CHAPITRE Vin
^^ L*évéque Borgia. — Nécessité d'une fondation hors de l'Etat napolitain. — Borgi^^ Villani à Bénévent. — Saint- Ange de la Coupole. — Villani prêche aux Bénévenli-^^^
— L'archevêque et le pape autorisent la fondation. — Alphonse prêche la missio^^^. Bénévent. — Mort de sa sainte mère, Anne Cavalieri. — Chapitre général de 17^^^
— Mort du B. Géi-ard Majella.
Parmi les admirateurs d'Alphonse, de sa congrégation et de «^^ croisade antijanséniste, figurait au premier rang un de ses ancien^ -^^ collègues de la Propagande, Nicolas Borgia. Devenu chanoine d^ -^^ la cathédrale de Naples, il avait souvent servi d'intermédiaire ai^ -^^ saint fondateur, soit auprès des ministres, soit auprès du cardina^^» Spinelli. Enfin, promu à Tévôché de Gava, cité voisine de No^*^ cera, il ne passait pas une semaine sans réclamer les conseils d —Se notre saint. Connaissant à fond Tesprit des missionnaires du Saint-Rédempteur, il leur confiait non seulement les missions ] roissiales, mais aussi les retraites ds son séminaire et des maison religieuses de son diocèse. Lui-même assistait chaque année, av^< un grand nombre de prêtres, aux retraites sacerdotales de CioraiLi De son côté, Alphonse vénérait cet évéque selon le cœur de Uiei charitable, désintéressé, tout entier aux devoirs de son ministèf dévoué corps et Ame à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Il aj>prcciait sa haute intelligence et sa prudence consommée, et le cow^sultait volontiers sur les affaires de sa congrégation.
Or, vers la fin de 1754, les deux amis discutaient un jour sur l'état précaire de l'institut. Extérieurement la situation paraiss»-*^ prospère : une soixantaine de pères, et parmi eux des hommes r^" nommés par leur éloquence et leur sainteté, prêchaient cha4^^ année de nombreuses missions; les évéques se montraient de p^^
i favorables; Benoit XIV avait approuvé la règle et la Théolo- Iphonse ; mais un point noir apparaissait toujours dans ce ciel Depuis cinq ans, malgré les efforts réitérés du saint fondala protection de Brancone, le roi refusait Yexequatur au bref Dbation. Le pape lui-même n'avait pas cru pouvoir influencer î rapport le gouvernement napolitain. La position devenait ; en plus critique par suite du décret de 1752, qui interdisait itut toute acquisition et toute fondation nouvelle. Comment nir les novices, qui se présentaient en grand nombre, et où les nouveaux profès?De plus, Tbostilité toujours croissante les religieux faisait craindre une catastrophe. Que devien-
et rinstitut, et les missions, et la lutte contre les sectaires, aprice du roi ordonnait la suppression des quatre maisons, s plutôt qu'approuvées dans le royaume?
suite de cette conférence, les deux amis convinrent que le ^yen d'échapper à une ruine possible, était de créer un reins les États de l'Église. Alphonse, du reste, y pensait depuis iips. Lors de son séjour à Rome pour l'approbation des règles, Tavait pressé de s'établir dans la ville éternelle. Il fut même n, on l'a vu plus haut, de confier à Muscari l'exécution de ce N'était-ce pas le moment de le reprendre et de fixer à Rome, ision de bouleversements à Naples, le centre de la congréga- )ut bien pesé, Borgia ne fut pas de cet avis. « Rome, disait-il, \ loin de Naples. Vous devrez faire d'énormes dépenses pour
une maison, et encore sans savoir si vous réussirez. Supléme un plein succès, il faudra y envoyer de nombreux migres qui, vu la distance, ne pourront pas s'unir à ceux du le et leur prêter secours. » En conséquence, Borgia opinait création d'une maison dans le duché de Bénévent, qui offrait de avantage d'être très rapproché de Naples et d'appartenir its de l'Église. Alphonse se rattacha d'autant plus volontiers iment de son ami que, deux ans auparavant, un vicaire-gée Bénévent lui avait proposé une fondation dans cette proù d'ailleurs ses religieux avaient évangélisé déjà plusieurs es. Mais comment mener à bonne fin cette entreprise? ia se chargea des négociations. Pour agir plus efficacement chevéque, il résolut de recourir aux bons offices de M^*^ Pasévéque de Montemarano, sutfragant de Bénévent, lequel t une grande influence sur son métropolitain. Sachant que at, son ami, devait sous peu prêcher les saints exercices au de Bénévent, et par conséquent séjourner à Tarchevêché, il
n'hésita pas & faire le voyage de Hontemarano, en compagnie du père Villani, afin d'exposer les intentions du saint fondateur et dr-^ p plaider sa cause.
Les deux voyageurs durent traverser des montagnes abruptes — =. des plaines inhabitées, par des chemins impraticables, surtout au^v cœur de Thiver. Pour comble de malheur, ils furent surpris ei^^ route par un épouvantable orage : le démon voulait sans dout^ ^ ruiner leur entreprise. Aux éclairs et aux éclats de tonnerr»^ ^ se joignirent bientôt la pluie et la grêle. Deux fois la foudr^"^ tomba aux pieds de Borgia et faillit l'écraser; mais, pleins d^ "*^ confiance en Dieu, ils ne reculèrent pas devant le danger. Après^ "" avoir voyagé deux jours, ils arrivèrent un soir à Montemarano^ brisés de fatigue, trempés jusqu'aux os, à demi-morts, au point '^ que M" Passante ne put, en les voyant, retenir cette exclamation : ^ « Il n'y a que des saints ou des fous pour voyager par un temps pareil ! » Quand Borgia lui eut expliqué l'objet de leur voyage, Févèque loua leur zèle et leur dévouement, leur promit son concours le plus actif, et décida qu'ils l'accompagneraient tous deux à Bénévent afin d'exposer eux-mêmes leur requête. Leur démarche, il s'en portait garant, obtiendrait un plein succès.
L'archevêque de Bénévent, M*' Pacca, était un prélat très pieux et très zélé. A peine eut-il appris le dessein d'Alphonse de fonder une maison dans les États de TÉglise pour échapper & la juridiction royale, qu'il s'écria les larmes aux yeux : « Non seulement je ne fais pas d'opposition, mais dussè-je vendre ma mitre, je veux coopérer à cette fondation. Il y a longtemps, ajouta-t-il, que je désire recruter des ouvriers évangéliques pour m'aider à sauver les âmes dans ^ ce vaste diocèse, et voilà que Dieu lui-même daigne m'en envoyer! J^ Je ne sais vraiment comment Ten remercier. » Sauf dans la ville des^ Bénéventj qui regorgeait de maisons religieuses, il leur permit d^^ choisir dans son diocèse remplacement le mieux approprié au^- œuvres de Tinstitut.
Après avoir visité tous les environs, Borgia et Villani s arrêtèrecrr^/ à un endroit appelé Saint-Ange de la Coupole, sur une colUne d'<^ -^ Ton domine tout le pays. Les archevêques de Bénévent, princes (^^ Saint-Ange, y passaient leur temps de villégiature dans un palatis bAti par le cardinal Orsini, depuis Benoit XIII. On y jouit d'un Bur très pur et d'un spectacle ravissant. De ce centre les missionnaires pourraient rayonner facilement dans les vingt-deux diocèses suffiwgants de la métropole. Prêtres et laïques se porteraient volonti*^ sur ce plateau solitaire pour y faire les exercices spirituels. « C ^*
ici que Dieu vous veut, s'écria Borgia, c'est ici qu'il faut planter votre tente. » Villani abonda d'autant plus dans son sens que Tarchiprôtre de Saint-Ange le suppliait de s'installer dans sa paroisse. M*' Pacca confirma leur choix, et décida qu'en attendant l'érection de l'église et du couvent, les pères résideraient dans la villa archiépiscopale et exerceraient le saint ministère dans l'église do la paroisse, ce qui combla les vœux du pieux archiprôtre.
En a\Til 1755 le père Villani prit possession de la villa en qualité de recteur de Saint-Ange. Les PP. Margotta et de Robertis Ty rejoignirent peu de temps après. Son premier soin fut d'appeler le peuple à Téglise pour y faire chaque soir la visite au saint Sacrement. « Hommes et femmes, dit-il, accouraient en foule et priaient de grand cœur avec moi. J'étais content dans ma solitude lorsque, le o mai, m'arriva un courrier de l'archevêque qui me mandait immédiatement à Bénévent pour y prêcher les exercices spirituels, à l'occasion de la grande sécheresse qui désole le pays. Je me mis aussitôt en route et bien m'en trouvai, carie vicaire général arrivait au-devant de moi avec une voiture que je n'aurais pu esquivei», mais Dieu ne permit pas que je le rencontrasse, ajoute naïve- •^^c^nt le bon père, car j'avais pris un autre chemin. La procession, ^ laquelle assistaient plus de sept mille hommes, eut lieu le lendeïï^aîn, puis s'ouvrirent les exercices. Je ne sais pas trop ce que le bon l^îou me mit sur les lèvres, mais je parlai pendant trois quarts ^' Heure et fis grande impression, grAce aux prières de la congréga- **^>ri. Les exercices se prolongèrent durant une douzaine de jours, ''^ï^iais on n'avait vu pareille affluence de laïques, de prêtres et de '"^Aigieux. Ceux-ci comptent seize couvents dans la vaille. Trois '^ille hommes communièrent ensemble. Oh! si nous eussions été ^^ nombre, quelle abondante moisson nous eussions recueillie! »
K)ans cette relation le père Villani omet le fait principal. Au
^^«u milieu d'un sermon, il s'interrompit tout à coup et s'écria,
^'^iTime inspiré de Dieu : « Demain nous aurons de la pluie. » Le
^^*> demain le temps resta toute la journée au beau fixe, si bien que
^^ Bénéventins commençaient à murmurer contre le prophète, mais
^^ilà que le soir, pendant le sermon, le ciel se trouble tout à coup,
^ tonnerre commence à gronder, une pluie diluvienne inonde la
^^lle et les campagnes. Dès ce jour Villani fut considéré par tout le
V^^\iple comme un grand ami de Dieu, ce en quoi le peuple ne se
^^c^mpait pas. Aussi prêcha-t-il, immédiatement après, avec le plus
ÎT^^nd succès une mission à Saint-Ange.
Sans perdre de temps, le nouveau recteur s'occupa de recueillir
toutes les autorisations nécessaires pour commencer la fondati< Dans une pièce officielle, les administrateurs de la cité déclarer « que tous les citoyens étaient heureux, très heureux, de voir pères du Très-Saint-Rédempteur s'établir à Saint-Ange, tant p< rhonneur du pays qu'au profit spirituel de leurs âmes. » Ils si pliaient humblement l'archevêque d'approuver cette résolution Conseil K Trois jours après. M'' Pacca signa l'approbation denu dée : « Considérant, dît-il, les fruits abondants que les missionn res du Très-Saint-Rédempteur procurent aux Ames tant par lei travaux incessants que par l'observance de leurs règles, je les au rise à bâtir un couvent et une église dans la \âlle de Saint-An qui temporellement et spirituellement relève de ma juridicti Je réserve, pour autant qu'il en est besoin, la ratification du Sai Siège 2. »
Cette ratification, l'archevêque la demanda immédiatement i congrégation des évéques et réguliers : « Je n'ai dans mon c cèse, dit-il, aucune maison religieuse qui s'occupe de donner exercices spirituels aux prêtres et aux séculière. Or Dieu vient m'envoyer les pères du Très-Saint-Rédempteur, qui se propos de bâtir un couvent et une église dans le bourg de Saint-An^ à quatre milles de Bénévent. Des rapports absolument dignes foi m'ont appris le bien considérable qu'ont opéré ces dig religieux au moyen des exercices spirituels et des missions. * pu moi-même constater, le mois dernier, les fruits vraiment in plicables des exercices prêches par eux dans ma cathédrale. C étant, comme cette nouvelle fondation ne préjudicie en rien a droits des paroisses ou des couvents, je l'ai autorisée de grai cœur aux acclamations de tout le peuple, comptant que, pour plus grande stabilité de cette œuvre, vous daignerez joind votre approbation à la mienne. » Le recteur majeur expédia ui pétition identique à la congrégation des évoques et réguliers qi donna, le 13 juin, son assentiment.
Muni de ces pièces, l'archevêque rédigea en septembre le dipWffl solennel d'approbation, en vertu duquel les pères du Très-SaÎB^ Rédempteur sont autorisés à s'établir à Saint-Ange et à évangélis* tout le diocèse. « Depuis longtemps, dit-il, nous demandions a Père des miséricordes de nous envoyer des ouvriers pour dcfr cher le vaste champ qu'il nous a confié. Dieu nous a exaucé &i delà de nos vœux. Sans doute nombre de prêtres et de reli^®'