‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 117 sur 190 · CHA.PITRE VI · texte numérisé non relu

CHA.PITRE VI

Probabilistos et probabilioristes. — Un mot de Thyi-se Gonzalez. — Le futur Docteur de la morale. — Inquiétudes d'Alphonse au sujet du probabilisme. — Les Annotaiiones à Busembaum. — Thèse sur le clerc habiiudinaii*e. — La • Théologie morale •- — Le juste milieu. — Revision générale des opinions. — Leur degré de probabilité. — « Peut-on suivre la moins probable? Je m'abstiens de traiter cette question. • — En pratique, Alphonse choisit Topinion plus probable. — De la confession. — De la communion fréquente.

Tout en défendant sa congrégation contre les attaques des régalistes, Alphonse continuait sa croisade contre le jansénisme. Après avoir rendu aux chrétiens Marie, la trésorière des grâces, il fallait leur rendre Jésus lui-même, source des grâces, source presque tarie depuis que la nouvelle hérésie rendait quasi impossible l'accès du confessionnal et de la table sainte. C'est pour délivrer le monde chrétien de cette tyrannique oppression qu' Alphonse publia, en 1753-1755, les deux volumes de sa Théologie fnora/e, Toeuvre capitale de sa vie, dans laquelle il traça aux confesseurs, au grand dépit des sectaires, la vraie conduite à tenir pour mener les âmes au ciel.

Ia voie du ciel, c'est la voie des commandements, « voie ^étroite », a dit Notre-Seigneur, qu'il faut nécessairement suivre si 1*011 veut se sauver. Le directeur spirituel doit maintenir cette voie telle que Dieu Ta faite, sans Télargir ni la rétrécir. S'il l'élargit en tenant peu compte des lois, il lâche la bride aux passions et conduit à la perdition ; s'il la rétrécit en forgeant des lois qui n'en sont pas, il impose aux chrétiens un joug intolérable et les éloigne du service de Dieu.

Or à l'époque où notre saint entre en lice, le monde venait précisément d'assister à un tournoi séculaire sur la question des

lois douteuses ou probables et sur les dispositions plus ou ii^h?c nécessaires pour recevoir avec fruit les sacrements de péni'^B^u et d'eucharistie. Les moralistes s'étaient divisés en deux cH,im-jps les uns demandaient trop, les autres trop peu; les uns s^acrf. fiaient la loi de Dieu à la liberté, les autres enchaînaient lat berté à des lois de leur façon; ceux-ci oubliaient la miséricoitfc de Dieu, ceux-là sa justice.

Pour se faire une idée de cette importante controverse, il/aa< remarquer que beaucoup de lois, vu la faiblesse de notre esprit^ nous apparaissent, non comme certaines, mais comme douteuses ou plus ou moins probables. Dieu défend Thomicide, cela est ce^ tain; mais n'y a-t-il pas des circonstances où la société, où l'individu même, peuvent donner la mort sans transgresser la loi de Dieu? Et jusqu'où s'étend cette loi par rapport aux sentiments et aux actes qui se rapportent plus ou moins à Thomicide? Sur tous les préceptes du décalogue, sur toutes les lois dcïÉr . glisc, on peut poser une multitude de questions qui domMaol lieu à des milliers de cas de conscience. Dans tous ces cas il y t des raisons de croire qu'une loi existe, et par conséquent VM obligation; il y a aussi des raisons de croire qu'elle n'existe pas, ci que par conséquent Thommc reste libre. Sur quel principe s'appuyer pour se décider en faveur de la loi ou de la liberté? C'ed là l'objet de la fameuse controverse sur le probabil isnie, laquelle « produit une montagne d'in-folio.

Les probabilistes soutinrent que, dans ces conflits entre la lui et la liberté, on peut suivre le parti de la liberté quand l'o^ nion en sa faveur est vraiment probable, c'est-à-dire appuyée sm des raisons assez fortes pour entraîner l'assentiment d'un honuM prudent. Cette proposition, très vraie en un sens, présentait k grave inconvénient d'être élastique et de prêter par conséquent i des interprétations diverses. Une opinion en effet peut être ploi ou moins probable. De là cette question si vivement coDtrove^ sée : « Peut-on suivre une opinion moins probable en faveur de 11 liberté quand l'opinion favorable à la loi est certainement plid probable, c'est-à-dire appuyée sur de plus fortes raisons, etpii consé(|iient plus vraisemblable? » Les théologiens de la premièri moitié du dix-septième siècle, du moins assez généralement, si décidèrent pour l'affirmative, et posèrent en principe qu'il eil permis de suivre une opinion moins probable en faveur de 11 liberté, et par conséquent de regarder comme nulle une loi plus probablement existante.

Mais s'il est permis d'adopter une opinion certainement moins probable, où s'arrêter sur l'échelle descendante des opinions? De iait on ne s'arrôta pas, et beaucoup de théologiens déclarèrent licites des opinions absurdes et parfois immorales. Le janséniste Pascal en profita pour dénoncer au monde la « morale relAchée » des casuistes, qu'il enveloppa tous dans la même condamnation. En 1660, quatre ans après l'apparition des Provinciales, le jésuite Térillus, bien que probabiliste lui-même, sVffrayait du grand nombre des laxistes qui « depuis trente ans, disait-il, remplissaient les bibliothèques de leurs cas de conscience, jetant en pâture au vulgaire des opinions toujours plus laxes afin de capter la bienveillance... Je n'ai pu voir sans horreur, ajoutait-il, comment on foule aux pieds, par les plus frivoles arguments, des lois de Dieu et de l'Église basées sur les preuves les plus solides. 11 y en a (jui font des recueils de ces opinions immorales pour les présenter au public comme le code des consciences. Cela s'appelle un recueil d*opinions probables... Satan a trouvé ce champ de la théologie ensemencé d'opinions graves et sévères; il a semé sur ce froment la zizanie du laxisme et s'en est allé, persuadé qu'on n'arrachera pas l'ivraie sans faire tort au froment. »

Cinq ans après ce cri d alarme, le pape Alexandre VII condamnait les propositions les plus scandaleuses des laxistes. « 11 ne pouvait voir sans une profonde douleur, disait-il, se répandre, au grand détriment des âmes, une multitude d'opinions relâchées. Li"'extrême licence des esprits avait inventé un mode d'opiner absolument contraire à la simplicité évangéh([ue ainsi qu'à la doctrine des saints Pères, et de nature à dépraver les mœurs si les fidèles l'adoptaient comme règle de conduite. La condamnation avait pour but, ajoutait-il, de sauvegarder la voie du salut, déclarée étroite par Notre-Seigneur, et d'empêcher qu'on ne l'élargisse et qu'on ne précipite les fidèles dans le chemin de la perdition. ►> par ce décret du 24 septembre 1665, et par un second en date du 18 mars 1666, le pape réprouva quarante-cinq propositions. Le 2 mars 1699, Innocent XI en condamna soixante-cinq autres €< comme pernicieuses et scandaleuses, » ce qui n'impUquait nuUenient, ajoutait-il, l'approbation de beaucoup d'autres opinions déjà dénoncées ou qui seraient dénoncées dans la suite. 11 réprouvait en particulier cette proposition du probabilisme le plus excessif : <* Pour agir prudemment, il suffit d'avoir en sa faveur une probabiUté quelconque, si légère soit-elle, quaniumvis te/mis^ pourvu qu'on ne sorte pas des limites de la prol)abilité. »

Ces condamnations répétées portèrent un coup fatal au poK^ ro. babilisme, dont le principe, bien que non formellement c ^:=o^. damné, parut dangereux et justement suspect. On chercha d**^^^ un autre système pour établir les droits de la liberté sans l^^set les droits de Dieu. Mais, comme il arrive toujours, la réacCJb/r fut excessive. La majorité des théologiens répudia non sexi/ement Topinion moins probable en faveur de la liberté, m^ même Topinion également probable, c'est-à-dire appuyée sur d'aussi fortes raisons que Topinion favorable à la loi. Pour qu on puisse licitement la suivre, dirent ces réactionnaires, ropinioneu faveur de la liberté doit être non seulement probable, mais plus probable que Topinion opposée : de là leur nom de proboHlioristes. Allant plus loin encore, les rigoristes soutinrent qu'il fallait toujours prendre le parti de la loi tant qu'on n'avait pis la certitude de sa non-existence. L'un d'eux affirma qu'il n'est pis permis de suivre l'opinion très probable, probabilissima^ ^ faveur de la liberté, proposition qui fut condamnée en 1690 ptf Alexandre Vlll. Cette condamnation tempéra jusqu'à un certain point les excès du jansénisme théologique, mais le rigorisme n'en resta pas moins la tendance dominante pendant la première moitié du dix-huitième siècle.

Telle avait été durant cent cinquante ans la marche de Fespnt humain, oscillant entre le probabilisme et le probabiUorisflW. N'existait-il donc pas un milieu entre ces systèmes rivaux? Avantde mourir, le général des jésuites, Thyrse Gonzalez, qui avait eu beaucoup à souffrir de ces discussions, écrivait au pape Clément XI : « Vos prédécesseurs ont condamné l'extrême laxisme et Textrème rigorisme, ex tréma laxitatis et rigoris : à vous. Très Saint Père, de nous préciser le juste milieu de la vérité dans une question de suprême importance pour la vie chrétienne. Votre Sainteté jugera dans sa sagesse quand et comment il conviendra de le faire. » Les papes n'ont pas encore déclaré autlientiquemcnt quel est ce milieu de h vérité entre les systèmes librement controversés, mais quand Gonzalez réclamait cette définition, déjà avait paru l'homme providentiel qui passa une partie de sa vie à chercher ce milieu tant désiré, et dont l'Église a fait un de ses Docteurs, en déclarant que, entre autres titres de gloire, « il a su tracer une voie sûre entre les opinions ou trop larges ou trop rigides des théologiens *. »

En destinant Alphonse à cette œuvre de salut. Dieu l'avait doué

1. Cum inter implexas theologorum sive laxiores sive rigidiores senieniias tmiam straverit viatn. Decreluin super concessione tituHDoctoris, 23 mart. 1871.

hi

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Le tous les dons nécessaires au moraliste : esprit lucide, mémoire enace, jugement droit, bon sens pratique. De plus, sa grande hor- •eur du péché lui avait acquis cet œil pur qui pénètre, par une opte d'intuition, les arcanes des lois et les arcanes plus insondables encore du cœur humain. Homme de prière, il obtint du ciel cette prulence surnaturelle que Dieu refuse aux sages de ce monde, mais [u'il accorde si volontiers aux humbles. Sur sa table de travail se -rouvait l'image de Notre-Dame de Bon Conseil, dont les inspirations n'auront pas été étrangères au Nil censura dignum *. Enfin, pour s'orienter dans le monde moral à travers les innombrables ouvrages accumulés depuis deux siècles par les écoles rivales, Keu lui avait accordé ce labor improbus^ ce courage opiniâtre qui triomphe de tous les obstacles.

En 1723, date de la vocation d'Alphonse, Naples était envahi parles idées régnantes. Des auteurs et des maîtres rigoristes Tittitièrent aux querelles des partis. Or, à cet âge, on ne réagit guère contre rinfluence des auteurs et des professeurs; on s'imprègne des idées en vogue comme on respire Tair ambiant. Alphonse devint naturellement probabilioriste ardent et militant : « Quand je commençai à m'occuper des sciences ecclésiastiques, dit-il luimême, on me donna pour maîtres des partisans de Topinion rigide, «t pendant un certain temps je rompis des lances en sa faveur. » En le familiarisant ainsi avec ces doctrines rigoristes qu'il était appelé k détrôner, Dieu lui faisait explorer le terrain sur lequel il l'appelait * combattre.

Devenu missionnaire, Tamour des âmes lui révéla bien vite les inconvénients de la morale rigide. U est facile de multiplier les lois sur le papier, mais moins aisé de trouver des chrétiens qui les 96ser\ent. De même il est à désirer que tous s'approchent des sacreaents avec des dispositions parfaites, mais si on pousse trop loin 'exigence, la foule désertera le confessionnal et la sainte table. Iphonse comprit que le rigorisme avait le double désavantage de lûltiplicr les péchés et d'empêcher les conversions. U chercha >nc dans les auteurs probabilistes une direction plus bénigne; il persuada comme eux qu'on peut suivre les opinions vraiment ébahies ; mais de nouvelles difficultés vinrent l'assaillir. Quelle t la ligne de démarcation entre les opinions vraiment probables celles qui ne le sont pas? Peut-on croire, par exemple, qu'une inion moins probable reste sérieusement probable en présence

Bien qui mérite censure. Decretum super approbatione operuin S. Alphonsi, mail 1803.

dune opinion certainement plus problable? N'est-ce pas ensuiV^^ cette règle sans aucune distinction que les probabilistes du dUseptiènie siècle sont tombés dans des aberrations dont les fbM sages eux-mêmes n ont pas su se préserver? Et dès lors commeni naviguer sur cette vaste mer des opinions probables sans bouaolfi pour s'orienter et sans pilote pour se diriger au milieu des écueils?

Dès 1741, les notes de conscience d'Alphonse traliissent ses il- ({uiétudes. Pouvait-il suivre au saint tribunal les opinions ppoblbilistes? Il consulta son directeur, M^ Falcoia, qui le rassun, comme le prouve cette note : « Ce 24 octobre 1741, M^ Falcoii m'a donné l'obédience de suivre Topinion pix)bable, ainsi que h font tant d'autres. » 11 obéit aveuglément, sans pouvoir toutef<HSie tranquilliser, car en 1748 il posa les mêmes questions au père CaitfO <{ui confirma la décision de Falcoia. Malgré cela, plus il étudiiit, plus son doute prenait de consistance. Beaucoup d'opinions soutenues par les auteurs, lui paraissaient tellement invraisemblabkik qu'il prit, dès 1745, le parti héroïque de réviser par Itd-mèmcto. divers traités de morale, afin de se faire un choix d'opinions mi* ment probables. Le fruit de ses recherches, nous l'avons dit, tt un volume in-4** de mille pages, qui parut en 1748 sous le titred'i^ notationes à la Medulla de Busembaum. L auteur y prend plâ* entre les deux systèmes. Contre le probabiliorisme il établit qu'i* peut suivre une opinion probable. Quant au probabilisme, tonjoai» inquiet au sujet de sa licéité, il s'abstient de traiter cette questw»- Telles étaient ses dispositions lorsqu'il entreprit le grand oxxsti^ ({ui fait l'objet de ce chapitre.

Une controverse assez chaude avec le pore Jorio, l'un de sesno** breux amis, en fut l'occasion. Dans les Adnotationes, Alphoo* avait soutenu, contrairement à beaucoup de théologiens, (^^ clefc habitué au péché mais sincèrement repentant, pouvait, satf épreuve préalable, recevoir les ordres sacrés. Le père Jorio attacp*; cette doctrine, qui lui parut dangereuse , et porta même la (p^ tion au tribunal du souverain pontife. Benoit XIV pesa les raisoi* des deux champions et loua Jorio de son zèle sans toutefois (f^ damner son contradicteur. Mais on vit alors se produire un pW* nomène assez rare dans l'histoire des controverses. Ayant xsÈlfi' étudié la question, Alphonse, que le pape n'avait pas con se condanma lui-même, et publia, en septembre 1751, un composé tout exprès pour désavouer son premier sentiment et reo forcer les raisons de son adversaire. Cette conduite lui valut l

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appla. udisseinents des théologiens et surtout du père Jorio, qui, enchanté de Topuscule, lui conseilla de Tonvoyer à Rome afin de décid er le pape à sanctionner de son autorité une thèse si nécessaire à la moralité du clergé. Et en effet dans son traité De synodo diœc^^anay Benoît XIV parle avec éloge d'Alphonse et de sa thèse : « Le prêtre Alphonse de Liguori, dit-il, établit qu'un aspirant au sacerdoce esclave d'habitudes vicieuses, peut très bien, s'il se repexTàt sincèrement, recevoir l'absolution sacramentelle sans qu'il soit |>our cela en état de recevoir licitement les ordres sacrés. Avant Tord î nation, il doit subir un temps d'épreuve afin de montrer, en s^ corrigeant de ses mauvaises habitudes, que le fardeau des oblig-otions sacerdotales n'est pas trop lourd pour lui. Que s'il refuse de consentir au délai imposé, il se rend par là-mème indigne d absolution. » Cette décision d'Alphonse, sanctionnée par Benoit XIV, doit faire loi plus que jamais, aujourd'hui que les jeunes clercs, arrachas aux asiles d'innocence, sont jetés violemment dans les casernes, ^t par là-même exposés à contracter les habitudes les plus vicie ^A ses. Sans les épreuves et les purifications nécessaires, on verrait ^n peu de temps la dissolution et le scandale envahir le sanctuaic^^ et déshonorer les rangs du clergé.

Le succès de cette dissertation dans le public et près de Benoit ^IV, poussa les amis d'Alphonse à lui demander une nouvelle édition, revue et considérablement augmentée, des Adnotationes pubLx^es en 174-8. D'après leur avis, ces Adnotationes devaient être coMÎ^érées comme une simple ébauche de l'œuvre future. Cette théologie morale, traitant de tous les cas de conscience, on la soumettrait au jugement et à l'approbation de Benoît XIV, dont la bienveillance et la haute estime étaient maintenant acquises au ^"^t fondateur, et l'on pouvait affirmer sans crainte qu'elle devien- ^^it le code des confesseurs.

*'^ïphonse se mit sans retard à l'œuvre. Avec quelle constance et ^'ielXe ardeur, on peut le conjecturer par ces quelques mots *^*^ssés en décembre 1751 à la supérieure des carmélites de Ri- '^^^ndida, qui réclamait sa visite : « Ma santé ne supporle plus de P^^^ils voyages. D'ailleurs je suis occupé à composer un ouvrage ^^Uné aux confesseurs, je n'ai plas un moment libre, et je ne sors P*^s de la maison. » 11 en sortait encore, mais par nécessité : témoin ®^^ séjour à Naples en 1752 pour solliciter l'approbation royale en ÎH-veup de la congrégation. L'homme de Dieu resta ainsi à la chaîne d^i^ant quatre ans, compulsant les auteurs, transformant les Ad- ^^ationes de 1748 en véritables dissertations, pesant sur chaque

question les arguments et les autorités, puis formulant son jugement après avoir invoqué sa divine auxiliatrice , Notre-Dame de Bon Conseil.

A côté de lui, Aniello Ruseigno copiait les nombreux extraits des auteurs qu'Alphonse voulait mettre en œuvre. Ce jeune père venail de faire profession juste au moment où le saint avait besoin d*on homme intelligent pour l'aider dans ses recherches. Ruseigno se mit à la besogne avec tant d activité qu'en peu d'années il osa complètement sa santé. Un jour qu'il était courbé selon son habitude sur quelque vieil in-folio, il se mit à vomir des flots de sang. Alphonse l'envoya aussitôt dans une autre maison, mais ni le changement d'air, ni le repos, ni les remèdes, ne purent arrêter les ravages de la phtisie. 11 mourut à Tâge de trente ans, doux et affable jusqu'au dernier soupir, heureux d'avoir pu contribuer, du moiosmatériellement, à élever le monument qui devait immortaliser soem père bien-aimé.

Les deux volumes de la Théologie morale parurent séparénaenBI l'un en 1753 et l'autre en 1755. La préface indique clairement but poursui\î : « En lisant les auteurs, dit le saint, j'en ai trom"^;^ de trop indulgents qui, sans se préoccuper du vrai, écrivent poi^cu plaire au monde , ainsi que s'exprime Isaïe : Die nabis placenùs=^ Toujours prêt à mettre des coussins sous la tête des pécheurs, les endorment dans le vice. Il n'est pas douteux que ces théologii causent un immense dommage à l'Église, car les amateurs de l — -^ vie facile s'empressent de suivre leurs maximes. J'en ai trouvé d'ai^ ^ très qui, dans leur excessive rigidité, confondent les conseils ave^^ les préceptes, et chargent les consciences de commandements nou^ veaux sans tenir compte de l'humaine faiblesse. Les uns mènent les âmes à leur perte par le relâchement, les autres par le découragement. En composant ce nouvel ouvrage, j'ai eu pour but de temr le juste milieu entre les opinions laxes et les opinions rigides. » j

Pour arriver à ce but, il soumit à un examen minutieux les mil- '■ liers de questions qui font l'objet de la théologie morale, afin d'établir la certitude ou le degré de probabilité des opinions émises par les théologiens. Et comme il est impossible de porter un jugement réfléchi sur des opinions en conflit sans connaître les fondements qui les appuient, c'est-à-dire les raisons et les autorités alléguées en leur faveur, il dut non seulement constater les opinions des auteurs parus depuis deux siècles, mais encore peser leurs raisons et les juger. « Pour m'éclairer dans les questions douteuses dit-il, je n'ai reculé devant aucune fatigue. J'ai compulsé les auteurs

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classiques tant anciens que modernes, ceux de l'opinion bénigne comme ceux de Topinion rigide. Je me suis spécialement appliqué à examiner dans leurs sources tous les textes de droit canonique relatifs aux matières traitées. J'ai noté soigneusement les passag-es des Pères en les accompagnant de réflexions. J'ai transcrit et rapporté les doctrines de saint Thomas, puisées. à leurs sources. D&ns les controverses embrouillées, quand il m'était impossible de résoudre mes doutes par la lecture des auteurs, j'ai consulté les dootes personnages dont les lumières pouvaient m'être utiles. En appréciant les opinions, j'ai toujours tenu compte de la raison plus qac5 de l'autorité. Avant de prononcer mon jugement, j'ai tâché de conserver la plus complète indiflTérence , afin de ne me laisser influencer ni par le préjugé ni par la passion. Ayant ainsi déterminé justement, autant qu'il m'a été permis de le faire, la valeur respective des opinions, je leur ai donné les notes caractéristiques de : 'moins probable, également probable, plus probable, et, pour ne pas laisser les lecteurs perplexes, je me suis efforcé, du moins générale- 'ï^ent, d'indiquer le sentiment que j'adopte, contrairement à tant ^'auteurs qui se contentent de rapporter les opinions des autres *^ïis faire connaître la leur, au grand désappointement de ceux T^^ lisent leurs ouvrages ^ .»

Diaprés cet exposé, l'on voit que la Théologie morale du saint ^o^istitue une vaste encyclopédie de toutes les questions, certaines ^^^ controversées, résolues d'après la doctrine de l'Écriture ou des ^^ints Pères, les décisions de la sainte Église, les principes des fi^^^^mds théologiens, e4 tous les arguments que la raison peut fournir. '^ * ci^uvrage , vraie bibliothèque des théologiens, contient quatre- ^"S^Xigt mille citations, tirées de huit cents auteurs.

9dJ^ ce premier travail sur le degré de probabilité des opinions,

*^ terrain se trouvait singulièrement déblayé, car Alphonse avait

^«-ilniné comme improbables une multitude d'opinions que les laxistes

^^saient entrer dans le cercle des probabilités. Mais ces opinions

V^*il divise en trois classes : moins probables, plus probables, éga-

^^«Xient probables, permet-il de les adopter et les adopte-t-il lui-

n^^me indistinctement? — C'est la brûlante question du probabi-

^suie, qu'il n'a pas tranchée jusqu'ici et qu'il ne veut pas trancher

encore. « Je n'ai pas l'intention, dit-il, d'étudier dans cet ouvrage

À l'on peut suivre l'opinion moins probable en face d'une opinion

çlus probable. Cette controverse, agitée depuis deux siècles et par-

1. Théologie Morale, préface de la seconde édition, Naples, 1758.

SAIXT ALPHONSE DE UGUORI. — T. I. 31

ticulièrcraent de notre temps, a beaucoup exercé la plume d^ savants, lesquels à mon avis nous ont d'autant moins éclairés quT^ se sont échauffés davantage. Avec plus de modération, ils eusseKi3t mieux réussi à mettre la vérité en lumière. Je ne traite donc p^B.s cette question, bien que je déclare ignorer pourquoi Ton rejetterajmt comme improbables des opinions appuyées sur un grave fondemei^^t de vraisemblance ou d'autorité quand lopinion opposée n'a poiofc-t pour elle une autorité infaiUible ou une raison évidente qui noi»^ s convainque de sa vérité. »

Évidemment à cette époque Alphonse inclinait vers le princii^ ^ probabiliste. Spéculativement, il croyait qu'une opinion moii»- « probable peut rester probable; mais, en pratique^ reste-t-elle suK^ samment probable pour qu'on puisse l'autoriser? il n'osait se pr< noncer sur ce point ^. En 1757, dans une troisième édition de i Morale, il se refusera de nouveau à traiter la question. Ce n'e^^t qu'en 1759, et mieux encore en 1762, qu'après avoir établi lesprin*-cipes de son système équiprobabiliste, il condamnera définitivemecv^ ^ Tusage de l'opinion moins probable.

Mais, même dès à présent, il faut ici distinguer soigneusement L-^ spéculation de la pratique. Si Alphonse hésite à condamner le pri»'' cipe probabiliste, il ne s'en sert jamais dans sa Morale pour choisi^ ses opinions. De deux opinions en présence, il adopte toujours 1^ plus probable, en d'autres termes la plus vraisemblable. Sous ^^ rapport il pratiquait l'équiprobabilisme bien avant d'en avo*^

1. Alphonse imprima cependant, en 1749 et 1755, deux dissertations qu1l appeU^ tcolaslico-moreUes, dans lesquelles il accumule les preuves en faveur du probabiiisi0^ ^ mais ces essais ou études, distribués à quelques amis, ne constituent nullement un e^'" seignement officiel, car : r il ne les a pas signés, 2^ il ne les a point liTrés ao gnnd publia* La preuve, c'est que les rigoristes, si acharnés contre son prétendu laxisme, ne Ini 00' jamais reproché ces deux brochures probabilistes. D'ailleurs, comment aurait-il pu âi^ dans sa Théologie morale : a Je m'abstiens de traiter la question du probabilisme • ^ ces deux dissertations, où il en traite ex professo, eussent été dans les mains de ses 1^' teurs? 3"* Jamais il n'inséra ces dissertations dans ses ouyrages de Morale. On ae ^^ trouve ni dans la Théologie, réimprimée neuf fois du Yiyant de Fauteur, ni dans ^^ diverses éditions de VHomo apostolicus, ni dans le Confessore direlto. £lles ne pro*^^ vent donc rien contre un enseignement officiel qui les contredit ouYertement. Le rf^ sentiment d* Alphonse à cette époque se trouve parfaitement exprimé dans une KifviÊ>^ adressée à un censeur anonyme. « Il est vrai, dit-il, que j*al appelé probables cerlaiii^^ opinions, bien que la mienne ine parût plus probable, car je suis d'aTîs, du moi^ spéculativement parlant, qu'une opinion peut être vraiment prol>able en face d'une opf ^^^ nion plus probable... Mais, pratiquement, nous est-il permis ou ne nous est-U paspermi^^ de suivre les opinions qui nous paraissent moins probables, je n'entre pas dans oeltr question. Je l'abandonne aux auteurs qui, de nos jours, n*ont que trop écrit là-dessos. Plûi à Dieu qu'ils l'eussent fait avec plus de modération! » {Béptmse à un censeur anonyme, 1756.]

trouvé la formule exacte. Cela résulte clairement des trois déclarations suivantes :

c< Vous trouverez dans cet ouvrage, dit-il, Tensemble des questions les plus pratiques. Sur chacune de ces questions je n ai rien négligé pour discerner les opinions les plus conformes à la vérité, v^^Htati conformiores, » c'est-à-dire les plus vraisemblables. Et il aj oiite dans un Monitum spécial : « Ne croyez pas, cher lecteur, que j'approuve une opinion par le fait seul que je ne la réprouve pas, car parfois il m'arrive d'exposer certaines opinions avec leurs raisons et leurs patrons, laissant à la prudence de chacun le soin d'en jug^er la valeur. Quand j'appelle une opinion plus vraie, veriorem, alors je ne regarde pasTopinion opposée comme probable; quand, de deux opinions en conflit, j'appelle Tune plus probable, probable liorem, sans me prononcer sur la probabilité de l'opinion opposée, ou inème que j'emploie cette formule non audeo damnare^ je n'entends nullement dire par là que je considère ceUe-ci comme probable, mais que je m'en remets là-dessus au jugement de plus sages que moi. » N'étant pas fixé sur la licéité du principe probabiliste, il iit^osait pas condamner ceux qui adoptaient une opinion moins probable, mais pour son propre compte il suivait toujours l'opinion plus probable. Celle-là, c'est la sienne, comme il le dit au censeur anonyme.

La seconde déclaration se trouve dans la dédicace de la Théologie nkorale au pape Benott XIV : « Appelé par un bienfait spécial de Weu, dit-il, à évangéliser les âmes les plus dépourvues de secours spirituels, je compris bien vite que ce ministère requérait une science plus qu'ordinaire. Je me mis donc à recueillir les opinions î^e je jugeai pbis probables, probabiliores, et plus utiles au salut des âmes. Je lus pour cela une foule d'auteurs tant de l'opinion béni- P^e que de l'opinion rigide. Je trouvai les uns trop indulgents et les autres trop sévères. Je crus donc utile de publier un ouvrage qui y^itlàt le juste milieu, et dans lequel j'exposerais les opinions les plus vraisemblables, magis veritati consonas, et les plus utiles à la dii*ection des âmes. De là mes Adnotationes à la Medulla de Busem- '^Um, et cette seconde édition, mieux ordonnée, et enrichie de nom- *^^^uses additions. »

Ces deux déclarations ne laissent subsister aucun doute, mais le

^^it suivant en appela une troisième, plus explicite encore. Dans

^^ Adnotationes de 1748, Alphonse avait adopté nombre d'opi-

nions qui, après réflexion, lui parurent peu fondées. Il voulut les

tétracter, mais ses amis lui firent observer que ces opinions étaient

patronnées par des auteurs graves et justement estimés. Des théologiens probabilistes et même probabilioristes, consultés à ceteffet, furent aussi d avis qu'il n'y avait pas lieu à rétractation. On lit même valoir, dit Tannoia, qu'une pareille palinodie compromettrait gravement sa réputation. « Peu m'importe ce que le monde pensera de moi, répondit-il; je ne cherche point ma gloire, mais la gloire de Dieu. » Malgré tous les opposants, il mit son projet à exécution dans cette seconde édition : « J'ai cru devoir réformer, dit-il en sa préface , certaines opinions que j'avais d'abord embrassées. Sujet à l'erreur comme tout homme ici-bas, je ne rougis pats de me rétracter. Saint Augustin et saint Thomas l'ont fait avac».^ moi. » Et l'ouvrage commence par un catalogue de quatre-vingt: dix-neuf propositions rétractées ou réformées. Or pourquoi le sair»- 1 s'est-il obstiné à faire cette solennelle rétractation d'opinions ensei gnées par des théologiens sérieux , d'opinions regardées par s^ ^ amis comme solidement probables? Il nous l'apprend lui-même * « Si j'ai réprouvé dans ma Morale, dit-il, un grand nombre d opi^ nions approuvées par beaucoup d'auteurs, c'est que je les ai jugé^^ certainement moins probables, corne certamente meno probabili *- Il est donc évident que , loin de composer sa Morale d'après l^ principe probabiliste, Alphonse en a éliminé avec le plus gtsS^^ soin les opinions certainement moins probables.

Cette doctrine qu'Alphonse a suivie pratiquement, comme noi^ venons de le voir, il l'établira rationnellement et l'enseignera juéî* qu'à sa mort, ce qui lui permettra de dire : « Je n'ai point écrî* pour me faire une réputation de savant, mais pour la gloire de Dî^^ et le salut des ànies. J'ai écrit contre les auteurs trop faciles, et ils n^ m'ont épargné ni les lamentations ni les mépris. Je l'ai fait pour n^ pas voir la morale chrétienne élargie par cette liberté sans frein de^ opinions qu'Alexandre VII réprouvait en l'appelant un mode d'opiner tout à fait contraire à la simplicité évangélique. J'ai écri^ également contre les auteurs trop rigides, afin de ne pas voir l^ consciences enchaînées et les âmes en danger de se perdre par 1^ exigences d'un injuste rigorisme ^. »

Alphonse appliqua ce principe du juste milieu à toutes les que^^^ tions théologiques, mais surtout aux lois concernant les sacrement^ de pénitence et d'eucharistie, desquels dépend plus particulièrement le salut des chrétiens et que pour cette raison les jansénistes avaient le plus maltraités. Il combattit à outrance le rigorisme, qui

1« DelV uso moderato delV opinione probabile, 1765, c. HI, { 8, n. 81. 3. Dichiarazione del Sistema.

LA t THÉOLOGIE MORALE. » 4^

éloig^iait des sacrements, mais sans tomber dans le laxisme, qui les ren.cl inutiles et même nuisibles. Voici la très juste observation par la.C|\ielle il ouvre son très salutaire traité de la pénitence : « Notre Seigneur Jésus-Christ, dit-il, a institué ce sacrement comme reaiède à la faiblesse humaine. Avant tout, pour s'acquitter équitablement du devoir qui lui incombe, le confesseur doit savoir que, s'il est juge, il est aussi père et médecin des âmes. Sa facilité trop graxide deviendrait une source de péchés ; sa trop grande sévérité pousserait au désespoir. L esprit du Christ nVst point avec ceux qui traitent durement les pécheurs, et les saints Pères condamnent également l'excessive condescendance et Tindiscrète rigueur envers les pénitents. « Gardez-vous, dit saint Bonaventure, de vous faire une '« conscience trop large ou trop étroite : Tune enfante la présomp- « tion, l'autre le désespoir. » Il est certain, ajoute saint Alphonse, ^^e les confesseurs trop indulgents ont fait un mal immense à l'*^8"lise, parce que la grande majorité des hommes a suivi sans au- ^^Tx frein la pente des vices ; mais ceux-là aussi ont nui singulière- 'ïient aux âmes, dont la sévérité a poussé les pécheurs, d abord dans la voie du sacrilège, puis du découragement, enfin dans un û-bluae de fange et de péchés *. »>

Mais en quoi consistait, du temps d'Alphonse, la trop grande sévé- ^té des confesseurs? On se rappelle que les jansénistes, sous pré- *^xte de mieux préparer les pénitents, différaient labsolution quel- ^^^fois pendant des années, et même jusqu'à la mort. Sans être j&rksénisteSy les directeurs suivaient plus ou moins les méthodes de ^^s hérétiques et Ton imposait aux pécheurs des délais d'absolution absolument injustifiables, de sorte que, dans certains diocèses, jamais un pénitent n'était absous après la confession de ses péchés. Il *^llait subir un temps d'épreuve entre la confession et le pardon, ^phonse enseigne, contrairement à cet usage abusif, que le con- 'fesseur n'a pas le droit de refuser l'absolution au pécheur disposé à la recevoir. Sans doute il a le droit et le devoir de connal- '^^ les dispositions du pénitent, si vraiment Q est contrit de ses ^^tes, s'il a le ferme propos de ne plus les commettre à l'avenir; ^^is quand il peut juger prudemment que ces dispositions exis- ^^t^ il est tenu de donner labsolution. Le pécheur y a droit, ^' ^i^est alors une injustice tant de le priver de la grâce du sa- ^^ïïient que de lui imposer une nouvelle et inutile démarche P^Vip la recevoir 2. « Renvoyer ainsi les pécheurs de mois en mois

* - Ub. VI, iricl. IV, D. 426.

^- ibid. B. 604.

selon la méthode de certains directeurs, ce n'est pas secourir les pécheurs, disait-il, c'est les perdre. Quand le pénitent reconnaltet déteste son état, il ne faut pas Tabandonner à ses propres forces dans la lutte qu'il soutient contre la tentation, il faut le secourir; et le plus puissant secours à lui donner, c'est la grÀce des sacrements. Différer Tabsolution pendant des mois et des mois, c est une pratique janséniste : ceux qui la suivent n'ont pas à cœur de faire aimer mais plutôt de rendre inutiles les sacrements. » ■'^

t) un autre côté, si' le confesseur doit donner l'absolutioD aux pécheurs qu'il juge dans sa prudence disposés à la recevoir, il doit la refuser à ceux qui viennent à lui dépourvus de ces dispositions ^ c'est-à-dire sans contrition ni bon propos. « i^e bon propos, iA^^ saint Alphonse, implique la résolution de prendre les moyens nécessaires pour ne pas retomber dans les mêmes péchés, notammecm. t d'éviter les occasions prochaines de péché. Qui peut et ne veut pai^ ^ les éviter est indigne d'absolution, dit Innocent XI, en condamnai"»- * une proposition qui affirmait le contraire. En donnant Tabsolutio-^*^ à tout venant sans tenir compte des occasions prochaines de pécb^ r le confesseur croit faire acte de miséricorde envers son pénitent,^ * il exerce à son égard la plus barbare cruauté. Saint Thomas â- ^ Villeneuve appelle impie pios ceux qui, pour ne pas contrister ^* pénitent, le laissent croupir dans son bourbier*. » De mêïï*-^ Alphonse s'élève contre les confesseurs qui absolvent, sans auci^^^ signe particulier de contrition, des récidifs revenant toujoU^^ chargés des mêmes péchés, toujours infidèles à leurs résolutiol^^ ' Comment leur simple parole vingt fois trahie pourrait-elle être «^^ signe de bon propos si aucun autrç signe n'autorise le confesseol* croire que le cœur du pénitent est mieux disposé? « Plût à Die*^'' s'écrie notre saint, que les confesseurs attendissent, pour absoud^*^ ces relaps, un vrai signe de contrition! Mais, chose triste à dir^ ' il en est qui donnent l'absolution à tout venant, sans autre signe ^^ contrition qu'une vaine parole, sans aucune admonition, sans incJ^"" cation de remède pour prévenir de nouvelles chutes; et de là pir^^^^ vient la ruine d'une infinité d'àmes^. »

Le saint docteur eut à lutter contre les mêmes excès relativeme ^^ à la sainte communion. Les jansénistes, nous l'avons vu, exigeaie:^^ des dispositions impossibles afin d'écarter tous les fidèles de ^? table sainte. Innocent XI condamna cette proposition de Balus, ^ chère à Saint-Cyran et au grand Arnauld : « On ne peut communi-^^^

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