‹ SainètesChapitre 29 sur 31 · ILS CHANTENT KN CHŒUR · texte numérisé non relu

ILS CHANTENT KN CHŒUR

Il n'y a pas de meilleures gens, Dans loulc l'Espa^jne, Que ceux qui; dans notre village, Lancent le barre.

Puisque tu veux m' arrêter.

Donne-moi ta tresse, Pour chaîne.

Et chaque bande s'en va de son côté, en accompagnant de cris joyeux le son de la llùte.

La salle de l'Ayuntamiento, avec des bancs, des tabourets, une table, etc. Entrent les six hommes de justice, y compris l'AL- GUACIL, qui reste debout avec son camarade

l'assesseur. Alguacils, établissez le tribunal ici, au milieu.

l'alguacil. L'y voici.

LE PREMIER REGIDOR. AsseyOIlS-llOUS. (ils b'asseyeul.)

l'alc\de, dei)out. Qui est-cc qui préside ici, messieurs?

TOUS. Vous.

l'alcade. Alors, levez-vous, et attendez que je m'asseye, (lisse lèvent tous.) Gomme Roque Pancilla, je cède le pas à tout le monde ; mais cette baguette est une dame

qui a droit à tous vos respects, (a s'assied, et tous avec lui.)

LE premier régidor. Eutrc nous, savez-vous qu'il est homme de tête?

l'assesseur. Je commence à me diveitir.

LE second régidor et LE KOTA'RE. NoUS aUSsi.

l'alguacil. Il m'inspire du respect, à moi.

l'alcade. Essaye de l'oublier, et tu verras si je suis un bon alguacil.

l'alguacil. Moi, ton cousin?

l'alcade. Quand tu serais ma maîtresse, dans ce moment fatal où tout ce qu'elles demandent nous le leur accordons, sans le vouloir.

le premier régidor. Te voilà devenu un vrai sage.

LE notaire. Voyez un peu ce qu'il nous cachait!

51 i LA VL^UVE 11 Y PU CRI TE

l'asijesskuu. Où donc as-tu étudié?

l' ALCADE. Sur les degrés du cimetière et de la place, pendant l'été, et pendant l'hiver, au cabaret.

LE SECOND RÉGIDOR JolicS écolcS !

l'alcade. Et c'est vous autres qui avez été mes maîtres.

TOUS. Comment cela?

l'alcade. En disant : L'alcade ne regarde que ce qui lui rapporte; l'alcade n'ose s'en prendre à celui qui a de l'argent; l'alcade ne fait rien dans l'intérêt du village; il ne corrige pas les mœurs; il ne fait rien que par complaisance; tout ce que demande le notaire, il le signe, les yeux fermés. Si l'assesseur n'est pas là pour le souffler, il se tait ou braie. Est-ce bien cela?

le 1N0TA1HE. On parlait des autres.

l'assesseur. Et tu le disais, toi, tout le premier.

l'alcade. Mais je ferai le contraire, pour que vous ne disiez pas de moi la même chose. Car le contraire du mal, à coup sûr c'est le bien.

le premier RÉGIDOR. G'cst cc qu'ou verra. Et maintenant, voyons le procès.

l'alcade. Où sont les parties?

l'assesseur. L'affaire est en règle, et j'ai formulé mon

avis.

le iNOTAiRE. Je vous lacontcrai la chose.

l'alcade. Inutile, je ne veux pas rendre le jugement.

TOUS. Et pourquoi?

l'alcade. Parce qu'il y a trois parties au procès, et que je n'en vois qu'une.

l'assesseur, luisant le pUiisanl avec les autres. QuclleS SOUt-

elles?

l'alcade. Deux qui disputent entre elles à cent lieues

KT AVAnK. 51 n

de distance, et par requêtes écrites, In troisième, c'est vous qui, ayant beaucoup moins à perdre ou à gagner, avez le juge sous la main pour assurer le succès de vos prétentions.

LE PREMIER REGiDOR. Supcrbe défaite !

l'alguacil, se présentant. Messieurs, il v a là, à la porte, un officier qui demande à vous parler.

l'assesseur. Dites-lui que ce n'est pas le moment.

l'alcade. Dis-lui, s'il demande justice, que nous n'avons rien de mieux à faire que de la lui rendre ; si c'est un logement qu'il demande, on le lui donnera; s'il ne veut que causer, je n ai pas un moment pour me divertir, tant que je serai juge.

l'alguacu.. Il vous a entendu.

l'officier, se présentant. Je demande justice, seigneur alcade.

l'alcade. Prenez un siège et expliquez -vous.

LE NOTAIRE. Et soyez court.

l'alcade. Ou long, si l'affaire l'exige.

l'assesseur. Il est un peu tard.

l'alcade. Il n'importe ; nous dînerons ici. Quand un juge, pour renvoyer qui le cherche, s'excuse sur les heures, surce qu'il est occupé, sur ce qu'il dort ou dîne, il est cause que beaucoup de pauvres gens perdent la patience et leurs procès. Parlez nettement et à votre aise; je ne suis pas grand clerc.

l'officier. Moi, seigneur alcade, je suis un officier d'infanterie; un emploi, à la vérité...

l'alcade. Fort honorable, mais de solde très-maigre, continuez.

l'officier. J'avais un oncle, le fils aîné de mon grand-

516 I-V VEUYE HYPOCRITE

père, qui vécut toute sa vie dans une extrême économie.

l'assesseur. Et il est mort?

l'officier. Il y a six mois. Je ne me suis pas présenté plus tôt, parce qu'on m'a dit qu'il n'avait pas laissé de biens, et voilà ce que je ne comprends pas. Car un riche, avare et sans enfants, ne saurait mourir pauvre.

l'assesseur. Est-ce qu'on n'a pas fait l'inventaire de ce qu'il a laissé?

l'officier. On n'a rien trouvé.

l'alcade. Procès fini ; vous n'avez rien à me demander et je n'ai rien à vous accorder.

TOUS. C'est juste.

l'alcade. Et votre oncle était de ce village?

t/officier. C'était don Diego Segundo...

l'alcade. Je l'ai connu, et sa veuve aussi, qui passe sa vie à gémir de la misère où elle est restée.

l'officier. Je soupçonne, seigneur alcade, qu'on a caché quelque chose.

LE NOTAIRE. Tout le villagc l'a cru comme vous, et a fini par reconnaître qu'il s'était trompé.

LE PREMIER RÉGIDOR, Moi, UOU.

LE SECOND RÉciDon. Ou dit que leur vie durant, ils ont vendu leurs terres, leurs maisons, et tout ce qu'ils avaient.

LE NOTAIRE. Pas dcvaut moi.

l'officier. Et qu'est devenu l'argent?

l'ai-cade. Avez-vous écrit à la veuve?

l'officier. Oui, certes; elle m'a répondu sèchement que les vices de mon oncle l'ont laissée mourant de l'aim.

LE NOTAIRE. G'est Une bonne femme ; si elle le dit, i! faut la croire.

LE PREMIER REGiDOR. Il ne prenait pas de tabac ; il ne savait aucun jeu; il fuyait les femmes; il ne buvait pas, aimant mieux vendre le vin qu'il avait chez lui. Toute ma vie, je l'ai comiu avec le même habit ; et une paire de souliers neufs qu'il acheta quinze réaux, il les doit encore au cordonnier. Je ne vois donc pas quels sont les vices qui ont pu le perdre.

l'assesseur. Ah! cher ami!

l'alcade. Qu'y a-t-il, cher ami? Les connaissez-vous?

l'assesseur. Moi? non certes,

l'alcade. Alors taisez-vous.

l'assesseur. Le cas veut être prouvé.

l'alcade. Si le fait existe, on le prouvera.

l'alguacil , se présenif.iu. Seigneur alcade , la pauvre veuve de Don Diego est là qui demande après vous.

l'alcade, à roiiicier. Vous counaît-elle?

l'officier. Non.

l'alcade. Entrez là-dedans, et laissez-moi l'interroger.

l'assesseur. Ne valait-il pas mieux les confronter?

l'alcade. Pour qu'ils se jettent mille grossièretés au nez. Chaque chose en son temps.

L OFFICIER. Tout cc quc vous ferez ici, je l'accepte d'avance. (Il se cache.)

l'alcade. G'est à merveille. Dis-lui qu'elle entre.

LA VEUVE, avec un air hypocrite. Seigucur alcadc, je regrette de venir vous importuner, quoique j'y gagne la joie de voir la baguette dans la main du plus digne sujet de ce village.

l'alcade. Je vous remercie, (a part.àraiguacii.) Alguacil, un mot en secret.

i/assesseur. Comment allez-vous?

LA VEUVE. Avec bien des peines. Mais enfin je les supporte, parce que c'est le bon Dieu qui me les envoie, et le Seigneur, pour récompense, m'accorde la résignation

l'aloade, à pari, à l'aiguacii. Tu m'as bien entendu ? Quand je tousserai, fais le signal et entre. C'est, je crois, le moyen de tout savoir. (L'aiguadi son.)

l'assesseur. Oùva-t-il?

l'alcade. Chercher de quoi vous rafraîchir.

TOUS, se regardant joyeusement. FamCUX, fameUX.

l'alcade. Et que demandez-vous, senora ?

LA VEUVE. Je viens chercher secours contre une iniquité notoire,

l'alcade. Quelle est-elle?

LA VEUVE. On dit que l'héritier de mon pauvre mari est ici, réclamant ce que le défunt n'a pas laissé; il faut que son outrecuidance soit châtiée, et qu'il emporte d'ici une leçon qui l'oblige à ne jamais revenir. Ah ! qui m'eût dit cela, à moi, après que j'ai vu son oncle dissipe)' les cinq mille piastres que je lui avais apportées en dot?

1,'alcade. Et vous n'avez pu le contenir? Les femmes prudentes comme vous ont tant de moyens d'empêcher leurs maris de se livrer à de tels désordres !

LA veuve. C'est vrai. Mais les hommes agissent tous en maîtres, surtout quand ils se savent aimés, (Eiie pleure.) comme celui-ci, qui était le seul miroir où je me regardais,

l'\lcade. Et il n'est rien resté?

j ,\ VEUVE. Je vous proteste qu'il ne m'a pas même laissé de quoi soutenir ma pauvre vie.

ET AVÂIIE. 519

l'alcade. Mais à quoi a-t-il tout mangé?

LA VEUVE, avec animation. Lui, seigneur alcade, il était bon; mais, comme il était sot et avare, le pauvre homme voulut se mêler de chimie, et il eut affaire à des hommes pervers qui emportèrent l'or et nous laissèrent le fer.

l'assesseur. Soyez tranquille, senora, et laissez l'héritier réclamer et accepter l'héritage ; de cette manière, vous l'obligerez à vous restituer votre dot.

LA VEUVE. C'est ce que je demande.

LE NOTAIRE. Faites une requête, et on vous en délivrera copie.

l'alcade. C'est trop long, et j'aime les procès qui finissent vite. Quelle maudite toux j'ai là ! (ii tousse.)

TOUS. Qu'y a-t-il donc? (On entend un prand l)ruil, et une ou deux, grosses cloches qui sonnent au l'eu.)

l'aLGUACIL , derrière la scène. Au feU ! aU fcU ! (Tous se lèvent.)

LA VEUVE. Ah! mon Dieu !

l'alcade. Où peut-il être'.'

l'assesseur. Allons y voir.

i/ALGUACiL, entrant. Au feu ! au feu! Mcssicurs, tout le moulin à blé est en flammes, du côté par où il confine à la maison qui fut celle de don Diego Segundo, Dieu ait son âme.

LA veuve, hors d'elle-même. Ah 1 sau Autouio, je te promets cent messes! Je suis perdue.

l'alcade. Calmez-vous, nous irons tous.

LA veuve, courant éperdue. On l'aura déjà déterré et volé. Ah! mon argent! Argent de mon âme! Malheureuse femme !

le notaire. Voulez-vous que nous vous sauvions quelque chose?

320 LA VEUVE IIYPOGUTTE

LA YEuvE. Les diamants, les papiers, l'argent, et, dans un pot, cinq cents doublons de huit piastres, brillants comme cinq cents étoiles du matin. Deux chaussettes remplies d'or qui n'a pas le poids, et un sac de petits écus. Le gros mur sera déjà par terre, et tout était caché dedans. Je suis perdue. Ah! san Pedro, cent messes pour toi, et tout autant pour les âmes du purgatoire !

l'alcade. Tranquillisez-vous.

LA VEUVE. Comment est-ce possible, quand on a perdu plus de trente mille piastres ?

l'alcade. (Il lait signe à l'officier de se montrer.) Cet offlcier

et moi nous les retrouverons.

TOUS. Allons au secours.

l'alcade, soufflant. Fu ! D'uu soufflc j'ai éteint l'incendie; dis qu'on cesse de sonner. (Les cloches s'arrêtent.)

l'alguacil. Je leur ai déjà fait signe. l'assesseur. Êtes-vous fou?

l'alcade. Mettez le nez dehors, et vous verrez qu'il n'y a pas le moindre incendie.

LA veuve, revenant à elle-même. Ah! paUVre de moi !

l'alcade. Reconnaissez votre neveu.

LA veuve. Qu'est-ce ceci? Où suis-je venue me fourrer?

l'alcade. Dans un lieu où on vous tirera de l'enfer.

l'officier. Et où vous n'aurez rien à perdre; on vous gardera le secret.

LA VEUVE, souriant. Daiis l'état OÙ j'étais, je ne sais trop ce que j'ai dit. Je ne crois pas qu'il y ait la moitié de la somme.

l'officier. Nous compterons, et ce qu'il y aura nous le partagerons.

LA VEUVE. Comment, partager? C'est un dépôt qu'on m'a confié, et rien de plus.

l'alcade. Et sur quelle garantie? Notaire, nous allons y nnettre un bon cadenas, jusqu'à ce que le maître nous présente un certificat de possession.

LE PREMIER REGiDOR. Cc Roquillo est fin comnne un rayon de soleil.

l'assesseur.. Je n'en reviens pas.

LA veuve, avec componction. Mcssieurs, je VOUS coufesse que cet argent est à moi, si on ne me fait pas lâcher les quinze mille piastres.

LE PREMIER RÉGiDOR. Oui, passcz-les à l'officier qui aura déjà fondé là -dessus, rien qu'avec un tout petit bout d'espérance, plus de quinze mille projets.

l'officier. Les orphelins du village auront leur bonne part.

l'alcade. Je le crois. Voyons, à quoi nous arrêtonsnous?

LA VEUVE. A tout ce que vous voudrez. J'avais bien besoin de venir ici î (Eiie s'en va.)

l'alcade. Que dites-vous, messieurs, de ce commencement ?

TOUS. Rien de mieux.

LE PREMIER REGIDOR. Tu as bravement fait tes preuves.

l'alcade. Eh bien, apprends que je n'entends rien aux lois; mais des bonnes rubriques, j'en ai plein ma caboche.

TOUS. "Vive notre alcade !

l'alcade. Courons faire le partage.

l'officier. Je vais devant pour offrir le bras à ma tante.

LE PREMIER RÉGIDOR. Moi, jc vais amuser tout le village du récit de la mvstification.

(la tornaboda en ayunas'

PERSOÎJNAGES

DON PaTRICIO, mari de

DOSa I.NEZ, sœui- tic

DON A JUANA, et de

DONA JOSEPHA, lille de

Page 1