‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 118 sur 190 · Ibid., lib. VI, tract. IV, n · texte numérisé non relu

Ibid., lib. VI, tract. IV, n

si l'on n a dans le cœur le très pur amour de Dieu, sans ombre de ■Tiélange. » D'autres, non moins coupables, enseignaient que la fréquente confession et la fréquente communion sont des signes de prédestination, môme pour ceux qui vivent d'une manière toute profane et toute païenne ^ Cette proposition fut aussi condamnée par Innocent XI. « Signe de prédestination! s'écrie saint Alphonse ^n rapportant cette sacrilège énormité, dites plutôt signe de réprol3ation ! » Ici encore il prit la voie moyenne, et prouva aux rigoristes <pi'ils perdent les âmes en leur refusant le fruit de vie, et aux relè^chés, qui donnent la communion sans exiger les dispositions recpiises, qu*ils damnent les âmes en transformant le fruit de vie en Iruît de mort. Puis il trace des règles pratiques dans lesquelles la fréquence plus ou moins grande des communions se mesure sur les dispositions plus ou moins parfaites du pénitent et le fruit qu'il en retire.

A tous les chrétiens décidés à pratiquer les commandements en matière grave et à se préserver de tout péché mortel, il accorde et <M>nseille même la communion hebdomadaire, bien qu'ils n'aient pas encore le courage de combattre le péché véniel. La communion leur donnera la force de lutter contre les tentations, et si parfois ils font une chute, de se relever avec courage.

Si Tàme veut résolument sortir de la tiédeur, sacrifier toute affection à n'importe quel péché véniel délibéré, combattre ses inclinations vicieuses, et s'exciter à la ferveur par loraison, Alphonse lui permet de communier plusieurs fois la semaine, plus ou moins fréquemment selon le fruit ([u'elle retirera de ses commumons. Sans doute l'âme ainsi disposée pourra de temps en temps manquer à ses résolutions, mais si elle persévère à communier souvent, sa volonté s'affermira, son cœur se purifiera, et la grâce de Dieu, toujours plus forte et plus active, finira par dominer les vices et les concupiscences.

Enfin si l'àme parlent à surmonter d une manière générale ses mauvaises inclinations, si elle s'adonne à l'oraison et à la mortification, si elle conçoit un vif désir de la perfection et de l'union avec Dieu, le saint lui permet la conmiunion quotidienne, comme étant le grand moyen de s'enflammer du di>dn amour.

On peut s'imaginer la fureur des jansénistes quand ils lurent dans la Théologie de saint Alphonse une doctrine sur la communion fréquente qui renversait tous leurs plans. Plus tard certains

1* in his qui gentiliter vivunt, XI* prop. damn. ab Inn. XI.

rigoristes attaquèrent cette doctrine, mais il la défendit avec ngueur. Non content de la défendre, il la propagea dans tous ses écrits , la recommanda dans toutes ses missions et retraites, et la popularisa par tous les moyens en son pouvoir. Avec Foraison et la dévotion à la sainte Vierge, la fréquentation des sacrements devint, dans sa congrégation, le thème obligé de tous les semions sur la persévérance. On peut dire sans exagération que, si la sainte table, autrefois déserte, est aujourd'hui encombrée de fidèles qui viennent y chercher le pain de vde, c'est en grande partie aux écrits et à rinfluence de notre saint que le monde chrétien en est rede\'able. Puisse le saint docteur, après avoir triomphé des rigoristes qui exigeaient des communiants « Tamour très pur » , triompher aujourd'hui des complaisants qui permettent la communion fréquente et même quotidienne aux âmes mondaines, quœ gentililer vivunt!

L'apparition de la Théologie morale fut un véritable événeiueat- Les théologiens les plus éniineuts naviguaient difficilement entre Charybde et Scylla. Les uns, emportés parleur nature inflexible, se jetaient sur Técueil du rigorisme; les autres, trop flexibles aiu contraire, « voulaient forcer la règle de se plier jusqu'à un certain point aux temps, aux lieux, aux caractères, et gagner ainsi des âmes à tout prix, ce qui n'est pas permis. Telle est la loi de notre nature, dit Joseph de Maistre. Si quelquefois des qualités sublimes et d'un caractère opposé se trouvent réunies dans le même sujet en parfait équilibre, ce sont des prodiges qui viennent de temps en temps honorer l'humanité, sans donner, hélas ! espérance au graad nombre. » Ce prodige du parfait équilibre, Alphonse l'avait réalise dans sa Théologie, ce qui lui attira des approbations sans nombre» Dans une lettre du 15 juillet 1755, le docte pontife Benoit XIV déclara que cet ouvrage serait de la plus grande utilité et réunirai* tous les suffrages, utilissimum et probatissimum. Le reviseur ecclé* siastique lui donna l'approbation la plus élogieuse : « Dans ce livre» dit-il, rien qui blesse les bonnes mœurs ou la piété chrétienï^®^ aucune de ces propositions rigides dont l'Église a souverainem^^ horreur; encore moins de ces opinions relâchées qui perdent 1^ âmes. Tout y est marqué au coin de la bonne doctrine, tout y ^^* ordonné d'après les principes les plus propres à réformer 1^ mœurs. Cette doctrine, fruit d'une profonde sagesse et d'un labeUf opiniâtre, l'auteur en a puisé les éléments dans les saints canouS, la jurisprudence civile, les écrits du Docteur angélique, les décisions des grands moralistes, et les décrets du pontife heureusement régnant. Cet ou\Tage sera un trésor pour les prêtres, spécialement

les confesseurs, car ils y trouveront toute la doctrine nccestant à rinstruction qu'à la direction des ànies. » Munie de ces ?s approbations, la Théologie morale fut accueillie comme une 'e d*utilité publique. Neuf éditions de ce grand ouvrage s'eurent du vivant de Fauteur, sans compter les nombreuses pressions des divers abrégés composés par lui soit en italien m latin *. La Théologie morale de saint Alphonse, mise par ise à l'abri de toute censure, est aujourd'hui dans toutes les s, et n'a pas peu contribué, comme chacun le sait, à mérinotre saint le titre de docteur.

Istntzione e Pratiea, VHomo apostolicus, le Confessore diretto, dont on ne e plas les éditions.

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