‹ SainètesChapitre 6 sur 31 · LE MARQUIS DE MONTESHUECOS · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE MONTESHUECOS

DON JUAN, frère de don TTermeneeildo.

DAMIAN, brocanteur.

PAULA, servante.

TADEO, page.

PERICO, domestique.

Un petit salon avec des chaises, un chiffonnier à cartons, une table, du papier avec ce qu'il faut pour écrire, enfin tout ce qui annonce le cabinet d'un homme d'affaires riche.

Entre PAULA; TADEO et PERICO apportent une toilette qui est placée en pendant du chiffonnier.

PAULA. Placez celte toilette ici, à droite, allez doucement, et prenez garde de mettre ce miroir en pièces.

TADEO. Croyez-vous donc, seiîoraPaula, que nous avons les bras aussi délicats que les vôtres?

PAULA. Non ? mais personne n'est à l'abri d'un faux pas; et rien de ce qui est casuel n'est en sûreté dans les mains d'un homme.

PERICO. Oh ! il est certain que tout est plus sûr dans les vôtres !

TAULA. Puali! comme tout ici sent un appartement d'homme.

TADEO. C'est ici que le maîlre garde ses sacoches, ^^^j?" ] PAULA. Je ne trouve plus que cela sente si mauvais. ' ■

TADEO. Si la fumée du parfum remonte si aisément par l'oreille, que serait-ce par les yeux ?

PAULA. Assez de raisonnement, ma maîtresse va venir.

PERico. Ne nous diras-tu pas au moins pourquoi ce changement de meubles dans l'appartement de mon maîlre?

PAULA. Êtes-vous sourd? ignorez-vous, par hasard, qu'il est question de mettre à la mode le cabinet de ma maîtresse ?

PERICO. C'est vrai.

PAULA. Hé bien, il a été décidé que pendant que l'opération se fera, la table de toilette serait placée dans le cabinet de monsieur.

TADEO. Gageons qu'elle n'y reste pas trois jours !

PAULA. Pourquoi?

TADEO. Je connais les humeurs ; mon maître est maniaque, ma maîtresse hautaine ; elle aime le tapage, lui/~i<xviw la solitude, et je crains que les épingles et les procès ne ' fassent pas longtemps bon ménage.

PAULA. Ce n'est pas notre affaire. (On frappe.) Mais on a frappé?

TADEO. En effet.

PERICO. Je vais voir qui c'est.

TADEO. Moi, je vais me coiffer. Nous avons ce soir bal et souper chez don Terencio, et je dois y rester pour servir.

PAULA. Me garderas-tu quelque bon morceau?

TADEO. Et m'en sauras-tu gré?

PAULA. Je ne suis pas ingrate, et n ai qn'un legrel, c'est de n'avoir pas à témoigner plus de reconnaissance. TADEO. D'après cela, si nn homme...

DONA PETRA, dcrriùiv la .-cône. Paula?

TADEO. Elle avait bien besoin de venir !.. . Nous reparlerons.

PAULA. Ainsi lu me garderas quelque chose?

TADEO. Certes ! Ma part et celle de mon voisin.

PAULA, à paît. Va toujours, ce sera pour loi une mystification de plus, vaurien.

PETRA, entre. Qui est-cc qui frappait?

PAULA. Je ne sais. Voici don Pedro qui vous le dira, senora.

PETPA. Qui est là? ^,^,

PERico, entrant. C'cst le courlicr OU brocauteur qui ; apporte d'habitude des bijoux à vendre. ^.^uct^^t-^v

PETRA. Il arrive mal; dis-lui de revenir un autre jour, que dans ce moment je n'ai pas d'argent.

DAMIAN, entrant . Il porte un manfeau, une perruque très-attifée; visage de fourbe.

DAMIAN. Senora, je vous baise les pieds. Combien je me réjouis de vous trouver chez vous et seule !

PETRA. Qu'y a-t-il donc ?

DAMIAN. La bonne occasion, si vous saviez 1 depuis que Madrid est Madrid, il n'y en a point eu de pareille, ni de si belle !

PETRA. De quoi s'agil-il? ^^

DAMIAM, montrant un ecnn avec une parure. JUgCZ-Cn par VOS \ yeux. jj-%/v-<a/nLC^

PAULA. Oh ! la jolie parure !

DAMiAN. Jolie, ftt rien de plus? Elle est riche et du dernier goût.

PETRA. Admirable sans doute; mais, quant à moi, je n'ai pas même envie de la regarder. (Eiie s'assied.)

DAMIAN. Pourtant la vue n'en coûte rien. Voyez comme elle brille de loin ! le diamant du milieu peut rivaliser avec le soleil même.

PETRA, regardant la parure. Paula, elle BSt pluS belle qUC

la mienne.

PAULA. C'est évident et de beaucoup ! Je ne me fais pas l'idée de quelque chose de plus charmant.

PETRA. C'est vrai.

PAULA. Et elle est chère ?

DAMIAN. Si vous teucz à le savoir, meilleur marché qu'un enterrement, (v partàPauia.) Fais qu'elle l'achète, et nous nous entendrons après.

PAULA, à pari. BicU.

PETRA. Voyons, il est certain qu'elle doit fail:'e de loin un effet surprenant.

PAULA. Qu'en dites-vous .'' De quel éclat elle brillera aux lumières, à la soirée de Terencio ! Que de jalouses elle fera !

PETRA. Si je l'achète, ce ne sera que pour cela, et pour rabatlre .la vanité de Béatrix.

PAULA. Voilcà qui serait bon. Chaque reflet de ces pierres serait pour ses yeux un coup de foudre. ' DAMIAN. L'occasion est entre vos mains. Gela vaut douze mille piastres.

PETRA. Douze mille piastres ! peste ! J'ai donc bien raison de ne pas vouloir la regarder, (à l'auia.) Crois-tu que le marquis?...

PAULA. En conscience, il doit le faire. Nous avons, les

femmes, un droit légitime à per(:evoir sur ce grand capital d'un Américain fâcheux, galant et présomptueux. Et cinq pour cent c'est vraiment peu de chose !

nAJiiAN. C'est moins que cela.

K\uL4. C'est que je compte sur le reste.

PKTRA. Allons! pas d'enfantillage.

PAULA. Senora, c'est par zélé pour vos intérêts.

DAWFAN. On voit qu'elle vous est attachée, et je crois qu'il y a aujourd'hui peu de suivantes comme elle.

TETHA. Et tu penses que le marquis pourrait faire cet effort ?

PAULA. J'en jurerais ; n'est-il pas évident qu'il soupire ardemment pour vous? Trouvera-t-il une plus belle occasion de vous complaire? Et enfin s'il ne veut pas, il dépend de vous de le l'aire vouloir.

PETRA. Oui... mais il ne me plaît pas.

PAULA. Personne ne vous plaît, on le sait assez. Mai.s pour le moment, vous n'avez pas d'autre galant qui lui fasse tort.

PETRA, C'est la vérité ; écoute, je me décide, il est onze heures, il va venir, tu verras la querelle que je vais lui faire, quoique j'y tienne peu, au sujet d'une petite scène de jalousie, qu'il y eut hiersoiràla tertulia, ctensuite...

PAULA. Je comprends : il aura son pardon, et la parure sera Ip gage.de la récorîciliation.

PETRA, d'un air sérieux. Je ne veux pas qu'il mêla donne.

PAULA. Je le sais bien, la parure non, juste seulement c^jjiL'il faudia d'argent pour la payer.

PETRA. C'est cela même.

PAULA. Une voiture vient de s'arrêter, ce doit être lui. Père Damian, entrez là dedans, ma maîtresse nous avertira, quand elle voudra que nous paraissions.

TETRA. Bien.

DAMiAi>j, Soit! cette petite! c'est vif comme un grain de poivre.

PAULA. Allons !

DAMiAN. D'où es-tu, nina ?

PAULA. De Polvorosa^ 1^^^ DAMiAN. Ça se voit.

PAULA. Quand vous irez dans mon pays, puissé-je en être à cent lieues! dis sortent.)

TADEo, entrant. Volci le soigucur marquis de Montes.. . de Monteshuecos. (a part.) Comme c'est un titre qui sonne creux, j'ai de la peine à m'en souvenir.

LE MARQUIS, entrant. Modama !

PETr^\. Soyez le très bienvenu, prenez un siège.

LE MARQUIS. Quc faites-vous ? qu'avez-vous? je crois apercevoir un peu d'huiiieur dans votre air. . PETRA, avec dépit. Rieu. Cc qui in'éfonne, c'est de voms voir ici.

LE MARQUIS. Moi, scfiora ? où pourrai-je donc être mieux? Ne savez-vous pas avec quelle impatience j'attends l'heure de me présenter chez vous?

PETP.A. Le sais-je?Bon. Mais je puis bien vous jurer que je ne vous attendais pas.

LE MARQUIS. Vous me dèsespèrcz. Qu'y a-t-il douc?

PETRA. C'est là une des choses qui m'irritent chez vous à l'excès. Vous e&l-il quelquefois entré dans l'esprit que je vous aimais ?

LE MARQUIS. Aurais-je pu, senora, abuser à ce point des bontés que vous avez pour moi? c'est me faire injure.

PETRA. Non, marquis, je ne vous fais pas injure.

Jeu de mot sur Polvorosa, de polvora, potidre. (N. du Tr.)

Laissez-moi parler. J'imagine qu'il peut y avoir en moi des choses qui, d'un peu loin, ne vous déplaisent pas trop. Mais il y a dans Madrid des dames qui ont tant de mérites, et qui savent sur le bout du doigt l'art aimable de plaire aux galants, que j'ai de justes raisons de craindre que vous n'ayez rencontré chez beaucoup d'entre elles des grâces qui me manquent.

PAUL\. M'avez-vous appelée, senora?

PETRA. Non.

LE MARQUIS. Je uc comprcuds pas un mot à ce que vous me dites.

PETPA. Je vais m'exphquer plus clairement. Les hommes galants et discrets comme vous, aiment les dames vives, et non les caractères paisibles, comme le mien, par exemple. Savez-vous l'idée qui me vient, marquis? C'est que la persotnie qui vous convient le mieux, c'est Béatrix, et si j'étais dans votre peau, je vous jure que je ne ferais pas la cour à une autre.

LE MARQUIS. A doùa Béatrix? Mais je lui ai à peine adressé la parole !

PETRA. J'aurai donc menti? Quoi? ne lui avez-vous pas donné la main au théâtre, quand elle est sortie de sa loge, et ensuite pour la mettre en voiture ?

LE MARQUIS. Jc uc mc souvieus que d'une chose, c'est que vous avez dédaigné mes prévenances.

PETRA. Ne croyez pas que je vous en fasse un crime, au contraire, j'approuve votre choix.

LE MARQUIS. Quc dois-jc pcuscr de votre indifférence pour moi ?

PETRA. De l'indifférence!... pas tant, et s'il faut dire la vérité, j'ai pour vous de l'estime.

LE MARQUIS. A quoi bon alors me mortifier, quand vous

savez que vous plaire est l'unique but de mes soupirs, de mes ardents désirs?

PETRA. Hier vous m'avez grandement fâchée.

LE MARQUIS. Seùora. et pourquoi ne me l'avez-vous pas dit sur l'heure?

PETRA. Moi?

LE MARQUIS. Je m'en veux d'avoir été assez stupide pour ne pas savoir hre dans vos yeux divins

PETRA. Pau la?

PAULA, entrant el basa Damian. Entrez, Damiau. {\ Felro.)

que voulez-vous ?

PETRA. Un mouchoir? (Apercevant Dainian.) Que demande

cet homme?

DAMiAN, entrant. Oh! seigueur marquis, je me réjouis de rencontrer ici voire seigneurie.

LE MARQUIS. Quoi deuouveau, mon cher? apportezvous quelque belle chose?

DAMIAN. Pour cela oui.

PETRA. Renvoie-le, Paula, il reviendra un autre jour.

PAULA. Laissez du moins le seigneur marquis voir ce

qu'il apporte.

DAMIAN. Voyez la belle parure !

LE MARQUIS VoyOUS.

PETRA. Emportez cela, et ne perdons pas le temps en

niaiseries.

LE MARQUIS. Qu'clle est jolie ! Et l'apportez- vous pour

la vendre?

DAMIAN. Certainement, et votre seigneurie sait que dans ce commerce de passage, personne n'y va plus grandement que moi.

LE MARQUIS. IVaccord ! le prix?

DAMIAN Cela vaut trois mille doublons, foi d'honnêle

brocanteur ! Voici le tarif, et je la laisse à madame pour cinq mille piastres.

LE MARQUIS. C'cst unc occasion.

PETRA. Outre que j'ai plus de diamants qu'il ne m'en faut... Emportez cela.

LE MARQUIS. Rcgardez-la, du moins, et si elle vous convient, n'ayez aucun souci du reste.

PETRA. C'est une chose exquise, mais...

LE MARQUIS. Vous u'avez pas d'argent ? parlez franchement.

PETRA, rogariLmt la poriire. Jésus ! j'ai déjà dit que je n'en

voulais pas absolument. (Elle continue à la regarder.)

LE MARQUIS. Moi, jc mc charge du prix, et vous me le rendrez plus tard.

PETRA. Ce que j'abhorre le plus au monde, c'est de devoir.

LE MARQUIS. A lïioi?

PETRA. A tout le monde, à moins que ce ne soit indispensable.

LE MARQUIS. Prenez toujours cette parure; si plus tard vous vous en dégoûtez, vous serez maîtresse de me la rendre.

DAMiAN. C'est qu'il me faut l'argent.

LE MARQUIS, à Damian. Je VOUS attends choz moi avant une heure.

DAMIAN. A merveille. C'est dit, je laisse la parure?

PETRA. Oui, uniquement pour faire plaisir au marquis. Ce que je vous demande en grâce, c'est de convenir avec moi des époques où j'aurai à vous rembourser.

LE MARQUIS. Nous eu parleious plus tard.

PETRA. Paulita? que t'en semble?

PAULA. Vous avez fait là une fière emplette !

PETRA Ail î mon Dieu! maintenant que je m'en souviens, cette parure m'est inutile.

LE MARQUIS. Pourquoi donc?

PETRA. Parce que je ne puis la porter.

LE MARQUIS. Commeut cela?

PETRA. Parce que mon mari n'est ni assez généreux, ni assez aimable pour me donner de quoi faire des économies, et que j'ai peur qu'il ne bouleverse le monde, s'il me voit avec cette parure.

LE MARQUIS. Voilà, OU effet, un grand embarras!

PETRA. Je joue de malheur, il n'y a pas de remède, et il faut que sans délai je m'en défasse.

LE MARQUIS. Attcudez, il m'est venu tout d'un coup une fameuse pensée.

LES TROIS, en.eni])le. Quelle CSt-ellc?

LE MARQUIS. De pcudre la parure à Damian, qui la vendra mille piastres à votre mari. L'occasion le tentera. Il vous l'offre, vous la portez, et tout danger est évité.

PETRA. Vive votre idée, marquis !

DAMIAN. Gomment? comment? je n'y consens pas, moi. Mille piastres, une merveille comme celle-ci?

PAULA. Imbécile, le maître t'en donnera mille.

LE MARQUIS. Ou ce qu'il voudra, et moi le reste.

DAMIAN. Le maître m'en donnera mille et vous cinq mille? bon ! je comprends.

PAULA. Apprends seulement que c'est aujourd'hui jour J/, M ^^ courrier, et qu'il reviendra de bonne heure pour ouvrir ses lettres.

PETRA. Oui, et moi je m'arrange pour aller à la messe, pendant que vous nouerez ici votre intrigue.

LE MARQUIS. Ma voiture et moi nous sommes à vos ordres.

PETRA. Mille grâces.

HERMENEGILDO, flerriêre la scène. Holà, PericO ?

PAULA. Le maître.

PETRA. Hâtons-nous de sortir par Vautre porte. Toi, reste ici pour aller au devant de lui...

PAULA. Aucun bandit ne le prendra mieux à la gorge. DAMiAN. A Madrid, d'après ce que je vois, le carnaval

durera toute l'année. (Le marquis ol Petra sortent.) DON HERMENEGILDO, entrant. Et ma femme?

PAULA. Il y a un moment qu'elle est sortie pour aller à la messe aux Bécolets ^

HERMENEGILDO. Vous avcz toutcs une préférence pour l'église la plus éloignée. Et mes lettres? (ii découvre Damian.) Holà, uifia ! que fait cet homme dans l'intérieur de ma maison ?

DAMiAN. Je suis, monsieur, le plus dévoué de vos serviteurs.

PAULA. C'est un marchand qui vient vous offrir une occasion merveilleuse.

HERMENEGILDO. Je lui OU sais gré. Ces aigrefins et vous autres ne savez que tourner la tête à ma femme, et me faire dépenser à moi deux fois plus qu'il n'est besoin. (Il se met à lire ses lettres.) Fais-le sortir. Tolède, le 7. Voyons ce qu'il apporte.

D\MiAN. C'est plus de dix mille piastres peut être que vous pouvez gagner de la main à la main.

HERMENEGILDO. Expliquez-inoi cela.

DAMi.\!s. Ce bijou et ce tarif répondront pour moi.

* Un ancien couvent de Madrid, sur le Prado. II existait encore il y a peu d'années. [N. du Tr.)

iiERMENEGiLDo. En effet, c'est une fort belle chose. Combien en veut-on? pas de détour.

DAMiAN. Quatre mille.

HERMENEGiLDO. Mille doublons? ce n'est pas le diable, mais je n'en veux pas. Laissez-moi en paix, (ii se remet à lire.)

PATiLA. Donnez-lui en deux, et faites cette galanterie à ma maîtresse.

HERMENEGILDO. C'cSt cher.

PAULA. Combien offrez-vous?

HERMENEGILDO. RieU.

PAULA. Ce bijou ne mérite pas un pareil mépris. DAMIAN. Et on ne le vendrait pas sans une extrême nécessité.

. HERMENEGILDO. Pour faire œuvre de charité envers le

4| prochain, et pour vous faire déguerpir plus vite, j'irai ' jusqu'à quinze mille réaux^ DAMIAN. C'est peu.

HERMENEGILDO. Alors ailez le vendre ailleurs. DAMIAN. Allons, prei.ez-le; c'est parce que c'est vous, monsieur, et je vous jure bien qu'on ne le laisserait pas à un autre.

HF.RMENEGiLDo. lls disout tous la même chose. Voilà vos cinquante médailles; prenez et hâtez-vous d'aller secourir le pauvre diable ou la pauvre créature qui se trouve en si mauvaise passe.

PAULA. Un beau jour pour ma maîtresse ! HERMENEGILDO. Il faudra que je l'en prie bien fort pour j^-v^ qu'elle le prenne.

-''« DAMIAN. Adieu.

HERMENEGILDO. Et 110 revicus jamais. Tu m'as ruiné. DAMIAN. Je sors reconnaissant et satisfait.

PAUIA, à Damian. Et llOtre COmpte?

DAMiAN. Quand j'aurai touché, il sera temps, dis sortent.)

PERico, annonçant. Votre frère.

HERMENEGiLDo. Mon frère?

JUAN, entrant. Hermenegiido?

HEr.MENEGiLDO. Quel vent te jette tout d'un coup de Sigûenza au milieu de mon cabinet ?

JUAN. Mon ami, je marie ma fille, et je viens, comme c'est mon devoir, t'en faire part, et en même temps ^ -if acheter tous les colifichets que réclame la circonstance. ^^uJZ^

HERMENEGiLDo. Et quel est le novio? ^^--....n^l.

JUAN. Quelqu'un de Daroca qui aura bien ses quatre mille cinq cents ducats de revenu.

HERMENEGILDO. ËraVO 1

JUAN. Je regrette que ta femme ne soit pas là pour lui donner la nouvelle.

HERMENEGILDO. Jc mc cliarge de le faire.

JUAN. Maintenant, avec ta permission, je vais courir les bijoutiers pour voir si je rencontre d'occasion quelque jolie parure de diamant.

HERMENEGILDO. Tu t'y CUtCnds ?

JUAN. Assez.

HERMENEGILDO. Hé bicu ! tu arrivcs â propos. Que te semble de celle-ci ?

JUAN. Holà ! holà ! c'est ma foi une belle chose !

HERMENEGILDO. El quc peut-olle valoir !

JUAN. A dix mille piastres, c'est trouvé.

HERMENEGILDO. Elle m'en coûte mille, pas un quarto de plus.

JUAN. On l'aura volée.

92 UNE TROMPEPiIE CHÈREMENT PAYÉE.

HERMENEGiLDo. Ça lïi'en a tout l'air. Mais le reste ne me regarde pas.

.lUAN. Frère, donne-la-moi, et tu feras ainsi à peu de frais un cadeau à ta nièce. Tu vas bien sans doute lui donner quelque chose.

iiERMENEGiLDo. Nous uous arrangerons. Rends-moi les quinze mille réanx que j'ai déboursés, et je cède pour cadeau à ma nièce les cent cinquante-cinq mille que cela peut valoir en sus.

JUAN. De celle manière, tu ne lui donnes rien.

HERMENEGiLDO. Tu rcgardcs cela comme rien ? si tu n'en veux pas , laisse-le.

JUAN. C'est une façon d'en user tout à fait plébéienne.

HERMENEGiLDo Plébéienne ou non, le procès est jugé.

JUAN. Il en sera ce que tu voudras. Je le prends pour les quinze mille.

HERMENEGILDO. Et quaud t'cu vas-tu?

JUAN. Demain dans Taprès midi.

HERMENEGILDO. Alors je t'atteuds le matin pour me payer.

JUAN. Ou je viendrai dîner, si je puis.

HERMENEGILDO. Qucl jour soiiimes-nous ?

JUAN. Dimanche.

HERMENEGILDO. Lcs dimanchcs, UOUS ne dînons jamais à la maison.

JUAN. Adieu.

HERMENEGILDO. Voilà cc quc j'appellc entendre bien le commerce.

PETRA, cntrniit. Qui SOrt d'ici ?

HERMENEGILDO. Mou frèrp, quî venait avec beaucoup d'obligeance nous faire part du mariage de sa fdle.

PETRA. Je m'en réjouis. Veux- lu une prise, mon ami?

(Elle s'as.ned.) "j /f^-'

HERMENEGiLDO. Je njime pas à prendre de la poussière £ar le nez.

PETRA. Allons, mon homme, laisse un moment ton courrier, quand je te parle.

HERMENEGiLDo. Ce quc je fais est plus important. Je recueille pendant que lu dissipes.

PETRA. J'ai l'humeur timide et caressante, tu le sais, et tu ne cesses de me quereller? il faut que tu n'aies pas de conscience.

HEhMEKEGiLDo. Oui, dis-moi de ces choses-là qui m'attendrissent toujours. (A part.) Cclle-ci a envie de quelque robe nouvelle.

PETRA. Et il n'est venu personne autre que ton frère?

HERMENEGiLDO. Ah! si, je me souviens! il est venu aussi un brocanteur à qui j'ai acheté une parure de diamants.

PETRA Pour moi?

HERMENEGILDO. Aussi vrai que je suis chrétien!

PETRA. Voyons-la.

HERMENEGILDO. EcOUte.

PETRA. Qu'ai-je à écouter? donne-la-moi, que je voie si elle est belle.

HERMENEGILDO. Suporbc.

PETRA. Et où eSêt-elle?

HERMENEGILDO. Laisse-moi achever l'histoire. Elle a plu à mon frère?

PETRA. Et tu la lui as donnée.

HERMENEGILDO. A d'autrCS.

PETRA. A la bonne heure.

HERMEiNEGiLDo. Il le voulait bleii ainsi, mais je la lui ai fait payer tout autant qu'elle m'a coûté.

PETRA. Gomment?

HERMENEGiLDO. Il me rend les mille piastres que j'ai déboursées, et sans bourse délier, je fais à ma nièce un superbe présent ; et voilà comment on fait quand on ne s'y entend pas.

PETRA. Et il l'a emportée ?

HERMENEGILDO. SaUS doute.

PETRA. Va-t'en à tous les diables, homme odieux, abominable, ridicule, et par-dessus le marché, vieux et assommant.

HERME^EGILDo. Femme, écoute le calcul que j'ai fait, et tu en saisiras les avantages.

PETRA. L'unique avantage que j'attends de toi, c'est de me faire mourir de rage ou de me mettre une corde au£ûl.

HERMENEGiLDo. Il ne mc manquait que cela, femme.

PETRA. Et tu oses encore m'adresser la parole?

HERMENEGILDO. Jésus ! garçons?

TADEO et PERICO entrant. Mousieur ?

HERMENEGILDO. Moutcz-moi vito mou bureau au grenier; le diable est ici déchaîné Ne m'attendez pas pour dîner, je vais prendre le frais (il sort.)

PETRA. Va-t'en et ne reviens jamais. Voilà comme sont les maris ; et ensuite ils se plaignent que nous ne les aimions pas de tonte la tendresse de notre cœur!

LE MARotiis, entrant. La chosc a réussi, madama ?

PETRA, avec ironie. Ou ne pcut micux, l'idée était de vous, c'est tout dire.

LE MARQUIS. Jc VOUS OU fais iTiou complimcnt.

PETRA. Et vous avez raison, il a acheté la parure mille

piastres, et il l'a revendue à son frère pour le même prix.

LE MARQUIS. Et VOUS RB l'avez pas?

PETHA. Non, sot et entêté, êtes-vous sourd par-dessus lemarclié? Voyez le résultat de notre superbe invention !

DAMiAN, entrant. Le seigueur marquis est-il ici ? c'est que ces pauvres gens ne me laissent pas un instant de

repos.

LE MARQUIS. Seiiora... qui se serait douté .^

PETRA. Venez encore avec vos Xadeurs ! quand on se "* croit plus d'esprit que personne, voilà ce qui arrive.

LE MARQUIS. Je SUIS bien loin de le penser: et qui, à mes yeux, est au-dessus de tout, c'est vous seule.

PETRA. Quelle saillie maussade ! le grâce que je vous demande, c'est de vous retirer le plus vite possible.

DAMIAN. Me solderez-vous bientôt mon compte?

LE MARQUIS à PETRA. Parlez-vous sérieusemcnt?

PETRA. Je le dis comme je le pense, et vous auriez tort de ne pas m'en croire.

LE MARQUIS. J'cspèrc pourtaut que demain...

PETRA. Demain et toujours, n'attendez de moi que des rebuts. Je ne veux pas vous revoir, même en peinture. Vous êtes trop niais pour vous mêler de courliser des dames. Adieu, et sachez-moi gré du conseil.

LE MARQUIS. Paulîta?

daMian Hâtons-nous, monsieur, d'autres attendent ce secours, qui sont peut-être dans un plus grand embarras.

LE MARQUIS. Jc vais Ic payer.

PADLA. Voilà enfin agir en galant homme.

LE MARQUIS. CapricGS des femmes, qui pourra jamais vous satisfaire, si l'amour, les attentions et l'argent n'y peuvent rien? Ici finit le sainète.

TOUS. Excusez ses nombreux défauts.

OU LA MAISON DE TOCA-ME-ROQUE ^ LA PETRA y LA JUANA, Ô LA CASA DE TOCA-ME-ROQUE^

PERSONNAGES

majas.

PETBA et

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