langue pour défendre mon honneur. Je vais dans votre temple, mon Dieu, pour remettre tout dans vos mains ; inspirez-moi ce que je dois faire pour convaincre tout le monde que j'ai bien raison de me plaindre. ' TROISIÈME VILLAGEOISE. Une bonuc pièce, la veuve !
LA VEUVE à la SERVANTE. Retoumc à la maisou, j'y serai dans un instant. (Eiic s'en va.)
312 LA VEUVE IIYPOGKITE
SECONDE VILLAGEOISE. Elle te traite bien?
LA SERVANTE. Magnifiquement!
TROISIÈME VILLAGEOISE. Et, dis-moi, cllc a de l'argent ?
LA SERVANTE. C'cst cc quc j'ignore.
PREMIÈRE VILLAGEOISE. Elle prie beaucoup?
LA SERVANTE. Je lie la vois ni ne l'entends; elle s'enferme toute la journée.
PREMIER VILLAGEOIS. Est-ce qu'clle voudrait se remarier ?
LA SERVANTE. Les soupirs qu'elle pousse, à ma connaissance, ne peuvent être que pour le défunt ou pour ça.
SECONDE VILLAGEOISE. Et quc t'ou somblc, à toi?
LA SERVANTE. Je m'en rapporte à ce que je sais ; quand il m'arrive de soupirer, je crois bien que c'est pour
cela. (Elle s'en va.)
SECOND VILLAGEOIS. Alious, cainaradcs, allons lancer la barre.
TROISIÈME VILLAGEOISE. Et OU ne VOUS Verra pas ce soir?
PREMIER VILLAGEOIS. (Juc si ! atteudez-iious ; quand il devrait nous en coûter un peu de prison, on ira de votre côté.
LES FEMMES. Viveut les jeunes gens courageux î
LES HOMMES. Vivc la paix !
PREMIÈRE VILLAGEOISE. Et quaud l'alcadc devrait en crever de rage, on rira...