Lettre de Borgia, février
• liargé de le conduire à Iliceto, raconte le père Apice. Épuisé, respirant à peine, il se tenait silencieux dans le fond de la voiture; xxais quand venait Fheure de Toraison, il me disait à ma confusion : c Père, mettons-nous en prière. » Arrivés au pont de Bovino, nous liâmes gravir à pied la montée qui conduit à la ville. Le pauvre »nfant ne poussa pas une plainte, bien qu'il fût sur le point l'expirer.
A Notre-Dame de Consolation comme à Ciorani, il captiva tous les
cœurs par l'héroïsme de ses vertus. Dans cette maison se trouvait
un. saint, le frère Gérard Hajella. Les saints se comprennent vite :
aussi Dominique et Gérard se lièrent-ils d'une étroite amitié. Ils se
promirent de dire chaque jour un Ave Maria l'un pour l'autre jus-
qu^à la mort. Gérard était en ce temps-là plongé dans un abîme de
désolations intérieures, au point qu'un jour il dit à son jeune
ami : « Mon cœur est près d'éclater, priez pour moi. » Dominique
lui fit un signe de croix sur la poitrine, et à Tinistant même Gérard
retrouva le calme et la paix. Alphonse avait ordonné aux pères
missionnaires de le prendre quelquefois avec eux, ne fût-ce que
pour enseigner aux fidèles les mystères du rosaire. Il assista ainsi à
plusieurs missions et fit partout Tachniration de l'auditoire. A La-
cedogna, l'évèque, IW Aniceto, allait l'entendre tous les soirs, et fut
si ravi de son angélique piété qu'il voulut l'avoir chaque matin
pour lui servir la messe.
En novembre 1751, on le conduisit à Nocera, où il reprit l'étude de la théologie. On vit bientôt que son intelligence égalait sa force d'àme, mais encore une fois la maladie l'empêcha de se livrer au ^ï*av&il. De nouveau on l'envoya en mission. Il fit alors le caté- ^bisme aux enfants qui, ravis de l'entendre et plus encore de le Contempler devant le saint Sacrement, le suivaient partout pour *^i baiser la main. « 0 mon Dieu! disait alors Dominique, s'ils con- '^^issaient le pécheur que je suis, ces pauvres enfants ne me donneraient pas ces marques de respect. » A la mission de Langusi, *^e père Amarante imagina un nouveau moyen de conversion. Il dit ^ Dominique : « Placez-vous au milieu de l'église et priez pour les 1^ livres pécheurs. » Dominique obéit, et le père se rendit au confessionnal. Chaque fois qu'il rencontrait un pécheur obstiné et endurci : « Allez voir le saint jeune homme qui prie devant le saint Sacrement, et puis revenez me trouver. » A la vue de cet ange ï^evétu de chair, immobile et comme en extase devant l'autel, les pécheurs, émuà et convertis, revenaient aux pieds du père Amarante demander le pardon de Dieu. A Pagani le père Ferrara disait
en parlant de Dominique : « C'est une àme innocente aujourd'hui j èomme au jour de son baptême. » Et dans les rues, en le voyant s-^ passer, on s'écriait : « Voilà le saint, voilà le saint! »
Au mois de juillet 1752, on Fenvoya à Gaposele, où le pèreCa-^^ faro le reçut avec un vrai trcansport de joie. Un frère partait poiL w Ciorani : « Vous direz aux pères de là-bas, lui recommanda-t-ï3, que nous ne sommes pas dignes d'avoir parmi nous Tétudianf Blasucci. » Quelques jours après, le saint jeune homme éprouva une vive consolation. Il avait un frère qu'il aimait beaucoup. Appelé comme lui à la vie religieuse, il tardait à se donner à Dieu. Après sa profession, Dominique lui avait écrit cette lettre : « Mon cher Paul, tu penses toujours quitter le monde, et cela me réjom.iit; mais je crains que tous ces délais ne compromettent ta vocation. 0 mon cher frère, je désire que tu sois un saint, un grand sainte ,et .voilà pourquoi je brûle de te voir enfin dans notre sainte maison- Oh! dis-moi donc l'obstacle qui t'arrête, afin que je trouve mo^en de le briser. » L'obstacle, c'était l'opposition de sa famille; «"mais Paul, entraîné par les touchants appels et fortifié par les prières de son frère, s'enfuit delà maison paternelle et vint se réfugier à d3orani. Le 15 août 1752, Paul Blasucci, l'une des gloires de la congrégation, son second supérieur général, prit l'habit du Très Saint— Rédempteur. Au comble de ses vœux, Dominique dit à ceux qui 1"* entouraient : « Maintenant je puis mourir! »
Dès lors la maladie fit des progrès rapides. On lui interdit d"" appliquer son esprit et même de penser à Dieu, ce qui jeta son AJne dans de mortelles angoisses. Il voulait se distraire pour ne pas ^^ sobéir, et son amour l'entraînait vers Dieu malgré lui. « Mon pérre, écrivit-il à son directeur, pour épargner ma santé, vous voulez €f^^ je me détache de Dieu, mais la violence que je m'impose pour m'en éloigner me fait mourir. J'ai beau faire, je me retrouve a'^*^ Dieu sans m'en apercevoir. Je me défends comme je puis contre 1* plénitude des affluences célestes, mais comment lutter contre Di^^» qui allume dans mon cœur une flamme ardente que je n'ai n£ ^^ courage ni la force d'éteindre? » On le laissa libre, mais la contef^ plation d'ici-bas ne lui suffisait plus. Se promenant un jour dans >^ jardin avec un ami, il leva les yeux au ciel et s'écria : « Ah! Se^' gneur, quand viendra le moment qui doit m'unir à vous? »
Pendant les derniers mois qu'il passa sur la terre, ses souffrance^ furent cruelles. Il ne pouvait sans des efforts douloureux ni prendre de nourriture ni même avaler le >dn que le médecin lui avait prescrit. Jamais il ne poussa une plainte, jamais il ne témoigna la
^indre'impatfence. Quand on lui demandait comment il se trouît, il répondait invariablement : Sto bene,je vais bien. Le mccinqui le soignait dit un jour en souriant : « Celui-là, c'est la ?re Sio bene^ » et en sortant il ajouta : « En le voyant, je crois voir ÎTit Stanislas. »
Le 2 novembre, jour des morts, aux questions ordinaires sur sa nié, il répondit : « Je me sens moins bien. » On comprit que la ort approchait. Le père Cafaro ne voulut pas qu'il descendit au lœur comme tous les jours pour recevoir la sainte communion, laisillui fit porter le saint viatique. Après Faction de grâces, il ïsta silencieux et reçut rextrême-onction. Les pères et les frères se assemblèrent autour de son lit pour réciter les prières des agonitnts. Lui, calme et tranquille, tenait le crucifix dans ses bras. Les rières terminées, il rendit doucement le dernier soupir. « Le lint est mort! » s'écrièrent tous les assistants.
11 avait vingt ans et six mois. c< C'est un saint, disait un jour Lphonse, mais vous verrez que Dieu nous le prendra, parce que >nsummatus in brevi explevit tempora midta, » Il avait, en eifet, arche à pas de géant dans le chemin des vertus. « Il a été héroïle en tout, écrivait le père Cafaro au recteur majeur, tellement l'on pouvait le canoniser de son vivant. Moi qui passe pour dif- 5Île, je le regarde comme un grand saint, et je conserve un morau de son habit comme une précieuse relique. » — « Je suis sûr l'il n'a point passé par le purgatoire, écrivait à son tour le père >ice, car si cet ange a dû passer par le lieu d'expiation, personne ï nous ne peut espérer d'y échapper. » Dieu lui-même ratifia ces oges : « Deux jours après sa mort, son corps restait flexible comme il eût été vivant. Pendant qu'il était exposé à l'église, on prit son iptrait. Tout à coup le cadavre ouvrit les yeux et les tint attachés ip le père Cafaro, à la grande stupeurdu médecin Santorelli, qui se •ouvait présent à cette scène : « Ne vous étonnez pas, lui dit le ère Cafaro, je lui ai donné mentalement l'obédience d'ouvrir les eux jusqu'après le travail du peintre. » Quelques jours après la épalture, on lui fit au bras une légère incision d'où s'échappa un »Bç frais et vermeil. Depuis ce temps, grand nombre de guérisons Diùraculeuses ont été obtenues par son intercession. Par l'ordre <i' Alphonse, de nombreux documents sur la vie et les vertus de Dofflinique Blasucci ont été recueillis et conservés en vue de sa béatifi- ^tion, qui, nous pouvons l'espérer, n'est pas éloignée.
Le fondateurprit occasion de cette bienheureuse mort pour donner ne leçon à ses chers étudiants : « La vraie science, leur dit-il,
consiste à connaître Jésus-Cbrist. A quoi sert la science si elle ne mène pas à Dieu? Notre frère Blasucci, je vous le dis en vérité, a possédé la vraie science, car en toutes choses U n'a cherché que Dieu. Aussi a-t-il fait, comme vous le savez tous, la mort d'un saint. Étudiez donc, puisque vous êtes les ouvriers de Dieu, mais avantsl tout pour devenir des saints, comme notre cher défunt. »
Six mois après, mourait saintement à Nocera le vaillant Mosca^. riello, qui depuis neuf ans s'était donné & la congrégation. Toa^ jeune, mais plein de talents, il fut aussitôt envoyé en mission^ « car dans ce temps-là, dit naïvement Tannoia, on naissait mis^ sionnaire. » Chargé plus tard du cours de philosophie, il se fit a^ mer de tous les étudiants comme de tous les pères, et surtout d'A Ji phonse, qui, pour ne pas le perdre, vint en aide à sa mère au pria de grands sacrifices. Malgré Taffaiblissement de sa santé, on coi»imanda un jour à Moscariello de prêcher le sermon du soir. Bien que la tAche lui parût au-dessus de ses forces, il obéit sans aucune réclamation, car il avait juré d'obéir toujours ou de mourir. Il se mit à cracher le sang pendant tout le sermon et retourna à Ûorani plus mort que vif. Là il put donner encore quelques leçons de philosophie, mais bientôt on l'envoya se reposer à Nocera.
Cela se passait à la fin de 1752, alors que Blasucci rendait s* belle Ame à Dieu. Peu de jours après, Moscariello écrivait au pèw Tannoia, alors maître des novices, cette lettre où respire la plus tendre charité pour ses frères : « Mon cher père Maître, je vous remercie de vos bontés pour moi. Dites donc à vos chers novices de prier pour Moscariello, qui les porte tous dans son cœur, et quiks embrasse tous dans le Seigneur Jésus. Vous me parlez de ma santé: je ne vais ni mieux ni plus mal. Je suis unesentine de misères intérieures et extérieures, spirituelles et morales. Je deviens hypocondre, et parfois je crains de toniber dans le désespoir. Demandez donc au Seigneur qu'il me donne de souffrû' avec joie. Vous avez prié et fait prier pour moi, je n'en doute pas, mais priez plus encore. Ah* aimons-nous tous en Jésus-Christ, et que jamais ne se brisent ces doux liens qui nous tiennent tous unis et qui ont jusqu'ici consef^^ la congrégation. Pour moi, je désire vivre dans le cœur de tûO* mes frères, comme ils vivent tous dans mon cœur. Je le désirej^ le veux, je Tcspère, vous tenant tous embrassés dans le Seigneur»*
Quelques joui*s après, se sentant décliner, il écrivait plaisaU^ ment à un autre père : « Les médecins consultants ne peuvent totn* ber d'accord. L'un croit que je suis fini, l'autre conserve un peu d'espoir. L'opinion très probable, probabiiissima, c'est que je vais
tES TEMPS HEROÏQUES. 507
trouver nos compagnons auprès de Jésus et de Marie ; donc Tautre >inion, en faveur de la guérison, n'est que faiblement probable, Ttniter probabilis. Qui sait si je pourrai vous revoir et vous relercier de nouveau de vos bontés pour moi? Après tout, à quoi iiis-je bon, si ce n'est à augmenter les charges de nos maisons? Et uis, mon cher père, qu'il est doux de mourir dans la congrégation ! i j'avais mieux vécu, je me dirais le plus heureux homme du londe. Aidez-moi donc à faire le grand voyage et priez vos étuiants de m'ouvrir les portes du paradis. » Deux mois après, le ) mars 1753, Moscariello expirait saintement entre les bras du &re Mazzini, et allait recevoir au ciel la récompense de ses travaux i de ses souffrances.
Il y fut rejoint, vingt jours plus tard, par l'étudiant Zabbata, u'on pourrait appeler sans exagération un second Blasucci. Lndré Zabbata entra au noviciat le 7 novembre 1750, à l'âge de lîx-huit ans. Possédé par Tesprit de Dieu dès son enfance, dit un incien manuscrit, il eut au noviciat plus besoin de frein que d'éperon. On ne pouvait jeter les jeux sur ce jeune homme humble et nodeste sans se sentir porté au recueillement et à la componction. I consacrait à Toraison tous ses moments libres. Quant à ses actes, ftmais le père maître ne put le prendre en défaut. Après sa pro- «ssion, il commença le cours de philosophie. Esprit vaste et proond, dit Tannoia, travailleur infatigable, il se livra joyeusement à 'étude, se faisant scrupule de perdre une minute. Néanmoins sa ùété n'en souffrit pas. A voir son attitude et sa ferveur dans l'onison, vous eussiez dit qu'il contemplait Dieu face à face et lui variait en tête à tête.
Après sa première année de philosophie, comme sa santé s'afiiblissait, Alphonse l'envoya à Nocera pour se reposer; mais là >us les symptômes de la phtisie se déclarèrent, et, pendant plus e cinq mois, d'octobre 1752 à février 1753, il traîna dans ce couent sa \de mourante. Comment il supporta ce supplice, une relaîon du père Cajone va nous l'apprendre. «. Pendant son séjour à locera, dit-il, je n'ai jamais pu saisir sur son visage une ombre le mélancolie, bien qu'il fût obligé de rester presque toujours au lit, en proie à la fièvre. Chaque fois que j'allais le voir, brillait sur 8on front l'allégresse du paradis. De quelle couleur était sa volonté, je n'ai jamais pu le savoir. En fait de nourriture ou de médicament, il ne témoignait ni inclination ni répugnance. Que la potion fût douce ou amère, il la prenait en souriant. Modeste jusqu'à l'excès, il se tenait dans son lit immobile comme une statue. Sa
conformité à la volonté de Dieu m'inspirait une telle admiration qu^^ je disais parfois aux pères : « Supposez les plus grands saints à lfe place de Zabbata : comment s'y prendraient-ils pour agir plus vejr^-^ tueusement? De son cœur partait à chaque instant cette oraiso-«» j jciculatoire : Béni soit Dieu toujours! Il entendait de son lit l^^j messes qui se succédaient à la chapelle voisine de Tinfirmerie, pik^ ij il tenait les yeux constamment attachés sur son crucifix ou sur UK^me image de la Madone. »
Enfévrier 1753, le mal continuant ses ravages, on transféra le pa.^^avre malade à Ciorani, où son état parut d'abord s'améliorer; mafe^is un matin, en entrant dans sa chambre, le frère infirmier s'aperç-^ut que les couvertures du lit, le pavé, la muraille même, étaient cornverts de sang. « Mon cher frère, dit-il avec angoisse, vous avez doxic eu une hémorragie? — Gloria Patri! toujours, toujours, répondit le malade. — Mais vous pouvez en mourir, reprit Tinfirmier de plus en plus efirayé. — N'est-ce pas pour cela que nous sommes nés *? » dit joyeusement Zabbata.
Le 23 mai, une nouvelle hémorragie le mit à deux doigts de la mort, ce qui lui causa une vraie jubilation. Comme les conversations paraissaient le fatiguer, le père Villani interdit à tous l'entrée de sa chambre. Et comme il lui expliquait qu'il avait pris cetfe* mesure, non pas pour l'isoler de la communauté, mais par précaution pour ménager sa faiblesse : « Ne craignez rien, mon père, répondit le malade : quatre murs et un crucifix me suffisent. » W écrivit à cette époque à un père de Nocera : « Désespéré des méd^" cins, j'attends l'heure de retourner dans la patrie. Je n'ai pas oublia le pacte que j'ai fait avec vous et plusieurs étudiants de nous r^" commander à Dieu vivants ou morts. Je n'y ai pas manqué, je n'î manquerai pas dans l'éternité. Je compte également sur votre charité et sur celle de mes bien-aimés frères. »
• Dès lors il passa ses jours dans une union continuelle avec Dici^^ acceptant tout avec amour et allégresse. « J'ai lu beaucoup de vî^^ de saints, dit Tannoia, jamais je n'ai vu plus parfaite conforflU*^ à la volonté divine. Ses derniers moments furent admirables. Le ^^ mai, veille de l'Ascension, après avoir reçu la sainte communîo**» il ressentit une violente secousse qui le jeta dans une sorte dedélir€5 • M Père, me dit-il avec agitation, quand me ferez- vous aller en p^' radis? — Le médecin dit qu'il faut encore attendre un peu. — ^ qu'ai-je à faire avec le médecin? s'écria-t-il, je veux aller enpar^' dis. » Mais bientôt il se calma et me demanda de lui faire une l^^ ture sur le saint Sacrement. Le soir, il s'unit de cœur à la récita"
tioii du chapelet, mais sans pouvoir articuler un mot. Le jeudi ii\a.tin, le père lui ayant demandé s'il ne désirait rien : « Lisezmoi quelque chose sur Tamour de Jésus-Christ, » répondit-il. Vers dix heures, lagonie commença : « Père, dit-il, je me meurs! » Attendri jusqu'aux larmes, je Tembrasse : « Mon cher frère, lui demandai-je, vous voulez faire plaisir à Jésus-Christ? — Oh oui! répondit-il. — Dites-lui : Mon Jésus , je vous aime de tout mon cœur ! » Et il répéta ces paroles avec effusion. c( Vous aimez beaucoup la Madone? — Beaucoup, beaucoup! dit-il de ses lèvres mourantes. » U étreignit son chapelet avec force, baisa son crucifix à plusieurs reprises, puis tout à coup, les yeux tournés vers la muraille, il s*écria tout épouvanté : « Père, voyez là contre le mur!.. » Il ne put achever. C'était sans doute un dernier assaut de Tennemi. Je fis l'exorcisme. Un mouvement d'une violence extrême donna le frisson A tous les assistants. Je continuai l'exorcisme. Alors, prenant en ïïiain son chapelet et son crucifix, il les posa sur sa tête en disant : « Je veux Jésus-Christ! » Ce furent ses dernières paroles. Il s'endormit dans un repos, prélude du repos éternel. On fit la recomïïiandation deTàme, et le saint jeune homme, chargé de vertus et de mérites, alla rejoindre dans le ciel son Jésus bien-aimé *. »
Son corps resta exposé dans l'église durant trente-quatre heures. Le peuple ne cessa d'affluer auprès du saint, comme on l'appelait, ^niportant des morceaux de sa soutane , au point qu'il fallut la t^nou vêler plusieurs fois. Son crucifix, son chapelet, ses sandales, tout fut enlevé. On dut Tensevelir précipitamment et en cachette pour éviter un tumulte populaire. Depuis, plusieurs personnes affirmèrent avoir été guéries instantanément parle seul attouchement de ses vêtements. Son portrait, pris après sa mort, fut bientôt dans toutes les mains. Au bas de ce portrait on lit ces mots, qui résument bien sa vie : « André Zabbata, de Tordre du Très Saint-Rédempteur, "odèle de pureté, d'humilité, de patience au miheu des plus grandes douleurs, il n'a rien désii*é, rien demandé, rien refusé. '©Une encore, mais chargé de mérites. Dieu l'attira dans le ciel à la *^te de son Fils le jour de FAscension 1753. » Un de ses condisciples avait hérité d'une Imitation de Jésus-Christ dont il s'était servi; ^ écrivit en tète du li^Te : « 0 saint, trois fois saint jeune homme, ta Mémoire sera en étemelle bénédiction! » Puissent ces quelques P^^es perpétuer le souvenir du vertueux André Zabbata dans les ^^Urs de tous les enfants d'Alphonse et de tous ceux qui, au sem
1* BeUttoB maniucriie da P. Tannoia.
(Fun monde avili, restent sensibles au charme des grarj âmes !
En ces temps héroïques, Dieu secoua fortement Tarbre enco^rv jeune qu'il avait planté lui-même ; il en tomba des fruits en abo:ndance, mûrs pour le paradis. Au mois d'août de la même aniic^^ 1753, deux mois seulement après la mort de Zabbata, une lettr** de Caposele annonça au saint fondateur que le pèreCafaro, rhomnie de sa droite, son directeur, Tardent missionnaire, Tapôtre chartreux , saisi tout à coup par une fièvre maligne, se trouvait, lui aussi, en danger de mort. Agé seulement de quarante-six ans, il n était entré dans la congrégation que depuis douze ans, mais tous les jours de sa vie sacerdotale, il les avait consacrés au salut des Ames avee une ardeur qui ne se démentit jamais. De plus, pendant ses six dernières années, il souffrit « un martyre intérieur comme n'en souffrit, dit Alphonse lui-même, aucun martyr de Jésus-Christ. Si je pouvais dire les tortures qu'il a subies, ajoute-t-il, je ferais pleurer les pierres les plus dures. » Et jamais Tépreuve, pour poignante qu'elle fût, ne put labattre. « Si j'avais & peindre le père PaulCa-faro, disait un de ses compagnons, je le ferais représenter debo«-t sur une colonne de marbre, avec cette inscription : Semper idem^ j toujours le même, » pour marquer sa constance dans l'exercice de-s plus hautes vertus et son imperturbable sérénité dans les plus te i^ ribles angoisses. »
Sa mort fut héroïque comme sa vie. Il l'annonça lui-même « Cette année, dit-ilun jour, je dois mourir. » Ala finde juillet 175^' il précisa : « Au début du mois prochain, je serai saisi par l^ fièvre, et j'en mourrai. » Or, le 2 août, bien portant encore, il J^^ rendit au couvent des conventuels pour gagner Imdulgence de 1^ Portioncule, et le lendemain on le trouva dans sa cellule, le visa^^ pâle, les yeux hagards, la bouche et les bras ouverts, ne donnar»^ plus signe de vie. Appelé en toute hâte, le médecin SantoreU*'
son ami, accourut et lui dit : « Qu'avez-vous donc, père Paul?
Je veux mourir, dit-il en sortant de sa léthai*gie, oui je vem^ mourir : priez Dieu qu'il me fasse faire une sainte mort. » Udéfend-i^ alors aux pères et aux frères de demander à Dieu le rétablissemet»-^ de sa santé, et les pria de solliciter pour lui uniquement la grt^^ d'une bonne mort. « Et pourtant, dit Santorelli, si Dieu veut ^^ servir encore de vous pour la conversion des pécheurs? — Di^^ seul est nécessaire, » répondit le malade. Le dimanche 5, on ^* remarquait encore aucun symptôme de fièvre. « Elle me saiî5^^ aujourd'hui, » dit-il. Elle le saisit en effet dans l'après-midi, ^
LES TEMPS Héroïques. 51 1
A'xjiTie manière si violente que trois jours après les médecins désespé ïèrent de le sauver.
Cette nouvelle, à laquelle il était loin de s'attendre, fut un coup A^ foudre pour Alphonse. Il recommanda aussitôt le malade à tous l^s membres de la congrégation, fit prier pour lui dans tous les couvents, et lui envoya, par le père Giovenale, ministre de Caposele, les trois obédiences suivantes :
« Moi Alphonse, conmie votre supérieur et de la part de Jésus- Christ, je vous commande, premièrement, de vous tranquilliser dans 'VOS angoisses et de croii*e en toute confiance que non seulement vous êtes dans la grâce de Dieu, mais que Dieu, Imfiniment bon, ^'^ous aime beaucoup. Si le Seigneur vous appelle à Tautre vie, xâ 'oubliez pas de lui recommander la congrégation ainsi que moi, jpauvre misérable. Au nom de Tobéissance, je vous impose, en second lieu, de demander à Dieu votre guérison, s*il y va de sa gloire. Exi troisième lieu, comme supérieur et de la part de notre très »«iint Rédempteur, je vous donne Fobédience de guérir promptextâent de cette maladie s'il y va de la plus grande gloire de Oieu. »
Le père Giovenale annonça au père Cafaro, en présence du mé-
^^cin Santorelli, qu'une lettre du recteur majeur était arrivée à
**on adresse. Il se recueillit pour en entendre la lecture. A lapre-
^*^èpe obédience, qui lui ordonnait de déposer toute inquiétude
^^ conscience, il fondit en larmes. « Pourquoi pleurez-vous? de-
^*^anda Santorelli. — Tendresse d'un fils pour son père ! » répon-
^it-il. A l'instant, la sérénité revint sur son front, et il se mit à
'^ire des actes de confiance en Jésus et en Marie. Le père Giovenale
Continua la lecture, mais quand il entendit parler de guérison, il
*^va les mains sans mot dire et fit signe que telle n'était point la
Volonté de Dieu.
Pendant les onze jours qu'il vécut encore, une tranquillité céleste régna dans son Ame et sur ses traits. Toujours patient, toulours obéissant, il ne fit aucune demande, il n'exhala aucune plainte. ^ Sachant qu'on recueille avec soin les dernières paroles des serviteurs de Dieu, il garda le silence et se tint dans un recueilleîUenl continuel les yeux fixés sur les images de Jésus et de Marie. Comme ses frères réclamaient de lui quelques paroles d'édification, il n'articula pas un seul mot, craignant toujours qu'on ne fit cas des pensées qu'il aurait exprimées. Un père le supplia d'ordonner, en ^alité de supérieur, que la communauté priât Dieu de lui rendre h santé dans l'intérêt de la congrégation. Il rompit alors le si-
lencc et dit : « Non, il est expédient que je meure. » H perdit alors la parole, mais conserva sa connaissance entière.
Cependant la population de Caposele remplissait l'église du couvent et implorait avec larmes la guérison du saint missionnaire. Le 11 août, elle demanda avec instance que Ton portât dans la chambre du malade le portrait du père Sportelli, devant lequel plusieurs grAccs miraculeuses avaient été déjà obtenues. Mais, au lieu de lui apporter la guérison, Sportelli vint pour ainsi dire prendre par la main son cher confrère pour le conduire au ciel. A peine le portrait fut-U introduit dans la cellule, que le malade entra en agonie. Le 13 août 1753, toujoui's calme et tranquille, les yeux tournés vers le crucifix, Paul Cafaro rendit sa belle Ame à Dieu. Il était une heure de Taprès-midi. A ce moment-là même, au couvent d'Uiceto, le bienheureux Gérard Hajella entrait en extase et s'écriait devant tous ses confrères : « Je vois T&me du père Paul entrer au ciel. »
La mort du père Cafaro fut un grand deuil pour toute la congre--, gation; mais nul ne le pleura plus qu'Alphonse, parce que nuln^ Tavait connu et aimé comme lui. 11 se consola en composant som^ célèbre cantique sur la volonté de Dieu, cantique qui conunenc^ par ces mots : « J'aime ton plaisir, et non le mien, ô Dieu de mo^ cœur! Je ne veux que ce que veut ta divine bonté. Je fainie, toi digne de tout mon amour, ô divine volonté ! » Trois jours aprè-?^ il écrivait aux siens : « Que la divine volonté soit toujours adoréi^ Ce qui plait à Dieu doit nous plaire aussi. Le père Paul nous tm^ dera du haut du ciel plus qu'il ne l'eût fait sur cette terre. PersoiMa n'a ressenti sa perte plus vivement que moi, mais nous devons now» résigner : Dieu le veut. Je vous embrasse tous en Jésus-Chr»*. Puissions-nous mourir tous comme est mort le père Paul! Pour cela vivons saintement, et soyons plus que jamais attentifs à bieiiol>" server notre règle. » En même temps, pour consen-er au monde U souvenir du saint missionnaire, et à la congrégation les exenapies d'édification dont sa vie abonde, il composa une biographie assez étendue du serviteur de Dieu, biographie qui se tenôto* amsi : « Un grand nombre de fidèles ont obtenu, par le moyen de ses j reliques, des grâces prodigieuses qu'on a pris soin d'enregistrer.^ i qui seront publiées en leur temps, lorsqu'il plaira au Seignettti* telle est sa volonté, de le faire honorer sur les autels. » L'espoi*^** saint fondateur se réalise aujourd'hui, puisque l'Église ioIiP^, sur les vertus et miracles du père Cafaro en vue de sa future b^^ lication.
I^our compléter cette liste funèbre, mentionnons encore un jeune :\oxnme et un vieillard de douce mémoire, que la mort faucha r^ixinée suivante. Le vieillard, Ange Latessa, avait vécu dans le oi^onde comme un reclus jusqu'à Tàge de soixante-trois ans. Il eràtra dans la congrégation en 1751 pour apprendre à mourir saintement. Disciple du père Cafaro, mortifié comme lui, il fut pour ses frères un siyet de constante édification, surtout par une régularité qu'il poussait jusqu'au scrupule. Ne pouvant aller en mission, il passait ses jours au confessionnal, où il donnait à chacun des avis salutaires. Doux, affable envers tous et principalement envers les pauvres et les malades, il avait l'habitude de dire : << Celui qui n'est pas charitable n'est pas un vrai enfant de la congrégation. » Et en effet n'y fait-on pas profession d'imiter celui qui, doux et humble de cœur, passa en faisant le bien? Il ne pouvait penser à l'incarnation de Jésus-Christ sans verser des larmes. l-ne nuit de Noël, lorsqu'on entonna au chœur le Christus naius ^si nobisy il éclata en sanglots devant l'assistance attendrie. Le 2 août 1754, il tomba malade et dit sa messe pour la dernière fois. « Que vous a dit Jésus-Christ? lui demanda le médecin Santorelli. — Nous nous sommes fait nos adieux, répondit le vieillard. OflFrez ce dernier sacrifice à votre Père éternel, lui ai-je dit, car à l'autel nous ne nous verrons plus. » Après deux mois d'une maladio qu'il supporta sans jamais se plaindre, il dit au père Cajone, alors ■acteur de Caposele : « Mon père, il est temps de me donner l'ex- ^r^me-onction. » Il reçut les sacrements avec une vive piété au milieu des larmes de tous les assistants, puis, tenant d'une main 1® crucifix et appuyé de l'autre sur l'épaule de son supérieur, il >^udit à Dieu son âme pure qu'aucun péché véniel délibéré, au ''«apport de ses confesseurs, n'avait jamais ternie.
Dans cette maison de Caposele, à côté du vieil Ange Latessa, se lï^ourait alors le jeune Ange Piccone. Le pauvre enfant avait mené dans le monde une vie assez dissipée jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Ses parents l'exhortaient à changer de vie, mais il reculait toujours devant le sacrifice. Il se résolut enfin, sur le conseil d'un de ses I frères, à faire une retraite à Ciorani. Or, un jour qu'on prêchait sur 1* sainte Vierge, il sentit naître dans son cœur une telle componction I de ses péchés qu'il tomba la face contre terre et éclata en sanglots • *^ point de troubler le prédicateur. Les saints exercices n'étaient P*s terminés qu'il prit la résolution d'entrer au noviciat. Cependant le souvenir de sa vie passée le faisait trembler pour l'avenir, Auraît-il le courage de changer toutes ses habitudes, de vaincre ses
SAINT ALPHONSE DE UOl'ORI. — T. I. ']3
passions, de renoncer à ses péchés? Inquiet à cette pensée, il jeta aux pieds de Jésus crucifié et lui demanda une de ces grâ( triomphantes qui métamorphosent complètement les âmes. « gneur, s'écria-t-il à plusieurs reprises, cette grâce il me la fau:^ ^ vous me la donnerez, car je ne bougerai pas d'ici avant de Tav^::^ j obtenue. » Il l'obtint du Dieu qui ne refuse rien à la prière co:^:^^. fiante, entra au noviciat le 21 juin 1752, et se mit à Toeuvre av^^^^ cette ardeur joyeuse que seul FEsprit-Saint peut donner : « Si t:ui savais, écrivait-il à sa sœur, quelles joies je goûte dans cette saiiit^ maison ! Ici les souffrances ont je ne sais quelle douceur; ici le jeûiic rassasie, les veilles reposent, le silence en dit plus à Tâme que les longs entretiens; ici, en un mot, j'ai trouvé le paradis. »
Hélas! les jours de sa probation n'étaient pas terminés que cette allégresse se changea en profonde douleur. Le jeune novice tonil>â malade, et comme son mal paraissait sérieux, les supérieurs voulurent renvoyer pour quelque temps dans son pays natal. Cett€ décision, qu'il prit pour un congé définitif, le jeta dans une inénai"rable tristesse. Sous le coup de cette épreuve, il écrivit alors»* saint fondateur la lettre la plus touchante qui se puisse concevoir *• « 0 mon père, lui dit-il, je ne puis vous exprimer les angoisses A * mon âme, car on ne me parle plus ici que de changement d'air 6^="* de pays natal. Ce qui me fait le plus de peine, c'est que, me dit-oi vous-même l'avez ainsi ordonné. 0 père, me voici prosterné àv< pieds, vous suppliant, pour l'amour de Jésus et de Marie, d'avo^*^ pitié de moi. J'ai mérité, il est vrai, d'être chassé de la congrég^^' tîon à cause de mes défauts, mais si j'ai péché, je vous demand— — ^ pardon à genoux, prêt à faire toutes les pénitences que vous m'ini^^" poserez. Comment? ô mon père, vous voudriez que je retounie daD*^"*^
ce monde où j'ai passé dix-neuf ans et où mon âme courrait d ^^
nouveau le plus grand risque de se perdre ! 0 père, je ne puis voiu^*^ dire la désolation dans laquelle je me trouve. Au noviciat j'ai p^^ ^ supporter tous les dégoûts par cette considération que j'appar*""^^^ tenais à la congrégation. Jamais je n'ai eu l'ombre d'une tentatior" contre ma vocation, j'ai même failli mourir de joie en pensant à 1 bonté de Dieu qui m'a tiré du monde pour me renfermer entre C( samtes murailles. Combien de fois, en pensant à cette insigne gràc( j'ai baisé ma soutane, embrassé ces murs, et dansé comme un fo^ dans ma cellule en m'écriant : D'où me vient un pareil bonheur Mes directeurs peuvent vous le dire, car je ne les entretenais qu^^ de cela dans mes comptes de conscience. Mais aujourd'hui, mor^ père, comment me consoler, moi qui suis sur le point de perdrcr
rt*
LES TEMPS Héroïques. sis
tomates ces grâces et le beau titre d'enfant du très saint Rédempteur : !*oi hors de la congrégation! cette pensée me fend le cœur. Oh non î cela ne sera pas, jamais, jamais! Quand bien même, de concert avec tous les consulteurs, les recteurs et les sujets, vous me ctnisseriez dé la congrégation, je ne m'en irais pas. Chassé par une porte, je rentrerais par Tautre. Si on me refuse à manger, je me iTàêlerai aux pauvres que nourrit la communauté ; si on me refuse une place dans le couvent, je resterai sur le seuil de la porte. Non, noxi, jamais je ne te quitterai, ô congrégation ma mère! Je mourrai dans ton sein en dépit de Tenfer. »
« Père, je vous ai appelé mon père et vous m'avez reconnu pour votre fils durant une année, et maintenant vous me chassez de la maison! Sans doute je Fai mérité par mes péchés, mais Tenfant prodigue a-t-il été chassé par son père? Non, après Tavoir quitté et déshonoré, il fut accueilli au retour avec tendresse et jubilation* Et vous mettriez à la porte un enfant qui se repent et pleure ses fautes ! Si vous me chassez comme un serviteur inutile à cause de ixia faible santé, je vous supplierai dans ce cas de me garder par eharité ! Le père Xavier nourrit ici beaucoup de misérables, il me fera Faumône comme à eux. En somme, ô père, je suis fermement ■résolu à mourir dans la congrégation, et c'est Dieu qui me donne ^^^tte volonté. Je n'ose vous demander de faire les vœux, je m'en ■^^connais incapable et indigne : il me suffit de porter le glorieux *itpe de frère dans la congrégation du Très Saint-Rédempteur, titre ^Ueje préfère à tous les royaumes du monde. Père, pardonnez-moi *ï^€n audace, car je ne sais plus où j'en suis, et consolez par deux ^ots de réponse un de vos fils qui tremble à la pensée de perdre *oii àme, et cpii cependant espère que, pour l'amour de Jésus et ^© Marie, vous mettrez fin à ses angoisses. »
Cette lettre aussi sainte que touchante, témoigne d'un attachement si profond à la congrégation, que nous n'avons pu nous résoudre à Fabréger. Alphonse n'avait pas besoin de cet éloquent ^ppel pour garder le pauvre malade, lui qui disait des novices : ^ Si Dieu veut qu'Us meurent, mieux vaut qu'ils meurent dans la ^ngrégation cpi'au milieu du siècle. Quelle mère a jamais chassé *on fils de sa maison parce qu'il est malade?*» Il répondit donc à *^ lettre d'Ange Piccone : « Le médecin a déclaré que l'air du pays ^^tal vous ferait du bien, et mon grand désir de vous voir rétabli m'avait porté & sanctionner cette décision. Je n'ai d'ailleurs aucun ®^iet de plainte contre vous. Puisque vous n'aimez pas de retourner ^*^Xis votre pays, j'ai donné l'ordre de vous envoyer à Caposele ou
à Uiceto. Je veux de plus que dans le cours de juillet ou d'à vous preniez les bains à Monticchio, et que vous fassiez les vo à la Saint-Louis. Voyez par là si je veux vous renvoyer de la e grégation. Tant que durera la maladie, veillez & ne pas trop v« appliquer, soignez votre santé, promenez- vous dans la matin obéissez au médecin, et priez chaque jour pour moi. »
* Ange Piccone fut envoyé à Caposele dans les premiers jours juin, deux mois avant la mort du père Cafaro. Celui-ci le reçut a' tendresse. Il avait lu sa lettre au recteur majeur et Tavait mouîl de ses larmes. Quelques jours après, le malade faisait professi entre ses mains. « Gloria Patri! écrit-il & Tannoia, j'ai fait vœux malgré tous les démons de Tenfer. » Il témoigna sa gratitu au recteur majeur de la manière la plus expressive : c< Commi vous remercier, lui dit-il, non seulement de m'avoir gardé dans congrégation, mais de m'avoir admis à la profession? 0 mon pèi vous Tavez fait pour Dieu : que Dieu vous récompense ! Je ne pi que prier pour vous, et je le ferai tous les jours de ma vie. voici donc votre fils, Tenfant de la congrégation : cela suffit po me rendre la santé ou me faire mourir joyeusement. Mon père, ne désire plus rien : vienne la mort, je ne la crains pas ; que lenf se déchaîne contre moi, peu m'importe : j'appartiens au tressai Rédempteur, et je m'en ferai gloire pendant toute Téternité. Qua à ma santé, je vais plutôt mieux, mais cela m'inquiète peu : je i désire ni vivre ni mourir ; je ne veux qu'une chose : vivre etnioui fils du très saint Rédempteur! »
Il vécut encore une année, s'afiaiblissant de jour en jour, prai quant des vertus héroïques, aspirant après le paradis. Ses paren essayèrent à plusieurs reprises de l'arracher du couvent, mais résista vigoureusement à toutes les tentations. Enfin, après ave plusieurs fois changé de maison, il revint à Caposele pour y mouri Le 22 octobre 1754, quinze jours avant de quitter ce monde, 11^' voya au père Tannoia une lettre d'adieux ([ui se termine par ces me pleins de cœur : « Je désirerais bien écrire à chacun des novices des étudiants, au moins les nommer tous un à un, mais je suis bout de forces. J'embrasse donc les pères, les étudiants, les novice les frères, en les sui1l>liant de me recommander à Dieu. Mon p^je meurs content, parce que je meurs dans la congrégationgagnerait-on à vivre parmi nous que de mourir en paix et san& cune crainte, cet avantage compenserait mille fois toutes les ïC tifications imposées par la règle. Et si moi qui n'ai fait que pa^ et encore bien misérablement, dans la congrégation, je m^
Li 2ssi joyeusement, que sera-ce de celui qui aura vécu dans son emii de longues années et avec ferveur? Sa mort sera déjà le paît dis. Enfin, mon père, je baise vos pieds pour la dernière fois en roxis priant de me recommander au Seigneur. Adieu, cher père naître; adieu, vénérés pères; adieu, chers étudiants et novices; sidieu, frères bien-aimés, au revoir, en paradis! »
Ainsi, dans ces temps héroïques, vivaient et mouraient en saints étudiants et missionnaires, jeunes gens et vieillards. En apprenant la mort d'un de ses frères, Alphonse pleurait la perte d'un ouvrier évaiigélique, mais il se réjouissait d'avoir un nouvel avocat dans le ciel. Aussi, donnait-il récréation à table pour tempérer le deuil de la communauté et pour fêter le nouvel élu de Dieu. Puis, il profitait du passage de la mort pour exhorter ses freines à vivre plus saintement encore, de manière à ne pas craindre sa visite plus ou moins prochaine. « Les jours qu'il nous reste à passer sur cette terre seront-ils courts, nous n'en savons rien, écrivait-il quelques mois avant la mort d'Ange Latessa et d'Ange Piccone. En peu de temps nous avons vu mourir trois de nos jeunes gens, Blasucci, Zabbata, Moscarelli, et le père Paul Cafaro, dont la santé valait celle d'un jeune homme. Travaillons donc à devenir des saints; aimons beaucoup Jésus-Christ, qui mérite d'être aimé de tous, mais particulièrement de nous qu'il a aimés plus que les autres. Ne vivons ni pour nous, ni pour le monde, mais pour Dieu et l'éternité ^ »