Grand Mmyen de la Prière, T parUe, ch. IV
lui le {jrand moyen de salut que, parmi les fruits de roraison, le principal lui parait être de disposer le cœur à la prière. « Si Ton ne pratique pas Toraison, dit-il, on pourra bien réciter des prières vocales, mais le plus souvent Tàme distraite prononcera ces prières du bout des lèvres : elles ne viendront pas du cœur. » La prière est nécessaire pour bien faire oraison, et Toraison à son tour est nécc^ssaire pour bien prier. De là surtout son zèle à établir dans ses missions la pratique de Toraison mentale, et son ardente campagne entreprise de concert avec Samelli afin d'introduire Toraison dans le monde entier; de là son insistance sur la nécessité de prier dans les tentations, de prier pour demander Tamour de Dieu et la persévérance finale ; de là les formules de prières qui abondent dans ses livres; de'là enfin une série de prières à Jésus et à Marie pour demander la grâce de toujours prier, « car, dit-il, je sui^ assuré du secours de Dieu si je le réclame, mais je puis négUger de le réclamer dans les tentations et perdre ainsi la grâce de Dieu par ma négligence. 0 mon Dieu! donnez-moi la grâce de prier, une grâce abondante, efficace, qui me fasse prier toujours, et prier comme il faut prier ».
La doctrine spirituelle de notre saint pourrait se résumer dans ce texte d'Isale, qu'il cite dans le Grand Moyen de la Prière : Ceux qui mettent leur espérance en Dieu, échangeront leur faiblesse contre la force divine; ils auront des ailes puissantes comme celles de r aigle; ils s'envoleront vers le ciel sans faiblir jamais. De çon rocher solitaire l'aigle contemple sa proie^ dit Job : coniemplatur escam. De même le chrétien dirigé par saint Alphonse se retire chaque matin dans la solitude pour cootempler son bien suprême, le Dieu très juste et très aimable. En fixs^nt sa proie, Taigle conçoit un vif désir de la posséder : il secoue ses fortes ailes et fond sur cette proie. De même le chrétien en oraison sent naître en lui on vif désir d'aimer et de posséder son Dieu ; il secoue les deux ailes de l'àme, Tamour et Tespérance, il exprime à Dieu ses affectionS)^ s'élance vers lui par ses prières : assument pennas ut aquiUe. Et s'il est fidèle à lever ainsi les yeux vers celui d'où vient tout secours, Dieu le soutiendra dans son vol vers la sainte montagne : volabvni et non déficient.