Déposition du P. Caprioli, Summ., page
^X!^ane, puis à Cassano, la vîlle épiscopale, puis dans cinq ou six lc^o^alités importantes du diocèse, telles par exemple que Mormanno, î'^xî compte près de six mille âmes. Selon les règles de la congréga- "^ox, ils retournèrent après quelques mois dans les endroits qu'ils a^^&ent évangélisés, afin de consolider le bien opéré pendant la axission.
Privées presque partout de la parole de Dieu, les populations accouraient de tous côtés pour les entendre. Les instructions pénétraJent leur âme affamée comme Teau du ciel pénètre la terre après ui:ie longue sécheresse. Aussi voyait-on partout les pécheurs se fpsLpper la poitrine, les femmes de mauvaise vie renoncer à leurs désordres, les ennemis se réconcilier. Sauvage jusque dans la pénitence, un homme se flagella jusqu'à tomber surplace. Il mourut, avant le départ des pères, des suites de ses blessures.
Parmi ces nombreuses convei'sions , il faut compter celle d'un
seigneur qui, depuis plusieui*s années, scandaUsait le pubhc par
ses désordres. Il se rendit un soir à Téglise bien plus pour se
moquer du prédicateur que pour s'amender. Mais la grâce de
Dieu changea subitement ses dispositions. A la voix du missionnaire,
il se sentit tellement ému qu'il demanda publiquement pardon des
scandales qu'il avait donnés. Non seulement il bannit de son cœur
tout amour déréglé, mais, après avoir rompu ses Uens honteux, il
réduisit le nombre de ses serviteurs et vécut à l'avenir, isolé dans
sa maison, d'une \ie pieuse et pénitente. Il ne sortait que pour
se rendre à l'église. Ses vertus édifièrent tellement les habitants
*IU après sa mort ils l'invoquèrent comme un saint. Cette conversion,
^^nnue bien vite de tout le pays, en détermina beaucoup d'autres
'^on seulement dans la locahté mais dans tous les environs.
Les missionnaires rentrèrent àNocera au mois de juin 1757. Al-
Plionse pleura de joie en entendant le récit de leurs travaux,
^^ grand nombre de conversions opérées, et surtout la transfor-
^^ation subite du seigneur pénitent. De toutes les paroisses évan-
8'êligées lui arrivaient des lettres de remerclment, tandis que, des.
I^^roisses voisines, peuple et clergé s'unissaient pour réclamer
* leur tour le bienfait d'une mission. Le pieux et zélé prince de
^ Rocca, don J.-B. Filomarino, désireux de faire évangéliser ses
^^^inbreux vassaux, demandait une escouade d'apôtres pour la
^^^Xabre ultérieure. Comme Ventapane, il s'offrait à couvrir toutes
J^^^a dépenses que nécessiterait une expédition dans ces lointains
^Oeèses. Incapable de résister à ces pressantes sollicitations, le
^^irit fondateur accepta une nouvelle campagne de missions dans
SAIKT ALPHONSE DE UGUORI. — T. 1. î^î
les deux provinces calabraises. En novembre 1757, quand les chaleurs de Tété furent passées, il réunit à Nocera la double cohorte de missionnaires, fît exposer le saint Sacrement, féUcita les élus d'avoir été choisis pour aller guerroyer au loin contre le démon et le péché, et leur donna sa bénédiction en regrettant ^ de ne pouvoir les accompagner.
Cette seconde campagne fut aussi fructueuse que la première Us prêchèrent dans les deux Calabres quinze grandes missions e — f autant de renouvellements. Partout on les reçut avec enthousiasm ^ et on écouta leur parole avec une sainte avidité ; partout les pécheut'*» revinrent à Dieu en pleurant leurs égarements. Des manifestatior^^ inouïes se produisirent en certains endroits. A Saraceno, le prêtre qui devait prêcher le carême ne voulait pas céder aux pères la prédication du soir * : le peuple se précipita sur la chaire dans laquelle il était monté, et le contraignit à céder la place. Il y eut des bourgs où les habitants restèrent deux jours à Téglise sans manger autr*^ chose qu'un morceau de pain. Les femmes passaient la nuitprcrs des confessionnaux pour être les premières à se confesser le lend^^ main. A Policastro, iîef du prince de la Rocca, la police ayant sa£^^ pendant la nuit une femme avec deux jeunes débauchés, les mL^s^r sionnaires déclarèrent qu'ils allaient quitter une viUe où se commr '^ taient de pareils attentats même en ces jours de pénitence el (^ ^ salut. Cette résolution mit la désolation dans tout le peuple. L- — ^ clergé, le syndic, les gentilshommes, vinrent supplierles pères de i^*-* point exécuter leur menace, promettant une réparation aussi éd^^' tante que le scandale. En elTet les deux coupables, chargés de cord^^ et couronnés d'épines, furent conduits dans toutes les rues de^-^* ville et contraints à demander pardon devant tout le peuple du scar"^ dale qu'ils avaient donné. La femme à son tour vint à l'église, (^ ^ elle donna, pour expier ses fautes, des marques non équivoques A * plus vif repentir. Dans cette même ville de Policastro, après unse*!^ mon sur la paix, des prêtres et des gentilshommes, gravement Ife^* dans leurs intérêts, tirent remise à leurs débiteurs, qui étaient ^^ même temps leurs ennemis, d'une somme de quatre mille duca*^^'
Quand, après six mois de travaux continus, les pères dui^^^
1. Pour le dire en passant, telle était la principale raison pour laquelle les p^'e* T.-S.-Rédempteur prêchaient peu de missions en carême. Des ataUoas qoadragédci*^^ bien rétribuées par des fondations ad hoc existaient en beaucoup d'endroits. SI les p^^ avaient accepté de préctier des missions en carême, ils eussent excité l'enTie des çvdp^^^ gésimalistes, comme on les appelait, et provoqué des scènes violentes comme celle d^^ raceno.
quitter la Calabrc pour rentrer à Nocera, ce furent des scènes de désolation inexprimable, malgré la promesse que firent les missionnaires de revenir après quelques années continuer une œuvre si l>ien commencée. « Restez avec nous, disait-on : nous vous procurerons des établissements dans le pays. » Et en effet de Mormanno, de Cutri, de Policastro, on fit des démarches et même le voyage de Naples pour ol>tenir du roi l'autorisation de créer de nouvelles fondations. Le prince de la Rocca offrit de céder la moitié des revenus de son fils, abl)é commendataire de Saint-Jean de Fiore, si Ton voulait établir une maison du Très-Saint-Rédempteur dons cette localité. Mais les ministres évoquèrent le spectre de la niaînmorte, et le roi, tout en reconnaissant que ses fidèles sujets "^s Calabres avaient grandement besoin des missionnaires, interdit ^ ceux-ci de s'étal)lir au milieu des Calabrais. Ils furent réduits, pour travailler au salut de ce i)euple délaissé, à organiser de temps ^ïi temps des expéditions semblables à celles que nous venons de ^^entionner ^
En cette même année 1758, quelques mois seulement après le ^^tour des missionnaires calabrais, Alphonse vit s'ouvrir devant ^^, non plus une province napolitaine, mais un monde nouveau, ^^lusieurs peuples d'Asie, par l'organe du souverain pontife, reclassaient son secours. C'étaient des hérétiques infectés de l'erreur S^storienne qui, dès le sixième siècle, se répandit dans tout TO- ^îent, en Perse, en Mésopotamie, en Assyrie, enChaldée, et s'y est Siaintenue jusqu'à nos jours. L-n certain nombre de ces peuplades Sestoriennes , ayant ouvert les yeux à la vérité, supplièrent le ^|>apc de les admettre dans le giron de l'Église et de leur envoyer des missionnaires pour les instruire et les diriger. A cet ^ffet, les éminentissimes cardinaux de la Propagande jetèrent les ^eux sur Alphonse et ses religieux, dont ils connaissaient le zèle apostolique.
On ne pouvait pas procurer au saint fondateur une plus grande
joie que de lui demander des ouvriers pour travailler au salut de
ces peuples encore assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort.
Ijes missions étrangères, n'était-ce pas son rêve des premiers
jours? A peine avait-il fondé sa congrégation qu'il demandait à son
directeur si sa conscience ne l'obligeait pas à porter la lumière
de l'Évangile aux peuples de l'Orient, mille fois plus abandonnés
que les chevriers des montagnes napolitaines. 11 fallut, pour le
1 . Cependant en 1790, te roi demanda lui-même la fondaUoa de quatre maisons en Calibre. Trois furent acceptées, Cataniaro, Tropea et Stilo.
retenir, lui prouver par (rexc^Uentes raisons que le bien général (le sa fondation remportait sur le bien particulier qu'il aurait pu faire dans ces régions lointaines. Il se soumit, mais il n'oublia pas les pauvres infidèles. Dans la règle primitive de l'institut, il est stipulé que « tous les sujets nourriront le plus vif désir de propager la foi catliolique , particulièrement dans les pays infidèles, et seront toujours prêts à donner leur vie pour Jésus- Christ. A l'âge de trente-trois ans, après une retraite de quarante jours, ils s'ol)ligeront par vœu à évangéliser les peuples encore païens s'ils en sont requis par le souverain pontife ou le recteur majeur. » En vertu de cette règle, le père Cafaro s'offrait généreusement à inaugurer ces missions lointaines. « Je connais ma faiblesse et mon peu d'aptitude, disait-il; je sais que le voyage par mer me fera beaucoup souffrir et peut-être mourir, mais je m'embarquerai joyeusement quand même : arrive ce que Dieu voudra ! » Dans la règle approuvée par Benoit XIV, il n'est plus question du vœu relatif aux missions, mais le désir qui l'avait inspiré resta gravé dans le cœur des sujets. Lors du chapitre de 1749, Carminé Fioccbi, grand serviteur de Dieu et grand missionnaire, rédigea conjointement avec le père de Robertis une touchante supplique, dans laquelle ils exprimaient leur désir « de prouver la vérité de la foi catholique parle témoignage du sang»- En conséquence, ils conjuraient Alphonse « de les destiner atJ^ missions étrangères et d'assigner une époque pour leur dépai^^ ou du moins de les préférer à tous ceux qui nourrissaient ^^ même désir ».
Dans ces conditions, Alphonse ne pouvait manquer d'agré^^ la demande des cardinaux, sauf à statuer sur la situation (J^^ serait faite à ses missionnaires. Toutefois comme la règle se tais^^' sur l'évangélisation des pays étrangers et que d'aiUeurs tous L^ religieux ne sont pas des héros comme les Cafaro et les Fioccbi, é=» lieu de choisir lui-même les futurs messagers de l'Évangile, il ^ appel aux hommes de bonne volonté. Dans une lettre adressée « au^ pères et aux étudiants de la congrégation, » après leur avoir cou ^ muniqué la demande de Rome, il ajoutait : « Voici donc un vas^ champ qui s'ouvre devant vous. La moisson y est mûre ; on n'a ^ tend que des ouvriers pour faire la récolte. Je vous présente c^ pauvres peuplades qui, les yeux baignés de larmes, élèvent vei^ Dieu leur voix suppliante pour lui demander des apôtres, et e«^ même temps vous tendent les bras en vous conjurant de les tir^ de l'abîme d'ignorance où ils sont plongés depuis plus de treiz
es. Ils quittent leurs chefs, qui pourraient les tromper, pour unir à vous, qu'ils considèrent comme les vrais dispensateurs a sagesse divine. Ils sollicitent les secours nécessaires pour rer dans le sein de l'Église, secours abondants partout ails, et nuls pour ainsi dire dans leur pays. Us vous supplient eg'arder leurs âmes comme aussi précieuses que celles de vos patriotes, car elles sont créées par le même Dieu et rachetées le même sang divin. De plus, c'est de l'Orient que nous est le la lumière de la foi : n'est-ce pas justice de la lui porter à e tour? Si le voyage vous effraie, pensez à l'accueil qu'on vous >are; si le labeur vous épouvante, pensez à la récolte qui vous id ; si les difficultés vous arrêtent, pensez à l'éternelle récomse que Dieu vous donnera. Plusieurs d'entre vous répondront i appel du Seigneur et ne laisseront pas échapper la couronne 1 leur met pour ainsi dire dans les mains. » i réponse des enfants dépassa les espérances du père. Tous îtudiants, philosophes de Ciorani, théologiens de Caposele, s'insirent ])our les missions étrangères. Les novices se joignirent
étudiants. Le père Margotta, malgré ses soixante ans, s'offrit rminer sa vie au milieu des infidèles. Le père Fiocchi réitéra demande. D'autres pères en grand nombre réclamèrent la lie faveur. Ce fut une grande joie pour Alphonse de voir tous compagnons, jeunes et vieux, se détacher ainsi de leur pays e leur famille par amour pour Jésus et les âmes. Il lui fallut
pas exciter mais modérer leur ardeur. « Vos lettres m'ont idement consolé, écrivait-il aux étudiants de Ciorani. J'ai le » vif désir d'envoyer un bon nombre d'entre vous <lans les s infidèles, mais il faut que je puisse compter sur la ferveur et ersévérance de chacun. Étudiez donc avec zèle, mais par-dessus
unissez-vous de plus en plus à Jésus-Christ. Qui va évangéliles infidèles sans avoir fait une bonne provision d'amour et 2ourage risque fort de perdre la foi et son àme. Si vous perdrez dans votre bon désir, renouvelez-moi votre demande de ps en temps. En attendant, persuadez-vous bien que, pour rester s la congrégation, il faut conserver le désir de devenir un saint, imparfaits, tôt ou tard Dieu trouve moyen de les cliasser. » On
qu'il saisissait toutes les occasions pour inculquer sa devise la sainteté. Aux théologiens de Caposele, après avoir exprimé Die qu'il avait ressentie en lisant leurs lettres, il ajoutait : Ds demandes doivent être sid>ordonnées à Tobéissance, car le puis expédier en Asie tous ceux qui en ont manifesté le
désir. Le Seigneur me fera connaître ceux qu'il a lui-même choisis. » Aux jeunes novices enfin il assurait que leur demande serait exaucée, mais <[uand ils auraient prouvé par des faits qu'ils avaient vraiment Tesprit apostolique. « Prenez garde,. leur disaitil, qu'en voyant votre peu de ferveur, on ne vous dise quelque jour en souriant : C'est donc vous qui faisiez tant d'instances pour partir , au Japon! »
Ces jeunes gens n'eurent que le mérite de la bonne volontés ^ L'entreprise échoua par suite des conditions que la Propagande ^ imposa aux missionnaii'es dont elle réclamait le concours. Cc^ i— missionnaires, sécularisés, devaient renoncer à la congrégation -:j Alphonse ne pouvait consentir ni à démembrer son institut nairg:^ . sant, ni à délier ses sujets des vœux et serments qu'ils avaie»-:it faits î\ Dieu. D'un autre côté tous déclarèrent qu'ils étaient prêts» à (juitter famille et patrie pour évangéliser les infidèles, mais qu i-Xs aimaient mieux mourir que de quitter la congrégation à la<iooLX<' Dieu lui-même les avait appelés. D'où l'on peut conclure qiiol**s propositions de la Propagande, bien que sans effet, ne furent p^^s inutiles. Elles fournirent aux sujets de l'institut l'occasion défaire un acte héroïque, et montrèrent aux rédemptoristes futurs qu'i-»^ véritable enfant de saint Alphonse, pénétré comme lui de l'esp»"** apostolique, doit être prêt à porter l'Évangile en Orient ou ^^^ Occident au premier signe de ses supérieurs.