‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 103 sur 190 · I. Nouv. opusc, de Fleury, page · texte numérisé non relu

I. Nouv. opusc, de Fleury, page

CONJURATIOxN SATAMQUE. 405

41 l^^cîlaration » asservissait complètement TÉglise à TÉtat. A partir c\e ci^tle époque, le gallicanisme, ce protestantisme déguisé, ne cesserai. c3'usurper les droits de TÉglise et de violer ses immunités, Quant aux sectaires, ils se moqueront d'un pape dont les décisions, même en matière de foi , ne sont pas irréformables. Clément XI ayant condamné en 1719 les Réflexions morales de Quesnel, plus venimeuses que les cinq propositions de Jansénius, toute la secte partît en guerre contre le pape et la bulle Unigenittis, Quesnel en appela au futur concile et forma la grande armée des « Appelants », qui tînt rÉglise en échec durant toute la première moitié du dixhuitîème siècle.

Après avoir enlevé à l'homme la rédemption, les sacrements, rÉg'lîse, quelle planche de salut lui restait- il dans cet universel naufrage? Il lui restait Marie, son dernier refuge contre les entreprises de Satan. Les conjurés ne Tignoraient pas : aussi travaillèrentîls de toutes leurs forces à extirper du cœur des fidèles la dévotion ^ la sainte Vierge. Tous les criminels qui ont conspiré contre l'œuvre du Sauveur, ont épousé « les inimitiés que Dieu a créées entre Satan et la Femme, entre la race de Satan et la race de la Femme *. » Ils ont senti d'instinct que, pour triompher, ils devaient détrôner « Celle qui extermine les hérésies dans le monde entier- ». Luther ^' Calvin avaient proscrit le culte de la sainte Vierge comme ime idolâtrie. Fidèles à leurs habitudes de dissimulation, les jansénistes ne renversèrent pas les autels de la Mère de Dieu , mais ils invenlèreijl toutes les ruses imaginables pour en détourner les fidèles. ^^ plus fort de la lutte, l'un d'eux ne trouva rien de mieux pour fermçp le cœur des chrétiens que de faire adresser par la Vierge ^lle-mème des réprimandes sévères à ceux qui Taimaient trop. Le |*vp^ gjjl; intitulé : ^4^1^ salutaires de la sainte Vierge à ses dévots '^^iiscrets. Sous prétexte de régler son culte , la divine Mère s'in- ^^nîait à le ruiner, et prouvait à ses fils par nombre d'arguments ^^^e c'est un grand péché de lui témoigner trop de confiance. A ^ bruyante indignation de la secte, im décret du Saint-Office j^<>ixclamna l'odieux libelle. L'évoque de Tournai , Gilbert de Pras- ^^-Choiseul , écrivit en 1674. une lettre pastorale pour le défendre J^ï^trc les anathèmes de TÉglise et prémunir ses diocésains contre ® Ranger de la superstition. Huit ans après, à l'assemblée de ^^, ce même évéque déploya toute son éloquence contre le

--^ * ^nimicitias ponam inter te et mulierem, et semen tuum et semen illitis, Gbpt, *» 1 s.

• ^^unctas hœre$€s sola inleremisti in universo mundo.

danger qu*il y aurait à laisser au pape une puissance excessive.

Les prières et les louanges que de toute antiquité la sainte lilur- gie adresse à Marie formaient un obstacle insurmontable aux atta — ques dés jansénistes contre la dévotion à la sainte Vierge : pour les renverser, ils substituèrent des bréviaires et des missels de leurfaçoirij aux livres liturgiques en usage. L* an 1680, Tarchevêque de Paris, de Harlay, publia un nouveau bréviaii*e, dans le but, ose-t-i^ dire , d'expurger les livres d'église des choses superflues et de tou ^ ce qu'on y a introduit de superstitieux. Or, c'est surtout dans les^^ offices de la sainte Vierge que Tévéque trouvait des « superfluités e^

et des « superstitions ». Il avait retranché sans pitié tous les passa

ges des livres sapientiaux que TÉglise applique à Marie, supprim la glorieuse antienne qui félicite la Vierge d'avoir « exterminé le= hérésies dans le monde entier » , supprimé également la prière qwH implore la grâce « de louer dignement la Mère de Dieu et de comba^= tre avec vaillance contre ses ennemis » . En vérité le janséniste jm^ pouvait féliciter Marie de détruire les hérésies ni lui demander L ' courage de la défendre au moment où il travaillait à démolir so* :m culte. Il n'avait pas craint non plus de faire disparaître du miss^ss le Sa/ve Sancta Parejis, le Gandeamus de l'Assomption, le Beaia vi^^ rora Mariœ Virginisy en un mot toutes les prières et tous les cris d'»^ mour de la sainte Église, répétés avec une sainte joie par tous \^ fidèles dans la suite des siècles.

D'autres réformateurs des livres liturgiques allèrent plus loi:^ encore. Ils altérèrent renseignement de l'Église sur Tintercessio"^ toute-puissante de la sainte Vierge, en éliminant ou en falsifiant les textes qui l'établissent. Marie nous sauve par sa prière, dit l'Êi-* glise, comme Jésus par son pouvoir souverain. Les jansénistes n^ad mettent pas que la prière de Marie nous sauve. Pour effacer cett^ pensée de l'esprit des fidèles, ils l'ont effacée de Y Ave maris Stella^"rhymne si chère à tout cœur catholique. A ces paroles : « Solve vinclc^ reù, profer lumen cœcisy brise les chaînes des pécheurs, rendes la vue aux aveugles » , ils substituèrent ces variantes significatives : « Cadant vincla reis^ lux reddalur cœcis, que tombent les chaînes des pécheurs, que la lumière soit rendue aux aveugles. » On sent la différence. L'Église prie Marie de briser nos chaînes et de nous rendre la lumière : le janséniste veut bien que nos chaînes tombent et que notre cécité disparaisse , mais il ne veut pas qu'on attribue ces grAces à l'intercession de Marie. Pour cette même raison, ils ont impitoyablement retranché de cette hymne ces autres invocations ; « Nos culpis soliitos y mites fac et castosj délivrez-nous de nos pé-

clxos, donnez-nous la douceur et la pureté. » De même ils ont biffé divine autre hymne cette admirable strophe : 0 Marie, mère de giE^ce, mère de miséricorde, défendez-nous contre Tennemi et recevez-nous à Theure de la mort ^ ». Ils ne veulent donc rien tenir de Marie, ni la grâce, ni la miséricorde, ni la force contre Tcnnemi, ni la protection à l'heure de la mort '.

Le dénouement du drame satanique était inévital)le. Après avoir, durant plus d'un siècle, transformé Dieu en exécrable tyran, bafoué la sainte Église, abaissé la sainte Vierge, ridiculisé les légendes des saints, anéanti la piété chrétienne, les jansénistes virent se dresser devant eux le spectre du déisme. Les Saint-Cyran, les lansénius, les Arnauld, les Quesnel avaient préparé Voltaire. Le cynique blasphémateur entonna l'hymne de Tenfer : « Écrasez l'infâme! » L'infâme, c'était le christianisme, c'était TÉglise, c'é- Wt Jésus-Christ ! Si Voltaire a pu semer Tincrédulité en France ®t dans le monde entier, se faire couronner à Paris et traîner TÉg'Hse à l'échafaud, c'est à Jansénius qu'il le doit. Rien de plus ^^i ni de plus juste que cette apostrophe de Diderot à un janséniste qui rejetait sur les seuls philosophes les désastres de TÉglise *U XVIIP siècle : « Cruels ennemis de Jésus-Christ, c'est vous qui l*avez mise, cette Église, dans le pitoyable état où elle se trouve. C'est vous qui avez encouragé les peuples à jeter un œil curieux sur les objets devant lesquels ils se prosternaient avec humilité, i- discuter quand ils devaient adorer. Malgré l'atteinte que le pro- ^tant avait donné aux choses saintes et h leurs ministres, il restait encore de la vénération pour les unes, du respect pour les autres; mais vos déclamations contre les souverains pontifes, contre les évêques, contre tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique, ont presque achevé de ruiner cette puissance. Si l'impie foule aux pieds la tiare, les mitres et les crosses, c'est vous qui l'avez enhardû Quelle pouvait être la fin de tant de libelles, de satires, de nouvelles scandaleuses, d'estampes outrageantes, de pièces où les mystères de la grâce et des sacrements sont travestis en un langage burlesque, sinon de couvrir d'opprobre Dieu, le prêtre et l'autel,

^' Maria, Maler graliae,

Mater misericordi» , Tu nos ab bosle protège Et mortis horâ suscipe.

2< Pour comprendre tout le mal fait à l'Église et à la piété chrétienne par les litur- ^i^ françaises du XVII* et XVlll* siècles, il faut lire les Institutions liturgiques de d^ Gttéranger, d'où nous avons extrait (vol. II) les exemples que nous venons de Imiter.

aux yeux mêmes de la plus vile populace? Malheureux, vous avecK^ réussi au delà de vos espérances. Si le pape, les évèques, les prê-

tres, les religieux, les simples fidèles, toute TÉglise ; si ses mystères,^ ^&ses sacrements, ses temples, ses cérémonies, toute la religion, estil^^^ descendue dans le mépris, c'est votre ouvrage*. »

Il était nécessaire de montrer la généalogie des erreurs antichré — â tiennes et leur influence sur la vie intime des âmes au XVIIP sièclcc^ J^ pour mettre dans tout son jour l'œuvre salutaire de saint Alphonse. ^^ Toutes les hérésies dont nous venons de parler, jansénisme, gai — M. licanisme, régalisme, philosophisme, étaient en 1750 comme au— j^=j tant de vampires attachés aux flancs de TÉglise. Les uns attaquaien* ^^j le dogme, les autres la morale, ceux-ci le culte, ceux-là les sa— .■■crements. Ils se déchiraient entre eux, mais ils ne faisaient qu*ui^ -o contre Tœuvrc de Jésus-Christ. Voltaire, le coryphée de cett^^^zfe bande infernale, dénonçait tous les jours de sa voix sarcastique Is^ a religion comme une superstition et TÉglise comme une école d^ Je fanatisme.

Alphonse était Thomme-lige du très saint Rédempteur : ami pais — ^ sionné de Jésus et des âmes rachetées par Jésus, il ne s*était fai^Bt missionnaire et n'avait fondé sa congrégation que pour continue •^=p Tœuvre de la rédemption en appliquant aux &mes, même les plu— =as oubliées, le sang du Sauveur. On peut imaginer ce qu'il dut souC — -frir en voyant ces suppôts de Satan se ruer contre le Seigneur es — =t contre son Christ. Il entendit alors résonner à son oreille ce grav c avertissement de TApôtre à son disciple Timothée : « Voici veni p le temps où les hommes ne sauront plus supporter la saine do trine, mais où ils s'entoureront de maîtres qui flattent leurs pa§ sions, et fermeront l'oreille à la vérité pour l'ouvrir à toutes le erreurs. Sois donc vigilant et laborieux, fais ton œuvre d'évange^»listô. Prêche à temps et à contre-temps, réprimande et supplie e û toute patience et selon la doctrine. Travaille en vrai soldat d u Christ 2. » Docile à cette voix, Alphonse va se lancer sur le cham — P de bataille et combattre une à une toutes les erreurs de son temp^^- Quarante ans, nous le verrons occupé à composer deux sortes d'oi^** vrages : des livres de piété pour raviver l'amour divin dans l^^^ cœurs que glaçait le jansénisme, des livres dogmatiques et moraa -^ contre les prédicants d'impiété ou de morale erronée, afin de ré — ' veiller la foi dans les âmes et de les guider dans la voie du salut-

A dater de cette époque, la vie de notre saint va donc s'élargis-

1. Apologie de Vabbé de Prades. Voir RicARn, Les premiers JansénUies, page 39.

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