CHAPITRE XII
i de Salerne. — Dix-sept missionnaires. — Le saint pi'<^clie le sermon du — Ses pénitences. — Sa charité. — L'immodestie des femmes. — Conversion •aie. — Mort du P. Rossi. — Alphonse réforme le s<^minaire de Noie. — Dermission. — Transformation subite d'un pécheur endurci. — Le bienheureux ;hi. — Le cierge de Noie.
ablé d'infirmités, notre saint ne sortait plus guère de sa cel- ^pendant il cédait de temps en temps aux instantes prières ^tains évoques qui le réclamaient pour évangéliser leur ville ►pale. C'est ainsi qu'au commencement de 1758, pendant que res parcouraient les Calabres, nous le trouvons à Salerne, ant la mission sur la demande de son ami, Tarchevèque Rossi. laint connaissait Salerne de vieille date. Les habitants l'avaient lu plusieurs fois au début de son ministère. Les miracles et nversions opérés à Amalfi, cité voisine, avaient singulièreaccru la vénération qu'ils portaient à Thomme de Dieu. Or le comptait alors une population dedLx mille âmes. Il ne faut étonner si, dès l'ouverture delà mission, des foules énormes jsèrent dans la vaste cathédrale. Alphonse s'était réservé e toujours le grand sermon du soir. En voyant paraître ce rd infirme et souffrant, il y eut d'abord un certain désappoint dans l'auditoire. On se demanda pourquoi le saint, dont la risée par Tàge et les fatigues aurait peine à remplir un si édifice , ne cédait pas la place à l'un des dix-sept missionqui l'accompagnaient. Les pères eux-mêmes lui représentèu*il n'était pas suffisamment entendu et lui conseillèrent de se emplacerpar le père Rizzi, dont l'organe puissant et la grande ince auraient certainement produit une profonde impression
sur ces multitudes. Contrairement à leur attente, Alphonse n'en voulut rien faire et monta en chaire tous les soirs. Or, à leur grande stupéfaction, il se produisit à chaque sermon un phénomène humainement inexplicable. Sans doute la voix du prédicateur n'arrivait aux oreilles que d'un nombre restreint d'auditeurs, mais tous les regards étaient fixés sur lui, et le simple aspect de cette figure séraphique suffisait pour inspirer componction et repentir. Pendant l'acte de contrition, tout le monde fondait en larmes. , Après le sermon, tous restaient à l'église, continuant à pleurec^^ leurs péchés, ou couraient se jeter aux pieds des confesseui's. Uc^ malheureux, chargé d'iniquités, comniiença l'accusation de se-r?^, fautes en sanglotant. « Pourquoi pleurez-vous ainsi? lui dit le pèr^^^ — Et comment ne pleurerais-je pas, répondit-il, moi qui ai tarr^t offensé Dieu, quand je vois ce saint religieux faire pénitence fot^m r moi! »
C'était bien là le secret d'Alphonse : faire pénitence pour i^s pécheurs et leur mériter ainsi la grâce de la conversion. Duran^t cette mission, le saint fondateur logeait ainsi que ses compagnons au couvent des carmes, u Or, tous les soirs, dit l'un d'eux, on l'er»tendait se flageller cruellement avec une discipline de fer, puis î' enlevait le matelas du lit et se couchait sur la planche. A table il i^* mangeait que la minestra et quelques feuilles de salade. » A la mortification il joignait la prière confinuelle. Le père Corsano dépo^* que dans le cours de cette mission comme dans toutes les aulr^^ qu'il fit avec lui, le serviteur de Dieu trouva toujours moyen, ma-'-' gré ses extrêmes fatigues, de réciter, outre les heures canonial^*^^' le rosaire avec ses autres prières vocales, et de faire la visite au s^^ Sacrement et à la sainte Vierge. Dur envers lui-même, il voul^^ aussi que ses religieux pratiquassent la mortification. Pendant ce^^ mission, il reprocha au père Rizzi de se montrer trop délicat pa<*^^-. qu'un fromage trop avancé excitait sa répugnance. En revanche* était rempli de sollicitude pour ses compagnons fatigués ou ^^^^ lades : témoin Tordre donné au père d'Agostino, qui souffrait ^^ la poitrine, de prendre du chocolat tous les matins. Un acte dect^^ rite, accompli durant le cours des exercices, prouve du reste 1'^ trcrae bonté de son cœur. Il se trouva dans cette ville de Salei deux jeunes filles de noble famille que des revers avaient réduL'^ à la misère. Depuis ce temps Alphonse leur fit passer chaque ai six ducats par l'entremise de leur confesseur, et cette aumône, la leur continuait encore vingt ans après.
C'est ainsi que par ses vertus il appelait la bénédiction de Drr'*
is travaux. Salerne fut transformée par la mission* comme Taité Amalfi. Jusque-là les personnes du sexe se montraient beautrop libres, même à Téglise, dans leur costume et leur maintien. >nse leur reprocha cette tenue scandaleuse , ce qui mécontenta îoup certaines dames de qualité. Sans s'effrayer de Topposiil revint le lendemain sur ce sujet avec plus de force encore : l'ai voulu offenser personne, dit-il, mais je vous ai demandé à s de garder à Téglise plus de réserve et de modestie. On y [ue ici gravement, et non sans péril pour le prochain. » Puis, é d'une sainte indignation, il ajouta : « Ce sont là des péchés îs, je vous le répète, des péchés qui crient vengeance et qui ne eront pas d'excuse au tribunal de Dieu. Encore une fois je ne offenser personne, je ne veux qu'une chose : travailler à sanctification pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des res âmes que vous scandalisez. » Le sermon porta coup, car e lendemain, et toujours dans la suite , les dames édifièrent la ville par leur maintien grave et modeste. i inimitiés, qui faisaient le scandale et la désolation du c, régnaient depuis quelques années entre plusieurs familles noblesse. Après avoir réconcilié les ennemis, pour affermir bon propos, Alphonse établit dans Féglise du Gesù une conî des nobles sous la direction d'un père de la compagnie. Les iés s'obligeaient à fréquenter les sacrements , à prendre une SI semaine la discipline en commun, et à pratiquer des bonnes es pour le soulagement des âmes du purgatoire. Cette con- ) fervente exista jusqu'à la suppression des jésuites. -.e profit de la mission, dit M^'Pinto ^ fut considérable, gé- , et permanent : considérable, parce qu'on y vit des con- 3ns aussi nombreuses qu'étonnantes; général, parce que toute le y participa, depuis les personnes de la plus haute noblesse Taux classes les plus infimes de la société; permanent, car smt nombre d'années la plupart ont continué de vivre en bons iens. Aujourd'hui même, après vingt-cinq ans, les fruits de mission persévèrent en beaucoup d'àmes. Pour moi, si j'ai i le monde, je suis redevable de ce bonheur aux lumières que me donna pendant cette mission. » Aussi disait-on communéqu\m des douze apôtres de Jésus-Christ n'aurait pas fait plus en à Salerne que n'en fit Alphonse, îu le récompensa par une nouvelle épreuve. Un courrier, ar-
réqae de Tricarico.
rivant de Ciorani, lui apprit que le père Xavier Rossi, Fun de ses plus anciens compagnons, venait de mourir. Comme nous Tavons vu, sept ans auparavant don Xavier allait rendre le dernier soupir quand Alphonse lui envoya Tobédience de guérir. Xavier guérit pour s'enrichir de nouveaux mérites en traînant quelque temps encore une vie qui fut un vrai martyre. Malgré son zèle ardent pour le salut des âmes, il avait dû, presque aussitôt après son entrée en religion, renoncer à la vie apostolique à cause d'une toux violente et opiniâtre qui lui brisait la poitrine et déterminait de fréquents crachements de sang. Mais il se consacra tout entier à la maison de Ciorani, dont il fut Tarchitecte, Tentrepreneur et le soutien. Alphonse lui apprit, nous Tavons vu, à considérer Dieu comme son trésorier. Bien lui en prit, car ce trésorier lui versa des sommes suffisantes pour bâtir, outre Téglise, un couvent qui pouvait contenir cinquante religieux et cent retraitants. Son secret pour se procurer des ressources, c'était de donner beaucoup aux pauvres et de compter sur la Providence divine avec une entière confiance. <( Pour que Faumône entre au couvent, disait-il. il faut qu'elle en sorte ». C est la traduction du mot de l'Évangile : Date,et dabitur vobis.
Dieu lui avait mis au cœur un immense amour pour les pauvres. « Oh! les pauvres! les pauvres! » répétait-il souvent avec le sentiment de tendresse d'un père pour ses enfants. Alphonse lui permettait de se livrer sans réserve aux inspirations de sa charité. Aussi secourait-il abondamment tous les indigents de Ciorani et des villages voisins. « Je lui demandai un jour, dit Tannoia, combi^ de familles à Ciorani ne recevaient pas de secours de notre 03^^' son : « Dix ou douze, » me répondit-il. Or Dieu lui rendait au c^^' tuple ce qu'il lui donnait dans la personne de ses membres so^^' frants.
Au début de la fondation, la maison de Ciorani n'avait qu'iJ^* lingerie très insuffisante, ce qui faisait beaucoup souffrir tout ^^ monde. Le saint était désolé de cette pénurie, mais comment remédier.^ « Si vous voulez me laisser faire à ma tète, lui dit '^ jour don Xavier, je vous procurerai du linge. — Eh bien , je \CP^^ donne toute permission, » lui dit Alphonse. Xavier court à la t^^ gerie, s'empare des quelques chemises qui restaient encore, et don—^ tout cela aux pauvres. Quelques jours après, sans qu'on se fût c^^ vert à qui que ce fût du dénûment dans lequel se trouvait maison, on frappe à la porte : c'étaient des étrangers qui appc^ taient une grande quantité de linge et une grosse pièce de toi^^
DERNIÈRES MISSIONS D^VLPHONSE. 571
: Xavier devait un jour cinq cents ducats, et ne savait où les . iver. Il demandait à son céleste trésorier de le tirer d'affaire : ve un jeune homme qui lui met une bourse dans la main et
va. La bourse contenait la somme dont il avait besoin. Une •e fois se présente à la porte un pauATe pèlerin qui demandait Tiorceau de pain. Toujours compatissant, Xavier le fait entrer, parle du bon Dieu; puis, le voyant tout déguenillé, il l'hai à neuf de la tète aux pieds, et lui fait servir ensuite un bon ^r. Avant de partir, le pèlerin lui dit : « Voilà bien des an- } que je suis errant en ce monde, mais je n'ai trouvé personne, i père, qui m'ait traite comme vous : voici pour vous remercier*. » 1 lui glissa dans la main deux cents écus. •ui le croirait? Ce religieux si compatissant, si plein de sollicitude ers tous ses frères, était dominé par un de ces tempéraments eux, irascibles, qui portent Fhomme à des violences sans nom. ind survenait un de ces accès de colère, il faisait de tels efforts ir se maîtriser qu'on le voyait trembler et blêmir. A bout de ces, incapable de résister plus longtemps, il courait à l'étable, se lit aux pieds de Tàne et s'humiliait comme le dernier des mîsé- Jes jusqu'au moment où il reprenait enfin possession de lui-même, dans ces moments d'emportement, il lui était arrivé de prononcer mot désagréable, il demandait aussitôt pardon à celui qu'il yait avoir offensé.
'el était l'homme généreux qui allait rejoindre au ciel les Sarli, les Vitus Curzius, les Sportelli, les Cafaro, morts comme lui en !ur de sainteté. Nous pouvons répéter après Tannoia : « Sa méire sera toujours en bénédiction dans la congrégation du Trèsit-Rédempteur, dont il fut un des plus dignes enfants. » \n février 1759, Alphonse prêcha aux habitants de Noie une sion, qui fut sa dernière pendant cette période de son histoire, dques années auparavant, à la prière de Tévêque, M*' Caracciolo, vait complètement transformé le séminaire de Noie. Cet établislent, autrefois la gloire de la cité, en était devenu le déshonneur, laïques eux-mêmes déploraient les désordres des jeunes gens qui réquentaient. Ceux-ci se moquaient ouvertement du prédicateur Kienaçaient de mort quiconque tenterait de réformer des abus ils voulaient maintenir à tout prix. L'évêque, âgé de quatre- §:ts ans, ne se sentait pas le bras assez ferme pour triompher de jeunes révoltés. Il essaya de les prendre par la douceur, mais ipunité ne fit qu'accroître leur audace. « Monseigneur, lui répé-
souvent Alphonse, beaucoup d'évêques se damnent à cause de
leur séminaire, et c'est ce qui vous arrivera si vous n'employez pas la rigueur pour réformer le vôtre*. » Épouvanté, l'évêque, qui connaissait son merveilleux empire sur les à,mes, lui deoianda de prêcher une retraite de conversion à ces jeunes indisciplinés.
Les débuts ne furent pas heureux. Les séminaristes affectèrent des airs d'indifférence et de mépris, riant des vérités les plus terribles, contrefaisant le ton et les gestes du prédicateur. Mais celui-ci usa contre eux de ses deux armes puissantes : la pénitence et la prière. Tout à coup, quand déjà les exercices touchaient à leur fin, sans qu'on pût dire pourquoi, une terreur subite s'empara de tous ces railleurs. Quatre des principaux meneurs prirent la fuite; certains renoncèrent spontanément à une vocation pour laquelle ils ^ n'étaient point faits; les autres manifestèrent les plus vifs senti — ments de repentir. Le saint imposa un règlement de vie aaqae^^ tous durent s'assujettir : oraison en commun le matin, récitatio*"-;^ du rosaire, visite au saint Sacrement et à la sainte Vierge, praL;;^^ ques de mortification, retraite du mois. On vit bientôt la piété et 1^^ vertu, les lettres et les sciences, refleurir dans le séminaire, (fui retrouva, par suite de ces conversions inespérées, sa première splendeur.
Aussi les missionnaires furent-ils accueillis à Noie avec enthousiasme. Avant d'ouvrir les exercices, le saint se présenta devant le vieil évêque pour recevoir sa bénédiction ; mais celui-ci le prévint : « Ce n'est pas à moi, lui dit-il en lui baisant la main, ce n'est p^ à moi de vous bénir : c'est vous qui devez appeler sur moi lesbéûcdictions de Dieu. » Dans cette mission comme dans les précédent**^ malgré ses infirmités et ses fatigues, Alphonse se réserva le seriï^^^ \ du soir. Cependant à certains jours il se fit remplacer par uii "^ ses compagnons afin de prêcher lui-même, dans un local pari^^^' lier, aux nobles et aux militaires. L'impression fut profonde d^ . tous les rangs de la société. « La ville de Noie, dit le chanoine Crî^' doit beaucoup aux sueurs du père Alphonse. La grAce y opéra ;^ son ministère des prodiges en grand nombre. Le peuple et sur^^ les gentilshommes restaient confondus de ce qu'ils entendaient^ plus encore de ce qu'ils voyaient. Sa vie pauvre et mortifiée é0^ pour tous, particulièrement pour la noblesse et le clergé, une p^'
1. Persuadé de la grande responsabililé des évéques relalivement aux séniinaif^ Alphonse publia vers celle époque an opuscule inlilulé ; Règlement pour les sémÈmfi^ res. Le chanoine Fonlana, reviseur archiépiscopal, en a fait cet éloge : « Le pienx aoten'i toujours allenlif à procurer la gloire de Dieu, a parfaitement exposé dans ce iraTail tout tt qui est requis pour la bonne direction d'un séminaire. » Le saint envoya cet opascale à tous les éréques.
^:2 ication très efficace. Sa doctrine tout apostolique, simple et sans ^^ 2>prét, pénétrait tous les cœurs. Personne ne pouvait le voir ou ] " entendre sans devenir meilleur. »
Les conversions furent innombrables, et Ton peut dire que cette ^vr^Xile, qui comptait environ douze mille âmes, subit en quelques j^:>t]rs une véritable transformation. On vit les prostituées abandonis^r leur infâme métier, les jeunes gens cesser leurs fréquentations sc^^ndaleuses, nombre de jeunes filles se consacrer à Dieu par le vcjsu de virginité, les tavernes se vider, les églises se remplir, et les pécheurs les plus endurcis se réconcilier avec Dieu.
Une conversion, que tout le monde désirait mais que personne xiL^* osait plus espérer, caractérisa surtout cette mission. Un vicaire général de Noie, promu depuis lors à Tépiscopat, raconta ce fait prodigieux au pape Pie VI dans une supplique où il demandait la oanonisation d'Alphonse. « 11 y avait, dit-il, à Noie un grand digni- . taire de l'armée qui l'emportait sur tous les personnages de la cité k par ses dérèglements plus encore que par sa naissance et son rang, m Non content de vivre en concubinage, il se livrait avec une telle fu- ^L T^oràses passions qu'on eût dit un animal immonde se vautrant dans \ la boue. On le croyait fiibandonoé de Dieu et perdu sans ressource. Ni eîisK 1^ exhortations des personnages les plus respectables, ni les suppli- ^^ cations de Tévêque, ni la menace des châtiments de Dieu, n'avaient pr' touché ce cœur flétri par le vice. C'était surtout en vue de tenter un afr suprême effort pour convertir cet homme dont nous désespérions toosy que Tévèque avait demandé la mission. Or un jour que le serviteur de Dieu prêchait aux nobles et aux militaires, ce gentilhomme se rendit à Téglise par respect humain. Le sermon roula principalement sur la puissance et la protection de la vierge Marie. I)e cette voix inspirée « qui brise les cèdres et ébranle le désert », Alphonse tonna contre les âmes endurcies, et le pauvre pécheur Ktttoaitit une si vive impression de terreur qu'il ne put cacher son tfouble et faillit s'évanouir. En même temps naquit dans son cœur Une telle confiance dans la bonté de Dieu qu'il se mit à fondre en Uttmes. Transformé par ce coup de la grâce, il courut se confesser ^ père Alphonse et lui promit solennellement de renoncer à ses iHiodits plaisirs. De fait il chassa sa concubine, vécut dès lors de Une la plus édifiante, et longtemps après s'endormit dans le Sei- Sneur^. » Cette conversion inespérée remplit de joie toute la ville de Noie et prouva de plus en plus la grande sainteté d'Alphonse.
1. Supplique de révéqae Charles Nicodeini, 1704, pour solliciter la béatification du
Dans la même lettre, à roccasion d'un fait tout personnel, t^ même témoin signale l'esprit prophétique du serviteur de Diei^ • « A cette époque, dit-il, un de mes frères, très versé dans le droi** résidait à Rome en qualité d'agent de plusieurs évoques du royaume. On m'apprit tout à coup qu'il avait reçu les demiers sacrements et que d'heure en heure on attendait sa mort. Je fuâi tellement ému de cette triste nouvelle que je ne cessais de pleurer. « Séchez vos larmes, me dit un jour le serviteur de Dieu, la Providence vous épargnera la croix que vous redoutez. » La prédictiocft ne tarda pas à se vérifier. Quelques jours après, un courrier arri— vaut de Rome m'annonça, contre toute apparence, la complète guérison de mon frère. »
Ainsi Alphonse passait comme Jésus au milieu du peuple, semaat sur ses pas les prodiges et les merveilles. Avant de quitter Noie, il voulut revoir encore ses chers convertis du séminaire. 11 les avait plusieurs fois évangélisés depuis la réforme opérée par lui dans cet établissement, mais il ne se lassait pas d'admirer eneo:x: la puissance de la grâce divine. Ce n'étaient plus ces révoltés tur» bulents et grossiers d'autrefois, véritables émules de Giordano Bruno, leur sinistre compatriote, mais des anges de Dieu repn^— duisant les vertus et la tendre piété de saint Paulin, l'illustre patron de leur cité. L'amour de Jésus et de Marie pénétrait tous les coeurs- « Quand le saint Sacrement était exposé sur l'autel, dit le prêtre Xavier Ruspoli, cet amour se traduisait par des larmes, quelque^^ fois par des soupirs et des sanglots qu'on entendait du jardit»* Au lieu de pousser ces jeunes gens à la mortification, les confes^ seurs devaient modérer une ardeur souvent excessive. Le servitc*-^ de Dieu leur donna ses derniers avis : « Persévérez, leur dit-î^ ♦ dans votre amour pour Jésus et Marie : ce sera pour vous tous ^^ moyen d'éviter le péché, de vivre heureux, et de devenir tout à ^^ fois saints et savants. Surtout fuyez comme la peste les occasia^^ de péché, car ni Jésus ni Marie ne protègent les téméraires. » Et ^ bénit de tout son cœur ces enfants qu'il avait gagnés à Dieu.
Parmi eux se trouvait un pieux jeune homme arrivé au sét^^^' naire depuis quelques mois seulement. Il se croyait appelé à la v^^ religieuse, mais ses parents entravaient sa vocation. A la vue ^^ saint missionnaire, il se sentit tellement attiré vers lui qu'il ne p^ résister au désir de demander ses conseils. Alphonse l'accueil^* affectueusement et conféra longtemps avec lui. Que se passa-t^^-^ dans cette rencontre entre l'âme du jeune séminariste et celle 3- ^ saint vieillard? C'est le secret de Dieu; toutefois nous savons qu^^
Ae cette conférence le jeune homme prit la résolution fore quitter le monde en dépit de tous les obstacles. De fait, e longues luttes, il entra dans Tordre des barnahites, jusqu'aux vertus les plus héroïques, et mourut en odeur de . Jamais il n'oublia Tentretien qu'il avait eu à Noie avec teur de Dieu, et il n'en parlait qu'avec le plus vif sentiment titude. Ce jeune homme s'appelait Xavier Bianchi; c'est e religieux que l'Église a placé sur les autels le 22 jan- )3.
Ile de Noie n'oublia pas non plus son grand missionnaire, te ans après son passage on entendait encore, tous les jeudis pt heures du soir, les clochers sonner leurs joyeuses volées, i cierge s'allumait à l'une des fenêtres de chaque maison, uelque étranger demandait la raison de cette cérémonie, répondait qu'Alphonse de Liguori l'avait instituée à la mis- 1759 pour remercier Jésus-Christ du grand don qu'il a fait même aux hommes dans la sainte eucharistie.